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Ne me quitte pas de Mary Torjussen

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Benoit Domis

Il me semble que depuis quelque temps, les auteurs et plus particulièrement les auteures se penchent sur notre quotidien pour imaginer des intrigues dont le rebondissement apparait dans les toutes dernières pages. Et comme ces romans sont en général narrés à la première personne du singulier, rien de plus facile que de prendre le lecteur à rebours. Ce fut le cas de La fille du train de Paula Hawkins, et avant cela de Les apparences de Gillian Flynn. Plus récemment, le succès de Derrière les portes de BA.Paris, a donné lieu à plusieurs romans entrant dans la même catégorie, tels Mon amie Adèle de Sarah Pinborough, Sisters de Michelle Adams, ou Disparue de Darcey Bell. Alors, pour parler de ce roman, nous avons voulu avec Suzie, ma chroniqueuse invitée, faire une sorte de tennis du polar.

Bonjour Suzie, et bienvenue chez moi, mais tu connais déjà, n’est-ce pas ?

Bonjour chers lecteurs. Et, bonjour Pierre. Merci de m’inviter de nouveau. J’en profite pour sortir de ma chère cave et pour aller me chercher quelques provisions littéraires. Mais, surtout pour vous parler d’un nouveau bouquin que, entre nous, j’ai eu énormément de mal à lâcher. J’y pensais tout le temps et la fin …

Mais je vais laisser le maitre de maison lancer le débat.

Parlons un peu de cette nouvelle mode de situer les intrigues dans notre quotidien. D’un coté, avec un peu d’observation, il est facile de détourner des petits événements en grosses catastrophes. D’un autre coté, on risque de tourner un peu en rond. Dans le cas de ne me quitte pas de marie Torjussen, Hannah revient de Oxford où elle a réalisé une présentation remarquée. A tel point qu’on lui laisse envisager un poste de direction. Toute heureuse, elle rentre chez elle et là … Patatrac … L’homme de sa vie, Matthew a disparu. Plus fort encore, toutes ses affaires ont disparu, jusqu’aux tableaux qu’il avait accroché dans le couloir de l’entrée. Même ses mails, ses SMS ont disparu. Etonnant, non ? Cela m’inspire deux questions pour toi : Que penses-tu de cette mode ? Que penses-tu de ce début ? Et toc, retour en revers …

Je vais répondre à une question implicite qui est sous-jacente. Dans le domaine du fantastique, on peut considérer qu’un ouvrage appartient à cette catégorie lorsque le merveilleux fait une incursion dans le monde réel. En ce qui concerne les thrillers, on pourrait penser que ce type de situation est directement inspiré du fantastique. Excepté que lui substitue un événement traumatisant au lieu d’un événement fantastique. Enfin, il faut savoir qu’il existe de nombreuses disparitions pour lesquelles on n’a plus de nouvelles de la personne. Ces dernières ne sont pas aussi extrêmes que celle racontée dans cette histoire. Mais, cela reste perturbant. Je précise que je parle de disparition d’adultes.

En ce qui concerne ce que je pense de cette mode, rien n’est plus terrifiant que de se retrouver dans une situation qu’on ne pouvait pas anticiper. Et la disparition d’un membre de la famille proche voire de son compagnon ou de sa compagne entraîne un état de stress très important. D’ailleurs, le cerveau n’a plus la possibilité de se concentrer sur autre chose. Tout va donc se jouer au niveau psychologique. Pas besoin de rajouter des éléments horribles. Le cerveau les créée de manière implicite. Et, il n’y a rien de pire qu’un cerveau qui vous rend aveugle à tout le reste. Plus rien d’autre n’a d’importance? Vous passez en mode de résolution de problème avec un « pourquoi » inscrit en gros dans votre cerveau. Donc, c’est le meilleur moyen de faire peur à moindre frais. Encore faut-il savoir maîtriser cet environnement et entraîner le lecteur dans la direction choisie. Et, ça, c’est l’exercice le plus dur à faire. Tout va tenir dans le style de l’auteur.

Le début de cette histoire est assez hallucinant. On pourrait presque croire que l’auteur a poussé son personnage dans la série « la Quatrième Dimension ». La problématique est qu’elle ne retrouve aucune trace de son compagnon. Que les affaires de ce dernier est disparu, soit cela peut se comprendre. Mais que le protagoniste principal féminin ne retrouve plus de photo ou que ses affaires se situent exactement au même endroit, comme si de rien n’était, est machiavélique. Car, cela peut induire plusieurs choses : a-t-elle vécu dans un rêve éveillé pendant ces quelques années avec un traitement inapproprié ou il s’est vraiment passé quelque chose. De quoi faire tourner les lecteurs en bourrique.

