Archives du mot-clé Combat

InKARMAtions de Pierre Bordage

Editeur : Editions LEHA

Sur Black Novel, on ne parle que de polars, ou presque. Sortons donc un peu de notre zone de confort pour aborder la Science-Fiction, avec le tout dernier roman d’un des auteurs les plus emblématiques de ce genre : Pierre Bordage.

Depuis la nuit des temps, deux clans s’affrontent pour ou contre la survie du genre humain : Les Karmas et les Rakchas. Les Karmas élèvent et éduquent des soldats qui vont avoir la mission d’intervenir à des moments précis de l’Histoire humaine, pour influer sur le cours du temps pour le Bien. Ces soldats doivent passer différents grades en tant que Ciodras avant de devenir des Karmacharis, véritables mercenaires diligentés sur Terre pour une mission précise.

Les Karmas vivent au Vimana, sorte de domaine spirituel et sont dirigés par 24 sages. Grâce à leur capacité à déchiffrer la Trame, ils peuvent identifier le cours du Temps humain, et le déroulement de l’Histoire. Tant que la civilisation humaine existe, ils existent. Quand ils déterminent que les Rachkas, dirigés par le Seigneur des Abimes, vont réaliser une action néfaste, ils envoient sur Terre un ou plusieurs Karmacharis. Ces derniers ne doivent pas mourir sous peine d’errer dans les limbes pour l’éternité.

Alyane est une Karmachari. Elle est envoyée à Vienne en décembre 1910 et est chargée de sauver un petit homme, Adolf Hitler. Cette mission va insinuer deux doutes en elle : elle rencontre un Rakcha, son pire ennemi qui ose s’afficher devant elle et elle ne comprend sa mission de sauver le plus horrible des dictateurs. Malgré cette remise en cause, elle ne va pas être punie et on lui explique que l’intérêt de l’humanité passe avant celle d’un ou plusieurs individus. Mais cela ne cache-t-il pas un malaise plus profond au sein du Vimana ?

La lutte entre le bien et le mal, c’est le thème principal abordé dans ce roman de science-fiction qui flirte avec un sujet abordé maintes et maintes fois. Il y a tout de même une chose que je me demande quand je regarde les informations télévisées (si, si, cela m’arrive, quand je retrouve la télécommande !) : Les événements relatés sur le petit écran semblent emmener la Terre vers une destination inconnue, de façon désordonnée, hors de tout contrôle. Et si une puissance supérieure organisait tout cela ?

Alyane est le personnage principal de ce roman et elle apporte une force à l’intrigue tout à fait remarquable. Elle est entourée par une pléiade de personnages, dont Eliakim son défunt amant, Djegou un Ciodra et Abbadom. Voyageant dans l’espace et le temps, il va falloir un peu s’accrocher dans les premiers chapitres, avant de comprendre la trame du roman. En effet, au début, chaque chapitre nous montre une mission et nous voyageons entre Vienne et les temps préhistoriques, ou bien sur une colonie à 165 années lumières de la Terre pour finir en 2045 au Canada.

Après une entrée en matière déconcertante, le thème principal prend place, et la deuxième partie du roman se consacre à la sauvegarde de l’humanité. Avec un style simple et abordable, le rythme est enlevé, sans trop de descriptions, malgré des paragraphes un peu longs à mon gout, et peu de dialogues. C’est probablement le seul argument qui me fait dire que des adolescents risquent d’être rebutés par ce roman.

Et pourtant, cette lecture est un hymne à l’humanisme, sa conclusion un chant plein de respect pour ceux qui construisent le futur. Pierre Bordage a mis beaucoup de passion dans ce roman, montrant tout son amour pour ses personnages mais aussi pour les hommes qui œuvrent pour le Bien de tous. Et en filigrane, on retrouve cette question entêtante : Le progrès œuvre-t-il toujours pour le bien ?11Ne fait-on pas du mal en voulant faire le bien ? Voilà un roman plus profond qu’il n’y parait où Pierre Bordage offre l’amour comme solution.

Né d’aucune femme de Franck Bouysse

Editeur : Manufacture de livres

Attention coup de cœur !

