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Dompteur d’anges de Claire Favan

Editeur : Robert Laffont

J’ai déjà dit et redit tout le bien que je pense de Claire Favan, sa capacité à écrire des histoires marquantes, à créer des personnages incroyables et à nous prendre dans ses filets pour nous faire passer d’excellents moments de lecture. A chaque fois, ses romans sont différents, et encore une fois, Dompteur d’anges est une formidable réussite.

Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Max Ender est depuis sa naissance marqué d’une sorte de destin funeste. Quand il est né, sa mère Faye a vu son père Derek partir, arguant qu’il ne voulait pas d’enfant. Alors elle l’élève seule, courageusement. Quand un camion la fauche, Max se retrouve seul à gérer sa vie, alors qu’il a à peine 19 ans. Et comme il est gentil, les gens lui confient des petits travaux.

Il rencontre Kyle, le fils des Legrand chez qui il travaille. A 12 ans, Kyle est remarquablement intelligent et ils deviennent les meilleurs amis du monde. Alors que Max se blesse, Kyle propose de rentrer chez lui pour aller chercher des compresses. Kyle prend son vélo et se précipite, pendant que Max se rend chez Mme Briggs, son prochain chantier. Personne ne reverra Kyle.

La mère de Kyle appelle Max le soir. Elle est inquiète. Alors Max refait le chemin retour pour retrouver son ami. Il aperçoit un vélo caché sur le bas-côté de la route, et découvre le corps de Kyle. Il a été violé et assassiné. Max n’étant pas très cultivé, il fait figure de coupable idéal. La police ne cherche pas plus loin et l’envoie en prison. Mais en prison, on n’aime pas les violeurs d’enfants.

Max va subir les pires outrages, pendant plusieurs années. Et son histoire, il va la mettre sur le dos de son manque de culture. Il va lire des livres et des livres … jusqu’à ce que le véritable coupable soit trouvé et Max se retrouve dehors. Son calvaire, sa torture va devenir sa motivation : la société devra payer et ceux qui l’ont enfermé vont souffrir comme lui a souffert. Avec l’argent qu’il touche, il achète une caravane et rencontre Suzy. Son avenir, il le voit très simplement : il va élever des enfants dans la haine de la société. Pour cela, il va enlever Tom Porter, le fils d’un de ceux qui l’ont enfermé.

Construit en trois actes, nommés Dompteur d’anges, Frères de sang et Frères ennemis, ce roman est un excellent exemple de ce que Claire Favan est capable de nous écrire en termes de créativité de l’intrigue. Je ne vais pas vous le cacher longtemps, j’ai lu ce roman de 400 pages en 2 jours, et m’a presque fait passer une nuit blanche ! Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été pris dans un engrenage si savamment dosé, accroché aux pages pour savoir comment cela allait se dérouler.

Si l’histoire commence avec Max Ender, comme je l’ai fait lors de mon résumé (qui ne couvre qu’une cinquantaine de pages, rassurez-vous), elle va vite s’orienter sur Cameron (le nouveau nom de Tom Porter, après son adoption par Max). Max va alors former, éduquer Cameron à devenir une arme contre la société, de façon à réaliser sa vengeance, qui prend ici une dimension inédite.

Si la vengeance est bien le thème central du début du livre, la question qui est posée par Claire Favan est bien celle de l’éducation de nos chères têtes blondes. En grossissant le trait, parce que nous sommes dans un roman, Claire Favan nous montre comment on peut créer des monstres, ou des antisociaux. Et le lecteur que je suis, qui a depuis belle lurette éteint sa télévision pour ne pas subir les programmes débilitants, a fortement apprécié ces questionnements.

Le début du livre est donc dur, psychologiquement parlant, bien sur. Car en plus de nous placer face à ce débat, Claire Favan place ses personnages dans une situation ambigüe, et les rend attachants, ou du moins suffisamment pour que l’on se pose en juge. Evidemment, cela n’est possible que parce que les personnages sont encore une fois formidables et les situations potentielles possibles. Et surtout, logique. L’enchainement des rebondissements est un pur plaisir, et il y en a tellement qu’on est pris par la narration pour ne plus s’arrêter, d’où ma nuit presque blanche.

