Archives du mot-clé Calmann Levy

Avalanche Hôtel de Niko Tackian

Editeur : Calmann-Levy

Alors que je m’attendais à une nouvelle enquête de Tomar Khan, son personnage récurrent (voir Toxique et Fantazmë), j’ai été surpris et emballé à l’idée de lire un roman orphelin. Et ce roman est un sacré pari, celui de fouler les terres d’autres auteurs ayant utilisé comme décor un hôtel isolé en pleine montagne dont le géant Shining du King.

Janvier 1980. Joshua Auberson se réveille dans la chambre 81 d’un palace suisse, l’Avalanche Hôtel. Outre un mal de tête monstrueux, il a peu de souvenirs de ce qu’il a fait. Quand il descend à l’accueil, il apprend qu’il est agent de sécurité et est interrogé par la police, à la recherche d’une jeune femme, Catherine Alexander qui a disparu le jour de la fête de ses 18 ans. Il accepte de suivre Clovis, le barman, et les deux hommes grimpent sur la montagne. Ils débouchent sur une piste de bobsleigh abandonnée. Clovis lui demande de lui faire confiance, l’installe dans la machine et le pousse sur la piste. Avec les secousses et la violence de la descente, Joshua perd connaissance.

Joshua se réveille dans un lit d’hôpital. Il apprend par les médecins qu’il vient de survivre à une avalanche et a passé plusieurs jours dans le coma. Une femme vient le voir, elle se nomme Sybille. Elle lui apprend que nous sommes en 2018, qu’il est policier et qu’elle est sa partenaire. Il va petit à petit reprendre pied, en étant persuadé que l’Avalanche Hôtel n’est qu’un cauchemar … Quand ils doivent enquêter sur une mort mystérieuse, les cauchemars reviennent et Joshua part à la recherche d’informations …

Il y a de quoi être surpris, à la fois dans le changement de personnage mais aussi de décor et de sujet. On entre dans un décor inconnu, et l’auteur décide de nous plonger dans une atmosphère à la fois oppressante et mystérieuse, comme si on vivait (pardon, lisait !) ce roman en étant dans un brouillard épais. Car si le passage qui se passe en 1980 se déroule sur 3-4 chapitres, il n’en reste pas moins qu’on est bouleversé par le passage à l’hôpital, bousculé dans nos certitudes. Et le fait que l’on ait relevé quelques incohérences dans ces premiers chapitres nous rassure quand Niko Tackian nous donne comme explication que nous étions dans un cauchemar.

Sauf que … les cauchemars continuent, les mystères s’épaississent, et je peux vous dire que j’ai passé plus de 200 pages à me poser des questions, pas à cause de la résolution de l’énigme mais bien avec ce style jouant volontairement sur des tons brouillardeux. Quelle belle réussite de mettre en porte-à-faux le lecteur en le noyant sous des indices qui ne collent pas entre eux. Et si on ajoute à cela, cette ambiance glaciale des sommets montagneux, ces étendues blanches sans aucune trace pour nous ramener à la maison au chaud … C’est très réussi.

Il faut dire que le rythme de lecture est élevé puisque les chapitres ne dépassent que rarement les 4 pages, même s’il y a très peu de dialogues. Et que j’ai pris un plaisir fou à me laisser malmener. Et quand la conclusion, la clé de l’énigme arrive, je me suis dit que j’aurais du le voir venir, que je l’avais vu venir (là c’est quand je veux me rassurer sur mes qualités d’enquêteur !), mais en fait, je me suis bien fait avoir. Et pourtant, il y a pléthore d’indices ! Que dire de plus ? Avec un tel décor, un tel rythme et un tel scénario, nul doute que cela fera un excellent film si le réalisateur est à la hauteur. C’est donc un excellent divertissement que je vous recommande chaudement, forcément !

Ne ratez pas l’avis de mon ami Yvan

Fantazmë de Niko Tackian

Editeur : Calmann Levy (Grand Format); Livre de poche (Format Poche)

fantazmë

Lors de ma lecture de Toxique, j’étais tombé amoureux de son personnage principal Tomar Kahn, qui était sa première enquête. Je n’allais pas laisser passer beaucoup de temps avant de lire la suite. Voici donc Fantazmë.