Heureusement, il reste les autres personnages. D’ailleurs que penses-tu de l’héroïne et de sa meilleure amie?

Comme tu les dis, la disparition de Matthew va constituer le premier fait étrange de cette intrigue. Et Hannah va se retrouver à la recherche de repères, soit envers ses collègues de bureau, soit envers sa meilleure amie. Tous vont vouloir lui apporter leur soutien, mais à chaque fois, elle va être rattrapée par d’autres événements qui vont la perturber. Elle va en effet recevoir des SMS provenant d’un numéro inconnu qui laissent entendre que Matthew la surveille ou du moins qu’il est vivant. Cette première partie, sans vouloir dévoiler ce qui va se passer ensuite, est comme tu le dis une belle façon de faire monter le stress. Et c’est aussi un beau portrait psychologique d’une personne qui se retrouve du jour au lendemain seule. Elle perd ses ancrages envers sa vie quotidienne, ses repères. Et sa réussite professionnelle se retrouve reléguée au second plan. Une fois que Mary Torjussen a posé le décor qui entoure Hannah, elle va s’attarder sur la psychologie de Hannah qui va se renfermer sur elle-même car tout ce en quoi elle croyait vient de partir en poussière. Tu avoueras, Suzie, que ce que montre l’auteure, a de quoi effrayer, toutes ces possibilités de pirater des comptes, d’envoyer des SMS anonymes, de torturer à distance quelqu’un. Heureusement, tout ceci n’est que de la fiction …

De la fiction, de la fiction, c’est vite dit.

Si vous réfléchissez bien. Est ce que vous avez déjà vécu la situation où un mail ou un sms ont soudainement disparu de votre messagerie ou de votre téléphone? Et de vous retrouver en train de tourner en rond car vous le ne retrouvez plus? En ce qui me concerne, à chaque fois, je deviens chèvre. Et si vous élargissez cette situation à l’ensemble de votre messagerie, sms, profils de réseaux sociaux, etc, il y a de quoi devenir dingue.

En lisant l’actualité, on peut constater que le piratage est en train de devenir un danger au quotidien. A travers l’ouverture de mails ou de sms vérolés, vos données peuvent disparaître d’un seul clic, vous pouvez être pris en otage et vous ne pouvez, dans la plupart des cas, rien y faire.

En revanche, ce qui est perturbant, et qui est une forme de torture, c’est de recevoir des appels ou des sms anonymes. C’est d’ailleurs le fond de commerce de nombreux films d’horreur où le téléphone devient un ennemi visible et menaçant. On ne sait pas comment y faire face car il reste là, immobile à attendre. Une autre torture psychologique qui peut être utilisée est de vous faire douter de votre propre santé mentale par différents moyens dont le plus simple est le changement de place d’objets quotidiens. Cela vous est peut-être déjà arrivé de bouger certains objets et d’oublier par la suite de l’avoir fait. Dans certains cas, on pourra demander à un membre de la famille s’il est à l’initiative du fait. Dans d’autres cas, on ne pourra que s’accuser de posséder une mémoire de poisson rouge, voire avoir un double maléfique, une espèce de Mister Hyde si les faits persistent. De quoi douter de la réalité dans laquelle on vit.

Mais, revenons à nos lamas. Que pensez vous que mon très cher hôte pourrait vous dire sur les différentes intrigues de cette histoire?

Si nous abordons les différentes intrigues de cette histoire, je l’imagerais bien comme un arbre. Nous avons le tronc qui est le personnage de Hannah, qui sert de point central, et en cela, la forme de l’écriture est bien faite pour cela. C’est elle qui est au centre, c’est elle qui parle, c’est elle qui nous fait ressentir ses émotions. Du tronc, partent différentes branches, que l’on pourrait classer en trois catégories : Tout d’abord les amis proches Katie et son compagnon James qui sont toujours présents pour Hannah. La deuxième concerne l’environnement professionnel avec Sam, le collègue de travail ou Lucy l’assistante qui mettent inconsciemment et incontestablement une pression d’enfer. Enfin, il y a les voisins Sheila et Ray. Ce que j’ai apprécié c’est cette narration qui plonge le lecteur dans le personnage de Hannah, avec toute la subjectivité que cela implique. Comme nous ne voyons que par les yeux de Hannah, nous ne pouvons imaginer la réalité de ce qui est autour. Et d’ailleurs, je trouve que l’auteure joue beaucoup avec cette situation, jusqu’à nous concocter un final auquel nous ne pouvons pas nous y attendre. Chère Suzie, si tu devais argumenter pour que les visiteurs de mon blog se jettent dessus, quel serait ton avis ?