La suite du roman est à l’avenant : nous sommes questionnés sur les relations fraternelles, sur la culpabilité, sur les erreurs de la justice, sur la subjectivité des gens, sur les couleuvres qu’on nous fait avaler à longueur de la journée. Et tout cela dans un roman à suspense, un parfait page-turner, qui ne vous laissera jamais tranquille. Même lors du dernier chapitre, on se demande si cela va se terminer bien ou mal.

Voilà, voilà. Vous trouverez tout cela et même plus dans ce roman. Vous l’aurez compris, Claire Favan est incontournable dans le paysage polardeux français, et avec ce roman, elle a écrit une fois écrit un fantastique thriller (dans le bon sens du terme). Et jusqu’à maintenant, en ce qui me concerne, elle a réalisé un sans fautes ! Terrible, ce roman !

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Le chouchou du mois de février 2016

Corrosion Serre moi fort

Petit mois, petit nombre de chroniques. Vous voilà prévenus. Il n’y aura donc eu que 8 romans chroniqués … et encore ! puisque dans ce nombre, j’ajoute un roman lu par mon invitée préférée. Pas terrible comme score, ou comme ils disent dans Scènes de ménage (Nota : Série de sketches qui passe sur M6 à 20H15 en semaine) : « Tu déclines, Pierre, tu déclines ». Soit, je décline. Mais il y eut quand même de quoi et même de quoi bien lire.

Commençons donc par les auto-proclamés Best Sellers.

Si vous aviez prévu de faire l’impasse sur le dernier Paul Cleave, qui s’appelle Un prisonnier modèle (Sonatine), je crains bien qu’il vous faille changer d’avis. Suzie nous (vous) a décrit dans le détail pourquoi elle avait adoré ce roman et sa fin surprenante. Au bout du compte, je pense que cet auteur vient de se faire une nouvelle fan.

Nous continuerons avec Promesse de Jussi Adler Olsen (Albin Michel) . C’est le troisième tome des enquêtes du département V que je lis, et je dois dire que j’y prends toujours beaucoup de plaisir. C’est bien écrit, logique de bout en bout, et la fin vous laissera pantois devant tant d’imagination.

Si vous êtes un peu limités du coté du porte-monnaie, vous pouvez vous tourner vers des moyens formats. Les deux que je vous ai proposé ce mois ci sont sortis chez Ombres Noires. Pour ma part, j’ai préféré Châtié par le feu de Jeffery Deaver que La cavale de l’étranger de David Bell. A vous de faire votre idée.

Du coté des curiosités, Psychiko de Paul Nirvanas (Mirobole) vaut son pesant d’or. A travers l’histoire d’un jeune homme riche en recherche de sensations, l’auteur signe une charge de la société grecque sans avoir l’air d’y toucher. Ça m’a beaucoup fait penser à Candide de Voltaire, c’est vous dire le niveau ! A oui, juste un mot de plus : le roman date de 1928. J’ai aussi été surpris par Léo tout faux de Claude Richard (Editions Territoires Témoins). Sur la base d’un casse basé sur des détournements de virements bancaires, l’auteur en fait un roman basé sur les caractères (forts) de ses personnages. Un très bon scenario avec des dialogues nombreux et truculents.

Du coté des auteurs que je défends, sur Black Novel, La vérité sur Anna Klein de Thomas H.Cook (Points) m’a encore enchanté par sa subtilité même si je ne suis pas un fan de romans d’espionnage romantiques. Mais les ambiances, les rebondissements et les intrigues sont nombreux. De même, Les sentiers de la nuit de Gilles Vidal (Jasmin noir) m’a enchanté parce que c’est un roman fort avec des personnages formidables. Et les thèmes abordés, esquissés ont une certaine résonance pour moi.

J’ai passé des jours et des jours à essayer de choisir entre les deux derniers. Et j’ai fini par me dire : « Et puis merde ! S’ils doivent être deux, ils seront deux ! ». Ils sont donc deux à se partager la palme. Ils sont très différents mais ils ont un point commun : ce sont deux romans émotionnellement forts. Corrosion de Jon Bassoff (Gallmeister) vous plongera dans l’esprit de deux malades de façon extrêmement prenante. Serre moi fort de Claire Favan (Robert Laffont) jouera sur vos nerfs, sur votre résistance à des situations de la vie commune, avec un scenario, un style et des revirements de situations parfaits. Bref, ces deux romans, je vous le dis, c’est du tout bon !

