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Imagine le reste de Hervé Commère (Fleuve éditions)

Hervé Commère n’est pas un inconnu dans le monde du polar. Car, avec un style simple et imagé, il créé des intrigues qui se révèlent étonnantes et pleines de créativité. Ce roman, si vous vous baladez dans le petit monde des blogueurs est tout simplement encensé par tous ceux qui l’ont chroniqué. D’ailleurs, le bandeau du livre est explicite : « Conquis ou remboursé ».

Le livre s’ouvre sur l’itinéraire de deux copains, deux amis inséparables, Frédéric Abkarian et Karl Avanzato. Originaires de Calais, ils vivent de petits délits, mais surtout, ils ont été livreurs de mystérieux paquets pour un caïd du coin, Cimard. Fred s’est fait serrer, a fait quelques mois de prison, et retrouve son pote, qui l’attend dans la voiture de sa mère. Sur le siège arrière, il y a une sacoche. Et dans la sacoche, il y a deux millions d’euros.

Ils envisagent de prendre l’autoroute qui les mènerait en Aquitaine. Ils vont rejoindre la fille de leur rêve, Carole. Elle habitait aussi à Calais, et tous les deux étaient amoureux d’elle. %ais elle est partie à Bordeaux quelques années auparavant. Karl explique comment il a volé l’argent à Cimard, l’emmène au Touquet pour lui faire visiter la demeure du mafieux, qui est parti en vacances en Thaïlande.

Puis ils se dirigent vers le sud, rejoindre leur rêve inaccessible. C’est là-bas que va se dérouler le drame …

Le roman va se poursuivre en nous présentant un chanteur doué mais qui n’a pas encore rencontré le succès … jusqu’à ce qu’il rencontre un producteur octogénaire. Le livre de Hervé Commère est composé de quatre chapitres, qui se nomment Karl, puis Nino, puis Serge puis All together … comme la chanson des Beatles. D’ailleurs, il sera beaucoup question de musique dans ce roman.

La première partie du roman est tout simplement géniale. Il y a dans ce début tout ce que j’adore dans les romans de Hervé Commère. Des chapitres courts, une innovation à chaque chapitre, des rebondissements, des retournements de situation, et un réel talent pour peindre des personnages simples et attachants. Franchement, quand il écrit comme ça, je pourrais lire des centaines de pages sans même m’en rendre compte, tant je me laisse emporter.

Puis vient la deuxième partie avec un énorme retournement de situation. Et là, je me dis : « Chouette, ça repart sur de bonnes bases, je vais m’éclater ». Evidemment, on y parle de Nino, chanteur doué, dont le rêve est de devenir connu, ou du moins d’être reconnu à sa juste valeur. Et là, je ne sais pas pourquoi, mais je me suis détaché du roman. Je n’ai plus été intéressé, pris par la trajectoire de Nino. En gros, ce qui pouvait arriver à Nino m’indifférait. Il y avait bien quelques rebondissements avec lesquels je me retrouvais, mais j’ai trouvé cette partie … longue.

Puis viennent les deux autres parties où à nouveau, je suis emballé par ce que Hervé Commère a écrit. Si vous cherchez des avis sur Internet, vous ne trouverez, sauf erreur de ma part, que des avis élogieux, voire des coups de cœur. Tout ça pour vous dire que j’adore Hervé Commère, que j’ai adoré son livre, sauf la deuxième partie, où je suis passé à coté. Ça doit surement être ça, une rencontre ratée.

Il ne vous reste plus qu’à aller voir du coté de Yvan, Claude, Unwalkers, Cannibaleslecteurs, Foumette, entre autres.

Road Tripes de Sébastien Gendron (Albin Michel)

Si j’ai lu ce roman, c’est grâce à l’oncle Paul qui m’a gentiment envoyé ce roman, alors c’est aussi l’occasion de vous rappeler d’aller voir son site pour bénéficier d’excellentes chroniques quotidiennes sur le polar. Merci Paul !

Vincent est un jeune homme qui a fait de longues études et qui se retrouve sur le carreau. Le voilà à distribuer des encarts publicitaires dans les boites aux lettres. Il a depuis bien longtemps laissé tomber sa fierté et sa volonté de se battre et a entamé une autre phase de sa vie que l’on pourrait appeler survie.

C’est alors qu’une porte de voiture s’ouvre, Vincent entre, la porte se ferme, et il se retrouve assis à coté de Carell, un homme déjanté fan de Johnny Halliday. Après avoir mis le feu aux tracts (ce qui va entrainer un feu de forêt), ils vont entamer une folle équipée de 4000km à travers la France, entre vols de voitures et bastons.

