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Que tombe le silence de Christophe Guillaumot

Editeur : Liana Levi

Après Abattez les grands arbres et La chance du perdant, voici donc déjà la troisième enquête du Kanak, entendez Renato Donatelli, originaire de Nouvelle Calédonie et toujours à la brigade des courses et des jeux de Toulouse.

Shabani Dardanus a vite compris qu’aller à l’école ne servait à rien, et qu’on pouvait gagner plus d’argent à vendre de la drogue. Il est donc devenu dealer puis a mis en place des techniques commerciales modernes qui l’ont hissé à un niveau inégalable en termes de ventes de cocaïne. Prudent par essence, il se fait pourtant surprendre lors d’un rendez-vous, et un jeune motard le truffe de plusieurs balles.

Six, le partenaire et ami du Kanak, est passé par bien des épreuves, mais il en a fini avec la drogue. Depuis qu’il a rencontré May, il sait qu’il doit quitter sa carrière de policier pour partir vivre avec elle aux Etats-Unis. Finis les vols de drogue dans le local de scellés, finies les intimidations de petits dealers, Six veut refaire sa vie en étant propre. Sauf que des inspecteurs de l’IGPN viennent l’arrêter.

Rien ne va plus à la brigade des jeux de la SRPJ de Toulouse. Tout le monde est parti, soit dans un autre service, soit en retraite. Même le Kanak n’a pas grand-chose à faire. Alors le moral est en berne. Jusqu’à ce qu’il apprenne par hasard que son collègue et ami vient de se faire arrêter. N’écoutant que sa loyauté, il se lance dans cette enquête pour innocenter celui qui a partagé ses journées et ses nuits.

Que de chemin parcouru depuis La chance du perdant, que de progression dans l’écriture. Ce roman pourrait s’apparenter à celui de la confirmation, moins au niveau de l’intrigue puisque l’on savait que c’était un point fort de Christophe Guillaumot qu’au niveau de l’équilibre entre la narration et les dialogues. D’ailleurs on y trouve peu de dialogues, et on s’attache plus à la psychologie des personnages. Mais quand il y a des dialogues … super ! Ça s’appelle de l’efficacité !

Comme dans le roman précédent, on va passer d’un personnage à l’autre avec une construction peu commune, ou en tous cas qui ne suit pas les codes du polar. Et puis, si l’écriture est devenue plus froide, plus journalistique, cela devient d’autant plus fort quand on a affaire à un retournement de situation ENORME. C’est magnifiquement fait ici en plein milieu du roman. Et j’ai crié : « NON !!!!! ». Et quand on arrive aux dernières pages, on ne peut qu’avoir la gorge serrée. C’est là que le style joue son rôle en plein, laissant le lecteur orphelin, plein de tristesse devant tant d’injustice.

Car, outre l’intrigue menée avec beaucoup de logique et d’application, ce qui est l’un des talents de cet auteur, il y a la vie quotidienne des policiers. Elle est ici partie prenante de l’histoire, et est montrée avec beaucoup de véracité et sans esbroufe. Et Christophe Guillaumot arrive à nous montrer le désarroi des policiers devant la nouvelle façon de gérer les hors-la-loi et la difficulté de ce métier, jusqu’à aboutir à un désespoir et un burn-out. La démonstration est éloquente et le roman à ne pas manquer.

La chance du perdant de Christophe Guillaumot

Editeur : Liana Levi

Voilà un nouvel auteur à épingler sur Black Novel, dont ce n’est pas le premier roman, puisque La chance du perdant est son troisième et qui a pour lui de situer son polar dans un département de la police dont on parle peu : La brigade des jeux.

Dans une usine de traitement des déchets, un homme se tient au dessus de la machine à broyer les bouteilles en plastique. Dans quelques secondes, il devra se jeter au milieu des déchets et actionner la presse qui viendra achever définitivement ses problèmes.

Le lieutenant Jérôme Cussac surnommé Six et Renato Donatelli dit le Kanak sont en planque pour prendre en flagrant délit des paysans qui jouent au loto-bouse : Une vache est lâchée sur un terrain de football quadrillé et numéroté et quand la vache a déféqué sur un numéro, celui qui a parié sur le numéro a gagné. Si le jeu est amusant, le fait de parier de l’argent est interdit donc répréhensible.

May est une jeune femme qui travaille au tri des bouteilles avant que celles-ci ne soient broyées. Le boulot n’est pas folichon mais cela permet de vivre. Car sa passion à elle, c’est de peindre des tableaux éphémères sur les murs de la ville, quand la nuit est tombée. Et en cela, elle est diablement douée.

Quelques jours plus tard, Six et le Kanak doivent contrôler les casinos, et s’assurer que tout s’y déroule conformément à ce que demande la loi. Ils décident de prendre en faute celui de Samuel Ghotti, connu pour être un des chefs mafieux du coin. Mais leur descente se solde pour un échec …

Voici donc le début de ce roman, qui comme vous l’aurez compris, va offrir un chapitre à chaque personnage et proposer des scènes rapides et des chapitres courts. Pour le reste de l’intrigue, il vous suffira de lire la quatrième de couverture car elle en dit beaucoup, d’autant plus que le fond de l’histoire va réellement s’installer après une centaine de pages. Pour autant ce n’est pas un inconvénient car l’auteur fait la place belle à ses personnages.

Ils vont effectivement occuper le devant de la scène et être suffisamment bien dessinés pour qu’on les reconnaisse facilement. En cela, la description psychologique est très bien faite, et chacun aura ses failles, ses cicatrices et ses tentatives de ne rien laisser paraitre au travail. Six, par exemple, regrette d’avoir perdu Juliette, une agente de la DGSE partie après un beau fiasco. Renato lui doit faire face à la maladie d’Alzheimer de Grand-Mama.

Je dois dire que, outre le cadre de l’enquête sur la brigade des jeux, qu’il n’est pas commun de voir dans un polar, l’intrigue est très très bien menée et que l’on a plaisir à suivre la logique de son déroulement. On en vient justement à aborder la folie des jeux, cette maladie qui touche énormément de gens et qui peut les pousser à des extrémités. C’est du début à la fin, un sujet original fort bien traité.

Il n’en reste pas moins que j’ai été moins convaincu par la narration, la trouvant parfois trop longue, trop bavarde. Je suis sur que l’auteur va savoir dans le futur mieux gérer ses descriptions, mieux construire ses dialogues, et nous offrir le grand roman policier que l’on est en droit d’attendre de cet auteur. C’est donc un roman fort prometteur qui donne envie de suivre les prochaines publications de cet auteur.

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