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En mémoire de Fred de Clayton Lindemuth

Editeur : Seuil

Traducteur : Patrice Carrer

Après Une contrée paisible et froide, qui était un formidable roman noir, je ne pouvais que m’intéresser à la deuxième parution en France de cet auteur. On retrouve cette même narration dure et sèche et les mêmes paysages américains. Après le Wyoming, Clayton Lindemuth nous emmène dans une petite ville de Caroline du Nord. Le roman commence comme ça :

J’ai approché la lampe de la tête de Fred. Ses yeux étaient injectés de sang, tuméfiés, et je l’ai contemplé quelques instants en me demandant si j’aurais le cran de l’achever si ça devenait nécessaire.

Fred a dit : « Si tu réglais plutôt leur compte aux ordures qui m’ont lâchement jeté dans l’arène ? »

Baer Creighton vit seul, dans sa maison au milieu des bois. Il se dirige vers la maison de Joe Stipe, qui organise des paris lors de combats de chiens. Joe Stipe dirige tout ce qui rapporte de l’argent, de l’alcool à la drogue, en passant par ces combats sanglants. Un de ses gars a du kidnapper le chien de Baer et Fred le chien s’est fait massacrer mais a quand même trouvé la force de revenir à la maison en sale état. Ceux qui ont fait ça vont devoir payer le prix fort. Sa venue chez Stipe n’est pas bien accueillie, mais il reviendra.

Baer distille le meilleur alcool de la région. C’est probablement pour cela qu’il est encore en vie. Il a le don de savoir quand quelqu’un ment, puisqu’il ressent comme une décharge électrique. Et il entend son chien parler. Cela rend sa vie solitaire moins dure. Et puis, il doit défendre son alambic contre des attaques des hommes de Stipe qui veulent le détruire. Dans cette petite ville perdue au milieu de nulle part, c’est une véritable guerre de tranchée à laquelle ces hommes se livrent.

Baer écrit des lettres à son ancienne amoureuse, Ruth pour qui il ressent encore de l’amour presque trente ans après. Après avoir épousé Larry, le frère de Baer, elle est partie, laissant derrière elle une fille Mae. Baer passe souvent voir Mae et ses gosses qu’elle a eus avec le fils du shérif Cory, qui est le petit dealer du coin. Il constate que Cory frappe toujours sa femme et lui donne de l’argent pour subvenir aux besoins des enfants. Dans cet enfer sur Terre, Baer va devoir faire respecter les règles, ses règles.

Comme dans son précédent roman, nous sommes plongés dans une petite ville, comme si elle était perdue au milieu de nulle part. Les hommes et les femmes semblent vivre en totale autarcie. Ce petit monde comporte tout ce que l’on peut trouver en termes de sauvagerie et Baer survit au milieu de tous. Chacun a sa fonction, chacun a son commerce et ceux qui ne participe pas au système de trafic sont les plus pauvres.

Cette vision de la société est profondément pessimiste. Ce monde est fait de violence ou comme diraient les Romains : Panem et circenses. Au milieu de ce microcosme, Baer produit la meilleure gnôle et tout le monde lui en achète. Et tout le monde l’envie. Ces rivalités engendrent de nombreux conflits, comme des sortes de combats de rues, comme des guerres de gagne-terrain, de gagne-pain. Si Stipe fait office de parrain local, Baer fait office de contre-pouvoir. Il ne cherche pas à prendre le pouvoir mais juste à vivre de son alcool, qu’il revend à prix d’or. Et malheur à ceux qui s’opposent à Stipe.

La plupart des chapitres sont écrits à la première personne, l’intrigue étant racontée par Baer. Certains chapitres sont à la troisième personne quand il s’agit de voir les troupes de Stipe fomenter leurs actions, ce qui est plus critiquable à mon gout. Si le rythme est plutôt lent, il ressort du style de Clayton Lindemuth une sorte de fascination dans la façon qu’il a de décrire les émotions de Baer ou les scènes d’action. D’un cran au dessous de son précédent roman à mon avis, il montre une vision noire de la société américaine comme savent le faire les nouveaux auteurs américains. Et la morale de cette histoire, Œil pour œil, dent pour dent, s’avère finalement le seul moyen de survie dans ce monde animal, ce monde de brutes dirigé par la force et les armes.