Je vous donne rendez-vous le mois prochain. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Serre-moi fort de Claire Favan (Robert Laffont – La Bête Noire)

Cela fait un petit moment que je lis les romans de Claire Favan. Même si ses romans seraient plutôt à classer dans la catégorie Thriller, ce que j’adore dans ses romans, c’est l’aspect psychologique de ses personnages, cette écriture si juste qui nous met à la place de ses protagonistes. Disons le tout de suite, et ne tournons pas autour du pot, ce roman est, à mon avis, son meilleur à ce jour.

Pour résumer mon ressenti, je vais juste faire une métaphore. Ce roman est construit en trois parties et je dois dire que chacune est différente de l’autre. Mais chacune m’a fait le même effet. Car avec la première partie, je me suis pris une belle baffe dans la gueule, une bien envoyée, une belle droite. Avec la deuxième partie, le démarrage fut plus lent, avant de m’en prendre une deuxième de baffe, une belle gauche, qui m’a donné envie de vomir. Mais comme je ne suis pas homme à me laisser abattre, j’ai attaqué la troisième partie et Claire Favan m’a achevé. Car c’est bien connu, quand on se prend deux baffes, il ne nous reste plus qu’à baisser la tête et attendre le couperet.

Je ne vais pas dévoiler l’intrigue, donc je ne parlerai pas de la troisième partie. Mais revenons sur la première : en scène, une famille américaine tout ce qu’il y a de plus normale, un couple, John et Gina Hoffman. Tout débute un soir d’aout 1994, quand la mère demande à son fils Nick s’il n’a pas vu sa sœur Lana. Elles devaient se donner rendez-vous dans un centre commercial pour faire les magasins. Lana n’est pas venue. Inquiétude … puis disparition. La police cherche, Nick observe, assiste impuissant à la déchéance de ses parents qui restent sans réponse. Sa mère s’abrutit de calmants, son père plonge dans l’alcoolisme, et Nick est obligé de tenir ou retenir une maison qui s’effondre. Avec des chapitres courts, un style plus épuré que jamais et d’une justesse impressionnante, cette partie écrite à la première personne avec Nick en narrateur est un pur joyau. C’est prenant, c’est impressionnant … jusqu’à la première baffe monumentale sur la dernière ligne de cette putain de première partie !

La deuxième partie démarre en mai 2014 en Alabama. Deux gamins Callum et Darren s’amusent à faire peur au petit frère de l’un d’eux, Sean. Malheureusement, Sean tombe dans une crevasse. Ils découvrent une grotte, dans laquelle sont allongés des dizaines de corps de jeunes femmes, un véritable charnier. La priorité pour Alan Gibson est de trouver l’identité de ces jeunes femmes dont le corps s’est remarquablement bien conservé grâce aux conditions de température et d’humidité de la grotte. Toutes ont été étranglées mais pas violées. Si on peut imaginer une enquête sur un Tueur en série classique, le personnage du flic Adam Gibson est plus complexe qu’il n’y parait. Sa femme vient de mourir d’un cancer, ses enfants adolescents lui en veulent d’avoir laissé mourir leur mère. Harcelé entre ses enfants et sa peine, il s’enferme dans son travail tout en essayant de respecter ses devoirs de père. Jusqu’à la deuxième baffe …

Ce qui est terrible dans ce roman, c’est que Claire Favan prend des gens comme vous et moi, et qu’elle les place dans des situations dramatiques qui ne peuvent que nous émouvoir. Pour autant l’auteure ne cherche pas à nous tirer les larmes, mais bien à s’amuser avec nos nerfs, après nous avoir gentiment décrit le contexte et caressé dans le sens du poil. L’effet est saisissant, impressionnant, presque vicieux, car en tant que lecteur, j’ai aimé ça, cette torture volontaire. Je dois être un grand malade, en fait.

Surtout, Claire Favan s’est surpassée dans ce roman, puisqu’elle a su être plus efficace, plus concise dans son style, tout en gardant ce talent de peindre de façon si juste les émotions humaines. Le résultat est sans appel : ce roman fait mouche. Et je trouve que c’est le meilleur roman de Claire Favan à ce jour, un roman immanquable, fort, qui ne peut que vous faire vibrer, trembler, m’a effaré, horrifié. Un thriller psychologique impeccable.

