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Hiver rouge de Dan Smith (Cherche Midi)

Après Le village, son premier roman publié en France l’année dernière, et qui a fait sensation, voici donc le deuxième roman de cet auteur britannique. J’ai hésité avant de lire ce roman, car le sujet me semblait identique au Village. Je ne peux que conseiller ce roman qui fouille d’autres thèmes, malgré un contexte semblable. Car cet auteur a un talent fou pour écrire des romans d’aventures se passant dans de grands espaces.

Un homme se dirige vers un petit village, au milieu d’un paysage désolé. Nous sommes en 1920, la révolution rouge bat son plein, et la chasse aux sorcières décime le pays. Cet homme seul tire un cheval, Kashtan, sur lequel est allongé le corps d’un homme. Cet homme se nomme Nikolaï Levitski. Il a juré de ramener son frère Alek dans leur village ; finalement, c’est là qu’il l’enterrera. Quand il arrive, le village est vide, silencieux, mort. Il retrouve sa maison, mais il n’y a personne. Quand il entre, il voit les manteaux de sa femme Marianna et de ses deux fils.

La route a été longue, il décide de prendre un peu de repos avant d’enterrer son frère le lendemain. Le fait que sa femme et ses enfants Micha et Pavel soient partis sans leur manteaux, l’intrigue, surtout que l’hiver approche à grands pas. Au milieu de la nuit, un bruit le réveille. Quelqu’un est dans la maison. Une vieille femme est là, elle le confond avec Alek. Elle se nomme Galina et était l’amie de la mère de Nikolaï. Dans son délire, elle lui explique qu’une armée a tué les hommes dans la forêt et emmené les femmes et les enfants. A la tête de cette troupe, un homme se fait appeler Kochtcheï l’Immortel, du nom d’un personnage de contes pour enfants. Fatiguée de vivre sans son mari, elle lui demande de retrouver les prisonniers et décide de se noyer dans le lac.

Le lendemain, il va enterrer son frère. Dans l’église, deux femmes le mettent en joue. Elles ne sont pas du village, elles croient qu’il a tué Alek. Tania et Ludmila sont à la poursuite d’un assassin et Nikolaï leur raconte l’histoire de la vieille dame. Pour prouver ses dires, il les emmène sur le lieu du drame où Kochtcheï a massacré les hommes du village, en pleine forêt. Ils ont une étoile à 5 branches gravée sur le front. Ils se rendent compte qu’ils vont poursuivre le même homme. La poursuite commence, motivée pour l’un par la recherche de sa famille et pour les autres par la vengeance.

Inévitablement, on ne peut s’empêcher de comparer Le Village à cet Hiver Rouge. Le contexte étant le même, l’époque étant semblable, le sujet étant similaire, forcément, on peut se demander pourquoi lire un roman qui pourrait sembler une resucée du précédent. Et pourtant, malgré toutes ces ressemblances, le traitement est bien différent, et je m’explique : Nous avons bien à faire avec un homme qui poursuit quelqu’un car il a kidnappé sa famille. Mais autant dans Le Village, le personnage principal fait la route avec ses fils qu’il découvre à travers son aventure, autant on peut assimiler cette aventure à un duel entre le tueur et lui, autant ici, nous avons un homme au passé sombre, trouble, qui court après le seul espoir qui lui reste. Autant, comme je l’ai dit, nous avions un duel, autant ici, il s’agit d’un homme qui poursuit un monstre et qui est poursuivi par des hommes ou autre chose.

Il y a bien un coté angoissant dans ce livre ; il y a bien des personnages troubles, qui oscillent entre la lumière et le coté obscur, qui flirtent entre le bien et le mal. Il y a bien cette dualité présente sur ce conflit, cette chasse aux sorcières qui est sensée libérer le peuple de son joug, et qui en réalité le punit. Il y a bien un homme qui a perdu tout espoir et qui cherche à se raccrocher à une étoile, revoir sa famille.

De ce roman, je dirai qu’il est encore plus maitrisé que le précédent. Alors qu’on aurait pu reprocher quelques scènes un peu longuettes dans le précédent, la maitrise de la narration est remarquable. Il nous peint une campagne russe perdue, avec juste ce qu’il faut de détails. Les personnages rencontrés sont d’une justesse incroyable. Les dialogues sont sensationnels, et les scènes d’action époustouflantes. Surtout, tout au long de cette traque, il y a ce mystère omniprésent, cette tension qui alterne entre réalité sanglante et peur du surnaturel qui tient le lecteur en haleine. Et puis, même si ce n’est pas un chef d’œuvre, on referme ce livre avec un réel plaisir d’avoir parcouru des centaines de kilomètres dans une campagne russe avec cette amère conclusion que, quelque soit la révolution, c’est toujours le peuple qui paie les pots cassés.

