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La chronique de Suzie : Mör de Johanna Gustawsson

Editeur : Bragelonne

Sur Black Novel, on aime Johana Gustawsson … et on n’est pas les seuls. Suzie, ma chroniqueuse invitée, est de retour pour parler de Mör, son dernier en date. D’ailleurs, ça faisait un petit bout de temps que tu n’étais pas venue, hein, Miss Suzie ?

Je lui laisse la parole :

Bonjour a tous. Cela fait un moment que je ne suis pas venue vous voir avec un billet. Trop de livres à lire et pas assez de temps pour le faire, et donc entre vous écrire un billet et lire, j’ai choisi de lire. Mais, j’ai décidé de sortir de ma cave pour vous parler d’un deuxième roman.

Souvenez-vous, en octobre 2015, Bragelonne publiait le premier roman d’un auteur dont l’intrigue se promenait entre deux lieux et deux époques. D’ailleurs, nous avions fait un billet à deux sur le sujet. La voici donc de retour avec une nouvelle aventure s’intitulant « Mör ». Cette dernière vient de sortir mercredi !

Nous allons donc retrouver notre profiler préféré, Emily Roy qui doit enquêter sur l’enlèvement d’une actrice devant son domicile. Affaire qui ressemble, à se méprendre, à celle d’un tueur en série qui attend tranquillement son heure. En plus, il est responsable de la mort du compagnon de l’écrivain Alexis Castells. De quoi perturber la psyché de cette dernière ainsi que sa nouvelle relation.

Comme dans le premier opus, l’auteur mêle deux périodes temporelles différentes. Dans le premier volume, l’histoire commence en pleine Deuxième Guerre Mondiale, avec les camps de concentration et ses conséquences sur les protagonistes de l’histoire en cours. Alors que dans ce tome, l’auteur va s’intéresser au quartier de Whitechapel et à l’histoire de Jack l’Éventreur. Cette dernière aura-t-elle une incidence sur l’affaire en cours? Je vous laisse le découvrir.

Autant dans le premier tome, l’auteur nous mettait face aux faiblesses de ses héroïnes, autant dans celui-ci, elle va dévoiler un coin de l’histoire. Car, dans certains cas, il faut revenir dans le passé pour pouvoir avancer.

Le rythme ne change pas, constitué par des chapitres courts qui nous emportent d’un point à un autre de l’Histoire et nous faisant changer régulièrement de continents. Aux protagonistes du premier opus vont se rajouter des protagonistes principaux dont un personnage féminin qui devrait être récurrent. D’ailleurs, par beaucoup de points, elle ressemble à Emilie avec une personnalité qui lui est propre. Lors d’une interview via les médias, l’auteur a donné la raison du choix du titre qui, avec ou sans tréma, ne signifie pas la même chose. D’ailleurs, si vous lisez la quatrième de couverture, vous comprendrez pourquoi.

Comme beaucoup de personnes, j’avais hâte de pouvoir retrouver Alexis et Emily dans de nouvelles enquêtes. Surtout que l’auteure nous avait abandonné sur les fameuses boites noires d’Emily qui m’ont fait rager. Ayant beaucoup aimé le premier tome et étant une fan des histoires sur Jack l’Éventreur, j’ai dévoré le roman pour connaitre la fin.

La fin??? Il faut que je vous avoue une chose. Même si je ne devrais pas, j’aime connaitre la fin rapidement et suivre le cheminement jusqu’à celle-ci. Du coup, je suis allée lire quelques pages pour me faire une idée. Comme j’ai mal choisi, je ne me suis pas spoilée. J’ai découvert de nouveaux personnages dont une qui, j’espère, vous devriez aimer.

Il y a une scène que j’ai particulièrement appréciée entre Emily et une tasse de thé un peu spéciale. Sinon, je m’attendais à quelque chose dans le même style que le premier volume et je me suis retrouvée retournée comme une crêpe. Je ne m’attendais pas à ce genre de scène. Autant certains points étaient évidents, autant d’autres m’ont surprise. Et comme certains le savent déjà, un troisième tome est déjà prévu et il se déroulera dans le pays natal des parents d’Alexis : l’Espagne. Il faudra juste être patient.