Miettes de sang de Claire Favan (Toucan)

Après Le tueur intime, Le tueur de l’ombre et Apnée noire, Miettes de sang est le quatrième roman de Claire Favan. Seulement. Je dis seulement, car à la lecture de son dernier roman, on sent une telle maitrise que l’on a du mal à imaginer que ce n’est que la quatrième.

Comment prendre le lecteur à contre pied … ou à contre œil ? C’est un peu la réflexion que je me suis faite en fermant ce livre. Devant la pléthore de romans policiers et autres thrillers qui sortent chaque année, il est bien difficile de trouver des traitements originaux. Dans celui de Claire Favan, tout est tenu à bout de bras par son personnage principal, Dany Myers. C’est un jeune homme timide, effacé, qui vit dans l’ombre d’une mère possessive et autoritaire. Son père était le chef de la police locale et un véritable héros. Lui a atterri dans la police en tant que lieutenant grâce à un coup de piston, du moins c’est ce que tout le monde pense au poste. C’est pour cela qu’il s’attire les foudres de ses collègues.

Invité à diner chez Sean Elliott, le capitaine, Dany accepte même s’il ne comprend pas pourquoi Sean lui fait cet honneur. Quand il arrive, toutes les lumières de la maison sont éteintes … Bizarre ! La porte est ouverte … Bizarre ! A l’intérieur, c’est le massacre. Sean a été torturé, découpé. Le sang décore les murs. Et la femme de Sean, May s’est apparemment suicidée.

Dany, choqué, va vouloir enquêter mais Ben, qui doit prendre la suite de Sean le prend de haut, le traite comme un débile, l’insulte. Pour Ben, May a tué Sean et s’est suicidée, affaire classée. Dany n’y croit pas. May est très croyante, elle n’aurait pas commis l’irréparable. Quand il découvre quelques jours plus tard une scène identique où une famille est assassinée et le fils présumé coupable, les similitudes sont trop flagrantes. Il va vite s’apercevoir que ces événements font partie d’une série.

Au risque de me répéter, J’adore Claire Favan par sa façon de construire ses personnages. J’aime sa façon de poser ses pions, et de dérouler son intrigue sans que je puisse en deviner la fin avant la dernière page. Bref, pour moi, Claire Favan écrit du divertissement haut de gamme, et réconcilie les amateurs de romans policiers et les amateurs de thriller. Car, l’autre qualité que j’apprécie par-dessus tout chez Claire, c’est l’absence de scènes sanguinolentes. Certes, il y a des meurtres, ils sont horribles, mais elle nous fait la grâce d’éviter des descriptions gore.

Ici, nous avons un personnage en béton, un lâche, un pleutre, un timide, le genre de personne que l’on peut confondre avec une ombre dans la rue, tant il est transparent. Il est rare de trouver des romans avec des antihéros aussi marqués, ou alors on les trouve généralement dans des romans comiques, où ils font office de victimes. Ici, Dany est sur le devant de la scène, et il s’en excuse presque … Alors même si parfois, je trouve que Claire grossit un peu trop le trait, en insistant sur le fait qu’il est maltraité, insulté, je dois dire que certaines de ses réactions sont remarquablement bien trouvées et qu’elles créent chez le lecteur une sympathie immédiate.

Le ton du roman est sérieux et Claire nous montre le vilain gentil canard, le mouton blanc du troupeau puisqu’il va vite découvrir par hasard que tout le poste de police est corrompu jusqu’à la moelle. Si la situation n’est pas inédite, ces deux faits mis bout à bout participent à la construction psychologique du personnage et au déroulement de l’intrigue. Et on le sait bien, quoi de mieux qu’un personnage seul contre tous, enquêtant envers et contre tous. Et pour le coup, Dany se retrouve bien seul dans tous les compartiments de la vie.

Claire Favan est aussi très douée pour mener son intrigue. Le déroulement est remarquablement logique, les pierres se montent sans accroc sur le mur, et vous pouvez être sur de ne pas deviner le dénouement. Ajouté à cela une fluidité du style que beaucoup peuvent lui envier, ces Miettes de sang s’avèrent un excellent divertissement qui a le mérite de jouer avec les codes de plusieurs genres. Grâce à toutes ces qualités, il est évident que ce roman plaira au plus grand nombre. A vous de plonger dans cette histoire sombre, et de suivre Dany dans sa misérable vie.