Tomar Kahn se balade dans une forêt qu’il connait bien. Il fouille la terre, à un endroit bien précis et déterre un crane qui lui parle : « Dis bonjour à Papa ! ». Il se retourne quand un couteau s’enfonce dans son ventre, lui procurant une brûlure de douleur … Tomar ouvre les yeux ; décidément, ces cauchemars reviennent le hanter de plus en plus souvent. A ses cotés, Rhonda qu’il vient de réveiller s’inquiète de ces images qui reviennent de plus en plus souvent.

Janvier 2017, Boulevard de la Villette. Assan passe sous les arches du métro, où s’étalait un camp de migrants quelques jours auparavant. Assan vit de ventes de cigarettes de contrebande au métro Stalingrad. Sur le bord du quai, il remarque une silhouette vêtue d’une capuche noire. Il décide de s’enfuir mais l’autre le rattrape et lui assène un énorme coup de poing au ventre, avant de le finir en frappant sa tête contre le trottoir … sans un mot.

Tomar et son équipe arrivent rue Caillé et descendent dans la cave, par où doivent passer toutes sortes de trafics. Le corps comporte une tête en bouillie. Rhonda trouve un papier de mande d’asile au nom d’Assan Barazi, originaire d’Alep. Apparemment, on l’a torturé avant de l’achever. De retour au bureau, un homme débarque : Le lieutenant Belko de l’Inspection Générale des Services demande à voir Rhonda. Des ennuis en perspective …

Il faut appréhender les enquêtes de Tomar Kahn comme une vraie série, avec un début et … une fin, peut-être ; mais espérons que la fin arrive le plus tard possible. Je dis tout cela parce que je vous encourage fortement à lire la première enquête, Toxique, avant d’entamer Fantazmë. En effet, les personnages sont les mêmes et on retrouve dans ce roman des conséquences de quelques événements et décisions qui sont advenus dans le premier. Donc, si vous n’avez pas lu Toxique, arrêtez de suite votre lecture et courez l’acheter, car il vient de sortir au Livre de Poche.

On retrouve donc Tomar en proie à ses démons, hanté par le personnage de son père et embringué dans une enquête sur un tueur qui pourrait bien être un justicier solitaire … comme lui. Cet épisode est plus centré sur Tomar et sa relation avec Rhonda, et donc, on ne voit pas apparaître son frère Goran, ni leur relation fraternelle que j’avais beaucoup aimé. Tomar devient de plus en plus le centre de cette série, cerné par deux cercles, l’un ami et l’autre ennemi.

Du premier tome, il nous reste tout de même Ara, la mère de Tomar, et leur relation trouble entre apaisement et protection. Ara représente la part humaine qui reste enfouie au fond de Tomar. C’est elle aussi qui va introduire l’un des grands thèmes de ce roman, à savoir le sort des migrants en France, et leur difficulté à survivre loin du pays qu’ils ont quitté. Niko Tackian va nous décrire les conditions insalubres et scandaleuses de leur vie, montrant un Paris de misère, de rues sales, de bas-fonds sombres, peuplé par des âmes en peine mourant de froid.

C’est au niveau du style et de la construction de l’intrigue que Niko Tackian étonne. Le style est plus direct, plus imagé. On retrouve de moins en moins des paragraphes interminables pour retrouver des décors très visuels. De même, l’intrigue est plus solide, plus construite et les différents points de vue permettent d’accélérer le rythme de lecture. Enfin, on devine, on ressent les influences de Niko Tackian, des séries populaires comme The Shield (que j’adore) aux films tels que les Dirty Harry (que j’adore aussi), une culture populaire bienvenue à laquelle ce roman rend un bel hommage.