A noter que son précédent roman Le village vient de sortir en format poche aux éditions 10/18.

Le village de Dan Smith (Cherche Midi)

Le village est le premier roman traduit et publié en France de cet auteur anglo-saxon, résidant à Newcastle. Ne vous arrêtez pas au titre, sachez juste que c’est un des romans impressionnants de cette rentrée littéraire 2014.

Le petit village de Vyrif, en Ukraine, est perdu au milieu des bois. Il n’a pas encore été envahi par les armées révolutionnaires russes, à la recherche de main d’œuvre pour les camps de travail. En cette année 1930, l’hiver est particulièrement rigoureux. Le paysage est d’un blanc immaculé et les gens survivent de la chasse en attendant que les températures remontent.

Luka, le narrateur, est un ancien soldat russe. Il a combattu dans les armées impériales avant de rejoindre la révolution et de se battre aux cotés des armées rouges. Puis, il s’est exilé en Ukraine, s’est marié avec Natalia où il élève ses deux fils jumeaux Petro et Viktor et sa fille Lara. Même si sa vie de paysan l’occupe, son instinct de chasseur, de tireur d’élite est toujours présent en lui.

Alors qu’ils étaient partis à la chasse, Luka et ses fils trouvent un traineau dans lequel ils trouvent un homme mourant et deux enfants morts. Il s’avère que la cuisse de la fillette a été découpée comme un morceau de viande par un boucher. Luka décide de ramener le traineau mais les habitants du village sont inquiets qu’il ait ramené un tueur d’enfants parmi eux. Dimitri, le beau-frère de Luka fait partie de ceux qui veulent lyncher le nouveau venu. La foule s’excite tant et si bien qu’elle finit par pendre le pauvre homme. Luka, en fouillant dans ses affaires, s’aperçoit que les villageois ont pendu un innocent. Peut-être traquait-il l’assassin de ses enfants ? Quand Dariya, la fille de Dimitri et nièce de Luka disparait, Dimitri, Luka Petro et Viktor partent à la poursuite du ravisseur d’enfants.

La première chose qui frappe dans ce roman, c’est la fluidité du style de l’auteur. Et j’en profite pour saluer le travail du traducteur, Hubert Tezenas, qui a su retranscrire aussi bien le talent de l’auteur. Car dès le départ, on est plongé dans la vie des ces gens, dans un petit village perdu au milieu de nulle part, isolé au milieu des steppes enneigées, comme un petit point noir au centre d’une feuille de papier immaculé.

Le talent de cet auteur ne s’arrête pas là, car dès les premières pages, il nous plonge dans la psychologie d’un homme qui a changé de vie, devenant paysan pour fuir les horreurs de la guerre, mais dont la nature est d’être et de rester un soldat. Dans tous les gestes de tous les jours, dans sa façon d’observer et d’analyser les gens qui sont autour de lui, il agit comme un chasseur, à la poursuite de sa proie. Il est tout le temps en train de prévoir les réactions des gens de son entourage.

De ce fait, par le contexte et par le personnage de Luka, le rythme de l’intrigue est lent. Mais c’est tellement bien écrit que tout est passionnant, et tellement réaliste. Mais c’est surtout très stressant. On se retrouve, après une centaine de pages dans le village, en plein milieu de forêts enneigées, traquant un tueur, mais surtout dans une situation où les proies deviennent tour à tour chasseur puis chassé. Le roman, dans les dernières pages, devient beaucoup plus violent et plus cruel. Et pour autant, dans toutes ces péripéties, l’auteur est toujours aussi à l’aise pour nous placer au centre des événements.

On peut avoir l’impression que l’intrigue est touffue, voire mal maitrisée, mais en fait Dan Smith nous présente l’itinéraire d’un homme, soldat dans l’âme, qui va découvrir les autres, et en particulier ses fils. A la fois roman d’aventures, thriller, roman dramatique, ce roman remarquable du début jusqu’à la fin est aussi et surtout la découverte d’un auteur dont il va falloir suivre les prochaines publications. Pour finir de vous décider à le lire, j’ai eu l’impression à sa lecture de retrouver un style de narration proche de Seul le silence de Roger Jon Ellory, que j’ai adoré.