Ce roman est une bouffée d’air frais, qui ne ressemble à rien de ce que j’ai lu auparavant. Et pourtant, je connais Sébastien Gendron depuis 2008 et son Tri sélectif des ordures (sorti en 2008 et bizarrement absent de la bibliographie en fin de roman), son univers déjanté et décalé, plein de dérision et d’inventivité. D’ailleurs, c’est amusant que j’ai lu ce roman juste au moment où je venais d’acquérir son premier roman Mes amis mortels. Bref, ce roman semble marquer une sorte de tournant dans la carrière de Sébastien Gendron, où l’humour déjanté était de mise. Ici, l’humour est plus grinçant.

Ce roman est clairement écrit comme un film, et on peut se demander ou espérer qu’il en devienne un. Les remerciements (en fin de roman) sont écrits d’ailleurs en forme de générique. Il faut dire que la plupart des 285 pages sont des dialogues sur la vie, la société de ces deux personnages dont l’un, Vincent, est éteint, marqué par un événement dramatique qui a eu lieu dans sa vie personnelle et l’autre, Carell, qui est un peu dingue et surtout sans autre limite que de rouler à 200 à l’heure sur les routes.

On rencontre aussi des personnages complètement dingues, des gendarmes nostalgiques, des sectes encore plus frappées que Carell, des collectionneurs de R16 … L’imagination de Sébastien Gendron est exactement comme Carell, elle est sans limite et a pour but de nous distraire, nous amuser, nous faire grincer aussi quand il raconte que la personne qu’ils ont tuée est un paisible père de famille, par exemple.

Au bout de 100 pages, on se demande bien quel peut être le but de ces 2 gars là et ils s’en fixent un : attaquer une banque. Au bout de 200 pages, on se demande quelle fut la vie de ces deux gars là, et ils se racontent. En fait Sébastien Gendron répond aux questions que se pose le lecteur juste avant qu’il ne se les pose. Et puis quel plaisir de lire ce style sautillant, décalé, à la limite du langage parlé, mais toujours très imagé. Bref, c’est un livre qui s’avale, qui n’est pas là pour faire plaisir, qui dérange parfois, mais qui remplit son rôle de nous passionner.

Il faut aussi que je vous parle de la fin. Car l’auteur donne un sens à son livre, nous montrant qu’il y a bien peu de distances entre le bien et le mal, entre la construction et la destruction. Et après 285 pages de carnage et meurtres, il démontre qu’il ne faut pas grand-chose, d’une étincelle pour que tout pète. Ces deux portraits sont des personnages sans but, sans espoir, sans limite, sans avenir. Et on s’perçoit que sous un certain angle, il y a plus fou qu’eux, plus dangereux qu’eux et que la limite est ténue entre normalité et criminalité. Bon, il ne faut tout de même pas prendre tout ça au sérieux tout de même ! Mais c’est un livre trop vite lu mais surement pas oublié de sitôt.

D’ailleurs, l’avis de l’oncle Paul est ici

Un jambon calibre 45 de Carlos Salem (Actes sud)

Quand on commence un roman de Carlos Salem, il faut s’attendre à être surpris tant son univers légèrement décalé mais superbement imagé va nous surprendre et nous ravir. Ce jambon là ne dépareille pas dans l’œuvre d’un auteur bien particulier.

Nicolas Sotanovsky est un immigré argentin qui déambule dans Madrid, un jeune écrivain en panne d’inspiration, dont le principal problème pour le moment est de trouver un endroit pour dormir. Après une rencontre avec le Maigrichon, on lui propose de squatter chez Noelia, une jeune femme rousse qui s’est absentée.

Rien d’extraordinaire à cela, si ce n’est qu’un malabar gonflé aux hormones et ayant la sympathie d’un taureau en furie débarque à grands renforts de menaces. Ses mains sont comme des battoirs, et son surnom est tout trouvé : Jambon, voire même un jambon de calibre 45, vu la taille de ses doigts. Et imaginez, il s’appelle Serrano !

La mission que Nicolas doit remplir sous peine de mort, la sienne, est de trouver Noelia pour Jambon et son patron La Momie. Il a pour cela un week-end, pour retrouver une jeune femme qu’il n’a jamais vue, et Jambon le suivra pendant toute sa recherche, comme son ombre. Et pendant la semaine que va durer cette recherche, Nicolas va rencontrer nombre de personnages hauts en couleurs et connaître de nombreuses péripéties.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que quand on connaît Carlos Salem, on n’est pas étonné par ce roman, ce qui ne sera pas le cas de celui ou celle qui ne connaît pas le bonhomme. Car si on peut rapprocher ce roman d’un road book, on est très loin d’un roman noir ou d’un roman d’action. Ici tout est fluide et l’intrigue se déroule selon la vie de notre écrivain, c’est-à-dire comme un long fleuve tranquille.