Toute l’originalité tient dans la magie de la construction et dans le personnage de Tomar qui recycle des thèmes connus en les modernisant dans une période actuelle de moins en moins humaine. Car Niko Tackian, sans prendre ouvertement partie (sauf à la toute fin, ce qui était évitable) livre ici une deuxième enquête formidablement réussie. Il ne reste plus qu’à prendre son mal en patience pour lire la troisième enquête.

Ne ratez pas l’avis de Black Kat :

https://livrenvieblackkatsblog.wordpress.com/2018/02/04/fantazme-niko-tackian/

Toxique de Niko Tackian

Editeur : Calmann Levy (Grand Format) ; Livre de Poche (2017)

Voilà une lecture conseillée par mon ami Richard Contin, car ce roman fait partie de la sélection 2018 pour le Grand Prix du Balai d’Or. C’est un polar rondement mené, qu’il faut aborder comme le début d’une série avec un personnage récurrent fort, très fort.

Charline a 22 ans et a décidé de fêter son anniversaire au bar L’étoile filante, en ce mois de janvier 2016. Même si le peuple parisien (et français) est encore marqué par les attentats de fin 2015, elle ne se laisse pas influencer par la peur ambiante. Bob la regarde s’amuser avec ses copines, son Taser bien au chaud dans sa poche. Elle l’excite avec sa petite jupe noire. Elle rejoint sa BMW au parking, en titubant. Au moment où il s’apprête à l’immobiliser, une ombre se glisse derrière lui et l’assomme … comme l’impression d’avoir reçu un mur de brique.

Bob se réveille dans un coffre de voiture, juste au moment où elle s’arrête. Le mur de briques s’avère être un homme de forte corpulence qu’il n’a jamais vu. L’homme le dirige dans les bois attenant et pose une pelle devant, lui demandant de creuser un trou. Bob fait celui qui ne comprend pas, alors l’homme lui énonce son verdict : Parce qu’il est violeur multirécidiviste, c’est ici qu’il finira sa vie. Quand le trou est creusé, l’homme lui envoie une droite puissante et lui donne les prénoms de ses victimes, avant de lui signaler qu’il le laisse partir mais que s’il recommence, ce trou sera sa tombe.

Tomar Khan débarque chez Rhonda vers 6 heures du matin, après son escapade nocturne dans les bois. Rhonda travaille dans le service de Tomar au « 36 ». Après une séance sportive et intime, il prend une douche et va faire de la boxe avec son frère Goran, qu’il protège depuis sa plus tendre enfance. Quand il arrive au bureau, il apprend que la directrice d’une école primaire de Fontenay-sous-Bois vient d’être retrouvée, étranglée dans son bureau. Une affaire facile à résoudre ? Pas si sûr !

Commençons par ce que je n’ai pas aimé dans ce roman, et il y en a peu. Ce roman possède des paragraphes longs, trop longs. Certes, ils sont entrecoupés de dialogues, peu nombreux mais redoutablement efficaces. Mais les paragraphes qui font plusieurs pages, personnellement, j’ai l’impression d’étouffer. J’aime bien quand le texte est aéré et quand les paragraphes sont découpés logiquement. Voilà, c’est la seule réserve que j’émettrais à propos de ce roman.

Vous dire que je viens de découvrir l’auteur de l’année serait exagéré, surtout parce que ce roman, Toxique, a déjà eu de fort belles critiques sur la blogosphère. Donc j’arrive après la guerre, et mieux vaut tard que jamais. Niko Tackian regorge de talent, car il arrive à imprimer à son texte une tension, une urgence, qui passe surtout par ses personnages, qui, bien qu’ils ne soient pas décrits dans le détail, sont brossés pour que l’imagination fasse le reste.

L’enquête policière ne casse pas des briques, comme on dit, au contraire du personnage de Tomar Khan. Les codes sont respectés, à la lettre, le meurtre ouvre sur beaucoup d’hypothèses, mais la solution est très vite donnée sur l’identité du coupable (vers le milieu du livre). Il ne reste plus qu’à comprendre le pourquoi. Bref, tout cela pour dire que ce n’est pas pour son intrigue qu’il faut lire ce livre, mais bien pour ses personnages.