La maison de Nicolas Jaillet

Editeur : La rue du départ (2013) ; Bragelonne Thriller (Format poche)

Découvert avec Nous, les maîtres du monde, un roman de super-héros dont je garde un fantastique souvenir de la fin, j’avais raté ce petit roman à sa sortie. Les éditions Bragelonne ont eu la bonne idée de le ressortir pour lui donner une visibilité plus grande. C’est un roman d’une rare subtilité, d’une incroyable douceur.

Quatrième de couverture :

« Deux heures de lecture gravées à vie dans votre mémoire. » Emmanuel Delhomme, France Inter

« Une merveille. Un livre incandescent. » Gérard Collard, Librairie La Griffe Noire

En robe blanche, son bouquet à la main, Martine sait qu’elle n’aimera jamais Jean, l’homme triste et violent qu’elle vient d’épouser. Mais en elle, une graine est en train de germer. Pendant des années, elle survit à son quotidien et élève leur enfant. En silence, avec une audace et une obstination extraordinaires, elle prépare son évasion.

En bonus, deux histoires inédites

La Robe : Entre eux, c’est devenu un rituel : pour leur anniversaire, elle remet sa robe de mariée. Leurs amis les envient. Samuel et Sandra vivent un conte de fées…

La Bague : Une femme caresse une bague à son doigt. Dans le train, un homme observe le visage de cette grande amoureuse changer…

Mon avis :

D’une photographie, prise le jour de son mariage, on devine la joie, les tensions et une femme triste. Elle va subir les coups, les harcèlements mais va garder intact son rêve, qu’elle cultive et qu’elle garde pour elle seule dans le débarras de la maison.

Avec seulement 120 pages, ce court roman est fait de polaroids pour construire l’histoire d’une vie, de deux vies en fait, puisque le narrateur va nous raconter ses racines, ses origines, celles de sa mère. Chaque scène est comme une feuille posée sur une pelouse, aussi légère que l’air et ballottée par les turbulences. Ce portrait de femme est fondant, impressionnant de courage, de volonté.

On ne peut que fondre devant ces horreurs racontées ou esquissées et être empli de rage impuissante pour cette femme qui va subir les pires outrages de son mari. Elle va patiemment emplir son rêve de peut-être, possibles, à force de ténacité. Je n’aurais qu’un mot : Magnifique !

Ce roman est accompagné d’une formidable préface de Marcus Malte et agrémenté de deux nouvelles tout aussi subtiles.

220 volts de Joseph Incardona

Editeur : Fayard (grand format). Bragelonne – Milady (Format poche)

Quelle riche idée de la part des éditions Bragelonne de rééditer le roman de Joseph Incardona qui flirte entre le polar et le fantastique. Voilà une bonne occasion aussi de découvrir cet auteur qui a reçu le Grand Prix de la Littérature Policière l’année dernière avec Derrière les panneaux, il y a des hommes.

Ramon Hill est un auteur de thriller qui, avec son deuxième roman, a connu un grand succès. Son éditeur a alors décidé de rééditer son premier roman et maintenant, tous ses fans attendent son prochain opus. Son troisième roman, donc, est en pleine écriture … mais arrivé au chapitre 43, Ramon Hill est victime du syndrome de la page blanche. Impossible de produire la moindre ligne. Il se retrouve avec son héros bloqué en plein milieu du désert, dans des sables mouvants.

Sa situation familiale s’en ressent. Margot, sa femme, décide de faire un geste et lui propose d’aller en villégiature dans la ferme de ses parents, perdue au milieu des montagnes.  Ils laissent donc les deux enfants aux beaux-parents à 300 kilomètres de là et partent s’isoler en pleine nature. Mais rapidement, la situation dégénère et les ressentiments de l’un vis-à-vis de l’autre vont ressurgir. La tension monte, la situation devient proprement intenable et Ramon est victime de son allergie.

Jusqu’à ce qu’en réparant une prise électrique, Ramon frôle l’électrocution. A la suite de cet événement, Ramon devient un autre homme, qui n’est plus malade, et qui est capable à la fois de donner du plaisir à sa femme et de continuer son roman … jusqu’à ce qu’il retrouve le chat familial, mort sur le pas de la porte.