Enfin presque : car quand un gros balaise vous tape dessus, ou quand vous essuyez des salves de tirs sans même savoir pourquoi, on s’aperçoit que la vie d’un écrivain n’est pas de tout repos. Reste que l’ensemble est comme d’habitude très imagé, parfois cru, parfois poétique, à mi chemin entre explicite et implicite, mais toujours écrit avec humour et dérision. Car il est difficile de ne pas voir en Nicolas quelques traits de Carlos lui-même.

D’ailleurs, on retrouve à nouveau dans ce roman les thématiques qui peuplent les romans de Carlos Salem : la fuite (de la réalité, de soi même), la quête d’un idéal, aussi futile soit-il, la logique illogique de la vie, le sexe, l’amour, le temps, les choix d’une vie … Bref, tout ce qui fait que ce roman est par moment aussi une source de réflexion.

Et puis, il y a des scènes d’une justesse, d’une fulgurance, d’une beauté esthétique incroyable, avec des phrases sorties de nulle part, des images d’une poésie folle, qui font que l’on fond (Tiens, ça rime !) à la lecture. En fait, l’écriture de Carlos Salem agit comme une drogue : quand on y a gouté, on ne peut plus s’en passer. C’est mon cas. Et chapeau pour ce roman qui m’a beaucoup touché !

L’avis de Petite Souris : http://passion-polar.over-blog.com/article-un-jambon-calibre-45-116475094.html

Oldies : Des voleurs comme nous de Edward Anderson (Points)

Quelle bonne idée que cette réédition, je devrais dire déterrement, de ce pur roman noir, écrit en 1937, mais d’une modernité confondante.

L’auteur :

Edward Anderson est un auteur américain né en 1906 et mort en 1969. Edward Anderson est un de ces Américains des années 30 qui aura tout fait : tromboniste, boxeur, matelot. Il n’a publié que deux romans. »Tous des voleurs » et « Il ne pleuvra pas toujours ».

Le premier Il ne pleuvra pas toujours dont le titre original est Hungry men (Des hommes affamés) est presque l’autobiographie de l’auteur. Il raconte la vie d’Axel Stecker, un hobo, un vagabond de la Grande Dépression. C’est une histoire de bourlingue entre trains clandestins et nuits dans les parcs et les églises.

Publié deux ans après, en 37, Tous des voleurs (Thieves like) est un peu plus célèbre surtout par l’adaptation essentielle de Nicholas Ray en 49 sous le titre Les Amants de la nuit (They Live by Night) .

En 1974, le roman est adapté une nouvelle fois par Robert Altman : Nous sommes tous des voleurs (Thieves Like Us). C’est une histoire de gangsters, un Bonnie and Clyde un peu plus rural, qui obtiendra un certain succès. Mais Edward Anderson ne fera jamais fortune, Hollywood ne lui fera pas de cadeau et il ne publiera que deux nouvelles dans les trente années qu’il lui reste à vivre.

Quatrième de couverture :

Avoir cinq planques, chacune avec un garage à deux places. Ne jamais se promener à deux et n’admettre aucune question de la part des voisins. Aucune. Et toujours satisfaire la logeuse. En cavale au Texas avec deux autres détenus, Bowie sait qu’il ne peut plus reculer. Ils sont allés trop loin, les flics de la région sont nerveux. Il ne leur en veut pas. Dans le fond, chacun fait ce qu’il a à faire.

« En le relisant aujourd’hui, on peut se demander si Anderson n’est pas le grand oublié des années trente. Et ce roman reste aussi dur et fort que quand il était admiré seulement de quelques connaisseurs. » Libération

Mon avis :

Trois prisonniers s’échappent du pénitencier de l’Oklahoma : Bowie Bowers, Chicamaw et T-Doub. Alors que Bowie est un assassin, les deux autres sont plutôt des braqueurs de banque. Ce roman va raconter leur cavale, de vols de voitures en vols de banques. Ils vont se cacher, se terrer, raconter leur vie, comment ils en sont arrivés là. Ils vont aussi raconter leurs plus grands faits de guerre, même si on les soupçonne de parfois exagérer.

Alors que Bowie semble le plus dangereux des trois au départ, il en vient à s’adoucir au fur et à mesure jusqu’à envisager de se ranger ; Alors que les autres sont et resteront des bouledogues inconscients jusqu’au bout. Cette fuite vers l’enfer, cette course vers nulle part ne pourra que se terminer de façon dramatique.

