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No problemo d’Emmanuel Varle

Editeur : Lajouanie

Alors que j’avais adoré son précédent roman, Dernier virage avant l’enfer, j’étais passé au travers de la sortie de son dernier roman en date. Heureusement, l’auteur m’a gentiment signalé sa sortie et voici donc mon avis.

Ils sont deux et n’ont a priori rien à voir l’un avec l’autre. José et Romuald se rencontrent et décident de monter ensemble un casse.

Romuald a décidé de quitter le domicile familial très tôt, et tombe dans la drogue. Un psy le sauve et lui fait découvrir la boxe. Mais un jour, il rate un entrainement, puis refuse les sacrifices et les concessions demandés par ce sport. Retombant dans le drogue, il s’en sort avec de petits larcins, jusqu’à sa rencontre avec José et cette idée de larcin apportée comme sur un plateau par son nouvel ami.

José a suivi sensiblement le même trajet. Ses parents étaient employés pour s’occuper d’une belle résidence appartenant à un auteur de thrillers connu, James Blisdane. C’est parce qu’il a passé son enfance dans cette propriété qu’il envisage de la cambrioler. Il sait qu’il y a un coffre-fort plein de lingots d’or. Cela va donc être un casse facile. « No problemo », n’arrête-t-il pas de répéter. Ils investissent donc la propriété mais la première personne à se présenter à la porte n’est pas l’écrivain de renom … et les surprises ne font que commencer.

Même s’il est découpé en une vingtaine de chapitres, l’intrigue suit trois parties : la préparation du casse, le déroulement du casse et enfin la fuite après le casse. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que malgré un plan classique, ce roman bénéficie d’une plume simple et agréable à suivre. Ce qui veut dire qu’une fois que l’on a commencé à ouvrir le livre, on se dépêche de le finir pour savoir comment tout cela peut terminer.

Le style de narration de l’auteur se veut direct, très factuel, distant par rapport à ses personnages principaux. A la limite, José prend toute la place et Romuald se retrouve au second plan, bien que le premier chapitre lui soit consacré. Par contre, les autres personnages secondaires qui vont traverser cette histoire sont passionnants, voire caustiquement drôles, dans un roman où le ton se veut sérieux.

Car du casse initial qui doit se dérouler sans problème, de nombreux événements vont venir perturber la mécanique huilée prévue au départ. Et là où un Westlake en aurait fait un roman humoristique, Emmanuel Varle en fait un roman sérieux, et donc un polar plutôt classique. Et du coup, il m’a manqué un zeste de psychologie sur le passé de José et un meilleur équilibre entre les personnages. Mais rien que pour les autres personnages secondaires (le nègre, la femme de ménage et surtout l’institutrice de la fin), ce roman s’avère un bon divertissement.

Salut à toi, ô mon frère de Marin Ledun

Editeur : Gallimard – Série Noire

Après un séjour chez Ombres Noires Flammarion pour cinq romans fabuleux, Marin Ledun change de style et de maison d’édition pour un roman plus léger, ancré dans notre monde d’aujourd’hui. Une lecture distrayante et intelligente

La couverture présente le visage d’une jeune femme à l’envers, ayant les cheveux teints en rose. Elle s’appelle Rose et est l’aînée dans une famille nombreuse et originale et révoltée, voire rebelle.

« Un père, une mère et leurs six enfants. Deux filles, quatre garçons. Une équipe mixte de volley-ball et deux remplaçants, ma famille au grand complet. Neuf en comptant le chien. Onze si l’on ajoute les deux chats ».

Voilà une famille « normale », la famille Mabille-Pons. Si ce n’est que la mère est infirmière, le père clerc de notaire. Ils ne sont pas mariés car Adélaïde ne veut pas se conformer aux règles de la société. A cela s’ajoute six enfants, trois naturels, trois adoptés de pays en difficulté, dont Gus, le petit dernier, qui est un petit colombien.

Un matin, toute la famille se réveille et se prépare pour aller au travail. Gus manque à l’appel. Son lit qui n’est pas défait montre qu’il a découché. Peu après, on apprend qu’il est recherché pour le braquage d’un bureau de tabac qu’il aurait réalisé avec deux complices. Et voilà Rose, coiffeuse de son état, lancée dans cette enquête mais aussi témoin d’un monde de fous.

Clairement, ce roman n’a rien à voir avec les romans noirs précédents de Marin Ledun. Le ton y est léger, humoristique et vivace. Au premier plan, on y trouve évidemment le portrait d’une famille un peu foutraque, en rupture de ban d’une société qui veut ranger les gens dans des cases étiquetées. Chacun des personnages ont leur propre vie, leur propre psychologie, et Rose va nous décrire cette vie, entre révolte et mal-être liés à son âge. Je mettrais une mention spéciale à Adélaïde, mère courage, toujours en opposition avec la société et ses règles figées, prête à défendre ses enfants envers et contre tous.