De nombreux auteurs ont approché le thème de la page blanche, et cette servitude que certains ressentent envers la création de leur œuvre. Parmi ceux dont je me rappelle, on peut citer l’inoubliable Le festin nu de William Burroughs, Echine de Philippe Djian, ou bien Maison fondée en 1959 de Michael Mention, sans oublier quelques romans de Stephen King ou de Jean Paul Dubois. Joseph Incardona prend donc ce thème pour démarrer son roman, et surtout, l’utilise pour planter le décor avant de changer totalement de direction.

A partir du tiers du roman, on part dans le fantastique et le clin d’œil au Maître Stephen King est de plus en plus appuyé. Cela permet de relancer une mécanique et surtout de rendre son livre, à partir de ce moment là, totalement addictif. Puis arrivent les drames et Ramon Hill se retrouve dans la position de son héros de roman, dans une situation inextricable dont il va devoir sortir.

Avec son style direct et limite agressif qui colle bien à l’histoire, l’auteur (dont j’avais adoré Trash Circus), nous livre un roman à la limite des genres dont on a l’impression qu’il hantait son esprit. Il nous le livre dans l’urgence et on ressent tout le plaisir et la nécessité qui l’ont animé pour écrire ce roman qui, au-delà de son aspect divertissant, se révèle un roman plein de suspense non dénué de réflexion sur la création et la relation d’un auteur à son œuvre. Voilà un roman prenant, passionnant que je vous recommande très fortement.

 

Le livre des âmes de James Oswald

Editeur : Bragelonne

Collection : Thriller

Traduction : Jean Claude Mallé

Nous avions découvert James Oswald avec De mort naturelle. C’était un roman qui nous introduisait un nouveau personnage de flic, domicilié à Edimbourg, nommé Anthony McLean. L’intrigue du roman oscillait entre roman policier et roman fantastique. C’est encore le cas pour cette deuxième enquête.

Noel s’approche à grands pas, et le temps devient pluvieux et gris, à l’image de l’humeur de l’inspecteur Anthony McLean, qui est encore considéré comme un petit jeune, depuis sa promotion. Cette période festive rappelle de mauvais souvenirs à McLean puisque c’est à cette période que sa fiancée a été assassinée par un tueur en série, douze ans plus tôt. Heureusement, il a fort à faire en ce moment.

L’équipe de McLean est chargée de débusquer un gang de trafiquants de marijuana qui sévit en ce moment à Edimbourg. Un indic leur fournit une information, mais la perquisition est un fiasco. C’est une bonne occasion pour Duguid (surnommé Dugland et concurrent de McLean) de se foutre de sa gueule. Il y a aussi ces incendies étranges, qui se déclenchent dans des sites appelés à être rénovés, mais on ne comprend pas comment le feu démarre.

Quand on découvre le corps d’une jeune femme égorgée dans une rivière, tout le monde pense que le Tueur de Noel, celui qui a tué la fiancée de McLean est de retour. Sauf que Anderson, le tueur en question, vient d’être assassiné en prison. McLean se croit obligé d’assister aux funérailles, même s’il ne croit pas aux fantômes et autres morts-vivants. Mais s’agit-il vraiment d’un copieur ?

Je dois dire que si j’ai lu ce roman, c’est bien parce que j’ai senti des qualités dans le premier, et la curiosité a fait le reste. Je dois dire que pour un deuxième roman, c’est tout de même très maitrisé. Les chapitres se lisent les uns derrière les autres, et la simplicité du style alliée aux rebondissements et à l’intérêt que l’on porte au personnage principal, tout cela fait que le lecteur que je suis a avalé le roman en trois jours.

Il faut dire qu’on y ressent des améliorations dans la description des scènes, que le rythme est plutôt lent, avançant à la vitesse de l’enquête, et surtout, la démarche des enquêteurs est logique et du coup, ils n’apparaissent pas comme des super-héros qui devinent les mystères auxquels ils sont confrontés. On en apprend un peu plus aussi sur Tony McLean, sur son passé et on le sent plus sur de lui, surtout face à Dugland, et on a droit à des joutes verbales jouissives pour peu que l’on s’attache à ce personnage particulier.