Ne ratez pas le coup de cœur de l’ami Claude.

 

Une contrée paisible et froide et Clayton Lindemuth (Seuil)

Attention, accrochez-vous ! Car ce roman que l’on pourrait qualifier de rural est en fait un sacré roman noir comme savent nous les offrir les Américains. Ils ont en effet pour eux les grands espaces, ces petites bourgades perdues au fin fond de nulle part, et ce système juridique qui permet aux sheriffs d’être élus et ensuite, de pouvoir faire ce qu’ils veulent, étant des sortes de rois dans leur petit royaume. Poussant à l’extrême sans jamais tomber dans la caricature, Clayton nous donne un roman à la tension incroyable.

Avant de parler du sujet du roman et des premières pages, il faut juste que je vous prévienne d’un aspect du livre qui m’a désarçonné au début. Ce livre est un roman choral, ou du moins un roman à plusieurs voix. En effet, chaque chapitre montre un personnage ou plusieurs. Pour autant, il n’y a pas d’indication ni en tête de chapitre, ni dans la narration, ce qui fait qu’au début de la lecture, il faut accepter ce fonctionnement. Pour autant, ce n’est pas un roman choral puisque l’écriture n’est pas à la première personne pour tout le monde. Par contre, elle l’est pour les deux personnages principaux …

L’action se situe dans Wyoming, dans un village perdu au fin fond de la campagne. Le village s’appelle Bittersmith, du nom de son créateur. Aujourd’hui, le sheriff se nomme aussi Bittesmith. C’est son arrière grand père qui a créé le village et depuis, dans la famille, on est sheriff de grand-père en père en fils. Bittersmith a maintenant 72 ans. Les conseillers municipaux ont décidé de ne pas renouveler son mandat. Ils ont osé le virer comme un malpropre ! Lui qui a donné sa vie pour ce village ! Il lui reste donc une journée de travail, demain il deviendra un citoyen comme un autre … sauf que cela fait 40 ans qu’il n’est pas un citoyen comme les autres.

C’est une sale journée, la tempête de neige menace, le temps aussi a décidé de pourrir la vie de Bittersmith. Quand Fay Haudesert appelle au bureau pour signaler la mort de son mari, le sheriff décide d’aller voir sur place, et rejoint la ferme qui est isolée à la sortie du village. Son mari Burt a été assassiné, une fourche est plantée dans son cou. Pour sur, l’assassin se nomme Gale G’Wain, un jeune issu de l’orphelinat que la famille a recueilli. D’ailleurs, Il a du prendre en otage Gwen, la fille Haudesert de 16 ans, puisqu’elle a disparu.

C’est donc une course poursuite qui s’engage dans cette contrée perdue, recroquevillée sur elle-même, une course poursuite sous haute tension. Car en donnant le point de vue de chacun eu fur et à mesure que l’action avance, cela instaure une incertitude sur ce qui se passe pour les autres personnages. Et comme nous sommes face à un drame, avec des personnages hors de tout contrôle, on est pendant toute la lecture sur le qui-vive.

Car cette histoire est étayée par de sacrés personnages. Ils sont bien une dizaine, et chacun à sa façon est marquant, difficile à oublier, même si Bittersmith et Gale tiennent le haut du pavé. D’autant plus que d’une situation simple, Clayton Lindemuth va la compliquer en faisant entrer en jeu une sorte de société parallèle telle que le Klu Klux Klan qui domine la gestion du village. Gale va donc se retrouver avec les flics, les frères de Gwen, cette pseudo-secte et le sheriff aux trousses …

Si tout cela va déboucher sur un final de haute volée, qui va s’étaler sur plus de 100 pages, c’est aussi et surtout le style qui retient l’attention. On est sur un sujet bien noir, avec des personnages clairs dans leurs motivations et le style en est tout simplement brillant. De la beauté des paysages aux dialogues excellents, j’ai eu l’impression que tout le roman page par page est juste inoubliable. On ne peut que louer le talent de cet auteur, dans ce premier roman à nous raconter cette histoire avec des personnages tous plus horribles les uns que les autres. Nom de Dieu ! on dit que la nature est sans pitié ! Mais ce n’est rien comparé aux hommes quand ils sont des bêtes.

Ce roman est tout simplement incroyable, d’une force rare, d’une noirceur éclatante.

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