Et pour le coup, on est gâtés avec les personnages. En tête de liste, Tomar, bien sur, ressemble à un chef de meute, cherchant à défendre sa famille, composée de sa mère et son frère. Car un lourd secret issu de leur passé pèse sur son quotidien. Et en particulier un certain Jeff, à la recherche d’argent et qui semblerait être leur père. Ce sont ces scènes là, empreintes de mystère et de tension qui donnent le ton au livre, qui le rendent spécial. Autant j’ai été peu attiré par l’enquête, autant dès que Tomar s’occupe des affaires familiales, cela devient passionnant.

Et puis, ce livre se termine sur des points de suspension du point de vue de l’intrigue. Construit comme un scénario de film, ou d’une série télévisée (dans le bon sens du terme), Toxique est avant tout le premier tome et comme le deuxième tome Fantazmë, vient de sortir aux éditions Calmann-Levy, je peux vous dire que je ne vais pas attendre longtemps pour le lire. Car je suis devenu accro à Tomar et je veux savoir la suite !

Ne ratez pas les avis de Nathalie et Anaïs

L’opossum rose de Federico Axat

Editeur : Calmann-Lévy

Collection : Robert Pépin présente …

Traducteur : Isabelle Gugnon

Je ne dirai qu’une chose : lisez la quatrième de couverture (que je vous joins juste après), et vous aurez envie de lire ce livre ! C’est ce qui m’est arrivé. Et si cette présentation ne vous suffit pas, dites-vous que vous allez aller, page après page, de surprise en surprise … A cela, vous ajoutez le billet de l’ami Yvan, et vous plongez tête baissée …

Quatrième de couverture :

Désespéré, Ted McKay est sur le point de se tirer une balle dans le crâne lorsque, le destin s’en mêlant, un inconnu sonne à sa porte. Et insiste. Ted s’apprête à aller ouvrir quand il aperçoit sur son bureau, et écrit de sa propre main, un mot on ne peut plus explicite : « Ouvre. C’est ta dernière chance. » Sauf qu’il ne se rappelle absolument pas avoir écrit ce mot.

Intrigué, il ouvre à l’inconnu, un certain Justin Lynch. Et se voit proposer un marché séduisant qui permettrait d’épargner un peu sa femme et ses filles : on lui offre de maquiller son suicide en meurtre. Mais qui est vraiment ce Lynch ? Et quelles sont ses conditions ?

Mise en abîme impressionnante à la logique implacable, écriture d’une précision si envoûtante que le lecteur se trompe dans ses déductions, labyrinthe psychologique dans lequel se promène un étrange opossum… Federico Axat est un jeune auteur qui se hisse d’entrée de jeu dans la catégorie des John Irving et des Stephen King.

Mon avis :

Oubliez tout ce que vous avez lu jusqu’à présent ! Oubliez les scenarii, les rebondissements, les retournements de situation, les livres fous, les styles énigmatiques. Ce roman là, c’est une histoire dont vous n’avez même pas idée qui va vous montrer qu’à partir d’un sujet maintes fois traité, on peut faire du neuf qui vous éclate !

Tout tient dans le démarrage du roman, puisqu’il faut accrocher le lecteur. Ted veut se suicider, et pour éviter de meurtrir sa famille, un homme énigmatique va lui confier une mission : tuer un meurtrier puis tuer un homme comme lui qui veut se suicider. Le meurtre parfait puisque sans lien et sans mobile. Ensuite, Ted devra attendre son assassin … Alors Ted va tuer Blaine, le meurtrier infâme, puis il va tuer Wendell qui pêche dans son lac entre deux visites chez sa psychologue puisqu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. Sauf que Blaine n’est pas un assassin et Wendell n’est pas suicidaire.

De chapitre en chapitre, les scènes vont s’enchainer en mettant en cause les certitudes que le lecteur a pu se faire au fur et à mesure, et c’est la présence d’un mystérieux opossum rose qui va semer la graine dans notre cerveau. On se demande bien ce que veut dire ce symbole, qui apparait puis disparait sans prévenir et en général en plein milieu d’une scène normale. C’est totalement dingue !