C’est une question dure, très cher Pierre. Bon, je vais me lancer. Revenons à la base de l’intrigue. Vous rentrez et les affaires de la personne avec qui vous vivez, ont disparu. Tout est revenu dans un état initial, comme si cette personne n’avait jamais existé que ce soit sa décoration, ses affaires proprement dites, ses photos, les SMS ou mails échangés. Plus rien n’existe. Il y a de quoi devenir fou. Ai-je tout inventé ou me joue-t-on un tour maléfique ? Avec ce postulat de départ, cela m’a tout simplement intrigué. Je me suis mise à la place de l’héroïne. Que ferais-je dans cette situation ? Qui préviendrais-je ? Déjà que lorsque j’égare un objet, c’est l’enfer pour le retrouver. Alors, si je devais me retrouver dans la même situation qu’Hannah, je n’ose même pas imaginer ma réaction. Rien que cet aspect de la quatrième de couverture intrigue. Et, si … De plus, le personnage d’Hannah comme l’expliquait notre cher hôte est l’ossature de l’intrigue : sa manière de réagir à la situation, au boulot, au stress que cela engendre. Cela est suffisamment cohérent pour s’identifier à la situation. Enfin, il y a la relation avec les autres protagonistes. On a l’impression que tout est clair, que la vie est un long fleuve tranquille. Et patatras, tout s’écroule alors qu’on pensait atteindre le sommet. Vous verrez que l’eau n’est pas aussi claire qu’on pourrait le penser. Mais, ce n’est pas tout. Il y a surtout l’ambiance psychologique et ce jeu avec la mémoire que ce soient des protagonistes ou des lecteurs. Combien de fois vous est-il arrivé de faire les choses machinalement et de ne plus vous en souvenir ? Tels que fermer la porte de votre appartement, maison ou de votre voiture, mettre ses lunettes de vue sur son nez, etc… Du coup, est-ce vous ou y a-t-il anguille sous roche ? L’auteur va vous mener par le bout du nez jusqu’au final. Et quel final inattendu. Vous ne pourriez même pas l’imaginer.

Donc pour résumer, c’est un livre à lire car il vous tiendra en haleine jusqu’au bout et il pourrait même vous surprendre. L’intrigue de départ est juste machiavélique. L’atmosphère mise en place par l’auteur risque de vous rendre dingue. Cela a été mon cas. Les protagonistes sont justes même si une fausse note devrait vous orienter. Enfin, pour la dernière phrase qui est juste à croquer.

C’est difficile de donner un avis sur ce type de roman sans vous en dévoiler trop. J’espère que j’ai suffisamment titillé votre curiosité pour que vous lisiez ce livre. Je me demande ce que donnera son prochain roman. Une chose est sûre, je le lirai.

Mais, que pense notre hôte sur le sujet ? Je lui laisse la parole. Balle de match

Je m’incline, tu as gagné notre match de tennis, chère Suzie. J’ai aussi été particulièrement impressionné par ce roman, qui exploite à fond la subjectivité des faits, en rédigeant ce roman à la première personne. Incontestablement, Hannah et donc nous lecteurs sommes intrigués et surpris par la situation. Le stress monte, les événements finissent par devenir harcèlement moral et on est en droit de se dire que quelqu’un veut la rendre folle ou bien elle l’est vraiment. C’est d’autant plus surprenant que c’est un premier roman et qu’il est remarquablement maitrisé. Je dois juste avouer que vers le milieu du roman, comme il ne se passe rien de nouveau, je l’ai trouvé un peu bavard. Mais les 100 dernières pages nous renversent comme une crêpe. Car l’auteure dévoile un final inattendu et je me suis aperçu qu’elle avait parsemé son livre d’indices que je n’avais pas vu. C’est le genre de roman où on se laisse prendre, on se laisse mener par le bout du nez, et c’est le genre de roman qu’on a envie de relire, rien que pour retrouver les indices qui sont cachés dans les pages précédentes. Et comme toi, je serai au rendez vous du prochain roman de Marie Torjussen. Je ne peux que te remercier pour ce petit match et j’espère que tu reviendras bientôt parmi nous pour parler polar stressant !

Merci très cher Pierre de m’avoir de nouveau invitée pour discuter thriller. Je m’en retourne dans ma cave lire d’autres merveilles. A bientôt.

A bientôt, Suzie. Quant à vous, lecteur fidèle ou simple visiteur occasionnel, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Et n’oubliez pas le principal, lisez !