Apnée noire de Claire Favan (Toucan Noir)

Après Le tueur intime et sa suite Le tueur de l’ombre, Claire Favan nous revient avec de nouveaux personnages pour une histoire de tueur en série. On y retrouve toutes ses qualités avec aussi une nouvelle maturité dans le style. Ce roman est un must pour les amateurs de thrillers.

8 juin 2009. Vernon Chester est dans la dernière ligne droite. Il est face aux spectateurs venus assister à sa mort. Il est accusé d’une trentaine de meurtres de jeunes femmes. Il fixe Megan Halliwell dans les yeux, l’agente du FBI qui l’a arrêté. Il mime la phrase : « Tu me reverras ».

8 juin 2009. Vince Sandino rentre de sa journée harassante au poste de police de Columbia. Ils doivent aller manger dans sa belle famille, et Janice sa femme finit d’habiller Laura. Il a oublié d’acheter une bouteille de vin, et la scène de ménage menace. Alors en partant, ils vont à l’épicerie en face. Ils débarquent en plein braquage et cela se termine en carnage. Vince prend plusieurs balles et tombe dans le coma.

8 mai 2010. Vince s’en est sorti mais il est devenu une épave, une barrique d’alcool à lui tout seul. Il se juge seul coupable du drame survenu à sa famille. Un meurtre vient d’être signalé : une jeune femme noyée dans sa baignoire, les mains attachées dans le dos. Sur le robinet, un pendentif de couleur bleue. La recherche dans le fichier des criminels fait ressortir le cas de Vernon Chester mort un an plus tôt. Vince va mener l’enquête avec une enquêtrice du FBI fort impliquée, Megan Halliwell.

S’il est estampillé Thriller, ce roman est bien un roman policier, un sacré roman policier. Certes, on y trouve bien un serial killer, l’action se passe aux Etats Unis, mais l’essentiel de l’intrigue est bien une enquête policière à la recherche d’un tueur en série … mort dix ans plus tôt. Et c’est un roman dans lequel il n’y a pas la moindre goutte de sang ! Il a toutes les qualités pour plaire aux amateurs de thriller comme de romans policiers. Un roman qui ratisse large mais avec réussite.

La créativité du scenario est bluffante. A partir d’une idée complètement folle, Claire Favan en tire une conclusion qui vous laisse pantois. Avec un style incroyablement fluide, et des dialogues très bien montés, Claire Favan nous emmène où elle veut avec tout le talent des grands auteurs. On dit souvent que le deuxième ou le troisième roman sont des étapes difficiles à franchir. Claire Favan a franchi ces marches quatre par quatre, et ce roman est celui que je préfère de l’auteur, car il me semble être à la fois une étape mais aussi une démonstration de la maturité dans la maitrise de l’auteure.

L’autre grande qualité de Claire Favan, c’est sa faculté à construire des personnages forts. Vince, un flic démoli par les difficultés de sa vie, n’est certes pas nouveau, mais sa personnalité est là pour servir l »histoire. Le « couple » qu’il forme avec Megan est excellent tant la danse qu’ils jouent ensemble faite d’amour-haine, guerre-paix est prenante. Si Megan est la personne forte du roman, avec sa façon d’être froide, distante, cinglante presque inhumaine, on y découvre des cicatrices et elle parait d’autant plus humaine.

Ce couple là n’est pas prêt de quitter ma mémoire, comme la fin du roman, d’ailleurs. Car même si on comprend qui est l’auteur de ces nouveaux meurtres une petite centaine avant la fin, c’est oublier un peu vite le talent de Claire Favan. Car dans les quatre dernières pages, non contente de nous avoir baladé pendant 380 pages, elle nous assène une scène finale toute en retenue mais fortement chargée d’émotions lors de laquelle les plus sensible verseront leur petite larme. Voilà un excellent roman, une vraie réussite à tous points de vue vendue à un prix très attractif (13,90€) ce qui en fait un excellent divertissement … voire un peu plus. Merci Mme Favan.

