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Harry Bosch 4 : Le dernier coyote de Michael Connelly

Editeur : Seuil &Calmann Levy (Grand format) ; Points& Livre de poche (Format poche)

Traducteur : Jean Esch

Après Les égouts de Los Angeles, La glace noire et la Blonde en béton, voici donc la quatrième enquête de Hieronymus Bosch, dit Harry, qui va permettre de revenir sur le passé de Harry. C’est avec cet opus que la série atteint ses lettres de noblesse.

Harry Bosch a reçu trop de mauvaises nouvelles en même temps, ce qui a eu pour conséquence de lui faire perdre ses nerfs. D’un point de vue personnel, Sylvia sa compagne a décidé d’accepter un poste en Italie et donc de le quitter. Et suite à un tremblement de terre, sa maison, située sur les collines de Los Angeles, a été déclarée inhabitable. Il a donc décidé de continuer à y vive en toute clandestinité.

Lors de l’interrogatoire d’un suspect, le lieutenant Harvey Pounds, a fait capoter la stratégie de Bosch. Il s’en est suivi une altercation pendant laquelle Bosch a fait passer son chef à travers une vitre. Bosch se retrouve donc suspendu de ses fonctions avec une obligation de suivre des séances chez une psychologue, Carmen Hinijos, afin de mieux maitriser son agressivité.

Lors d’une de ses séances, la psychologue lui demande de lui expliquer ce qui s’est passé. Harry Bosch lui narre son « exploit » et sa philosophie : « Tout le monde compte ou personne ne compte ». Cela lui permet de revenir sur le meurtre non élucidé d’une prostituée, Marjorie Lowe, le 28 octobre 1961. Bosch va mettre à profit sa mise à pied pour enquêter en toute illégalité sur cette affaire et remonter le fil jusque dans les hautes sphères de la justice et de l’état.

Le roman s’ouvre sur un Harry Bosch fatigué, énervé, et désabusé par tous les désagréments qu’il a connus en même temps. Sûr de son bon droit, il voit d’un mauvais œil l’obligation de réaliser des séances chez sa psychologue. Le début va donc nous montrer un personnage qui tourne en rond, et l’apparition d’un coyote lui confirme qu’il devrait peut-être jeter l’éponge, jusqu’à ce qu’il se trouve une nouvelle motivation.

A partir de ce moment-là, on retrouve l’enquêteur pugnace, intuitif et entêté qui va petit à petit accumuler les indices jusqu’à la conclusion de cette affaire. Outre toutes les qualités de l’écriture de Michael Connelly, et en particulier cette faculté de nous faire vivre cette affaire comme si on faisait le chemin avec Harry Bosch à ses côtés, cette enquête se révèle plus personnelle que les autres. On sent la rage et l’obsession du résultat à chaque page.

On voit aussi un Harry Bosch à bout, quasiment suicidaire au moins pour sa carrière professionnelle, prêt à provoquer les politiques sur leur terrain alors qu’il ne possède que des intuitions ou de maigres pistes. On a surtout l’impression de lire une histoire qui est improvisée, qui se suit au fil de l’eau comme dans la vraie vie, sans jamais avoir l’impression que Michael Connelly sache où il veut nous emmener … alors que c’est tout le contraire.

Et c’est tout le contraire bien entendu, grâce à cette conclusion des dernières pages, qui nous confirme que Michael Connelly est un auteur incontournable, capable de nous faire suivre une piste avant de nous dévoiler la solution formidablement trouvée. Il nous dévoile les luttes de pouvoir, les compromissions, les chantages et les exactions que les hauts dignitaires sont prêts à faire pour atteindre le Graal du pouvoir. Le dernier coyote est le meilleur roman de la série (que je viens de commencer) pour moi pour le moment, un grand moment du polar.

L’île des âmes de Piergiorgio Pulixi

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons-Reumaux

Je vous en avais parlé il y a quelque temps : les éditions Gallmeister, après avoir arpenté les routes étasuniennes, se tournent vers l’Italie d’abord, et probablement d’autres lieux dans le monde à venir. Ce roman s’annonce comme le début d’une série. Prenons donc la direction de la Sardaigne.

« Quand on arrive en fin de carrière, les affaires non résolues continuent de vous hanter jusqu’à votre mort ». Cette pensée lamine l’esprit de Moreno Barrali, inspecteur en chef proche de la retraite. Depuis que son docteur lui a annoncé qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre, il rumine deux affaires qui pour lui furent intimement liées, les meurtres de deux jeunes femmes, orchestrés comme un sacrifice.

Les autorités de Cagliari ont décidé de créer un service « Cold case », principalement pour des raisons d’amélioration des statistiques de résolutions d’affaires. Mara Rais qui vient d’être déboutée dans le cas d’un harcèlement sexuel est décriée dans le département de police, malgré ses grandes qualités d’inspectrice. Le commissaire Farci, son chef lui propose de rejoindre ce nouveau service.

La mauvaise nouvelle concerne l’organisation du service. Mara devra faire équipe avec Eva Croce, qui vient de débarquer de Milan avec une réputation sulfureuse. Quand Mara rencontre Eva pour la première fois, elle se retrouve face à une jeune femme au look punk, très éloigné de ce qu’elle a l’habitude de voir. Barrali est heureux de partager les informations qu’il a collecté pendant plusieurs dizaines d’années, alors qu’une jeune fille vient de disparaitre.

