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Fin de siècle de Sébastien Gendron

Editeur : Gallimard – Série Noire

Sébastien Gendron, voilà un auteur pas comme les autres. L’ayant découvert en 2008 avec Le tri sélectif des ordures, il a le talent de bâtir des intrigues légèrement décalées, d’accompagner son plat d’un humour cynique et de nous servir un plat acidulé sur notre société. Sébastien Gendron, c’est le cuisinier du polar. Son dernier roman, Fin de siècle, comporte déjà un titre totalement génial (à mon gout). Dès que j’ai appris sa sortie, j’ai guetté sa date de sortie pour l’acquérir.

A Roquebrune-Cap-Martin, Perdita Baron noie son ennui dans la dégustation de glaces Ben & Jerry’s Blondie Brownie. Elle entend un bruit mais n’a pas le temps de se retourner quand elle se prend un coup de poing dans le dos puis un couteau à lame crantée dans le ventre. Perdita perd la vie vers 1 heure du matin. Ses voisins Jonathan et Armel Koestler n’ont rien entendu, mais quand ils apprennent le fait divers, ils décident de fuir.

A Algarve, au Portugal, la foule se masse sur la plage pour apercevoir des mégalodons échoués. Ces gigantesques requins préhistoriques ont fait leur retour sur Terre de façon inexpliquée. Leur faim de viande fraîche a obligé les hommes à se protéger en installant aux limites de la Méditerranée des herses les empêchant de rentrer dans une zone où les plus riches peuvent se baigner, bronzer et s’épanouir. Sauf que la gestion de ces herses a été vendue plusieurs fois à des fonds de pension qui, pour augmenter leurs profits ont (légèrement) coupé dans le budget d’entretien.

Claude Carven est un « fils à papa » qui a dépensé une fortune, mais pas la sienne, pour construire son rêve : bâtir une fusée et devenir le premier homme à descendre en parachute de la mésosphère. 88 000 km de chute libre pour un pur plaisir … ou pour oublier sa vaine existence.

Laissez vous porter par ces chapitres qui chacun, raconte un personnage, une scène, une démonstration supplémentaire que le monde marche sur la tête. A partir d’un événement scientifique primordial, mettant en danger la population mondiale puisque les mégalodons adorent croquer les humains en apéritif, l’Homme a trouvé des réactions illogiques pour sauver les plus riches. Au début, ce fut la chasse aux requins à coups de bâtons de dynamite, puis on a créé des herses pour créer un espace convivial pour ceux qui peuvent payer.

Au premier degré, ce roman ressemble à une galerie de scènes mises bout à bout, toutes plus géniales les unes que les autres, mais ne brossant qu’une partie du tableau. En prenant du recul, cela donne une vision bien sombre de l’humanité car tous les personnages dans ce roman sont sains d’esprit mais totalement frappés. L’Homme est un animal qui cherche avant tout à tromper son ennui, à coups de milliards dépensés sur le pourtour de la Méditerranée, zone protégée qui vacille ; mais personne n’est au courant. Au second degré donc, c’est une superbe description de la futilité de l’Homme, dans toute sa grandeur et sa décadence.

Même si l’humour est peu présent, j’y ai trouvé des cotés réjouissants dans la façon qu’a l’auteur de décrire ces gens qui n’aspirent à rien si ce n’est leur bien-être. La cruauté devient non pas malsaine mais presque drôle, d’un humour noir grinçant. Et puis, j’y ai trouvé un coté inquiétant, cette impression tenace de lire un livre prémonitoire, une sorte de manuscrit retrouvé de Nostradamus, et ça fait peur.

Derrière ces sujets forts, il ne faut pas oublier les hommages littéraires, cinématographiques et musicaux qui prolifèrent dans ce roman. On y trouvera bien sur Steven Spielberg et Jaws, mais aussi La baleine scandaleuse de John Trinian (que j’ai lu récemment) sans oublier tous les romans parlant de faille temporelle ou les films parlant de voyage interstellaire. Car même s’il est parfois dur à suivre, Sébastien Gendron nous interpelle sur l’argent que l’on dépense pour nos plaisirs au lieu d’améliorer l’humanité. Un sacré roman !