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Sisters de Michelle Adams

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Nicolas Jaillet

Je vous propose un premier roman anglais, pour changer. Sisters est un pur roman psychologique sous haute tension, laissant planer le doute du début à la fin. Voilà donc une excellente lecture estivale.

Elle s’appelle Irène, mais tout le monde l’appelle Rini. Ce matin-là, allongée à coté d’Antonio, son compagnon, elle est réveillée par son téléphone. Elle aurait préféré ne pas décrocher quand elle entend la voix qui lui parle. C’est sa sœur Eléonore, dit El. Cela fait plusieurs années qu’elle cherche à lui échapper, à s’éloigner d’elle. El lui annonce que leur mère est morte.

Irène vit à Londres. Elle est docteur anesthésiste dans un hôpital. Elle a été abandonnée à l’âge de trois ans par ses parents, qui l’ont confiée à leur tante Jemami. Il est peut-être temps de découvrir, à 33 ans, la raison de cet abandon. Elle réserve un billet pour Edimbourg, alors qu’Antonio, toujours prévenant, lui conseille d’aller à l’enterrement, ne serait-ce que pour saluer une dernière fois sa mère.

A l’aéroport, El l’attend. Elle est toujours aussi belle, comparée à elle qui est boulotte et qui boite, la faute à cette grave blessure qui a imprimé deux grandes cicatrices sur l’aine. Alors qu’Irène veut aller à l’hôtel, El lui annonce qu’elle dormira dans leur propriété à Horton. El est joyeuse, volubile, alors que leur père ne lui adresse pas un mot. Dans cette grande demeure, l’ambiance est glaciale. Irène va tout faire pour reconstituer son passé.

Pour un premier roman, c’est une formidable réussite. On entre tout de suite dans le vif du sujet, puisque cela démarre par le coup de fil d’Eleonore et dès le deuxième chapitre, cela m’a accroché avec une simple phrase de Rini : « Je suis sûre que c’est El qui l’a tuée ». On pourrait penser que l’auteure prendrait son temps pour installer la psychologie des personnages. Il n’en est rien : elle décide de rentrer dans le sujet et cette célérité va rapidement nous mettre mal à l’aise.

Car on a vite compris que Rini a été confiée à sa tante pour éviter la folie violente de sa sœur. Pourtant, Rini attend qu’El pète les plombs, et c’est avec une grande appréhension qu’elle va passer quelques jours avec elle. Et en fait, elles vont faire un peu la fête jusqu’à l’enterrement voire après. Et Rini va insister pour découvrir pourquoi elle a été abandonnée. Quant au lecteur, il va se rendre compte que rien n’est aussi simple qu’il n’y parait. Car Rini s’avère aussi un personnage plus trouble qu’on ne peut le laisser paraitre, moins lisse que ce qu’elle montre.

Avoir choisi la première personne du singulier pour raconter cette histoire est une excellente idée, puisqu’elle avait besoin de subjectivité pour cette intrigue, en ne montrant qu’un seul point de vue. En ajoutant quelques souvenirs, sous forme de flash-back, cela ajoute de l’épaisseur à la psychologie des personnages. Michelle Adams a bien intégré les codes du genre jusqu’à une solution que nous n’aurions pas pu deviner. Et il y a ce style, d’une simplicité apparente, fait de courtes phrases, qui ajoute une sorte de tension dans la lecture qui ne mollira tout au long du roman. Ce roman s’avère une belle découverte, qui attise ma curiosité quant à son deuxième roman. A suivre !

La chronique de Suzie : Les sanctuaires du mal de Terry Goodkind

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Jean-Claude Mallé

Suzie est de retour ! Il faut savoir que c’est une experte en littérature Fantasy. Alors, quand j’ai appris que Terry Goodkind sortait un thriller, je ne pouvais que lui demander son avis. C’est fort gentiment qu’elle a accepté ma demande, et à cause de son avis, je vous assure que j’emmènerai le roman de Terry Goodkind en vacances !

Je lui laisse donc la parole :

Bonjour amis lecteurs,

Me voici, de nouveau, hors de ma cave pour deux raisons : tout d’abord pour m’approvisionner en bouquins, denrée importante et toujours fluctuante. Ensuite, à l’invitation de Black Novel, je vais vous parler d’un nouveau livre qui vient de sortir chez Bragelonne. Ce bouquin, c’est « Les Sanctuaires du Mal », connu également en anglais sous le nom de « Nest » paru aux Etats-Unis en novembre 2016.