Ce que j’apprécie aussi dans ce roman, c’est ce mélange des genres entre roman policier, thriller et fantastique. On a droit tout au long du livre à des questionnements, à des incertitudes : on se demande si Anderson n’est pas encore vivant, si on n’a pas à faire avec un livre maléfique, et que dire de ces incendies spontanés ?

Il est donc inutile de vous dire que j’attends encore plus du prochain roman. J’aimerais une intrigue aussi costaude, un style rapide et la poursuite de la découverte de Anthony McLean. Et si James Oswald me lit (on a le droit de rêver) j’aimerais que l’aspect fantastique soit plus fouillé, mis en avant, car cela rajouterait à mon avis une touche de mystère supplémentaire. Dans celui-ci, le fantastique est tout juste abordé et j’aurais aimé que cela soit plus fouillé, car cela aurait pu être une cause de frissons. En tout état de cause, je suis partant pour la troisième enquête.

Block 46 de Johana Gustawsson (Bragelonne)

Pour parler de ce roman, j’ai décidé, pardon, nous avons décidé d’innover. Comme nous sommes deux à l’avoir lu, nous avons donc décidé d’en parler à deux. Voici donc la chronique à deux.

Moi : Bonjour Suzie. Je suis heureux de t’accueillir à nouveau chez moi.

Suzie : Bonjour Pierre et amis lecteurs. Merci de me recevoir une nouvelle fois sur Black Novel. Je sens qu’on va bien s’amuser.

Moi : Bon alors, on commence comment ?

Suzie : Par le commencement, je présume c’est à dire par l’auteur et la quatrième de couverture. Je peux juste dire que c’est un livre comme je les aime : sanglant. Que peux tu nous dire sur ces deux sujets?

Moi : Sanglant, sanglant, faut pas exagérer quand même. J’ai connu pire ! Alors, l’auteure, justement. C’est son premier roman, en solo du moins puisqu’elle a écrit avec Laetitia Milot On se retrouvera, que j’ai lu d’ailleurs et chroniqué. On y retrouve d’ailleurs des similitudes à la fois dans le style très imagé mais aussi dans la force des sujets. Dans On se retrouvera, le sujet abordait la violence faite aux femmes. Dans Block 46, on prend la destination des camps de concentration. Est-ce que ça te va, comme intro ?

Suzie : Bon, je reconnais que c’est juste un peu ensanglanté avec quelques mutilations. Mais, ce que tu as oublié dans ton introduction, c’est qu’on suit une double histoire, à deux périodes différentes : dans les années 2000 et dans les années 40. Ce parallèle peut être déconcertant au début mais il intrigue. Et, toi, qu’en as tu pensé ?

Moi : Effectivement, on va alterner entre 2014 et 1943. En 2014, une styliste de bijoux retourne dans sa Suède natale et est horriblement mutilée. En 1943, Erich Ebner arrive en tant que déporté dans le camp de Buchenwald. Pour en revenir à ta question, cette alternance entre passé et présent ne m’a pas gêné. Le principe est plutôt classique et le fait de faire avancer les deux histoires en parallèles m’a fait penser à Reflex de Maud Mayeras. Il faut reconnaitre que Block 46 est redoutablement efficace, dans sa forme et dans son fond. Les phrases fusent, les chapitres sont courts et le mystère est … mystérieux. Et pour compléter mon avis, c’est plutôt au début du roman que j’ai eu un peu de mal, car j’avais un peu de mal à retrouver les personnages. Puis tout s’installe et là, c’est parti ! Qu’as-tu pensé des personnages, toi ?

