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Mort à Florence de Marco Vichi

Editeur : Editions Philippe Rey

Traductrice : Nathalie Bauer

Parmi les auteurs italiens traduits chez nous, mes deux préférés sont incontestablement Carlo Lucarelli et Massimo Carlotto. Mais il y en a trois que je suis depuis quelque temps : Antonio Manzini, Valerio Varesi et Marco Vichi. Après Le commissaire Bordelli et Une sale affaire, voici donc le troisième tome des enquêtes de ce commissaire cinquantenaire dans les années 60, débonnaire, nostalgique, nonchalant et rigoureux.

En cette fin de mois d’octobre 1966, le commissaire Bordelli et son ami Ennio Botta, truand de son état,  vont cueillir des champignons dans les bois environnants de Florence. Bordelli aimant la bonne cuisine, Botta lui propose d’aller chercher des cèpes. Cela lui changera les idées, car Bordelli est occupé par la disparition d’un collégien de 13 ans, Giacomo Pellissari, qui après être sorti de l’école, n’est jamais arrivé chez lui.

La police se fait incendier par la presse, incapable de trouver la moindre piste sur la disparition du jeune garçon. Alors qu’il arrive au commissariat et retrouve son collaborateur Piras, fils d’un de ses amis d’enfance, Bordelli est informé d’un couple mort dans une voiture. Un suicide vraisemblablement. Diotivede le légiste lui annonce que la femme est morte deux heures après l’homme. Mais ce qui obsède Bordelli, c’est bien la disparition du petit Giacomo et la cuisine de Toto ne va rien y changer.

Sa soirée se termine chez Rosa, ancienne prostituée qui accepte de le recevoir pour lui prodiguer des massages qui ont le don de le détendre. Ce jour là, elle lui réserve une surprise en la visite d’Amélia, une cartomancienne. Elle lui prédit de trouver l’amour mais cela ne durera pas longtemps et qu’il trouvera le corps du petit Giacomo le lendemain. Et dès le lendemain, on réveille Bordelli pour lui annoncer qu’on vient de trouver le corps du petit, enterré non loin de là où il était allé chercher des champignons avec Botta. Refusant la superstition, il fouille autour de la scène et trouve à la fois un chaton et une facture en papier appartenant à un boucher nommé Panerai. Cela décuple la motivation de Bordelli d’autant plus que Diotivede lui apprend que le petit a été violé puis étranglé.

Voilà un roman sur lequel j’ai plein de choses à dire parce qu’il parle de beaucoup d’aspects de l’Italie. Comme ses précédents romans, le style s’avère calme, lent et nonchalant. Marco Vichi y ajoute de l’humour fort bienvenu surtout dans les dialogues, ce qui soulage l’aspect dramatique de l’intrigue. Il faut aussi signaler qu’il n’est pas utile de lire les précédents, puisque les trente premières pages vont nous présenter l’entourage du commissaire Bordelli, ce qui est un véritable tour de force.

Le roman peut se séparer en deux parties, puisqu’à la moitié du roman, la ville de Florence se retrouve envahie par les eaux, suite aux pluies qui ont déferlé pendant plusieurs jours. Alors que le début du roman parle de l’impuissance du commissaire pour trouver la moindre piste concernant le meurtre du petit Giacomo, l’inondation va transformer la ville en paysage de boue, créant une allégorie sur la saleté des dessous de Florence et la suite de l’enquête va en être une belle illustration.

Car outre la psychologie de Bordelli qui est bien détaillée, montrant un personnage écrasé par sa solitude et à la recherche de l’Amour, Marco Vichi insiste sur son obsession, ses incessants souvenirs de la guerre. Il ne passe pas pour un héros, loin de là, mais revient sans arrêt sur des événements qui l’ont marqué, à chaque fois qu’il déambule dans les rues de Florence. Il en vient même à se raccrocher aux prédictions d’une cartomancienne, qui lui promet une rencontre qui débouchera sur une relation forte qui ne durera pas longtemps. C’est donc un Bordelli totalement perdu qui erre au travers de ces pages.

Ce roman va dépasser le cadre de l’enquête ou des atermoiements de notre commissaire. Car c’est bien l’image d’un pays, se rêvant plus grand qu’il n’est que nous avons devant les yeux. L’Italie présentée ici a élu El Duce en regard aux illusions perdues d’antan, et ce dernier a joué cette carte à fond pour faire croire au peuple que leur pays allait retrouver les ors perdus. Marco Vichi nous montre qu’une grande partie de la société est nostalgique des chemises noires de l’Italie fasciste, qu’elle ne rêve que d’un chef qui la ramènerait sur le piédestal perdu.

Ce n’est pas un roman que l’on va lire pour l’enquête, puisqu’elle passe au second plan, et avance grâce à des indices trouvés par des coïncidences ou de la chance. Ce roman est plutôt à aborder pour toutes les thématiques qu’il montre, et en cela, il devient un roman riche et fort intéressant, disséquant en détail ce que beaucoup d’Italiens (et d’autres habitants d’autres pays) pensaient alors dans les années 60 et pensent encore aujourd’hui. En cela, ce roman est important.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Une sale affaire de Marco Vichi

Editeur : Philippe Rey

Traduction : Nathalie Bauer

Après un premier épisode sobrement intitulé Le commissaire Bordelli, et qui vient de sortir en format poche chez 10/18, voici la deuxième enquête de ce personnage décidément attachant et dont on ne va pas pouvoir se séparer.