Ne ratez pas les avis de Jean le Belge et Jean-Marc Lahérrère

 

Le semeur de mort de Patrick Guillain

Editeur : Editions de l’Aube

C’est un nouveau premier roman que je vous propose édité par les éditions de l’Aube, au titre énigmatique, qui fait penser à un thriller. En fait, il s’agit plutôt d’un roman « catastrophe » centré sur les personnages. Un sacré pari relevé haut la main.

Vendredi 14 mars. Dans un bidonville du Nord de Paris, situé aux abords de l’autoroute A1, Marc, un ambulancier, a été appelé par les gendarmes. Ils viennent emmener le corps d’un homme qui pisse le sang. Il veut emmener le corps au quai de la Rapée et s’aperçoit que plusieurs Roms sont malades. Après avoir examiné le corps, il voit que la peau a une couleur noire : l’homme est mort de la peste noire.

Dimanche 16 mars. Samuel Laveran est un jeune chercheur post doctorant à l’institut Pasteur de Paris. Il est appelé dans le bureau du directeur, Bernard Guidot. Samuel le surnomme « Le Dragon » pour le climat de tension et de harcèlement qu’il entretient à l’institut. Bernard lui signifie qu’ils vont recevoir des échantillons à tester immédiatement. Samuel peut faire une croix sur son week-end … comme souvent.

Mardi 18 mars. Maud Bordet travaille à l’institut de veille sanitaire de Saint Maurice. Son patron lui a demandé d’aller visiter le camp de Roms. En quelques jours, on pouvait compter trois morts et une trentaine de blessés.  Elle y ramasse des rats pour analyse, puisqu’il est confirmé qu’il s’agit de la peste. Puis elle se rend à l’Institut Pasteur où on lui confirme qu’il s’agit du Yersinia Pestis. Maud va avoir les pleins pouvoirs pour gérer ce cas de crise sanitaire nationale, alors que le nombre de contaminés va augmenter de façon exponentielle.

Il y a deux raisons pour lesquelles je n’aurais pas lu ce roman : Le titre me faisait penser à un thriller et le sujet me faisait penser à un roman catastrophe médical comme les Américains savent en sortir des tonnes. Et il y a une raison pour laquelle je me suis penché dessus : c’est un premier roman. Et je dois dire que je me suis laissé entraîner dans cette histoire tout en apprenant beaucoup de choses très intéressantes. Je tiens à faire remarquer que les Editions de l’Aube ont le don de trouver de jeunes auteurs de talent et que cela me pousse ma curiosité dès qu’ils sortent un nouvel auteur.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’auteur ne va pas insister sur l’étendue de la catastrophe annoncée dès le deuxième chapitre. Il va surtout se pencher sur les personnages, rythmant l’intrigue avec un chapitre par jour. Je ne sais pas si le timing est cohérent et réaliste, mais cela donne une forme qui donne envie de poursuivre la lecture, tout en réservant de belles surprises et des rebondissements sur les dessous de la recherche.

Pour bien implanter son intrigue, Patrick Guillain s’appuie sur deux jeunes gens : Samuel qui est présenté comme un garçon motivé par son travail, espérant obtenir un poste fixe de chercheur mais aussi avec un certain manque de maturité. Maud est un personnage atypique, speedé, ayant une apparence gothique et écoutant du Métal. Autour de ces deux personnages forts, on trouve les directeurs de l’institut et la police, bien évidemment.

L’aspect psychologique de ce roman va clairement prendre le dessus sur l’intrigue, et mettre en avant les conditions déplorables des chercheurs, autant d’un point de vue matériel que psychologique. Les chercheurs sont soumis à des pressions énormes, mettant en danger leur vie personnelle et les post-doctorants traités comme des intérimaires qui ne coûtent pas cher. C’est clairement un des aspects importants de ce livre.

Il y a aussi beaucoup d’aspects techniques, qui sont étayés par des notes en bas de page pour ceux qui veulent aller plus loin, ce qui est mon cas. Et c’est réellement passionnant sans être rébarbatif. On sent aussi que l’auteur est de la partie et a envie de faire partager ses connaissances. J’ai juste quelques inquiétudes et doutes sur l’apparente facilité à créer des virus par des personnes isolées.

