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Dragon bleu, tigre blanc de Qiu Xiaolong (Liana Levi)

Cela faisait un bon moment que je n’avais pas lu de roman de Qiu Xiaolong, depuis Les Courants fourbes du lac Tai que j’avais bien aimé mais que j’avais trouvé naïf dans son propos. Ce roman relance l’intérêt de cette série d’enquêtes réalisées par l’inspecteur Chen Cao, dont c’est le neuvième volume.

Quatrième de couverture :

Stupeur à la brigade des affaires spéciales de la police de Shanghai. Sous couvert d’une promotion ronflante, l’inspecteur Chen est démis de ses fonctions. Après tant d’enquêtes menées contre les intérêts du pouvoir, pas étonnant qu’on veuille sa peau.

Forcé d’agir à distance, inquiet pour sa vie, Chen affronte l’affaire la plus délicate de sa carrière tandis qu’à la tête de la ville, un ambitieux prince rouge et son épouse incarnent le renouveau communiste. Alors que dans les rues résonnent les vieux chants révolutionnaires, ambition et corruption se déclinent plus que jamais au présent.

Avec une amère lucidité, Qiu Xiaolong réinterprète à sa manière le scandale Bo Xilai qui secoua la Chine en 2013.

Mon avis :

C’est un roman un peu particulier, au sens où il n’y a pas de meurtres, ni d’enquête policière à proprement parler. En fait, l’inspecteur Chen a reçu une promotion, il est nommé directeur de la réforme judiciaire. C’est un titre qui sonne comme le glas d’une carrière pendant laquelle il a titillé les personnages les plus importants de Chine. Mais à force de dénoncer les travers de la société chinoise, on finit par gêner.

Chen a donc pris acte de sa nomination, et est en congés pendant une semaine pour s’occuper de la tombe de son père. Outre sa paranoïa car il pense être à tout moment espionné ou suivi dans la rue, il cherche la raison de son éviction parmi les dernières affaires dont il a la charge. Et cette intrigue permet à Qiu Xiaolong de montrer avec brio combien la société chinoise s’éloigne de ses idéaux.

Certes, l’intrigue avance lentement, mais c’est pour mieux s’arrêter sur tous les aspects, comme un touriste qui se baladerait dans les rues et trouverait à chaque fois qu’il jette un œil à droite ou à gauche des raisons de s’horrifier de ce que son pays est devenu. Du prix du terrain au cimetière qui est tellement élevé qu’il faut être riche pour s’acheter une concession pour la tombe d’un proche à la nourriture bourrée d’hormones voire impropre à la consommation pour que des Gros-Sous puissent se faire plus d’argent sur le dos des pauvres gens, la situation est éloquente.

Etrangement, le style est distant et pas du tout révolutionnaire ou revendicateur. Qiu Xiaolong se contente de nous montrer une situation à propos de laquelle il ne peut rien, et qui ne risque pas de changer, puisque la corruption atteint tous les étages de la société. Et ce qui m’a le plus plu, c’est quand Chen contacte ses amis, d’anciens policiers, et qu’il montre leur honnêteté par rapport aux jeunes cadors, qui ont pris le pouvoir pour l’argent qu’ils peuvent en tirer. En fait, le décalage entre le peuple et les hautes personnalités est remarquablement bien montré et d’autant plus frappant par la manière qu’a l’auteur d’amener son intrigue.

Avec des personnages à la recherche de toujours plus d’argent, quitte à mettre en danger son prochain, Chen trouve refuge dans la poésie et de nombreux passages s’opposent aux différents scandales tels ces porcs morts de maladie qu’un Chinois a racheté à bas prix pour en faire des saucisses qu’il revend à des supermarchés.

Et quand Qiu Xiaolong dit que « la vie en Chine est encore plus invraisemblable que dans ses romans », cela fait peur, très peur. Dragon bleu, Tigre blanc fait partie des bons opus de cette série avec Mort d’une héroïne rouge et Le très corruptible mandarin.

Oldies : Meurtres à Pékin de Peter May (Babel noir)

Voici le premier roman d’un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler et qui consacre un cycle à un couple d’enquêteurs dans la Chine moderne. Meurtres à Pékin de Peter May est le premier roman de ce cycle. Et un grand merci à Dominique qui m’a prêté ce livre et qui m’a fait découvrir un nouvel auteur.

Margaret Campbell est une médecin légiste américaine, spécialisée dans les autopsies des corps brulés. Pour oublier sa vie qui part en vrille, elle accepte de partir six semaines pour donner des cours de pathologie médico-légale à l’université de la sécurité publique de Pékin. Malgré le décalage horaire, elle va être accueillie par le professeur Jiang dans un gigantesque banquet.

Li Yan, simple inspecteur à la section n°1 de la police, qui est chargée des homicides, se prépare pour le plus important des entretiens de sa carrière. Même s’il n’a que 33 ans, il espère obtenir une grande promotion. Reçu par le commissaire Hu Yisheng, il apprend qu’il est promu au rang de directeur et au poste de commissaire divisionnaire adjoint de la section n°1.

Ces deux personnages vont avoir à faire à une étrange série de meurtres. Un homme est découvert carbonisé dans un paisible parc. Puis, deux autres corps vont être trouvés dans des endroits différents. La légiste américaine et le commissaire chinois vont allier leurs compétences malgré leurs différences de culture.

Je qualifierai ce roman de policier classique ; classique par ses personnages qui n’ont rien en commun et qui doivent unir leurs efforts pour résoudre ce mystère ; classique par la façon de construire le roman par chapitres alternés. Peter May joue sur les oppositions Homme/Femme ou Chinois/Américain pour construire la psychologie de ses deux principaux personnages et à part l’histoire d’amour moyenne, c’est efficace pour décrire la Chine d’aujourd’hui. Vous aurez aussi droit à une explication didactique de ce que sont les OGM.

Car le grand intérêt est surtout là. Au travers d’une personne étrangère au pays du soleil levant, Peter May, bien qu’étant écossais, nous montre comment fonctionne la première puissance mondiale. On apprend plein de choses comme par exemple les règles de respect, les façons de dire non ou bien que ce qui passe en premier c’est l’intérêt général avant l’intérêt individuel. Imaginez ce que cela peut donner avec 1,6 milliards de personnes. Cela m’a paru un bon complément par rapport aux romans de Qiu XiaLong. Un petit exemple de la philosophie chinoise : « Apprendre peut parfois se révéler un processus difficile, même pénible. Mais il faut l’accepter ».

Il faut dire que l’intrigue est plutôt bien menée, le style est fluide, avec par moments quelques longueurs, mais l’ensemble est très facile à lire. C’est un roman qui permet de se plonger aisément dans un voyage lointain, fort agréable à dévorer. Pour ma part, j’ai plus été intéressé par le voyage touristique proposé par l’auteur que par les personnages eux-mêmes. Et que ceux qui sont tentés par ce roman soient rassurés, ce roman est le premier d’un cycle qui en comporte 4 qui sont (entre parenthèses les dates de première parution pour la traduction française) :

Meurtres à Pékin (2005)

Le quatrième sacrifice (2006)

Les disparues de Shanghai (2006)

Cadavres chinois à Houston (2007)

Jeux mortels à Pékin (2007)

L’éventreur de Pékin (2008)