Avril 1964. Casimiro, un ami de Bordelli et nain de son état, se présente à la porte du commissariat. Il demande à voir le commissaire de toute urgence. Du coté de Fiseole, dans un champ, il a vu un homme mort. Il n’y a pas de doute : du sang sortait de sa bouche. Bordelli prend cette affaire très au sérieux, et ils montent dans la coccinelle du commissaire pour aller voir ça de plus près, mais le corps a disparu. Par contre, ils se font attaquer par un chien que Bordelli parvient in extremis à abattre d’une balle dans la tête, à proximité d’une maison bourgeoise. Quand ils sonnent à la maison, la bonne leur dit qu’elle est seule et qu’elle n’a pas de chien.

Quelque temps après, une jeune fille est retrouvée morte dans un parc de la ville de Florence. Elle a été étranglée et mordue post-mortem sur le ventre. Ce meurtre dégoutte le commissaire et l’émeut beaucoup. Puis, c’est un autre corps que l’on retrouve quelques jours plus tard … ainsi que le corps de son ami Casimiro, empoisonné et enfermé dans une valise. C’en est trop pour le commissaire Casimiro.

Il y a indéniablement un vrai plaisir à lire les romans de Marco Vichi, une absence de rythme, une sorte de nonchalance qui donne envie de se prélasser au soleil. Il y a aussi ces petits détails de la ville de Florence, les petits plaisirs du commissaire, tout cela confère un charme bien particulier à cette lecture, un charme tout en séduction, un charme italien en somme. A cela, on retrouve comme dans la précédente enquête, tous les amis du commissaire qui ont autant d’importance que le commissaire lui-même. Cela donne un cadre cohérent avec de nombreux personnages tous formidablement vivants. A noter qu’il n’est pas utile d’avoir lu la précédente enquête pour suivre celle-ci, même si elle vient de ressortir en format poche chez 10/18.

On retrouve ce personnage de flic débonnaire, serein, qui avance grace à ses amis, motivé par ses rencontres, par ses repas gargantuesques. Il connait les petits truands et n’hésite pas à passer la main en faisant des leçons de morale, car les vrais crimes sont bien plus importants. Il y a surtout ces crimes de jeunes filles qui le révoltent, qui lui montrent ce qui est important dans la vie : sauver les gens.

C’est donc aussi un personnage sous haute tension, que l’on retrouve ici, dans une intrigue plus noire que la précédente, qui va faire autant appel à son instinct que dans la précédente mais qui est stressé car il a peur de retrouver un nouveau corps. Et puis, il y a toujours ses souvenirs de la guerre où on sait qu’il a combattu les nazis à partir de 1943 mais on ne sait pas ce qu’il a fait avant. Et puis, il y a toujours ces personnages secondaires qui sont toujours aussi importants et qui donnent une touche de véracité. Bref, il y a tant de choses, toutes ces touches qui font que j’aime le commissaire Bordelli. Super !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Le commissaire Bordelli de Marco Vichi (Philippe Rey)

Les éditions Philippe Rey nous proposent un nouveau personnage récurrent, venant d’Italie. Plusieurs raisons m’ont poussé à me pencher sur ce Commissaire Bordelli : cela se passe en Italie, cela se passe dans les années 60, et Claude Le Nocher lui a donné un coup de cœur. Trois raisons de lire ce roman.

Le commissaire Bordelli est un cinquantenaire débonnaire, qui vit seul bien qu’il partage certaines nuits avec une prostituée. Il est du genre à ressasser son passé et en particulier son passage à la guerre où il a combattu les nazis. Mais il est aussi remarquablement doué pour résoudre des énigmes complexes et celle qui lui est proposée va lui donner bien des difficultés.

Une vieille dame riche, Rebecca Peretti Strassen est retrouvée morte chez elle, en cet été 1963 à Florence. Tous les accès de son appartement étaient fermés. Il semblerait bien que cette dame ait succombé à une crise d’asthme foudroyante, ce que vient confirmer rapidement son médecin de famille, qui leur confirme une allergie à un pollen d’une plante tropicale extrêmement rare. Ce qui fait tiquer le commissaire Bordelli, c’est le fait que le flacon de médicament soit très bien vissé. Or comment une dame en pleine crise pourrait-elle penser à reboucher soigneusement son flacon de médicament ?

Les personnages de flics cinquantenaires sont passionnants, car ils ont un recul sur la vie qui donne de savoureuses scènes et des dialogues souvent brillants. Les plus connus sont bien évidemment Maigret de Simenon, Wallander de Henning Mankell, Montalbano de Andrea Camilleri ou Erlendur de Arnaldur Indridason. Il y a un peu de tout cela dans ce roman, un peu de tout ceux là mais il y a surtout une vraie personnalité dans ce commissaire Bordelli.

Car comme l’intrigue se situe dans les années 60, l’auteur a choisi une période charnière qui va lui permettre de fouiller par la suite l’histoire noire de l’Italie. Ici, il se contente de montrer un personnage miné par ses passages pendant la grande guerre, un personnage humain, à l’écoute des autres, doué d’une reflexion intense, d’un don de la déduction remarquable, un personnage droit qui prend sous son aile Piras le fils d’un ami tué à la guerre.

Et puis il y a ces scènes fantastiques où Bordelli rencontre ses amis, ou bien quand il participe à un repas chez son ami et ancien truand Botta, et les situations et les dialogues lors de ce repas sont tellement vrais qu’on en a l’eau à la bouche et qu’on se laisse emporter. Assurément, on a là un grand morceau de polar, une scène d’anthologie pour tout bon vivant qui se respecte.

Je n’ai pu m’empêcher de rapprocher cette enquête de celles de l’inspecteur Colombo. L’enquête est minutieuse, on se doute bien du coupable mais le jeu consiste bien à savoir comment Bordelli va réussir à le coincer. En cela aussi, ce roman est une grande réussite, et j’ai hâte de lire la prochaine enquête de Bordelli, tant celle-ci m’a emporté par cette nonchalance et ce personnage formidable.