Suzie : En ce qui concerne les personnages, on peut dire que notre duo de choc est vraiment de choc, s’affinant au fur et à mesure que l’intrigue avance. Cela me rappelle la complémentarité qui existe entre les deux héroïnes de Tess Gerritsen. Mais, contrairement à ces dernières, le duo sera constitué d’une profiler énigmatique et d’un écrivain français spécialisé sur les serial-killers, enfin certains. Toutes les deux sont gouvernées par leurs démons qu’on va voir apparaître plus ou moins pour l’une et pas du tout pour l’autre excepté à un moment très bref du roman. Les personnages secondaires, aussi bien du coté suédois que du coté anglais voire du coté catalan, regroupent un certain nombre de stéréotypes sans lesquels il n’y a pas d’histoire. On a le petit ami actuel voir le mari, l’ex, les amis et les personnes qui vont donner des indices voire des personnages qu’on aimerait bien sortir car ils sont extrêmement énervants. Tout ce petit monde ressemble, du moins au début, à de la glaise ou à des statues de cire vierges de tous traits. Ces derniers vont apparaître au fur et à mesure que l’histoire avance, comme si cette dernière les forgeait en plein soleil jusqu’à atteindre la nuance et les traits les plus représentatifs. En ce qui concerne Erich Ebner, il est tout en contraste. Pour ce qui est d’Erich Ebner, il est tout en contraste. Ce personnage est de mon point de vue, complètement déconcertant. Je ne sais que croire à son sujet. Mais qu’en penses-tu, toi?

Moi : Contrairement à toi, j’aurais aimé en savoir plus, un peu plus sur ces deux enquêtrices. On sent que Johana en garde sous la pédale pour les prochains numéros. Du coup, j’ai l’impression que ces deux personnages sont juste esquissés. Quant à Erich Ebner, comme tu le dis, c’est un personnage que je trouve formidablement mystérieux. Il est tout en retenue, ne pensant qu’à sauver sa peau dans ce camp de la mort. Peut-être est-ce le contexte dans lequel il survit qui me fait l’adorer. Je dois dire que ces passages à Buchenwald sont d’une rare justesse, sans descriptions gore, du moins pas trop, mais avec une vraie épaisseur. C’est terrible de vérité. Ce sont vraiment des passages qui m’ont fait vibrer, tant ils sont forts. Et si on parlait de l’écriture, justement ?

Suzie : Faut pas croire très cher que je ne veux pas en savoir plus. Au contraire, oserais-je dire. L’auteur nous en dit suffisamment pour calmer la faim tout en laissant sous-entendre des traits cachés. D’ailleurs, pour le profiler, on apprendra à un moment du roman qu’il faut se méfier des apparences car elles sont trompeuses. C’est ainsi que l’auteur m’a promené tout au long de son intrigue. De plus, au vu du sous-titre de ce roman « Une enquête d’Emily Roy et Alexis Castells », on peut se douter qu’on va avoir d’autres surprises. Et, si je répondais enfin à ta question sur l’écriture de l’auteur. Son écriture est très fluide et concise utilisant plutôt un langage assez soutenu bien qu’on ait des incursions d’un langage un peu plus familier, circonstances obligent. Pour ceux que cela insupporte, le récit n’est pas à la première personne du singulier. Cela change de certains récits. L’intrigue est racontée à la troisième personne du singulier et cela fait du bien. Bien qu’on alterne les points des personnages, à chaque moment, on sait face à qui on se trouve et ce que pense le personnage comme si on se trouvait dans sa tête. Le récit est peint à touche rapide pour donner rapidement une atmosphère et un contexte sur lequel on s’appuie an tant que lecteur. Cela est accentué par le fait que les chapitres soient courts. Ainsi, on ne perd pas de vue l’action. Les phases sont également plutôt courtes, percutantes. On est dans la fluidité de l’intrigue. Cette dernière se forme sans accrocs dans notre esprit. Et toi, qu’en penses-tu???

Moi : Je tenais à te poser cette question. Car pour ma part, je suis très tatillon sur le style. Et je suis d’accord avec toi, le tout est fluide. Je trouve juste qu’il y a un écart entre les passages du passé en 1943 avec les passages contemporains. Je m’explique : Dans les scènes qui se déroulent aujourd’hui, c’est bien écrit mais pour autant pas extraordinaire. Par contre, dans les scènes au camp de concentration, on sent que c’est plus travaillé, que l’auteure y a mis toute sa passion. C’est cette passion qui a rendu ma lecture passionnante. Du coup, d’un coté j’ai trouvé ça pas mal, et de l’autre impressionnant. Cela n’enlève rien à la valeur du roman et à cette histoire qui est tout de même fort bien construite. Tout cela me fait dire que Johana Gustawsson va nous offrir de formidables polars dans les années à venir. Car on sent qu’elle a la fibre, la volonté et le talent pour nous écrire des histoires inoubliables. Mais je m’avance un peu vite. L’intrigue, Suzie, parlons enfin de l’intrigue, nom de dieu ! Tu attaques ?