De cette histoire simple, Marin Ledun nous montre tout le ridicule de cette situation mais aussi tous les travers auxquels on ne fait plus attention. On y parle de la position des femmes que l’on néglige ou n’écoute pas (les flics ne veulent parler qu’au père), du racisme ordinaire (Gus est forcément coupable puisque sa couleur de peau est trop foncée pour être honnête) mais aussi du clivage jeune – vieux (plus que jamais, dès qu’il y a un problème, c’est de la faute des jeunes).

L’intrigue, comme cette famille, est anarchique et passe au second plan, puisque c’est bien la peinture de la société qui passe en premier et la façon dont Rose nous en parle. Si cette lecture peut paraître divertissante, et m’a fait penser aux premiers romans de Daniel Pennac ou même de Gilles Legardinier de Demain j’arrête, elle nous met quelques évidences devant les yeux quelques travers qui font de cette lecture un excellent moment de divertissement intelligent par sa lucidité. Un roman pour la fraternité et contre la morosité. Et comme il y aura une suite à ce roman, je serai sans aucun doute au rendez vous.

Le titre est tiré d’une chanson des Béruriers Noirs que j’avais vus en concert à l’époque et qui me manquent.

Ne ratez pas les avis de Livresàprofusion, Laulo, Nyctalopes , Yan , et Yvan

Une mort qui en vaut la peine de Donald Ray Pollock

Editeur : Albin Michel

Traducteur : Bruno Boudard

Donald Ray Pollock avec un premier roman absolument éblouissant. C’était en 2012, ça s’appelait Le Diable, tout le temps, et ce fut une des lectures les plus marquantes de ces cinq dernières années, en ce qui me concerne. A tel point que je ne me pose plus la question quand arrive un nouveau roman signé de cet auteur. Et ce roman confirme, car il ne faut pas oublier que ce n’est que son deuxième roman, le talent incommensurable de cet auteur que je considère comme le nouveau petit génie de la littérature américaine.

« Un matin de 1917, juste avant l’aube, le long de la frontière entre la Géorgie et l’Alabama, alors qu’un autre mois d’aout torride touchait à sa fin, Pearl Jewett réveilla ses fils d’un aboiement guttural, plus animal qu’humain. Couchés chacun dans un coin des l’unique pièce qu’abritait la cabane, les trois jeunes hommes se levèrent sans un mot, puis enfilèrent leurs vêtements crasseux et encore humides de la sueur du labeur des jours précédents. »

Ainsi commence le roman. En deux phrases, tout y est posé, placé, décrit, construit. Les trois jeunes gens, ce sont Cane, Cob et Chimney. Depuis la mort de sa femme, Pearl Jewett mène sa ferme d’une main de fer. Cane, l’ainé de 23 ans, est le seul qui sache lire, et s’occupe de son frère Cob. Cob, a un esprit un peu lent, et est un gourmand insatiable. Enfin, Chimney est le bagarreur de la famille, n’en fait qu’à sa tête et est avide de liberté. Le soir, Cane lit à ses frères La vie et les Aventures de Bloody Bill Buckett de Charles Foster Winthrop III, un roman raté sur un gangster qui ne meurt jamais malgré les dizaines de balles qu’il traine dans le corps. Quand Pearl meurt en plein effort, les trois frères décident d’opter pour une carrière de bandits de grand chemin.

A plusieurs centaines de kilomètres de là, dans l’Ohio, Ellsworth Fiddler, paysan lui aussi, est surpris quand il s’aperçoit que son fils Eddie a quitté la maison familiale. Depuis que sa femme Eula et lui se sont faits arnaquer toutes leurs économies, ils essaient de survivre dans une misère totale, leur ferme ne suffisant pas à les nourrir. Il faut dire qu’il n’a pas inventé l’eau chaude. Ellsworth est un homme gentil, honnête mais naïf, tandis qu’Eddie est devenu un alcoolique très jeune. En allant chercher du sel, Ellsworth entend parler d’un bureau d’engagement pour partir à la guerre. Alors qu’il n’a jamais entendu parler de l’Allemagne, il se persuade qu’Eddie est parti s’engager pour défendre sa patrie.

Avec un seul roman au compteur (Le diable tout le temps) et un recueil de nouvelles (Knockemstiff), Donald Ray Pollock s’affirme et confirme sa position d’écrivain bourré de talent. Il suffit d’ailleurs de lire la première page, ou même les deux premières phrases (que je vous ai recopiées) pour se rendre compte que l’on passe dans une autre dimension. Avant que je lise ce roman, on m’avait dit que ce roman était différent du précédent … Oui, c’est vrai pour le contexte. Oui, c’est vrai pour l’époque. Par contre, on retrouve un roman choral, cynique, sarcastique, brutal.

