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Les ombres de Montelupo de Valerio Varesi

Editeur : Agullo

Traducteur : Sarah Amrani

Après le magnifique opus précédent, La pension de la Via Saffi, voici donc la troisième enquête du commissaire Soneri ; une nouvelle fois, cette série s’affirme comme indispensable pour tout amateur de romans policiers introspectifs ayant une base historique. Pour moi, après avoir lu les trois romans traduits à ce jour, c’est un sans-faute et ce roman est une nouvelle fois bouleversant.

Alors qu’il est à bout dans son métier de commissaire, Soneri décide de prendre des vacances et de se ressourcer dans son village natal au pied du Montelupo. Cette pause agrémentée de marches en forêt, à la recherche de champignons devrait lui permettre d’oublier la noirceur de la ville de Parme. Retrouver le décor de son enfance, rencontrer des visages d’antan, voilà un programme sympathique pour lui qui a quitté ce lieu depuis presque trente ans maintenant.

La tranquillité recherchée n’est pas au rendez-vous. Au village, tout le monde ne parle que de la disparition de Palmiro le père et Paride le fils de la famille Rodolfi, les propriétaires de l’usine de charcuterie qui fait vivre le village. Quand Soneri débarque au village, en plein mois de novembre, des affiches ont été placardées sur les murs indiquant que Paride va bien. Soneri, lui, se contente d’arpenter les bois mais la récolte de champignons est faible due à l’été qui a été trop sec. Lors d’une de ses escapades, un coup de feu est tiré mais il a été tiré en l’air.

Le lendemain, les discussions vont bon train. Les affiches ne font qu’ajouter au trouble ambiant. Si les habitants pensent que les coups de feu proviennent de braconniers, nombreux en cette saison, les camions qui vont et viennent à l’usine inquiètent plus qu’autre chose. Quand on retrouve Palmiro pendu à une poutre de sa grange, l’inquitéude grandit et les hypothèses vont bon train. Soneri qui ne veut pas se mêler de cette affaire va s’y retrouver impliqué malgré lui.

En ce qui concerne les descriptions d’ambiance, Valerio Varesi se pose comme un incontournable. Il trouve des sujets qui collent parfaitement à son talent d’écrivain. Et avec ce sujet, on se balade dans les bois, dévorés par le brouillard et éclairés par le soleil qui se lève. Il y a des passages d’une beauté confondante, de ces paragraphes que l’on prend même plaisir à relire, juste pour le bonheur du voyage.

De même, Valerio Varesi nous peint une ambiance de village, avec ses discussions autour du zinc du bar, avec ses informations vraies ou fausses, ses croyances, ses on-dit. En mettant en avant ses personnages secondaires, il leur laisse la vedette pour à la fois décrire le contexte mais aussi pour semer des indices sur la situation et les ressentiments de chacun.

Au milieu de ce brouhaha, on trouve Soneri qui ne veut pas se mêler des problèmes des autres. On est loin d’un Hercule Poirot qui, même en vacances, va vouloir résoudre des affaires de meurtres. Soneri promène son mal-être et ses doutes, et écoute les bruits alentour en étant détaché. Et même si l’auteur sème sur sa route nombre de mystères, sa priorité est de ne penser à rien, de faire le vide dans sa tête. Il va bien entendu s’y retrouvé plongé en plein cœur sans le vouloir.

Sa psychologie se précise aussi : on retrouve un Soneri qui a du mal à se trouver sa place dans la société moderne et sa course au profit facile. Et cela finit par être un des sujets premiers du roman, la mainmise d’une industrie sans scrupules sur les économies des pauvres gens du cru, en leur vendant des rêves de bénéfices, les poussant à donner leur argent sans espoir de le retrouver un jour. On retrouve aussi un Soneri en train de récupérer des informations sur son propre père, et découvrir qu’il lui a tourné le dos à tort. Valerio Varesi creuse un sujet qui apparemment lui tient à cœur : le poids du passé, les conséquences de nos actions ou décisions, et les moments de lucidité où on se rend compte que l’on a eu tort mais qu’on ne peut pas revenir en arrière.

Ce sont dans ces moments là où l’on se rend compte que la plume de Valerio Varesi est d’une précision et d’une acuité rare, qu’elle est d’une telle simplicité et d’une telle justesse qu’il arrive à toucher directement là où ça fait mal : entre les tripes et le cœur. On a l’impression qu’il y a dans ses romans un équilibre parfait entre narration et description, entre dialogues et introspection et cela rend ces romans à la fois intemporels et tout simplement magnifiques.

Ne ratez pas les avis de Velda, Garoupe, et de l’ami Jean le Belge.

En cadeau, voici l’interview de Valerio Varesi par Velda.