Suzie : Pour revenir sur l’écriture, on pourrait décrire cette dernière comme deux bulles de savon qui se rencontrent pour n’en former plus qu’une. Une, celle de l’histoire des camps, est un peu comme un rêve que ferait un des personnages. Lequel? Mystère. Alors que la vie ordinaire, l’époque contemporaine n’a pas besoin de cette recherche. Elle semble juste plus simple, ce qui va s’avérer trompeur. Il y a quelque chose que j’ai bien apprécié dans l’écriture de l’auteur, c’est l’utilisation d’expressions étrangères. Cela dépayse radicalement et on se sent toit de suite dans l’ambiance. Même si on peut avoir des difficultés en terme de lecture. Bon, revenons aux choses sérieuses. Après avoir discuté du contexte et des personnages, le coeur de ce roman reste l’intrigue. Comme beaucoup d’entre vous, chers lecteurs, le savent, je suis une addicte des histoires avec des serial killers. Plus c’est sanglant et complexe, plus ça me plaît. Dans cette histoire, je suis en manque d’hémoglobine. Je dirais plutôt s’il n’y a pas de sang, c’est qu’on la fait disparaître, ce qui revient au même. Contrairement à ce que l’on trouve le plus souvent, l’intrigue principale se localise dans deux pays : la Suède et l’Angleterre. Le lien se fait à la base par la disparition d’une jeune styliste en joaillerie qui ne revient pas à la date prévue d’un séjour en Suède. Mais, dès le premier chapitre, on attaque par le biais d’un enterrement un peu bizarre. De plus, on va apprendre que des meurtres d’enfants ont lieu en Angleterre dans le même lapse de temps. La question qu’on va finir par se poser est quelle est la corrélation entre une disparition et ces meurtres. Tout ce que je peux dire, c’est qu’on va avoir droit à un casse tête chinois. Et en plus, on rajoute une histoire qui se passe à la fin de la seconde guerre, il y a de quoi avoir mal à la tête. Mais, tout se fait en douceur. Je vous ai encore plus embrouillée? C’est le but. Tout ce que je peux dire sur l’intrigue, c’est qu’elle vous prend dans ses filets pour vous relâcher qu’à la fin du livre. Et, encore, pas vraiment car l’auteur donne un aperçu d’un des personnages qui va vous faire criser jusqu’à sa prochaine histoire. J’en grince des dents. Alors ce résumé, plutôt énigmatique, non? Et si on donnait notre avis sur ce roman, très cher?

Moi : Ne va pas si vite ! De mon coté, pour l’intrigue, je trouve que l’auteure y met beaucoup d’application. Il y a un peu la même méthode de déroulement de l’intrigue dans Reflex de Maud Mayeras. Pour un premier roman, c’est impressionnant. L’auteure a une façon bien à elle de nous donner quelques bribes avant de nous laisser impatients à la fin d’un chapitre. Il y a un peu de perversité dans cette construction. Pour ma part, j’ai trouvé cela un peu linéaire, pour ce qui concerne l’enquête des deux femmes. Et puis, le retournement de situation final est tout de même un grand moment. Totalement bluffant. Et effectivement, il va nous falloir conclure, chère Suzie, sinon, on va y passer des heures … enfin, des pages ! Ce que je te propose, c’est de donner envie de lire ce roman en UNE phrase. D’accord ?

Suzie : En une phrase, ça risque d’être dur. Il me faut au moins un paragraphe voire deux. Mais, bon, je veux bien essayer. Si vous voulez un très bon thriller qui vous prend aux tripes avec des homicides (condition sine qua none), du mystère, un duo de choc, un voyage dans le temps, un style percutant et une fin à prendre l’auteur en otage pour qu’elle nous livre la suite, lisez Block 46 et vous comprendrez pourquoi ce livre porte ce titre. A toi, maintenant, même exercice.