On va suivre le chemin de deux groupes de personnes, le gang des frères Jewett d’un coté, et Ellsworth qui va chercher son fils de l’autre. Cela donnera l’occasion de rencontrer bien d’autres personnages et l’auteur, avec son talent si particulier, nous les présentera avec un naturel et une facilité telle qu’on aura l’impression de les connaitre depuis toujours. Roman choral, c’est aussi un roman multiple qui nous montre le chemin des hommes dans les paysages parsemés de champs du fin fond des Etats Unis.

Et Donals Ray Pollock s’en donne à cœur joie à présenter des Américains, des bouseux, plus grossiers, plus dégueulasses, plus ignares, plus comiques les uns que les autres. Rares sont les auteurs qui savent se moquer d’eux-mêmes, et c’est une des grandes qualités de cet auteur. Cela lui donne aussi l’occasion de créer des scènes burlesques, ou bien de s’adonner à de la critique virulente, sur la politique, le sentiment prétentieux qui nourrit tous ces gens, sur la violence, sur l’idiotie des incultes, sur le racisme.

Malgré ses 560 pages, on ne voit pas le temps passer, et on se laisse mener par les tribulations de ce gang à la manque, jusqu’à ce que tout le monde se retrouve dans la même ville. Il n’y a aucune nostalgie dans cette intrigue, juste un histoire de truands au pays des ploucs, écrite dans un style tour à tour comique ou poétique, intime ou flamboyant, qui sonne toujours juste, où l’auteur arrive à vous montrer qu’il a placé les bons mots là où vous vouliez qu’ils soient. Bref, encore un grand roman de ce grand auteur … et ce n’est que son deuxième roman !

Ne ratez pas l’excellent billet de Irene TheCannibalLecteur

Concerto pour 4 mains de Paul Colize (Fleuve Noir)

Génial, le dernier Paul Colize est génial. Prenant d’un bout à l’autre, il nous montre le destin de deux hommes, avec une simplicité telle que ce roman est impossible à lacher, et malgré cela, la structure du livre n’est pas si évidente que cela. Pour un lecteur lambda, cette lecture vous paraitra évidente et passionnante. Pour un spécialiste du polar, cette lecture laissera pantois par la maitrise montrée dans la conduite de l’intrigue. Je disais que ce roman est génial : Erreur ! il est impressionnant.

Le 18 février 2013, un fourgon charge une cargaison de diamants dans un avion. Un camion enfonce un mur de protection et débarque lors du chargement. Rapidement, les malfaiteurs mettent en joue les convoyeurs et embarquent les nombreux sacs. Quelques minutes plus tard, le camion se sauve par le même chemin qu’ils ont utilisé pour arriver. La rapidité, la précision font de ce braquage un chef d’œuvre du vol sans effusion de sang. Ce braquage serait-il l’œuvre de Franck Jammet ?

La vocation de Franck Jammet lui est dévoilée le jour où, enfant de chœur, il voit le curé mettre dans sa poche un gros billet récupéré lors de la quête de fin de messe. Ce jour-là, il comprend que l’on peut être voleur et ne pas se faire prendre. Scout par la suite, il invente une arnaque pour sauver des animaux en voie de disparition avec son ami de toujours XXX. C’est lors de ses études qu’il commence à monter des braquages judicieux, non violents et très rémunérateurs.

De nos jours, Jean Villemont, avocat au barreau de Bruxelles, doué et travailleur acharné, est appelé par M.Bachir pour défendre son fils Akim, qui vient d’être accusé de vol. En effet, Akim a été arrêté alors qu’il réalisait un braquage avec un couteau et à visage découvert. Le premier contact entre Akim et Jean se passe mal : Akim ne veut pas être défendu. Jean va mener son enquête et s’apercevoir qu’au lieu de braquer le bureau de poste, Akim cherchait en fait à échapper à la grosse voiture qui l’attendait dehors, et que, pour ce faire, il est entré précipitamment dans la banque pour simuler un braquage.

Ce roman est incroyable, impressionnant de maitrise, un pur plaisir de lecture. Il repose sur deux personnages forts, un voleur de haut vol et un avocat. D’emblée, Paul Colize alterne les chapitres afin de leur donner à chacun un temps de parole identique. Les chapitres se parlent, se répondent, et on entre dans cette intrigue avec deux hommes qui sont chacun d’un coté de la ligne jaune.

Franck Jammet est un truand qui se revendique comme tel, Jean Villemont est un avocat honnête qui se revendique comme tel. Ce qui attire mon attention, c’est le réalisme des scènes, et l’humanité des personnages. Paul Colize a mis beaucoup de passion dans son roman, et il nous l’insuffle, il nous conte une histoire à laquelle, il me semble, tout le monde se doit d’adhérer car elle est simple et humaine ; elle nous parle.