 

 

 

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La pension de la Via Saffi de Valerio Varesi

Editeur : Agullo

Traducteur : Florence Rigollet

Attention, coup de cœur !

Ça y est, je le tiens, le premier coup de cœur de 2017. Et quel coup de cœur, quel roman ! Son précédent roman paru chez nous chez Agullo aussi, Le fleuve des brumes, était déjà impressionnant d’ambiance et parlait d’un sujet historique prenant. Celui-ci est plus introspectif et émotionnellement très fort.

A quelques jours de Noel, Parme, Italie. C’est une période habituellement calme au commissariat. Une vieille dame vient pour signaler qu’elle est inquiète car son amie ne répond ni au téléphone, ni quand on sonne à sa porte. De loin, le commissaire Soneri entend que la vieille dame s’insurge, qu’il s’agit de Ghitta, qu’elle ne sort jamais de chez elle, qu’elle tient la pension Tagliavini, dans la Via Saffi. Ce nom, cet endroit, tout cela lui rappelait sa jeunesse.

C’était il y a quinze ans. Tous les jeunes de l’université étaient passés par la pension, logeant dans les chambres meublées de Ghitta. Ada habitait là-bas. C’était la femme de Soneri. Cela fait quinze ans qu’elle est morte en mettant au monde leur enfant. Quinze ans qu’il survit à ce drame, à l’absence de l’être aimé. Quinze ans qu’il imagine ce qu’aurait du être sa vie avec elle.

Peut-être ne voulait-il pas y aller, ressasser ses souvenirs ? Peut-être devait-il y aller ? Il se dirigea vers la pension. La porte avait été claquée, pas fermée à clé. Il l’ouvre avec sa carte de crédit. En entrant, il retrouve le couloir, les chambres alignées, ses souvenirs collés dans l’air ambiant. C’est dans la cuisine qu’il trouve Ghitta, allongée sur le carrelage. Il n’y a aucune trace de sang, les bijoux sont dans un petit coffre en bois. Elle a été poignardée et vidée de son sang comme un cochon.

Déjà avec Le fleuve des brumes, j’avais été enthousiasmé par la qualité de l’écriture de Valerio Varesi et son talent à peindre des atmosphères. Avec ce roman, je retrouve toutes les raisons pour lesquelles j’aime cet auteur, auxquelles j’ajoute cette incroyable plongée dans la psychologie de Soneri, indéniablement marqué par son passé et la perte de sa femme lors de l’accouchement de leur enfant.

On pourrait penser que, chronologiquement, ce roman arrive avant Le fleuve des brumes, puisqu’il aborde le passé du commissaire. Et pourtant, il a été publié en Italie un an après. Surtout, ce roman fait appel aux souvenirs du lecteur, à ses blessures, à ses cicatrices toujours ouvertes, de ces moments désagréables qui, la plupart du temps, nous laissent tranquilles, jusqu’à ce qu’un moment, ils reviennent nous hanter.

Comme tout le monde, j’ai des souvenirs douloureux, des regrets, des moments que je souhaiterais oublier, comme certaines phrases ou réactions qui me marquent. Comme Soneri, je voudrais bien tourner la page, mettre un voile opaque sur tout ça, regarder vers l’avant. Mais ça n’existe que dans les livres. Et en parlant de livres, La pension de la Via Saffi m’a fait mal, même si le sujet est assez loin de mes expériences. Il n’empêche que la façon de raconter cette histoire force forcément le lecteur à se pencher sur son passé, le place devant ses propres responsabilités.

Avec son personnage de commissaire taciturne et sa façon de creuser le passé du personnage, on se retrouve très proche des meilleurs romans d’Arnaldur Indridason. Son style est d’une subtilité rare, détaillant de petits moments, des petits détails qui rappellent des souvenirs, et par conséquent l’absence de la personne aimée. Quand je disais que ce roman était intemporel, il est surtout universel, et m’a permis une vraie remise en cause sur ce qu’est la mémoire et la façon dont on arrange les souvenirs.

Il n’y a pas une seule faute dans ce roman, et je n’y ai vu que des qualités. Son rythme doux et tendre, à l’image des images du passé qui traînent dans nos cerveaux, est d’autant plus cruel, et fait appel à l’expérience du lecteur. C’est en cela que je trouve ce roman remarquable, extraordinaire, puissant, profond : le lecteur que je suis s’identifie au personnage de Soneri et s’approprie cette histoire et tout ce qu’elle implique. Pour tout vous dire, j’en ai pleuré, et j’ai mis une bonne semaine à m’en remettre. Coup de cœur !

Ne ratez pas non plus le coup de cœur de mon ami du Sud La Petite Souris