La dernière fois que j’ai émergé de ma cave, j’avais pu vous parler du deuxième tome de Johanna Gustawsson « Mör ». On va continuer avec ce nouveau thriller. Pour les fans de fantasy, l’auteur n’est pas un inconnu, c’est même un phénomène. Il a écrit une des séries majeures dans le domaine : le cycle de l »Épée de Vérité » en quinze volumes auquel il faut rajouter deux préquels. Dans ce cycle, on peut y insérer son premier thriller, si l’on peut dire, dont le nom est « La Loi des Neuf » et qui reste rattaché au cycle, bien que l’histoire se passe dans un univers différent.

Mais revenons à nos moutons. Si vous lisez le synopsis de la quatrième de couverture, vous aurez l’impression de tout connaitre de l’histoire. Cela serait une erreur fatale car il y a beaucoup plus, derrière cette histoire, qu’une simple vision du mal. J’y reviendrai un peu plus tard.

Le choix de l’éditeur français est intéressant sur le choix de la couverture. Sur la version anglaise, la couverture de « Nest » tourne autour de cette vue du mal et celle-ci est illustrée par un œil, unique, grand ouvert qui a l’air de donner accès à des informations informelles ou de mettre une pression sur le potentiel lecteur. Une des impressions données, me semble-t-il, est « je te vois ». Pour la version française, on va se retrouver dans un tunnel avec, semble-t-il, une silhouette de femme qui suit ou est suivie par une deuxième ombre et qui croise une voiture, tous projecteurs allumés. Du coup, cette couverture génère une sensation d’angoisse qui est accentuée par le titre de l’ouvrage. Titre particulièrement bien choisi car l’histoire va porter sur ces sanctuaires du mal. Comment ? Ça, c’est quelque chose que je vous laisse découvrir.

Si nous nous intéressons à l’histoire, on va faire la connaissance d’une jeune femme, tranquille et sans histoires, Kate Bishop, qui va se découvrir un don à la suite du décès de son frère qui lui disait tout. Enfin, tout, pas vraiment. Suite à ce fait, elle va rencontrer un inspecteur bien sous tous rapports avec une conception pratico-pratique de la justice. Ce dernier va l’entraîner dans un monde qu’elle ne faisait qu’apercevoir jusqu’à sa rencontre avec Jack Raines.

L’histoire va se diviser en plusieurs intrigues : une qui concerne Kate, une autre Jack et une troisième sous-jacente qui lie les deux autres et s’avère être l’intrigue principale. L’auteur va faire une démonstration du monde actuel à travers un prisme assez particulier qui pourrait expliquer beaucoup de choses. Ce prisme va conditionner l’état d’esprit des protagonistes principaux et leur démontrer qu’ils n’ont qu’une seule voie pour survivre, voire vivre.

Comme souvent, dans ses livres précédents, l’auteur met ses héros face à des décisions très difficiles à prendre et qui changent totalement leur mode de pensée et de vivre. Vous allez le comprendre particulièrement avec le comportement de Kate qui, bien qu’elle ait des prédispositions et que celles-ci soient expliquées, tourne complètement casaque, une fois ces nouveaux schémas de pensées intégrées.

Fan de Fantasy, je connais (très bien !) l’auteur à travers ses livres précédents. Me faisant systématique attrapée, je le redécouvre toujours avec un grand plaisir. Lorsque j’ai su que son prochain bouquin serait un thriller complètement déconnecté de son cycle précédent, j’ai sauté de joie et je n’ai pas été déçue. Tout d’abord, impossible de lâcher l’intrigue avant la fin qui malheureusement m’a laissée sur des charbons ardents. Ensuite, le prisme que propose l’auteur pour expliquer ses différentes thèses a été renforcé par une conférence sur la sensibilité de l’information avec des exemples qui semblent hallucinants. C’est à se demander si c’est la réalité. Du coup, cela m’a plongé dans une réalité qui pourrait être possible. Juste pour dire que cette histoire m’a fascinée du début à la fin et qu’elle pousse à analyser le monde dans lequel on vit sous un autre angle. Spécialiste des scènes de tortures, il y a deux scènes qui m’ont fait un peu tiquer mais qui passent rapidement. Ah, j’allais oublier ! Le début de l’histoire semble également incompréhensible de prime abord mais c’est pour mieux nous appâter et nous retenir par la suite. Enfin, il semblerait que ce livre soit appelé à avoir une suite mais je vous laisse en juger.

