Archives du mot-clé Champignons

La grande morille de Pascal Leclercq (Coups de tête)

Et allez hop ! Un nouvel auteur à découvrir, une nouvelle maison d’édition à rajouter sur ce site, c’est le genre de lecture où on part dans le noir les yeux fermés. Et ça change des romans noirs standards !

 « L’aube se lève à peine sur les collines liégeoises. Le ciel, rose bonbon, est crotté de minuscules nuages bleu marine. Le coq chante une troisième fois et la rue Sainte-Walburge s’anime soudainement : d’un coup, la boulangerie est pleine à craquer, une file de quinze mètres se forme sur le trottoir, tout ça pour des petits pains. De l’autre côté de la chaussée, un fort gaillard de fromager lève le volet d’acier de sa boutique ; il éructe des insanités sur le monde et sur l’état du monde. Marzi, les bras encombrés d’un énorme paquet, lui fait un signe de tête. «Salut, Micheline !» Le marchand de frometon n’a pas l’air de trouver la formule à son goût ; il n’émet cependant aucune protestation verbale. »

Quand je ne sais pas comment résumer un livre, je commence par les premières phrases. C’est en fait l’histoire de Marzi et Outchj, qui sont de petits mafieux et qui n’ont pas peur de consommer des drogues ou tuer la moindre personne qui les gêne ou les énerve. Marzi est clairement un psychopathe énervé et Outchj un obsédé sexuel stressé. Leurs aventures sur 3 jours vont nous faire rencontrer des gens aussi divers et déjantés que des militaires débiles, des vieux grabataires adeptes de substances illicites ou bien des prostituées au grand cœur. Tout cela pour une chasse aux champignongnons mémorable.

Le moindre que l’on puisse dire, c’est que ce roman est drôle, hilarant pourvu que l’on accepte de rire de tout (mais pas avec tout le monde). Le but est de faire une gigantesque blague, avec le style à l’appui, avec les situations burlesques et des dialogues de mauvais aloi. Tout y est décalé, à prendre au deuxième degré, avec beaucoup d’argot, de bonnes phrases, et je dois dire que je me suis bien fendu la poire tout au long du livre.

Les personnages sont tous sans exception des décalés, des tarés, des ramollis du bulbe, des démoulés trop tôt. Ça court dans tous les sens, ça flingue à tout va et pour se calmer, on se fait un chien ou une vieille. C’est inconvenant, irrévérencieux, bourré d’humour noir crade avec juste le décalage qu’il faut que l’on rie plutôt que l’on soit effrayé.

Alors, évidemment, on pense à San Antonio pour le style imagé et délirant, mais dans le genre trash et grossier voire en dessous de la ceinture. Et c’est une belle référence, qui me semble méritée. Il faut juste savoir que les chapitres sont alternés entre le vendredi et le dimanche, et que le narrateur change ce qui peut être déstabilisant. Après, ce n’est que du bonheur, pourvu que l’on soit un peu dérangé de la tête, et ce roman s’avère un moment très divertissant.