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Le temps de tourments de John Connolly

Editeur : Presses de la Cité (Grand format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa quinzième enquête. Une nouvelle fois, John Connolly nous enchante avec cet excellent thriller. La liste des billets chroniqués sur Black Novel sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Au nom du Roi Mort

Jerome Burnel, héros un temps célébré puis déchu et expédié en prison pour pédophilie, n’a pas cessé de clamer son innocence. À sa libération, il prend contact avec Charlie Parker, le privé à l’âme tourmentée, et lui explique qu’il a été victime d’un coup monté. Le récit de Burnel a des accents de vérité, et sa disparition soudaine achève de convaincre Parker d’enquêter.

L’ancien flic, toujours choqué par son expérience de mort imminente, n’a de toute façon plus rien à perdre. Le voici embarqué sur les traces d’une communauté de Virginie occidentale, l’Entaille, qui vit en marge de la société selon ses propres règles, imposées par le meurtre et la terreur, et sur laquelle plane la présence d’un mystérieux Roi Mort.

Mon avis :

Si le début peut déconcerter avec ces chapitres alternant différents personnages, l’intrigue racontée par la quatrième de couverture va se mettre en place efficacement pour nous donner un thriller impressionnant. Jérôme Burnel ayant tué deux voleurs va être considéré comme un héros avant que la police ne découvre des liens pédophiles sur son ordinateur. Mais les deux hommes qu’il a tués sont en fait des créatures faisant partie d’une communauté, l’Entaille.

Je ne vais pas me répéter sur ce que j’ai déjà dit à propos du cycle Charlie Parker, tant on prend du plaisir à lire ses enquêtes, parsemées d’humour. John Connoly insiste sur les communautés secrètes qui cachent le Mal et ce volume là est une nouvelle fois exemplaire. J’ai l’impression que l’on entre dans un nouveau cycle, depuis Sous l’emprise des ombres,  où Charlie Parker lutte contre la source du mal et il poursuit des êtres malfaisants figurant sur la liste qu’il a trouvée dans un avion abandonné.

L’autre aspect intrigant de ce roman réside dans le rôle de sa fille Sam et de ses relations avec sa fille morte. Elle prend de plus en plus d’importance dans cette lutte, restant toujours cachée, au deuxième plan mais intervenant de façon primordiale dans la clôture de ce roman. Par contre, pour en savoir plus, il va vous falloir vous jeter sur ce fantastique roman où la tension et la menace sont omniprésentes.

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel sont :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit

L’empreinte des amants

Les murmures

La nuit des corbeaux

La colère des anges

Sous l’emprise des ombres

Le chant des dunes

Arab jazz de Karim Miské (Points)

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce livre, premier roman d’un auteur remarqué de documentaires. Publié initialement en mars 2012 chez Viviane Hamy, Arab Jazz a reçu en 2012 le grand prix de littérature policière et en 2013 par le Prix du Goéland Masqué. Cette année, il est sélectionné par les éditions Points dans le cadre du prix Meilleurpolar.com.

L’intrigue se déroule dans le 19ème arrondissement de Paris. Ahmed Taroudant est un arabe qui vit d’allocations pour handicapés pour des problèmes psychologiques, ayant des difficultés à supporter les gens et à vivre en société. Sa passion est de lire des polars, des tonnes de polars. Ce matin là, quand il se réveille, il va sur son balcon et des gouttes de sang lui tombent dessus. Sa voisine du dessus, Laura Vignola a été assassinée.

Deux inspecteurs vont s’occuper de cette enquête : Rachel Kupferstein d’origine juive et Jean Hamelot, un breton pure souche. Rachel et Ahmed se découvrent une même passion pour James Ellroy, mais pour autant, Ahmed ne leur dit rien. Il va lui-même mener l’enquête en parallèle des policiers car il trouvait Laura bien sympathique.

Le meurtre de Laura a une mise en scène étrange : des orchidées ont été placées dans les toilettes et elle a subi plusieurs coups de couteaux avant d’être recouverte de sang de porc. Quand les policiers découvrent que les parents de Laura sont adeptes des Témoins de Jehovah, leurs soupçons se tournent vers un mobile religieux.

Ce roman, sous ses dehors d’enquête policière, est plus rusé et profond qu’il n’en a l’air au premier abord. Outre que les personnages sont formidables, grâce à des réactions et des dialogues réalistes et bien décrits, l’auteur arrive à nous montrer l’ambiance des quartiers de Paris, en mettant en valeur les différentes communautés, surtout religieuses, qui vivent en commun. Et il ne se contente pas de dire que tout va bien, il détaille aussi les excités de tous bords, les extrémistes qui, par exemple, refusent la mixité entre différentes religions.

Et pourtant, il est bien difficile d’aborder ce genre de sujet, tant on peut tomber dans la provocation facile et inutile ou bien dans le ridicule. Karim Miské évite toutes les lacunes, se contentant de montrer un état de fait, ces gens différents qui vivent ensemble, sans jamais les juger, avec beaucoup de respect aussi pour leurs croyances.