Cette construction faite d’alternances n’est pas nouvelle et on attend avec imaptience la rencontre entre les deux personnages. Elle est rendu plus complexe par le fait que les chapitres concernant Frank Jammet racontent sa vie depuis son adolescence. Malgré cette complexité voulue et revendiquée, ce roman est remarquable par sa fluidité, sn évidence. Ce roman se lit tout seul, le style est simple, mais chaque mot, chaque phrase veulent dire quelque chose.

Pour avoir lu plusieurs romans de Paul Colize, ce roman doit lui permettre d’atteindre à la reconnaissance parmi les meilleurs conteurs francophones contemporains. J’ai été époustouflé par la créativité des scènes, par l’imagination qui en découle, par l’évidence des enchainements et par la beauté de cette histoire, de ces deux destins. Et pendant toute la lecture, on ne se pose pas la question de comment ces histoires peuvent finir, parce que l’on aime se laisser porter par la narration.

Si je considère qu’Un long moment de silence est son chef d’œuvre à ce jour, ce roman là en est très proche tant ce roman est passionnant d’un bout à l’autre. Et si je dois vous donner un conseil pour vos cadeaux de Noel, n’hésitez plus : Ce roman là est sans aucun doute en ce qui me concerne un roman qui va plaire à tout le monde. Laissez vous emporter par ce concerto pour 4 mains !

Ne ratez pas les avis des amis : David et Yvan,

Imagine le reste de Hervé Commère (Fleuve éditions)

Hervé Commère n’est pas un inconnu dans le monde du polar. Car, avec un style simple et imagé, il créé des intrigues qui se révèlent étonnantes et pleines de créativité. Ce roman, si vous vous baladez dans le petit monde des blogueurs est tout simplement encensé par tous ceux qui l’ont chroniqué. D’ailleurs, le bandeau du livre est explicite : « Conquis ou remboursé ».

Le livre s’ouvre sur l’itinéraire de deux copains, deux amis inséparables, Frédéric Abkarian et Karl Avanzato. Originaires de Calais, ils vivent de petits délits, mais surtout, ils ont été livreurs de mystérieux paquets pour un caïd du coin, Cimard. Fred s’est fait serrer, a fait quelques mois de prison, et retrouve son pote, qui l’attend dans la voiture de sa mère. Sur le siège arrière, il y a une sacoche. Et dans la sacoche, il y a deux millions d’euros.

Ils envisagent de prendre l’autoroute qui les mènerait en Aquitaine. Ils vont rejoindre la fille de leur rêve, Carole. Elle habitait aussi à Calais, et tous les deux étaient amoureux d’elle. %ais elle est partie à Bordeaux quelques années auparavant. Karl explique comment il a volé l’argent à Cimard, l’emmène au Touquet pour lui faire visiter la demeure du mafieux, qui est parti en vacances en Thaïlande.

Puis ils se dirigent vers le sud, rejoindre leur rêve inaccessible. C’est là-bas que va se dérouler le drame …

Le roman va se poursuivre en nous présentant un chanteur doué mais qui n’a pas encore rencontré le succès … jusqu’à ce qu’il rencontre un producteur octogénaire. Le livre de Hervé Commère est composé de quatre chapitres, qui se nomment Karl, puis Nino, puis Serge puis All together … comme la chanson des Beatles. D’ailleurs, il sera beaucoup question de musique dans ce roman.

La première partie du roman est tout simplement géniale. Il y a dans ce début tout ce que j’adore dans les romans de Hervé Commère. Des chapitres courts, une innovation à chaque chapitre, des rebondissements, des retournements de situation, et un réel talent pour peindre des personnages simples et attachants. Franchement, quand il écrit comme ça, je pourrais lire des centaines de pages sans même m’en rendre compte, tant je me laisse emporter.

Puis vient la deuxième partie avec un énorme retournement de situation. Et là, je me dis : « Chouette, ça repart sur de bonnes bases, je vais m’éclater ». Evidemment, on y parle de Nino, chanteur doué, dont le rêve est de devenir connu, ou du moins d’être reconnu à sa juste valeur. Et là, je ne sais pas pourquoi, mais je me suis détaché du roman. Je n’ai plus été intéressé, pris par la trajectoire de Nino. En gros, ce qui pouvait arriver à Nino m’indifférait. Il y avait bien quelques rebondissements avec lesquels je me retrouvais, mais j’ai trouvé cette partie … longue.

Puis viennent les deux autres parties où à nouveau, je suis emballé par ce que Hervé Commère a écrit. Si vous cherchez des avis sur Internet, vous ne trouverez, sauf erreur de ma part, que des avis élogieux, voire des coups de cœur. Tout ça pour vous dire que j’adore Hervé Commère, que j’ai adoré son livre, sauf la deuxième partie, où je suis passé à coté. Ça doit surement être ça, une rencontre ratée.