L’auteur n’est pas connu chez nous, mais il n’en est pas à son coup d’essai. Ceci explique la grande maitrise dans l’intrigue, construite avec beaucoup d’application. Le roman commence par présenter dans le détail le contexte et les personnages, ce qui fait que l’enquête met un peu de temps à démarrer. Et l’auteur se permet d’introduire des notions de fantastique liées aux croyances de cette région de Sardaigne.

La lecture est grandement facilitée par une fluidité du style et par la volonté de l’auteur d’être explicite sur le contexte. Dans ce cadre, les paysages sont magnifiquement décrits, incluant des zones mystérieuses ; les pratiques ancestrales sont bien expliquées. On a vraiment l’impression d’être plongé dans la vie de ces petits villages, émerveillés dans ces paysages inconnus pour nous. On apprend beaucoup de choses sans forcément avoir l’impression de subir un cours universitaire.

Les deux personnages principaux, Eva et Mara, sont des femmes fortes, sans concession, pour lesquels j’ai craqué. Ayant des caractères forts, leur relation est plus que houleuse, et elles devront faire avec, pour faire avancer leur enquête. A ce titre, les dialogues, « rentre-dedans », francs, directs, à la limite de l’agressivité, sont remarquablement bien faits. Ces parties de ping-pong ajoutent à notre plaisir de lecture une touche de réalisme. Et l’évolution de leur relation est remarquablement construite.

L’air de rien, ce roman dépasse les 500 pages, et on ne s’ennuie jamais, même si certains passages ont tendance à être bavards. Surtout, ce roman fait naitre une attente quant à une future enquête, surtout avec une fin telle qu’elle est présentée, ouverte aussi bien sur ses conséquences que sur les relations entre Mara et Eva. Alors, dites-moi, quand est prévue la prochaine enquête ?

Ce que savait la nuit d’Arnaldur Indridason

Editeur : Métaillié (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : EricBoury

Il va bien falloir s’y faire, on ne verra plus apparaître Erlendur Sveinsson, l’inspecteur inventé par Arnaldur Indridason, ou en tous cas pour un certain temps. Après la trilogie des ombres (Dans l’ombre, La femme de l’ombre et Passage des ombres), l’auteur islandais se lance dans une nouvelle série mettant en scène Konrad, un inspecteur de police à la retraite.

Un groupe de touristes de Wolsburg fait une pause sur le glacier Langjökull. La guide  s’apprête à entamer son sandwich quand un de ses clients l’interpelle. Suite à la fonte des glaces, on voit nettement apparaitre un visage, voire un corps sous la pellicule gelée. La police identifie rapidement le mort : Sigurvin, un jeune dont la disparition, qui a eu lieu 30 ans auparavant, n’a jamais été élucidée.

L’autopsie est surréaliste car le corps est celui d’un jeune homme grâce à la conservation dans la glace. A l’époque, déjà, son collègue Hjaltalin était soupçonné. Ce dernier est arrêté in extremis à l’aéroport, tentant de s’enfuir à l’étranger. Mais au lieu d’aller en prison, il est emmené directement à l’hôpital, puisqu’il est atteint d’un cancer et n’a que quelques semaines à vivre.

Hjaltalin demande à voir Konrad, policier à la retraite qui a suivi une partie de l’affaire à l’époque. Il clame à nouveau son innocence et demande à Konrad de reprendre l’affaire. Il faut dire que Sigurvin n’était pas habillé pour lutter contre le froid glaciaire et que son véhicule a été retrouvé loin du glacier. Alors, certes, les deux collègues amis se sont engueulés, mais il assure qu’il n’y est pour rien. C’est la visite d’une jeune femme qui va décider Konrad de chercher la vérité : en effet, son frère, a vu les deux amis dans un bar le jour de la disparition de Sigurvin, et depuis, il est mort, renversé par un gros 4×4.

D’un Erlendur taiseux et discret, Arnaldur Indridason passe à Konrad, un personnage bourru et réfléchi. Pour autant, ce n’est pas un roman d’action, tant l’intrigue va suivre son rythme lent et nonchalant, avançant à coups de réflexions et d’indices. L’aspect psychologique va donc prendre une grande place dans l’intrigue, ainsi que le décor, celui de Reykjavik dans une ambiance d’automne triste.

De la psychologie de Konrad, on va en savoir beaucoup. Veuf, ayant perdu sa femme juste au moment de prendre sa retraite, il a un fils Hugo. C’est la solitude, l’absence de l’être aimé qui lui pèse, et qui fait partie de sa décision de reprendre le collier. Sans y mettre plus de passion que cela, il va dérouler l’enquête comme un cruciverbiste, avec la volonté d’aller jusqu’à sa résolution. Konrad a aussi eu un père, violent qui a connu une mort mystérieuse. Tous ces petits indices sont autant d’énigmes à découvrir dans les prochaines enquêtes.

Car on a connu Arnaldur Indridason plus convaincant dans ses romans, avec des messages autrement plus frappants. S’il fait toujours preuve d’une subtilité quasi-unique dans le monde du polar, au ton triste, taciturne et désenchanté, il ne nous a pas habitué à une enquête aussi classique. Il faudra donc apprécier ce roman comme le premier d’une série, et trépigner d’impatience avant d’entamer la lecture de la deuxième enquête de Konrad, qui s’appelle Les fantômes de Reykjavik.