Moi : Bien vu ! Moi je dirai : voici un premier roman qui balaie large, et qui va plaire à tout le monde, les fans de thriller ou de serial killers, les fans de mystère à résoudre, les fans de roman historique, et tous ceux qui font un travail de mémoire pour que les camps de concentration ne voient plus le jour, à tous les humanistes, à tous ceux qui cherchent des personnages attachants, ce livre est pour vous et comme je n’ai droit qu’à une phrase, ma foi, ce livre est pour vous tous, c’est un très bon divertissement voire plus, qui vous oblige à prendre conscience des autres, c’est un livre passionnant parce qu’écrit avec passion. Bon comme tu le vois, j’ai mis beaucoup de virgules pour que ça tienne en une phrase. Je te remercie Suzie pour cette passionnante petite discussion et à bientôt sur Black Novel.

Suzie : Merci Pierre pour cette invitation et cet échange très intéressant. Bonne lecture à ceux qui liront ce roman, je pense qu’ils ne seront pas déçus et à bientôt.

Moi : Merci à toi Suzie. Tu es ici chez toi. Chiche qu’on en refait une autre ?

Suzie : Ça serait avec plaisir, Pierre. Merci pour l’accueil toujours aussi enthousiaste. Je me suis bien amusée dans ce challenge littéraire. A bientôt amis lecteurs.

Moi : Merci à toi Suzie et à bientôt

La chronique de Suzie : La défense de Steve Cavanagh (Bragelonne)

Pour cette découverte d’un nouvel auteur, nous avons été deux à lire ce roman, Suzie et moi. Comme son avis est bien meilleur que le mien, mieux écrit, mieux argumenté, je lui ouvre tout naturellement les portes de Black Novel. Je laisse donc la parole à Suzie :

Bonjour, amis lecteur, voici mon billet sur le livre « La Défense » de Steve Cavanagh.

Ancien escroc devenu avocat, Eddie Flynn a connu les deux carrières et décidé de ne plus plaider. Le chef de la mafia russe va pourtant l’y obliger : pour le convaincre d’assurer sa défense, il a enlevé sa fille et menace de l’exécuter. Détail supplémentaire : Eddie devra se présenter devant le juge avec une ceinture d’explosifs dans le dos.

Flynn a quarante-huit heures pour gagner le procès du siècle. Le FBI scrute le moindre de ses gestes. Pour un bon avocat, c’est presque mission impossible ; un simple arnaqueur baisserait sûrement les bras.

Mais on parle d’Eddie, là. L’adrénaline, il aime ça.

En lisant la quatrième de couverture de ce livre, j’ai tout de suite pensé au synopsis d’un film avec Johnny Depp dont le titre est « Meurtres en suspens ». C’est un film qui date de 1995 où le héros voit sa fille kidnappée et, pour la sauver, il doit tuer une personne, un politicien plus précisément.

Je suis donc partie avec un à priori négatif. Le truc qui m’a convaincu de lire ce roman est l’ancien métier exercé par le héros. Ce dernier est un ancien arnaqueur et non pas un simple quidam choisi dans la foule car il empêchait un skateur d’ennuyer sa petite fille.

Le récit commence donc comme décrit et on suit les aventures d’Eddy avec ses problèmes et ses flashes-back. Car il y a des flashes-back, tout au long du récit, qui peuvent dérouter le lecteur. L’auteur explique au fur et à mesure comment le héros en est arrivé à ce stade de l’histoire, ses affinités, ses rencontres et ce qui le disposait à devenir un escroc mais également un avocat car il faut être un arnaqueur repenti pour pouvoir amener un jury à vous suivre, du moins aux États-Unis. L’autre particularité de ce récit, c’est qu’il est raconté à la première personne. Ce qui peut être dérangeant ou pas selon.

Si vous avez survécu jusque là, vous apprécierez la suite car on va commencer à entrer dans le vif du sujet. La mise en place de l’histoire est assez longue et on ne comprend pas pourquoi l’auteur ne donne pas plus d’indications. Il faut persévérer dans la lecture, jusqu’au retournement de situation où la vision du héros et par là même, celle du lecteur, va changer et comprendre des aspects qu’on avait laissé de coté, voire même pas vu. Parce que l’auteur s’est fait plaisir en semant des indices dans le récit, indices dont le lecteur peut avoir du mal à comprendre l’utilité ou les oublier rapidement. Du coup, on se rend compte que ce qui paraissait si évident ne l’est plus du tout. Et qu’on avait tout faux dès le début. Et là, j’ai commencé à être vraiment captivée par le récit. Jusqu’à ce moment de l’histoire, j’étais juste curieuse.