En fait la mécanique va dérailler, et tout le talent de l’auteur est bien de nous accrocher avec son style fait de mots simples mais qui pris ensemble rendent une scène énigmatique, mystérieuse. Il nous place en face de notre perception du réel, et nous met à mal dans ce que l’on croit voir. Et je peux vous dire que c’est diablement bon, pourvu que l’on accroche sur les premiers chapitres. Car ce jeu là, c’est un peu le jeu du Qui perd perd (Référence au regretté Coluche), puisque l’on ne connait pas les règles. Mais y en a-t-il seulement ?

Diablement original, c’est un livre fou de fous écrit par un fou pour des fous ! Car faites bien attention ! ce livre de dingue peut vous rendre totalement cinglé. Vous êtes prévenus, ce roman totalement génial est l’antichambre de la folie, la porte d’entrée de votre cellule psychiatrique. N’hésitez pas, franchissez le pas, entrez, les murs capitonnés sont bien confortables …

Red Fury de George Pelecanos (Calmann Levy)

Retour dans les années 70 pour George P.Pelecanos, avec un polar de bonne facture, qui reprend son personnage récurrent de Derek Strange. Ce qui est sur, après cette lecture, c’est que l’on sent que l’auteur s’est bien amusé.

Washington, 1972. Une jeune femme débarque dans le bureau de détective privé de Derek Strange, et lui demande de retrouver une bague qui vraisemblablement n’a d’autre valeur qu’une valeur sentimentale. Elle lui annonce que la bague lui a été volée par un revendeur de drogue, Bobby Odum.

Justement, quelque temps auparavant, Robert Lee Jones débarque dans sa Fury rouge et blanche, accompagné de sa compagne Coco Watkins. Il ne croit en rien, tue pour le plaisir et pour l’argent. Il débarque chez Odum, le tue et lui prend la drogue et la bague.

L’inspecteur Vaughn va enquêter sur ce meurtre, qui va s’avérer être le premier d’une sanglante série, puisque Robert Lee Jones dit Red va suivre un itinéraire marqué de sang et de violence. Il faudra que Vaughn et Strange travaillent de concert pour arriver à mettre un terme à ces massacres.

C’est une vraie bouffée de nostalgie que ce roman. On se retrouve plongé au cœur des années 70, à suivre l’itinéraire d’un tueur qui n’a d’autre motivation que de laisser une trace dans l’histoire, et de préférence sanglante. Et l’auteur s’amuse à nous faire suivre une bague qui, en fait, n’est pas le centre de son intrigue. C’est aussi une nostalgie pour les fans de Pelecanos, au sens où il reprend un de ses personnages récurrents, Derek Strange, que l’on a pu suivre dans 4 romans que sont Blanc comme neige, Tout se paye, Soul circus, et Hard revolution (qu’il faut que je lise !).

Si l’intrigue est simple, ce n’est clairement pas la raison qui vous poussera à lire ce roman, mais plutôt cette façon si personnelle que Pelecanos a de peindre sa ville et ses habitants. Comme à son habitude, il parsème son intrigue de petits détails qui imprègnent le lecteur de cette ambiance un peu décadente que furent les années 70. C’est aussi une sorte d’annonce de l’avenir qui arrive avec l’arrivée de la drogue en masse, entre autres.

Et même si l’auteur insiste un peu trop souvent sur les pantalons Pattes d’eph’, s’il insiste sur les titres des chansons à succès de l’époque, je le trouve plus efficace quand il évoque certains résultats sportifs ou juste des habitudes que nous avons perdues comme discuter dans un bar avec des inconnus, ou bien certaines marques de voitures.