Sur ces bonnes paroles, je vous abandonne et retourne m’immerger dans la cave avec mes provisions. J’espère que ce livre vous plaira. A bientôt

 

Quatrième de couverture :

Quand son frère John est brutalement assassiné, le monde de Kate Bishop s’écroule : elle a échoué à sauver cet être si sensible qui voyait le mal partout. Et si sa mort était la preuve qu’il avait raison ? Impliquée malgré elle dans l’enquête, Kate découvre qu’elle partage ce don : d’un regard, elle sait reconnaître les tueurs. Jack Raines, un spécialiste du « dark web », prétend pouvoir la protéger. Mais Kate n’a qu’une envie : fuir. Car si elle peut voir le mal, le mal la voit aussi… et les yeux de Jack Raines ne lui disent rien qui vaille.

La chronique de Suzie : Mör de Johanna Gustawsson

Editeur : Bragelonne

Sur Black Novel, on aime Johana Gustawsson … et on n’est pas les seuls. Suzie, ma chroniqueuse invitée, est de retour pour parler de Mör, son dernier en date. D’ailleurs, ça faisait un petit bout de temps que tu n’étais pas venue, hein, Miss Suzie ?

Je lui laisse la parole :

Bonjour a tous. Cela fait un moment que je ne suis pas venue vous voir avec un billet. Trop de livres à lire et pas assez de temps pour le faire, et donc entre vous écrire un billet et lire, j’ai choisi de lire. Mais, j’ai décidé de sortir de ma cave pour vous parler d’un deuxième roman.

Souvenez-vous, en octobre 2015, Bragelonne publiait le premier roman d’un auteur dont l’intrigue se promenait entre deux lieux et deux époques. D’ailleurs, nous avions fait un billet à deux sur le sujet. La voici donc de retour avec une nouvelle aventure s’intitulant « Mör ». Cette dernière vient de sortir mercredi !

Nous allons donc retrouver notre profiler préféré, Emily Roy qui doit enquêter sur l’enlèvement d’une actrice devant son domicile. Affaire qui ressemble, à se méprendre, à celle d’un tueur en série qui attend tranquillement son heure. En plus, il est responsable de la mort du compagnon de l’écrivain Alexis Castells. De quoi perturber la psyché de cette dernière ainsi que sa nouvelle relation.

Comme dans le premier opus, l’auteur mêle deux périodes temporelles différentes. Dans le premier volume, l’histoire commence en pleine Deuxième Guerre Mondiale, avec les camps de concentration et ses conséquences sur les protagonistes de l’histoire en cours. Alors que dans ce tome, l’auteur va s’intéresser au quartier de Whitechapel et à l’histoire de Jack l’Éventreur. Cette dernière aura-t-elle une incidence sur l’affaire en cours? Je vous laisse le découvrir.

Autant dans le premier tome, l’auteur nous mettait face aux faiblesses de ses héroïnes, autant dans celui-ci, elle va dévoiler un coin de l’histoire. Car, dans certains cas, il faut revenir dans le passé pour pouvoir avancer.

Le rythme ne change pas, constitué par des chapitres courts qui nous emportent d’un point à un autre de l’Histoire et nous faisant changer régulièrement de continents. Aux protagonistes du premier opus vont se rajouter des protagonistes principaux dont un personnage féminin qui devrait être récurrent. D’ailleurs, par beaucoup de points, elle ressemble à Emilie avec une personnalité qui lui est propre. Lors d’une interview via les médias, l’auteur a donné la raison du choix du titre qui, avec ou sans tréma, ne signifie pas la même chose. D’ailleurs, si vous lisez la quatrième de couverture, vous comprendrez pourquoi.

Comme beaucoup de personnes, j’avais hâte de pouvoir retrouver Alexis et Emily dans de nouvelles enquêtes. Surtout que l’auteure nous avait abandonné sur les fameuses boites noires d’Emily qui m’ont fait rager. Ayant beaucoup aimé le premier tome et étant une fan des histoires sur Jack l’Éventreur, j’ai dévoré le roman pour connaitre la fin.

La fin??? Il faut que je vous avoue une chose. Même si je ne devrais pas, j’aime connaitre la fin rapidement et suivre le cheminement jusqu’à celle-ci. Du coup, je suis allée lire quelques pages pour me faire une idée. Comme j’ai mal choisi, je ne me suis pas spoilée. J’ai découvert de nouveaux personnages dont une qui, j’espère, vous devriez aimer.

Il y a une scène que j’ai particulièrement appréciée entre Emily et une tasse de thé un peu spéciale. Sinon, je m’attendais à quelque chose dans le même style que le premier volume et je me suis retrouvée retournée comme une crêpe. Je ne m’attendais pas à ce genre de scène. Autant certains points étaient évidents, autant d’autres m’ont surprise. Et comme certains le savent déjà, un troisième tome est déjà prévu et il se déroulera dans le pays natal des parents d’Alexis : l’Espagne. Il faudra juste être patient.