On pourrait aussi se demander d’où vient le titre de ce roman. En fait, c’est une référence à White Jazz de James Ellroy, ce qui sous-entend pour le titre du maître que c’est encore un coup des blancs. Effectivement, dans ce roman, il est facile de dire a priori que c’est le coup des uns ou des autres. On va y trouver des pistes à droite, à gauche, et on n’aura la solution que dans les dernières dizaines de pages, avec un final que j’ai trouvé bien amer, cynique et peut-être bien réaliste.

Et puis, il y a le style Miské, très détaillé sans forcément être lourdingue, qui prend le temps de montrer les décors, les gens, avec beaucoup de simplicité, mais aussi beaucoup d’érudition. On ressent que Karim Miské a mis beaucoup de passion dans son roman, et il la transmet fort bien. A la fin, on se demande d’ailleurs quand ce jeune homme va se mettre à écrire son deuxième roman … car on l’attend avec impatience.

Le sang d’un autre de Amanda Coetzee (Toucan noir)

C’est la quatrième de couverture qui m’a décidé, avec ce personnage de flic, obligé de retourner là où il a été élevé. C’était aussi l’occasion d’ajouter un nouvel auteur à la liste qui s’allonge.

1985. Une jeune mère donne un billet de manège à son fils. Alors qu’il monte sur un cheval de bois, elle l’abandonne.

2001. Timmy est un jeune garçon qui aimerait bien continuer à jouer mais il n’a plus d’argent. Il s’approche d’un homme étrange pour faire la manche et celui-ci lui propose de vendre des cassettes spéciales. Elles sont dans le coffre de la voiture. Timmy va donc les chercher, et l’homme le bascule dans le coffre. Timmy se retrouve emprisonné dans un garage. L’homme va lui apporter à manger, lui donner des habits. Trois jours plus tard, l’homme massacre Timmy à coups de marteaux.

2009. Un jeune garçon de la communauté des Gens du Voyage a disparu. Ils parlent une langue différente, le shelta, dialecte traditionnel des Pavee ; ils n’ont pas confiance dans les autres, se méfient des flics ; seul le clan est fort. La police va chercher et trouver un flic qui peut les aider : il s’appelle Harry O’Connor, et est à la tête d’un groupe d’intervention anti-drogue au New Scotland Yard. Et cette enquête va le toucher bien plus qu’il ne l’aurait voulu, puisqu’il va être obligé de retourner dans le camp où il a été élevé.

Pour un premier roman, l’intrigue de ce roman est plutôt bien menée, et pourtant, je ne peux m’empêcher après avoir refermé la dernière page, de ressentir de la déception. C’est la faute à la quatrième de couverture probablement, qui m’avait si bien vendu le livre. Du coup j’ai l’impression d’avoir lu un roman qui n’a pas grand-chose à voir avec ce que j’espérais ou du moins, qui n’a fait qu’effleurer les sujets que j’attendais.

L’intrigue, donc, est bigrement bien faite, bien construite, et le suspense bien tenu jusqu’aux cinquante dernières pages. On passe d’un personnage à l’autre, ça va vite, avec un style concis dans un souci d’efficacité et je dois dire que c’est un livre que j’ai lu rapidement et sans jamais m’ennuyer. Le rythme de l’enquête est rapide car cela doit se dérouler sur trois jours, et, tout le temps, on ressent l’urgence de la situation. Ça, c’est pour le point positif.

Et voici ce que j’attendais : Un personnage écorché vif tiraillé entre le passé et le présent et la confrontation entre deux mondes, le monde sédentaire et celui des gens du voyage, avec leurs us et coutumes. Le personnage de Harry n’étant pas au centre de l’intrigue, ou pas complètement, sa description m’a semblé brossée, juste esquissée d’autant plus que la scène où il est introduit m’a semblé maladroite car trop centrée sur les événements (Harry est infiltré dans un gang de trafiquants de drogues et participe à leur arrestation). Et avec un personnage si prometteur, j’ai regretté que le roman ne soit pas narré par Harry lui-même, à la première personne.

Enfin, du monde du voyage, nous n’en saurons pas beaucoup plus. Ils parlent une langue étrange, ne se fient à personne d’autre qu’eux-mêmes, ont une chef de clan voyante prédiseuse de l’avenir. Je n’y ai rien trouvé sur les coutumes, leur vie, ni sur ce qu’ils pensent de notre société ou comment ils vivent. Là aussi, je suis resté sur ma faim, attendant bien plus du sujet promis.

C’est alors que je e appelle que c’est un premier roman, que ce roman plein de promesses par son intrigue et par le choix de son sujet n’est resté qu’au stade des promesses et que cette auteure est capable d’écrire quelque chose de bien mieux. Ou peut-être étais-je de mauvaise humeur quand je l’ai lu ? Ou peut-être fut-ce une rencontre ratée, de celles où on se dit que ce n’est que partie remise ? Alors, voici deux avis qui sont en opposition avec le mien, comme pour me rappeler que c’est un livre que je n’ai pas su apprécier :

http://www.lectures-plumeblanche.com/article-le-sang-d-un-autre-amanda-coetzee-ed-du-toucan-101497627.html

http://www.unwalkers.com/full-aux-as-au-edition-du-toucan/