Il ne vous reste plus qu’à aller voir du coté de Yvan, Claude, Unwalkers, Cannibaleslecteurs, Foumette, entre autres.

La traque de la musaraigne de Florent Couao-Zotti (Jigal)

Les éditions Jigal, après avoir trouvé Janis Otsiemi, nous ont dégotté un autre auteur africain. Et je peux vous dire qu’il n’y a pas à hésiter, La traque de la musaraigne, c’est du bon, du tout bon, du très bon. Il nous propose de suivre l’itinéraire de deux personnages : Stephane Néguirec et Jesus Light à Porto Novo au Benin.

Stéphane Néguirec est Breton qui a émigré en Afrique sans réel but dans la vie. Il erre de bar en bar, profitant de la compagnie des prostituées. Dans l’un d’eux, il sort avec l’une d’elles quand il se fait agresser dans la rue. Une autre jeune femme lui propose de l’aider, lui offrant même de le guider et de le payer pour rester avec lui. De fait, elle sort une liasse de billets dans une peluche. Son attitude parait bien étrange, jusqu’à ce qu’elle lui propose un mariage blanc en l’échange d’argent. Mais leur aventure est loin d’être terminée.

Jesus Light s’appelle en réalité Ansah Ossey. Il est plutôt un petit bandit ghanéen à la petite semaine, sauf qu’il vient de faire un gros braquage et qu’il est le seul survivant de cette affaire. Et comble de malchance, sa petite amie Pamela est partie avec ce qui reste du butin. Il part donc à sa recherche et rejoint le Benin. A peine arrivé, un commissaire de police lui prend ce qui lui reste d’argent pour éviter une arrestation. La course poursuite commence.

Florent Couao-Zotti nous concocte là un super polar, très maitrisé, avec de superbes personnages, et surtout une ambiance poussiéreuse à souhait. Il nous montre, à travers les pérégrinations de ces deux personnages, la vie des pauvres gens, au gré des différentes rencontres, qui sont parsemées d’humour au second degré. Ces deux personnages vont donc avoir chacun à leur tour à un chapitre, principe classique mais redoutablement efficace quand il s’agit de décrire deux trajectoires qui sont destinées à se croiser.

Car c’est bien dans le dernier chapitre que tout va se dénouer, la rencontre tant attendue va avoir lieu dans le dernier chapitre et je peux vous dire que cela vaut largement le détour. L’ensemble du roman est maitrisé, de bout en bout, et je dois dire qu’en ce qui concerne le style, on ne fait pas mieux que les auteurs africains. Leur façon d’utiliser des expressions du cru, ajoutée à des mots, verbes ou phrases imagées sont redoutablement efficaces et surtout un formidable plaisir de lecture.

Contrairement à son collègue Janis Otsiemi, Florent Couao-Zotti ne va pas faire l’autopsie de sa société ou de son pays. Il utilise ses personnages pour nous montrer leur vie, pour nous immerger dans un nouveau contexte sans pour autant pointer ouvertement certains travers. Par contre, l’intrigue est parfaitement construite, et ce roman se savoure comme un repas beninois de luxe, tant le plaisir est au rendez vous. Et puis, en terme de style imagé, on fait difficilement mieux que les auteurs africains, tant ils semblent être les nouveaux créateurs de la langue française.

Poubelle’s girls de Jeanne Desaubry (Editions Lajouanie)

Jeanne Desaubry est bien connue des spécialistes du polar, pour avoir écrit trois romans noirs (Hosto, Le passé attendra et Dunes froides) et deux romans pour la jeunesse (Hacking et L’incendie d’Halloween) mais aussi et surtout pour avoir fait partie de la maison d’éditions Krakoen et aujourd’hui Ska. Car outre le fait qu’elle soit une auteure de talent, elle fait beaucoup pour la découverte de nouveaux talents. Et si vous parcourez les allées de quelques salons, ou les librairies proposant des dédicaces, vous la rencontrerez et pourrez discuter avec elle des polars.

Elisabeth est une femme séparée de son mari, qui élève seule son jeune fils adolescent Mathis. Au chômage, elle est obligée de se rendre dans une agence de Pôle Emploi pour répondre aux exigences du système et être comptabilisée parmi les chômeuses. Elle y rencontre une autre femme, dans le même cas qu’elle, mais physiquement différente puisque celle-ci est petite et grosse. Elles se lient d’amitié et Elisabeth, qui vit de quelques heures de ménage au noir, a une idée : loger Paloma dans la caravane d’un vieil homme, Monsieur Armand, chez qui elle faisait le ménage et qui est maintenant en maison de retraite.