La maison de Nicolas Jaillet

Editeur : La rue du départ (2013) ; Bragelonne Thriller (Format poche)

Découvert avec Nous, les maîtres du monde, un roman de super-héros dont je garde un fantastique souvenir de la fin, j’avais raté ce petit roman à sa sortie. Les éditions Bragelonne ont eu la bonne idée de le ressortir pour lui donner une visibilité plus grande. C’est un roman d’une rare subtilité, d’une incroyable douceur.

Quatrième de couverture :

« Deux heures de lecture gravées à vie dans votre mémoire. » Emmanuel Delhomme, France Inter

« Une merveille. Un livre incandescent. » Gérard Collard, Librairie La Griffe Noire

En robe blanche, son bouquet à la main, Martine sait qu’elle n’aimera jamais Jean, l’homme triste et violent qu’elle vient d’épouser. Mais en elle, une graine est en train de germer. Pendant des années, elle survit à son quotidien et élève leur enfant. En silence, avec une audace et une obstination extraordinaires, elle prépare son évasion.

En bonus, deux histoires inédites

La Robe : Entre eux, c’est devenu un rituel : pour leur anniversaire, elle remet sa robe de mariée. Leurs amis les envient. Samuel et Sandra vivent un conte de fées…

La Bague : Une femme caresse une bague à son doigt. Dans le train, un homme observe le visage de cette grande amoureuse changer…

Mon avis :

D’une photographie, prise le jour de son mariage, on devine la joie, les tensions et une femme triste. Elle va subir les coups, les harcèlements mais va garder intact son rêve, qu’elle cultive et qu’elle garde pour elle seule dans le débarras de la maison.

Avec seulement 120 pages, ce court roman est fait de polaroids pour construire l’histoire d’une vie, de deux vies en fait, puisque le narrateur va nous raconter ses racines, ses origines, celles de sa mère. Chaque scène est comme une feuille posée sur une pelouse, aussi légère que l’air et ballottée par les turbulences. Ce portrait de femme est fondant, impressionnant de courage, de volonté.

On ne peut que fondre devant ces horreurs racontées ou esquissées et être empli de rage impuissante pour cette femme qui va subir les pires outrages de son mari. Elle va patiemment emplir son rêve de peut-être, possibles, à force de ténacité. Je n’aurais qu’un mot : Magnifique !

Ce roman est accompagné d’une formidable préface de Marcus Malte et agrémenté de deux nouvelles tout aussi subtiles.

220 volts de Joseph Incardona

Editeur : Fayard (grand format). Bragelonne – Milady (Format poche)

Quelle riche idée de la part des éditions Bragelonne de rééditer le roman de Joseph Incardona qui flirte entre le polar et le fantastique. Voilà une bonne occasion aussi de découvrir cet auteur qui a reçu le Grand Prix de la Littérature Policière l’année dernière avec Derrière les panneaux, il y a des hommes.

Ramon Hill est un auteur de thriller qui, avec son deuxième roman, a connu un grand succès. Son éditeur a alors décidé de rééditer son premier roman et maintenant, tous ses fans attendent son prochain opus. Son troisième roman, donc, est en pleine écriture … mais arrivé au chapitre 43, Ramon Hill est victime du syndrome de la page blanche. Impossible de produire la moindre ligne. Il se retrouve avec son héros bloqué en plein milieu du désert, dans des sables mouvants.

Sa situation familiale s’en ressent. Margot, sa femme, décide de faire un geste et lui propose d’aller en villégiature dans la ferme de ses parents, perdue au milieu des montagnes.  Ils laissent donc les deux enfants aux beaux-parents à 300 kilomètres de là et partent s’isoler en pleine nature. Mais rapidement, la situation dégénère et les ressentiments de l’un vis-à-vis de l’autre vont ressurgir. La tension monte, la situation devient proprement intenable et Ramon est victime de son allergie.

Jusqu’à ce qu’en réparant une prise électrique, Ramon frôle l’électrocution. A la suite de cet événement, Ramon devient un autre homme, qui n’est plus malade, et qui est capable à la fois de donner du plaisir à sa femme et de continuer son roman … jusqu’à ce qu’il retrouve le chat familial, mort sur le pas de la porte.

De nombreux auteurs ont approché le thème de la page blanche, et cette servitude que certains ressentent envers la création de leur œuvre. Parmi ceux dont je me rappelle, on peut citer l’inoubliable Le festin nu de William Burroughs, Echine de Philippe Djian, ou bien Maison fondée en 1959 de Michael Mention, sans oublier quelques romans de Stephen King ou de Jean Paul Dubois. Joseph Incardona prend donc ce thème pour démarrer son roman, et surtout, l’utilise pour planter le décor avant de changer totalement de direction.