Pour finir de vous décider à lire ce roman, sachez que l’intrigue est remarquablement bien construite, se permettant même des chapitres où on présente des interrogatoires, comme un vrai roman policier et que même là, c’est une grande réussite. D’ailleurs, Patrick Guillain a un vrai talent pour les dialogues et c’est étonnant de lire une telle maitrise dans un premier roman. Il ne vous reste plus qu’à découvrir ce roman relatant une épidémie mortelle, sachant que vous allez avoir des sueurs froides au fur et à mesure de votre lecture.

Ne ratez pas l’avis de 404

Black out de Mark Elsberg (Piranha)

Vous connaissez probablement les films catastrophe, eh bien, ce livre se classerait aisément dans la catégorie des livres catastrophe. Imaginez qu’il n’y ait plus d’électricité … en voici un scenario, tout personnel :

Je me lève … en retard. Le réveil n’a pas sonné ! Vite, je me jette sous la douche mais l’eau est froide ! Je file à la cuisine pour me faire un petit café mais tout est éteint. Je suis obligé d’y aller à tâtons. Faute de petit déjeuner, je fonce à la gare pour prendre le RER … encore des retards ? non, le trafic est interrompu pour une cause indéterminée et il n’y a aucune information sur l’absence de trains. Imaginez que cela dure quelques minutes, quelques heures, quelques jours, quelques semaines.

Cette histoire commence en Italie. Sans prévenir, les feux rouges s’arrêtent. Piero Manzano, ingénieur en informatique et hacker pendant son temps libre, qui était en voiture, se retrouve pris dans un accident de la circulation. Ce qui aurait pu s’avérer un accident comme les autres est en fait le début d’une apocalypse. Car en Italie d’abord, puis en Suède, puis dans le reste de l’Europe, tout le réseau d’électricité va s’arrêter sans prévenir.

En effet, avec les compteurs électroniques, le réseau électrique est connecté au niveau européen à Internet. Ainsi, il est possible de savoir à distance la consommation d’un foyer, mais aussi d’appliquer une mesure d’urgence en cas de problème. Imaginez que ce code de sécurité soit piraté par des terroristes. Ils pourraient arrêter à distance un quartier, une ville, un pays tout entier, voire un continent.

Une fois qu’une ville entière ne demande plus d’électricité, les centrales électriques subissant une variation de la demande brutale appliquent automatiquement un arrêt d’urgence. C’est alors à l’échelle d’un pays que la catastrophe se dessine. Et comme le réseau est connecté au niveau européen, c’est à l’échelle du continent européen que se construit le scenario de ce roman.

Alors que les Américains nous auraient sortis un héros sauveur du monde (on imagine bien Bruce Willis dans le rôle titre), et d’ailleurs Jeffery Deaver nous avait concocté un scenario identique dans lignes de feu, Mrac Elsberg choisit dans son roman le coté informatif, journalistique, réaliste pour son intrigue. Et si Piero Manzano, affublé d’une journaliste de CNN, est bien le personnage principal, on nous fait voyager aux quatre coins de l’Europe pour montrer les conséquences d’une telle catastrophe.

Alors on va voyager en Italie, en Allemagne, dans les pays nordiques, en Allemagne, en Espagne, en France, pour montrer par le détail comment les événements vont s’enchainer comme des dominos bien rangés qu’un petit doigt vient faire tomber. De la coupure d’un quartier aux arrêts des centrales, des cellules d’urgence organisées dans les gouvernements aux réunions de crise des entreprises gérant la distribution électrique, de la famine aux morts des animaux (les vaches en particulier) qui sont les premiers à souffrir, de la pénurie en nourriture aux émeutes, tout cet ensemble est détaillé jour après jour avec beaucoup de réalisme.

Je dirais que ce roman se veut un roman à suspense, que le personnage principal va être balloté de droite et de gauche, qu’il va être soupçonné … mais l’intérêt n’est pas là. En effet, c’est bien dans ce scenario catastrophe, et dans son explication pédagogique que réside l’intérêt de ce roman. L’auteur nous montre les dangers de notre dépendance à l’électricité et le danger de ce réseau si fragile et si facile à pénétrer. C’est intéressant comme un document, passionnant comme un reportage et très instructif.

Ne ratez pas les avis de l’ami Yvan ou ceux des sites Raconte moi et La prophétie des ânes.