A l’autre bout de la ville, Blanche est juriste et mariée à Pierre, avocat de renom. Elle ne supporte plus sa vie, ni son mari, qui est tout le temps absent et qui la trompe sans même s’en cacher. Alors, elle se dit que si elle s’en débarrassait, sa vie serait meilleure, sans contraintes. Alors elle se met à lire des polars et à réfléchir à des solutions criminelles.

Elisabeth et Paloma ont aménagé la caravane. Elles s’imaginent que M.Armand était un truand et qu’il avait caché une fortune dans sa caravane. Quand elles trouvent des billets en francs, cette fortune ne leur sert à rien mais leur donne une idée : et si elles faisaient à leur tour des casses pour avoir un peu d’argent et ainsi survivre ?

D’un coté, on a le couple Élisabeth et Paloma ; de l’autre, nous avons Blanche et Pierre. Ces deux couples vont suivre leur itinéraire, jusqu’à se rencontrer. Vous l’avez compris, cette histoire est dramatique, humaine, bien ancrée dans notre actualité de tous les jours. Et ces deux personnages pourraient inspirer de la pitié ou bien du rejet, leurs malheurs pourraient inspirer de la peine ou de l’indifférence. Et que dire de Blanche, à l’opposé de nos deux comparses, qui fait indéniablement partie des privilégiés et qui s’épanche sur ses petits malheurs égoïstes.

Le talent de Jeanne Desaubry est justement de faire vivre ce tableau social sans émotions, sans jugement, mais en laissant ses personnages vivre devant nos yeux. En aucune façon, elle ne va donner un avis sur les uns ou les autres, juste les accompagner sur leur chemin, avec son style si clair, si précis, si imagé. Et si parfois, on lit une remarque bien cinglante sur la société ou bien sur nos petits travers, ils portent d’autant plus qu’ils ressortent de façon étincelante du reste de l’histoire, sans la dénaturer.

Car c’est bien une fable moderne et humaniste que Jeanne Desaubry nous a concocté. Elle n’est pas là pour donner des solutions, juste pour nous décrire la trajectoire de ces êtres humains, malmenés, poussés à bout, obligés de se débrouiller pour s’en sortir, pour survivre. Et on se demande si la société n’a pas oublié l’humain, si le modernisme n’a pas oublié l’essentiel, l’Homme. Évidemment, j’ai ressenti de la sympathie pour ces deux femmes que sont Elisabeth et Paloma, j’ai été plus froid avec Blanche, mais c’est là où Jeanne Desaubry réussit son pari : nous faire prendre position dans une histoire commune, réelle et contemporaine. Ce roman dramatique, à la plume à la fois efficace et humoristique, s’avère aussi dérangeant, émouvant et parfois cynique.

La société se plaint des criminels, les chasse et les enferme mais ne les engendre-t-elle pas quand elle appauvrit et affame ses citoyens ? De ce roman, je garderai de formidables portraits, de formidables personnages et une histoire qui, outre sa force, possède une fin très bien trouvée, témoin du drame quotidien. Après avoir lu ce roman, vous regarderez différemment les gens que vous rencontrerez dans la rue, ou vous les regarderez, tout simplement.

Vous pouvez aller voir l’avis de l’oncle Paul ici.

Voilà l’aurore de Damien Ruzé (Rouge Sang éditions)

J’avais énormément aimé son premier roman Fin d’Amérique pour son écriture et la maitrise de son intrigue. Changement de registre et de ton avec ce roman, portrait d’un voleur de voiture, trajectoire et chute d’un raté.

4ème de couverture :

Après dix-huit mois derrière les barreaux, Stan retrouve simultanément la liberté et la capacité de lâcher la bride à son ambition démesurée. Objectif : prendre du galon, tracer son chemin dans le cercle très fermé des truands patentés, grimper dans la hiérarchie de l’illégalité. Seulement gaffe, hors de question de retomber. Fini l’amateurisme et les comparses branquignollés. Terminé. Durant son séjour au frais, Stan a accouché d’une pure idée, lumineuse, imparable, un truc à breveter. Il va l’appliquer. Seul contre tous. Déterminé. Et tandis qu’au plus profond des bois de la Sologne se déploient les joutes de la folie et de la cruauté, le destin – cet insatiable joueur de dés – va exaucer le fraîchement relaxé, plaçant sur son chemin un cartel d’individus à l’abyssale dangerosité.

Mon avis :

Stan est un jeune qui vient de faire dix huit mois de prison. Il ne veut plus y retourner, mais pour cela, il lui faut réaliser LE gros coup. Voleur de voiture, il a un truc infaillible. Cibler la boite ou le restaurant de luxe qui a un parking plein ou pas de parking. Le voiturier est alors obligé de garer la voiture dans la rue, à trois ou quatre minutes de là. C’est amplement suffisant pour prendre sa place et s’approprier une voiture comme il en a toujours rêvé ! Ce jour là, c’est une BMW qu’il emprunte. Même le bébé sur le siège arrière ne le désarçonne pas, il le laisse à l’abribus suivant. Son fourgue va alors le mettre sur le coup dont il rêvait.