Depuis quelques années maintenant, les amateurs de littérature dont je fais partie ont la chance de savourer un « nouveau Bouysse ». Avec Né d’aucune femme, j’ai eu l’impression qu’il allait encore plus haut, vers les sphères des auteurs classiques. Enorme !

Le Père Gabriel officie dans un petit village et voue son âme à aider les gens. Quand il reçoit une femme en confession, elle lui annonce qu’elle ne vient pas pour elle mais pour lui demander un service : Une femme vient de mourir au monastère voisin et il doit aller bénir le corps. Il doit surtout récupérer, caché dans sa robe, un manuscrit, un journal intime. Le Père Gabriel fait ce qu’on lui demande, et ne peut s’empêcher en revenant chez lui de lire ces pages : il va découvrir la vie de Rose.

Rose est une jeune fille de 14 ans. Elle habite dans la ferme de ses parents avec ses trois sœurs. Un jour, Onésime, le père, décide de vendre Rose au marché, comme on vend des bêtes. Un homme lui donne une bourse pleine d’argent ; ils vont pouvoir vivre une année avec cet argent, peut-être plus. Et voilà Rose emmenée dans une carriole sans réellement comprendre ce qui lui arrive.

Elle arrive aux Forges, emmenée par son nouveau « maître ». Elle va rencontrer une vieille dame, la Reine-Mère, qui va être extrêmement sévère. Elle va vite comprendre qu’elle est là pour faire le ménage, faire la cuisine, faire ce qu’on lui dit de faire. Elle est la nouvelle esclave de la maison. Mais son statut d’esclave va dépasser l’entendement …

Le seul terme qui me vient à l’esprit à l’idée d’évoquer le dernier roman de Franck Bouysse est : époustouflant ! On connaissait l’amour que porte cet auteur à la langue, à la puissance émotionnelle que peut évoquer une plume magique. Ce roman ressemble à un aboutissement de ce que peut nous offrir Franck Bouysse, de la création de personnages hors-norme jusqu’à un contexte hors du temps et de l’espace et hors du temps. Ce roman, c’est une formidable histoire, extraordinaire au sens où elle sort de l’ordinaire, qui vous emporte loin, en mettant en avant son intrigue ; il doit d’ores et déjà être considéré comme un classique de la narration, comme un grand roman littéraire.

Dès le début du roman, nous sommes plongés dans un nouveau lieu, une nouvelle époque, et l’immersion est totale. Les carrioles sont tirées par des chevaux, les outils sont d’un autre temps mais les tréfonds de l’âme humaine n’ont pas changé. Au premier plan, Rose, jeune adolescente de 14 ans, naïve et innocente, qui va se construire en guerrière, pour faire valoir son statut d’être humain. Voilà un personnage fantastique, qui va subir des horreurs mais qui va vouloir vivre, survivre, qui va nous faire passer par tous les sentiments, tous les espoirs, même ceux qui ne sont pas réalistes.

Autour d’elle, il n’y a que des personnages forts qui vont s’illustrer grâce aux chapitres qui leur sont consacrés. Du Maître à la Reine-Mère, qui représentent l’exécrable besoin de perpétrer une race forte et immonde par tous les moyens, il y a Edmond, l’homme à tout faire, jardinier qui voudrait tant sauver Rose mais qui n’ose pas. Il y a le Père Gabriel qui veut rendre un semblant de justice au nom des lois divines. Il y a aussi Onésime, le père de Rose, qui lutte pour faire vivre sa famille mais qui est pris de remords, et la mère, absente et qui n’a plus que le regret et la haine comme alliés.

Né d’aucune femme est le genre de roman qui vous emporte vers des contrées inexplorées, uniquement par la force des mots et du verbe. Les phrases ont la puissance d’un ouragan, vous transperçant d’émotions extrêmes. Et on se prend à regretter une fin un peu trop rapide tant on y trouve un pur plaisir de découverte, de se laisser emmener vers un autre monde, celui de la grande littérature. Je retiendrai aussi que les hommes ne changent pas avec le temps, ils sont et restent des animaux. Mais il ne faut pas forcément chercher un message, un combat, juste une histoire magnifique, racontée par une plume exceptionnelle, un grand, un énorme roman.

Coup de cœur, je vous dis !