Je ne vais pas vous dire que c’est le meilleur Pelecanos, mais il fait partie de ces livres qui peuvent permettre à beaucoup de découvrir son univers et sa façon si personnelle de planter un décor, et de faire vivre des personnages, cette facilité à nous bercer avec ce style si facile (en apparence). Et puis, surtout, on sent tout le plaisir qu’il a eu à revenir en arrière, à faire revivre un de ses personnages, comme un retour aux sources, mêlé de nostalgie.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Vincent, grand fan de Pelecanos ici

Le double portrait de George Pelecanos (Calmann-Levy)

Le dernier Pelecanos en date, Le double portrait, remet en selle ce personnage bien étrange et particulier que nous avions eu l’occasion de rencontrer dans Une balade dans la nuit. C’est une nouvelle occasion de se rendre compte, au travers de plusieurs intrigues emmêlées comment Pelecanos joue avec les codes, tout en détaillant la psychologie de Spero Lucas, son nouveau personnage récurrent.

Spero Lucas, d’origine grecque, est un vétéran de la guerre d’Irak. Mais il a trouvé le moyen de vivre de ses qualités qui sont de s’adapter à son environnement et de savoir s’entourer d’amis, sans pour autant oublier la famille. L’un de ses travaux est de faire l’enquêteur pour un avocat pénaliste qui, dès le début du roman, lui demande de faire le jour dans l’affaire Calvin Bates. Ce dernier est en effet accusé d’avoir assassiné sa maitresse. Alors que cela devrait être un crime passionnel, la voiture est retrouvée incendiée et on ne trouve aucune douille sur les lieux du crime.

Sa deuxième activité est de retrouver des objets précieux. Il demande en retour 40% de la valeur du bien. Alors qu’il va manger dans un restaurant de luxe, la serveuse lui parle d’une amie à elle, Grace Kinkaid. A la suite d’une aventure amoureuse malheureuse, on lui a dérobé un tableau d’une grande valeur sentimentale et vénale. Spero accepte l’affaire.

Tout cela ne serait ue du classique si, lors d’une soirée dans un bar, Spero ne tombait pas sur une femme splendide. Il lui offre un verre, elle lui laisse son numéro de téléphone. Elle s’appelle Amanda. Ils vont se retrouver, faire l’amour et Spero va tomber amoureux. Ce qui, pour un homme qui veut tout contrôler, va lui occasionner quelques déboires.

Si Une balade dans la nuit était un roman simple, se contentant de présenter Spero et ses qualités, celui-ci est plus complexe dans ses intrigues et va détailler la psychologie de ce personnage hors du commun. C’est un personnage complexe, marqué par la guerre et les meurtres qu’il y a commis. C’est un spécialiste de la débrouille, mais pas un MacGiver bis.

C’est un homme qui ne croit en rien, sauf en lui-même et en ses amis, sur lesquels il peut compter. Il montre une certaine assurance mais cherche à avoir le contrôle de sa vie. Alors, quand il tombe amoureux, il perd ses moyens et change de profil. Alors qu’il est plutôt solitaire de nature, il agit plutôt par instinct. En fait, Spero me fait penser à un animal, à un félin qui est libre de ses mouvements mais pour autant qui sait où chercher sa nourriture ou ses envies du moment.

Les intrigues se révèlent une fois de plus simples. Nous savons assez rapidement ce qui s’est passé dans le cas Calvin Bates, et nous avons rapidement affaire à un groupe ultra violent pour le vol de Grace Kinkaid. Mais, on sent poindre, dans le propos, la violence de la société américaine, et Spero se retrouve confronté à la même violence que ce qu’il a connu pendant la guerre.

Si pour autant, Pelecanos ne dénonce rien, il se veut surtout témoin de sa ville, Washington, et nous livre là un bon polar, avec ce style inimitable fait de petites descriptions qui vous immergent immédiatement dans un décor. Et tout le roman nous emmène vers un final, qui comme il se doit est explosif, très visuel et très violent. De l’adrénaline en poudre ! Alors, Lucas Spero, je t’attends pour ta prochaine affaire. Tes aventures sont un vrai plaisir de lecture.