Ecrit à la troisième personne du singulier, avec des bouts de phrases, ce roman dopé à l’adrénaline … voire plus, nous fait galoper de Paris à la Sologne pour suivre le parcours d’un jeune délinquant dont la destinée est déjà écrite. On n’a pas le temps de respirer, on suit ces morceaux de mots au rythme de sa course effrénée vers son rêve, qui pourrait bien devenir un cauchemar.

A peine a-t-on le temps de respirer quand apparait au milieu du livre le commissaire Bohr, obsédé de films pornographiques en tous genres, ou Sawn, le boss qui va leur dégotter une bagnole à quatre cent mille euros à sortir d’un garage protégé par une combinaison, le lecteur cout, de rues en rues, à en perdre haleine.

Et même si parfois Damien Ruzé prend de l’avance, pas beaucoup, juste quelques dizaines de mètres, avec son style haché dans des paragraphes un peu trop long, il nous rattrape, nous prend par le col de la veste pour nous pousser à poursuivre l’aventure. Vous avez intérêt à avoir du souffle avant d’entamer cette course poursuite après nulle part, ce bon roman sait où il vous emmène et ça va vite !

Vous pouvez trouver tous les renseignements concernant le livre et son achat sur le site des éditions Rouge-sang : http://www.rouge-sang-editions.com/livres/voila-laurore/

Loupo de Jacques Olivier Bosco (Jigal)

Accrochez vous, les amis ! Le dernier JOB, Jacques Olivier Bosco pour les ignares, n’est pas un livre à offrir aux cardiaques ou aux âmes sensibles. Après avoir montré son talent dans le roman de serial killer avec Et la mort se lèvera, après nous avoir ébloui avec son roman noir Le Cramé, après nous avoir enchanté avec son roman à la James Bond Aimer et laisser mourir, place au pur roman d’action. Pur roman d’action ? Pas seulement.

Loupo est un jeune délinquant, vivant de petits braquages de bureaux de banque locaux. Il fait toujours ses coups à deux, avec son ami d’enfance Kangoo qu’il a côtoyé lors de ses passages en orphelinats et autres maisons de redressement. Ces deux là se vouent une confiance aveugle et leur méthode est simple : ils récupèrent les adresses de leurs coups chez leur complice Le Chat, puis organisent le casse, pour en général quelques milliers d’euros, ce qui permet à Kangoo de régler ses dettes de jeu.

Mais ce matin là, il était dit que la machine se déréglerait. Ils entrent dans un bureau de poste, demandent à tout le monde de s’allonger. Pour impressionner tout le monde, Loupo tire dans un présentoir de publicité. Derrière le présentoir, il y a un enfant qui jouait. En plus, le contenu de la caisse ne dépasse pas quelques centaines d’euros, et le directeur de l’agence lui avoue qu’ils ont été donnés. Outre la culpabilité qui touche Loupo de plein fouet, il doit aussi découvrir qui les a dénoncés à la police.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce roman va à 100 à l’heure. Pas la peine d’essayer de vous accrocher, vous allez succomber au style de ce roman, fait de bout de mots, de bouts de phrases, de bouts de vie, tout ça pour vous obliger à appuyer encore plus fort sur la pédale d’accélérateur, alors que votre pied touche déjà le plancher.

JOB nous prend tellement à la gorge, qu’on est tout de suite projeté à l’intérieur de la tête de ce petit délinquant dont le seul but dans la vie est bien de survivre, mais aussi de ressentir cette excitation du moment où il entre dans une agence, tire une balle dans le décor et empoche l’argent. Ces quelques minutes sont devenues une vraie drogue pour lui. Le fait qu’il tire une balle en entrant permet aussi de faire peur aux clients, mais aussi de se faire respecter auprès de la mafia qui le surnomme le Flingueur.

Il est inutile de vous dire que ce roman de deux cents pages se lit très vite ; de toute façon, dès que vous avez tourné la première page, vous êtes foutus : Loupo prend votre tête entre ses deux mains, et vous la secoue jusqu’à ce que vous ayez fini le livre.

Par contre, il ne faudrait pas réduire ce roman qu’à un livre d’action. JOB nous y présente encore et toujours ses thèmes chers, tels que l’amitié, la fidélité, la loyauté ou la rédemption. Il nous montre aussi que Loupo ne peut échapper à son destin, mais c’est la partie que j’ai trouvé la moins convaincante.