Tout va commencer à s’accélérer, des alliances étranges vont voir le jour, les indices prendre un véritable sens jusqu’au dénouement final … explosif ;

En allant sur le site de l’auteur, il semblerait que ce tome soit le premier d’une série dont le héros serait Eddie Flynn. De plus, il semblerait que ce soit le premier roman de cet auteur, ce qui pourrait expliquer certaines maladresses dans le récit. Je me demande bien qu’elle sera la prochaine aventure de ce héros mi-arnaqueur, mi-avocat. Bonne lecture

De mort naturelle de James Oswald (Bragelonne)

Pour l’inauguration de sa nouvelle collection, Bragelonne nous propose la découverte d’un nouvel auteur, et un nouveau personnage récurrent, Tony McLean. Ce roman doit son succès outre-manche grace à sa vente en autoédition, et s’il ne m’a pas paru parfait, il est suffisamment intéressant pour me donner envie de poursuive l’aventure pour son prochain roman à paraitre bientôt.

Nouvellement promu au grade d’inspecteur à Edimbourg, Anthony McLean se lève ce matin là avec la volonté de bien faire. Quand il aperçoit un cordon de police dans une maison proche de chez lui, il songe à bien faire en visitant les lieux. C’est sa première rencontre avec son collègue Duguid (surnommé Dugland ; personnellement, j’adore !), à propos du meurtre horrible d’un richissime banquier Barnaby Smythe. Alors que McLean ne veut qu’apporter sa connaissance du quartier, Duguid voit en sa présence une concurrence désagréable.

D’un caractère bien trempé mais malgré cela respectueux de la hiérarchie, McLean est avant tout un excellent professionnel. Là où il imaginait un poste avec plus de responsabilités, il se retrouve surtout avec plus de paperasse et une équipe réduite à 2 personnes à diriger, Bob Laird et je tout jeune Stuart McBride.

McLean n’a pas le temps de souffler qu’on l’informe qu’on a retrouvé un corps de jeune femme sur un chantier. En fait, il s’avère que dans la cave, les ouvriers ont découverts un mur derrière lequel il y avait une chambre secrète. Le corps, qui date de quelques dizaines d’années a été mutilé et cloué sur une croix. Le corps semble avoir été remarquablement conservé. Puis, d’autres corps atrocement tués viennent s’ajouter au travail déjà considérable du poste de police. McLean va devoir démêler ce sac de nœuds.

Il semblerait que cette année, nous ayons droit à beaucoup de nouveaux personnages récurrents. James Oswald débute donc une nouvelle série avec un inspecteur dont on ressort avec plus de questions que de réponses. Et c’est bien là l’intérêt des séries à suivre. De ce point de vue, l’inspecteur McLean est suffisamment complexe pour donner de la matière dans les prochaines enquêtes.

A travers ce premier roman, on peut dire que James Oswald a de la suite dans les idées. L’intrigue est incroyablement complexe et incroyablement bien menée. Au début de ma lecture, j’ai trouvé ce roman lent. Je l’ai donc arrêté puis repris et je dois dire que j’ai bien fait de persévérer. Car ce roman s’avère un polar redoutable de par son scenario, avec de nombreux personnages fort bien décrits. Et on y trouve une petite touche de fantastique, qui vient agrémenter le tout. Pour un premier roman, c’est plutôt impressionnant, bien que cela eut pu être plus simple d’accès pour le lecteur lambda.

Dans les avis des amis Jean Marc, Claude Le Nocher ou Velda, on peut y lire des références à John Connoly ou Ian Rankin. De Rankin, James Oswald a la facilité de peinture des personnages et la complexité des intrigues. De Connoly, il a cette faculté de peindre des scènes angoissantes et très visuelles et il s’est approprié cette touche de fantastique. Ce premier roman, pour impressionnant et ambitieux qu’il soit, s’avère donc un premier épisode encourageant, suffisamment emballant en tous cas pour que l’on ait envie de continuer l’aventure avec l’inspecteur McLean.