A partir du tiers du roman, on part dans le fantastique et le clin d’œil au Maître Stephen King est de plus en plus appuyé. Cela permet de relancer une mécanique et surtout de rendre son livre, à partir de ce moment là, totalement addictif. Puis arrivent les drames et Ramon Hill se retrouve dans la position de son héros de roman, dans une situation inextricable dont il va devoir sortir.

Avec son style direct et limite agressif qui colle bien à l’histoire, l’auteur (dont j’avais adoré Trash Circus), nous livre un roman à la limite des genres dont on a l’impression qu’il hantait son esprit. Il nous le livre dans l’urgence et on ressent tout le plaisir et la nécessité qui l’ont animé pour écrire ce roman qui, au-delà de son aspect divertissant, se révèle un roman plein de suspense non dénué de réflexion sur la création et la relation d’un auteur à son œuvre. Voilà un roman prenant, passionnant que je vous recommande très fortement.

 

Le livre des âmes de James Oswald

Editeur : Bragelonne

Collection : Thriller

Traduction : Jean Claude Mallé

Nous avions découvert James Oswald avec De mort naturelle. C’était un roman qui nous introduisait un nouveau personnage de flic, domicilié à Edimbourg, nommé Anthony McLean. L’intrigue du roman oscillait entre roman policier et roman fantastique. C’est encore le cas pour cette deuxième enquête.

Noel s’approche à grands pas, et le temps devient pluvieux et gris, à l’image de l’humeur de l’inspecteur Anthony McLean, qui est encore considéré comme un petit jeune, depuis sa promotion. Cette période festive rappelle de mauvais souvenirs à McLean puisque c’est à cette période que sa fiancée a été assassinée par un tueur en série, douze ans plus tôt. Heureusement, il a fort à faire en ce moment.

L’équipe de McLean est chargée de débusquer un gang de trafiquants de marijuana qui sévit en ce moment à Edimbourg. Un indic leur fournit une information, mais la perquisition est un fiasco. C’est une bonne occasion pour Duguid (surnommé Dugland et concurrent de McLean) de se foutre de sa gueule. Il y a aussi ces incendies étranges, qui se déclenchent dans des sites appelés à être rénovés, mais on ne comprend pas comment le feu démarre.

Quand on découvre le corps d’une jeune femme égorgée dans une rivière, tout le monde pense que le Tueur de Noel, celui qui a tué la fiancée de McLean est de retour. Sauf que Anderson, le tueur en question, vient d’être assassiné en prison. McLean se croit obligé d’assister aux funérailles, même s’il ne croit pas aux fantômes et autres morts-vivants. Mais s’agit-il vraiment d’un copieur ?

Je dois dire que si j’ai lu ce roman, c’est bien parce que j’ai senti des qualités dans le premier, et la curiosité a fait le reste. Je dois dire que pour un deuxième roman, c’est tout de même très maitrisé. Les chapitres se lisent les uns derrière les autres, et la simplicité du style alliée aux rebondissements et à l’intérêt que l’on porte au personnage principal, tout cela fait que le lecteur que je suis a avalé le roman en trois jours.

Il faut dire qu’on y ressent des améliorations dans la description des scènes, que le rythme est plutôt lent, avançant à la vitesse de l’enquête, et surtout, la démarche des enquêteurs est logique et du coup, ils n’apparaissent pas comme des super-héros qui devinent les mystères auxquels ils sont confrontés. On en apprend un peu plus aussi sur Tony McLean, sur son passé et on le sent plus sur de lui, surtout face à Dugland, et on a droit à des joutes verbales jouissives pour peu que l’on s’attache à ce personnage particulier.

Ce que j’apprécie aussi dans ce roman, c’est ce mélange des genres entre roman policier, thriller et fantastique. On a droit tout au long du livre à des questionnements, à des incertitudes : on se demande si Anderson n’est pas encore vivant, si on n’a pas à faire avec un livre maléfique, et que dire de ces incendies spontanés ?

Il est donc inutile de vous dire que j’attends encore plus du prochain roman. J’aimerais une intrigue aussi costaude, un style rapide et la poursuite de la découverte de Anthony McLean. Et si James Oswald me lit (on a le droit de rêver) j’aimerais que l’aspect fantastique soit plus fouillé, mis en avant, car cela rajouterait à mon avis une touche de mystère supplémentaire. Dans celui-ci, le fantastique est tout juste abordé et j’aurais aimé que cela soit plus fouillé, car cela aurait pu être une cause de frissons. En tout état de cause, je suis partant pour la troisième enquête.