Alors, êtes vous prêt à faire un tour dans le manège infernal de JOB ? êtes vous prêts pour votre dose d’adrénaline ? Dépêchez vous à prendre votre ticket pour ce voyage en enfer, cet aller simple dans la tête d’un braqueur de banque qui n’a rien à perdre. Bon voyage, bonne lecture !

Purgatoire des innocents de Karine Giebel (Fleuve noir)

Il est vrai qu’à force de lire du bien des romans de Karine Giebel, je me rends bien compte que je n’en lis pas assez. A ce jour, je n’en ai lu qu’un seul, que j’avais trouvé excellent d’ailleurs, et qui était Les morsures de l’ombre. Comme j’ai eu la chance d’être sélectionné parmi les participants du partenariat de Book en stock, j’ai donc lu (mais le terme dévoré conviendrait mieux à ma lecture) son dernier roman en date. Et je peux vous dire que c’est un excellent thriller, qui joue sur toutes les cordes de l’émotion. Fichtre !

Le roman commence de façon fort classique, puisqu’il s’agit d’un braquage d’une bijouterie qui commence mal. Raphael Orgione vient de monter un hold-up avec son frère William et deux complices Fred et Christel. A la sortie de la bijouterie, une voiture de flics les attend. La fusillade fait rage, un policier tombe, une passante meurt et William est touché, salement amoché. Ils s’enfuient et se réfugient à 300 km de là, dans un village proche de Châteauroux, chez une vétérinaire.

Elle se nomme Sandra, et Raphael la prend en otage le temps qu’elle remette son frère sur pied. Son mari, qui se nomme Patrick, est gendarme et est absent de la maison pour quelques jours. Quand Patrick va rentrer, le rapport de force va évoluer, et pas forcément dans le sens que l’on imagine.

La grande force de Karine Giebel, c’est de forger des personnages aux psychologies inoubliables, et de nous toucher avec des émotions qu’elle va nous arracher au plus profond de nous-mêmes. Et quoi de mieux qu’un huis-clos pour fouiller, décortiquer, découper, détailler des personnages. Outre Raphael et William, dont les liens sont très forts, se soutenant l’un l’autre, il y a Fred et Christel qui forment un couple « je t’aime moi non plus », puis Sandra qui de victime devient de plus en plus étrange et forte. Et puis, il y a Patrick … bref, vous l’aurez compris, des personnalités très marquées, exacerbées, extrêmes, pour nous pousser dans nos retranchements dans la suite de l’histoire.

L’autre grande force de Karine Giebel, c’est de jouer avec les personnages comme avec des pions. L’histoire passe en premier, il est très difficile de savoir où elle veut nous emmener et on est d’autant plus surpris quand elle nous assène en une phrase, une scène choc, suffisamment évocatrice pour qu’elle nous marque au fer rouge. Karine Giebel déroule son intrigue et peu importe qu’elle choque le lecteur ou pas, avec une logique implacable. Elle n’est pas là pour ressentir de l’empathie ou de la pitié, et donc le lecteur qui commençait à bien aimer un personnage est très surpris quand il arrive sur un passage où il s’en prend plein la figure. Karine Giebel ne juge pas ses personnages, elle n’en place pas un au dessus des autres, ce sont juste des acteurs au sens hitchcockien du terme, au service de l’intrigue. C’est redoutablement efficace quand il s’agit de surprendre le lecteur.

Enfin, l’écriture est d’une fluidité rare. Le style Karine Giebel est facilement reconnaissable, fait de dialogues excellents et de phrases courtes voire coupées. On n’y retrouvera pas de descriptions sans fin, tout est laissé à la disposition du lecteur pour qu’il se fasse sa propre idée du décor, des portraits des personnages. Cela participe aussi à l’imprégnation de lecteur dans l’histoire, et c’est d’autant plus marquant quand un des personnages que l’on a imaginé nous même meurt soudain, au détour d’une page.

C’est donc un roman sous haute tension, qui m’aura fait passer par toutes sortes d’émotion et en cela c’est définitivement et indéniablement très réussi. Et même si parfois c’est un peu gros, difficilement croyable, j’ai couru comme un malade devant cette histoire pour arriver à une conclusion du livre extraordinaire. Ce roman va vous faire passer par une quantité incroyable d’émotions parmi celles qui jonchent votre palette, jusqu’à une petite larme à la fin. C’est un thriller excellemment réussi que je vous conseille fortement.

J’en profite pour remercier les filles de Book-en-stock et les éditions Fleuve Noir pour m’avoir permis de lire ce formidable roman. J’en profite pour vous signaler que sur Book-en-stock, le mois de septembre, c’est justement le mois de Karine Giebel, et que c’est l’occasion d’aller poser plein de questions à cette auteure pleine de talent. Allez y de ce pas, c’est ici.