De ce roman, brillant du début à la fin, on ne peut que regretter que Edward Anderson n’ait écrit qu’un roman (en fait il en a écrit deux mais le deuxième ressemble à une biographie). Car le roman est découpé au millimètre près en scènes, et tout avance surtout grâce à des dialogues formidables. Toute la psychologie des personnages passe par ces moments où ils se retrouvent entre eux.

De même, le sujet est remarquablement intemporel, assenant son message jusqu’à en devenir démonstratif. Tous sont des voleurs, les banquiers, les politiques, les avocats … seules les armes diffèrent. Et le roman atteint dans ces moments là une dimension sociologique autre, Edward Anderson se faisant le porte parole des gens qui sont restés sur le coté de la route, les oubliés du rêve américain.

Des voleurs comme nous est un roman remarquable aussi bien par son sujet que par son traitement. Et on a du mal à imaginer qu’il a été écrit en 1937, tant il est transposable à n’importe quelle époque. Evidemment, je ne peux que vous encourager de courir vous procurer ce livre et de le déguster. Du Roman Noir Pur Malt garanti !

Chamamé de Leonardo Oyola (Asphalte)

« Ils ne commencent jamais.

Ils explosent.

D’un coup.

Ils sont comme ça, mes rêves. »

Ainsi parle Perro, un jeune délinquant complètement déjanté. Encore qu’il y a pire dans le genre, à savoir son ami le pasteur Noé. Ils se sont rencontrés en prison, où ils se sont battus ensemble contre des paraguayens pour sauver leur peau. Depuis, ils sont inséparables, les meilleurs amis du monde : Perro le fou de la route, le dingue du volant et Le Pasteur Noé chargé de porter la bonne parole ensanglantée.

« J’ai fini par me faire tatouer un truc qui me rappelait ma première copine. Celle qui m’avait fait prendre conscienceque je ne faisais pas et ne ferais jamais partie du camp des gentils. »

A travers leur périple, dans un environnement toujours plus violent et sans limites, Ils envisagent le kidnapping comme potentielle source de revenus. Ils prennent donc la fille d’un ingénieur américain et demandent une rançon. Lors de la remise de l’argent, Perro se retrouve trahi et piégé par son ami de toujours, et enfermé en prison pour kidnapping et meurtre. Libéré par le pasteur Noé, il va le poursuivre pour se venger. Car il doit suivre les 10 commandements de la corporation :

« Tu ne trahiras pas.

Tu n’abandonneras pas ton partenaire après un coup qui aurait mal tourné.

Tu ne coucheras pas avec sa sœur.

Tu veilleras sur sa famille.

Tu exploseras le ou les flics qui ont causé sa perte.

Tu choperas le fric et tu feras jamais dans ton froc.

Tu baiseras bien profond ceux qui ont du pognon, jamais ceux qui n’en ont pas.

Tu ne feras pas de bruit.

Lorsque tu auras la maille, alors tu pourras te reposer.

Et quand ce sera ton tour de danser avec la plus moche, Guns N’Roses … tu seras aveugle et sourd-muet, comme dans la chanson de Shakira. »

Si Perro et Noé occupent le premier plan, leur périple va permettre de rencontrer une belle pléiade de personnages, tous plus ou moins cinglés et certains flics qui eux sont destinés à mourir, et plutôt rapidement. Pour vous imager un peu plus, Perro est un tueur avec des tendances romantiques par moments mais d’un caractère violent, très violent. Noé est un illuminé qui ressemble à un bulldozer dont le réservoir serait rempli d’amphétamines, et qui fait tomber tous les obstacles qu’il trouve en face de son objectif, à savoir batir une paroisse.

Ceux qui ont lu Golgotha vont en avoir pour leur argent. Accrochez vous, car Chamamé va encore plus loin. Et comme Chamamé a été écrit avant Golgotha, on peut se dire que Chamamé est la version décomplexée de Golgotha ou que le deuxième est la version assagie du premier. Car, si l’histoire est classique, nous avons là un livre noir, à la limite du cauchemar, dont on n’est pas près d’oublier ses phrases assassines, tranchées, coupées au couteau ou à la machette.

Il ne faut pas y chercher de message, dans ce road book, cette course poursuite, mais une volonté de faire vivre des personnages et des décors, en suivant scrupuleusement une intrigue très savamment tissée. Car le roman n’est pas linéaire, allant de digressions en souvenirs, de rêves en scènes hallucinantes et hallucinées. Tous les ingrédients sont fort bien intégrés sous la forme d’un polar dont on pourrait dire qu’il est un hommage au hard- boiled américain.