Le tueur intime de Claire Favan (Points)

Quand ce roman est sorti aux éditions Points, j’en avais déjà entendu parler lors de sa sortie chez Les Nouveaux Auteurs, et j’avais considéré que ce devait être décidément trop sanglant pour moi. Après de nombreuses discussions avec quelques blogueurs de mes amis, j’ai donc décidé de lire ce premier roman d’une jeune auteure pétrie de talent. Retenez bien ce nom : Claire Favan. Si vous êtes fan d’histoires de serial killer, n’hésitez plus, foncez, ce roman est fait pour vous.

Pour ceux qui ne sauraient pas quel est le sujet de ce roman, je pourrais le résumer en quelques mots : Voici l’histoire de Will Edwards. Nous faisons sa connaissance alors qu’il a 15 ans. Outre le fait qu’il soit malheureux à l’école et passe pour la poule mouillée de service, le demeuré de la classe, Will est aussi malheureux à la maison. Sa mère est morte très tôt, et son père alcoolique abuse de lui les soirs de bonne cuite.

Cela pourrait vous démolir un jeune homme. Will s’accroche à un espoir : elle s’appelle Samantha Monaghan, est brune aux yeux clairs et semble le protéger quand il est l’objet de brimades de la part de ses camarades. Alors, il tombe amoureux de cette jeune fille ; il y croit tellement que la déception est grande quand elle accepte d’aller au bal de fin d’année sans lui. Will ira jusqu’à tuer le prétendant qui a osé lui ravir sa place. A la fin de la soirée, Will violera Sam, qui ne dira rien. Mais ses études l’envoyant loin, ils se séparent.

5 ans après, Will revient. Sam est là, elle a vieilli, est revenue alors qu’elle travaillait à New York pour s’occuper de sa mère malade. Et là où Sam protégeait Will à l’école, la relation s’inverse. Il va devenir le chasseur et petit à petit enfermer Sam dans une relation exclusive et ultra violente. Le serial killer va créer une esclave disponible.

Pour un premier roman, c’est une sacrée réussite. Tous les amateurs de thriller ou d’histoires de serial killer vont y trouver leur compte. Des histoires de serial killer, il e en a des tonnes et des tonnes. Ce roman se distingue des autres par la psychologie des personnages, fouillée, tirée au cordeau : Will tout d’abord est un être ignoble qui se découvre, se créé, se façonne dans la première partie, jusqu’à devenir un monstre. Et si c’est intéressant et passionnant à lire, c’est bien parce que l’on a l’impression de lire une biographie. Cet homme, qui a soif de pouvoir va trouver en Sam la victime idéale, il va la forger à devenir son objet, prêt à assouvir ses envies de violence et de douleur.

Dans la deuxième partie du bouquin, nous allons faire la connaissance de RJ.Scanlon, un agent du FBI qui est avant tout un profiler très doué. Là aussi, les techniques et le coté rébarbatif des recherches sont réalistes, et on se demande si Claire Favan n’a pas fait ça toute sa vie ! Avec toujours cette précision maniaque dans les descriptions psychologiques de ses personnages, le tout est un vrai plaisir à lire.

Je ferai juste deux ou trois petites remarques : Dans les tous premiers chapitres, Claire Favan accumule les clichés pour décrire la jeunesse de Will (enfant brimé, adolescent battu et violé) et pourquoi il est devenu comme ça et j’ai trouvé ça dommage. Ensuite, je ne suis pas particulièrement fan de scènes de violence, et je dois dire qu’il y en a pas mal, avis aux amateurs, qui sont bien écrites et donc il ne faut pas mettre ce livre entre toutes les mains. J’ai tendance à penser que la violence est plus efficace quand elle est suggérée. La troisième chose est plutôt une question : Qui créera un serial killer œuvrant en France ?

Tout ça pour vous dire que ce roman est impressionnant, par la maitrise de son intrigue, mais aussi par la fluidité du style, simple et tellement efficace, et par la psychologie des personnages. C’est un premier roman totalement bluffant, dans lequel on se laisse facilement prendre, et qui révèle une jeune auteure qu’il va falloir suivre de très près, d’autant plus que la suite est déjà sortie et que ça s’appelle Le tueur de l’ombre et c’est sorti aux Nouveaux Auteurs.