Mélanges de sangs de Roger Smith (Calmann Levy – Livre de poche)

Ça y est ! je l’ai lu ce roman de Roger Smith, que mes amis Richard et Jean me pressaient tant de lire, avec une telle insistance que ça ressemblait à du harcèlement. Ils avaient raison, c’est un premier roman exceptionnel, qui présente l’Afrique du Sud sous un jour où on a peu tendance à la montrer. Car dans ce roman, tout est question de personnages. On y trouve Burn, Benny, Barnard … et l’Afrique du Sud.

Jack Burn est un ancien Marines qui a participé à l’opération Tempête du Désert en Irak. Revenu au pays, il a retrouvé sa femme Susan et leur petit garçon Matt. Jack a eu du mal à se familiariser avec son pays, et a participé à un braquage au cours duquel un policier est tué. En fuite, Jack et sa famille s’installent en Afrique du Sud, dans une maison sécurisée. Ce soir là, en plein diner, deux malfrats du gang des Americans font irruption dans la maison familiale. Burn, pour protéger sa famille, va tuer les deux hommes, les découper et se débarrasser des corps dans une décharge publique.

En face de leur maison, Benny Mongrel est un gardien qui fait sa tournée avec sa chienne Bessie. Il a vu les deux malfrats entrer dans la maison de Burn mais ne les a jamais vus ressortir. Pour autant, il décide de ne rien dire à Barnard, un gros flic corrompu, qui incarne à lui seul tout ce qu’on peut détester dans un personnage. Sans pitié, profitant des trafics de drogue aussi bien que de la prostitution, il est à la recherche de ces deux malfrats qui lui doivent de l’argent. Quand, il sonne chez Burn, pour un interrogatoire de routine, pour savoir s’il a vu les jeunes qui conduisaient la BMW rouge, il sent que Burn lui ment.

Ce roman est construit comme un ballet, où les danseurs valsent entre eux, passant de main en main jusqu’à ce qu’ils finissent dans les bras de la mort. La construction est très bien maitrisée, et comme on parle là d’un premier roman, je peux donc vous dire que ce roman est exceptionnel. Mais la narration repose avant tout sur ses personnages.

Les personnages sont tous incroyablement vivants,horribles, et les scènes sont toutes criantes de vérité, toutes marquantes; l’auteur maitrise les temps calmes et les temps forts. Et en parlant de temps forts, il y en a à foison dans ce roman, des scènes d’une visibilité incroyable, d’une violence couleur rouge sang qui vous marqueront longtemps.

Car ce roman est violent, très violent, et ce que veut nous montrer l’auteur, c’est l’Afrique du Sud, celle des ghettos, des endroits où à chaque minute, à chaque seconde, on lutte pour sa vie. Chacun a perdu la moindre once d’humanité, la vie est devenue une jungle où la question est : Qui tuera le premier ? Et c’est d’autant plus marquant que Roger Smith nous décrit cela comme s’il n’y avait rien d’extraordinaire, comme s’il était parfaitement normal de tirer à bout portant dans la tête d’un enfant qui ne vous a rien fait.

Je me suis posé la question du titre, qui me fait penser à plusieurs choses. C’est un roman post apartheid, mais qui ne prend pas partie, qui veut montrer comme un reportage ce que l’on trouve dans des endroits délabrés que l’on ne veut pas voir. Et j’aurais aimé que Roger Smith, qui a un incroyablement talent pour créer des personnages, pour mitonner une intrigue sinueuse ou pour peindre des scènes écarlates s’engage un peu plus. De même, il m’a manqué quelques descriptions des quartiers pour m’y sentir emporté, imprégné.

Malgré ces deux réserves, c’est un premier roman incroyable, d’une richesse rare qui me fait dire que les Américains ne peuvent pas réussir à l’adapter. Malgré cela, sur la quatrième de couverture, il est indiqué que Samuel Jackson jouera dans le rôle du flic zoulou à la poursuite de Barnard. Alors, je préfère vous donner un conseil : lisez ce livre avant de voir le film qui risque d’être raté, au contraire de ce roman maitrisé de bout en bout. Epoustouflant !

Allez lire l’interview du concierge masqué ainsi que l’avis de mon ami Jean le Belge.