C’est aussi un roman imprégné de culture populaire, aussi bien américaine qu’argentine, faisant référence aux séries télévisées (le scenario fait penser à Shérif, fais moi peur la série navettissime des années 80) ou aux musiques (tout au long du roman on trouve des extraits de paroles) ou au cinéma (avec des phrases issues de Dirty Harry par exemple). C’est définitivement une constante chez cet auteur de revendiquer la culture des années 80.

Attendez vous à un rythme effréné, un roman écrit sous amphétamines, avec des dialogues savoureux, et des scènes très visuelles dans un style très cinématographique : pas de descriptions longues mais juste des petits détails pour donner un ton, une ambiance. Les phrases sont courtes, parfois hachées. Et la faculté de trouver les mots justes, les petits détails dans le décor, la petite touche d’un habillement font penser à un scenario de film. Et quel pied ce serait, de voir ce roman sur grand écran.

Sur la quatrième de couverture, il est dit qu’on y trouve des « scènes de bagarres d’anthologie dignes des films de Tarantino ». Effectivement, on ne peut penser qu’à Pulp Fiction tout au long de cette lecture, sans que Leonardo Oyola ait copié ou pastiché le film. Et si on peut y voir un hommage au hard-boiled ou aux Pulp Fictions américains, il est clair que j’ai eu entre les mains un livre culte. Et nul doute qu’il va devenir culte pour vous aussi !

United colors of crime de Richard Morgiève (Carnets noirs)

Je ne connaissais pas Richard Morgiève et en regardant sa bibliographie, je m’aperçois qu’il est l’auteur d’une trentaine de romans. Ce United colors of crime, même s’il n’est pas facile d’accès, est un livre ambitieux, très ambitieux et plutôt réussi. Et un grand merci à Holden pour cette découverte.

En 1951, aux Etats Unis, en plein Maccarthysme. Chaim Chlebeck, fossoyeur de la mafia de 31 ans, est en cavale après avoir supprimé Bobby 5 As. Au passage il a récupéré une grosse somme d’argent. Alors qu’il est sur le point d’atteindre le Mexique, il se fait agresser par une bande de Mexicains et est abandonné sur le bord de la route. Mais il a la peau dure.

Dirk, un scientifique allemand qui a aussi servi d’agent double pendant le deuxième guerre mondiale, le récupère et le soigne à l’aide de sa femme Dallas, une indienne borgne qui porte un œil de verre. Entre ses délires et ses réflexions, Chaim va repenser sa vie et envisager de quitter la mafia. Mais cela ne va pas forcément être facile dans ce pays rugueux.

Ce roman ressemble à un western, à un roman noir au pays des fermiers texans. Ce n’est pas une course contre la montre mais une course contre la mort. Le personnage de Chaim, s’il court pour éviter des tueurs, ou des dangers, galope aussi contre lui-même, contre ses démons. C’est un homme froid, sans sentiments, qui se croit obligé de trouver une cause pour se sentir vivant et utile.

Le roman est très centré sur Chaim, L’auteur détaille tout ce qu’il voit, tout ce qu’il fait, tout ce qu’il pense. A la fois roman de la résurrection, roman de la rédemption, il est aussi roman de la dénonciation. Sa vision nouvelle de ce pays, puisqu’il vient de débarquer aux Etats Unis après avoir connu la guerre en Pologne permet de montrer l’Amérique sous son vrai jour, un pays violent à l’image de l’ambiance, n’hésitant pas à comparer par exemple le massacre des Indiens au génocide juif par les nazis, ou n’hésitant pas à dénoncer le pays de la consommation et du fric.

D’un sujet noir sur le destin d’un homme vivant dans l’obscurité et cherchant sa lumière, Richard Morgiève en a fait une peinture des grands espaces. Si le roman renvoie à chaque fois vers Cormac McCarthy période récente, il rappelle tous les auteurs des grandes plaines, en rajoutant sa pierre à l’édifice. Certes, il y a de l’admiration pour ce pays, mais il y a tant de haine envers les hommes.

Le style est sans concession, dur, abrupt, parfois difficile à suivre, fait de petits chapitres coupés de petites scènes, très cinématographique. Il y a très peu de dialogues. C’est le genre de roman qui nécessite de la concentration, pas forcément facile d’accès, mais la récompense est au rendez vous pour ceux qui s’aventureront sur les pistes du Texas, à la rencontre de personnages tous plus bizarres les uns que les autres. C’est un roman à part, dans lequel on a droit à de tels moments de pureté, de beauté, de violence aussi. La limite entre polar et littérature n’a jamais été aussi ténue.