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Hostis Corpus de Christophe Reydi-Gramond

Editeur : Piranha

J’avais beaucoup aimé son précédent roman, Un mensonge explosif, qui partait de l’explosion AZF pour nous emmener dans les coulisses du pouvoir. Il y avait du style et du rythme. Hostis Corpus a les mêmes qualités avec un coté philosophique qui en fait un livre très intéressant à lire.

Italie, 2000. La religion catholique est en effervescence. Les préparations du jubilé de l’an 2000, ajoutées aux JMJ créent une énorme activité mais aussi une certaine inquiétude quant à l’organisation de ces événements au retentissement mondial. A Rome, les évêques sont nerveux à l’idée de l’ostension du Saint Suaire. Il faut dire que ce morceau de tissu ayant été apposé sur Jésus Christ a failli faire l’objet d’un attentat trois ans plus tôt quand un incendie s’est déclaré dans l’église où il est conservé. Depuis, il est conservé au secret, dans un lieu connu de seulement six personnes. En fait, il a été emmuré dans un sous-sol.

D’un coté, la ville de Turin souhaite que la sécurité de cette icône soit assurée par la police. Le maire impose donc son directeur de la police, Antonio Rocci. De l’autre, l’église veut aussi être présente. Monseigneur Diouf pense à l’abbé Dumoulin. C’est un ancien mercenaire belge qui a été blessé au Sénégal et que Mgr Diouf a sauvé. Depuis, Pierre Dumoulin est entré dans l’église pour servir Dieu.

Tout ce petit monde se retrouve donc dans les sous-sols de la basilique de la Consolata. Le mur n’a pas bougé, l’inscription Hic Jacet Homo, que Mgr Diouf a écrite de sa main le 15 juin 1998 est bien présente. Les maçons commencent à entamer le mu. Quand un trou se fait, ils doivent sortir … et ils s’aperçoivent que le sarcophage de verre qui doit contenir le Saint Suaire est vide.

Ne croyez pas lire un sous Da Vinci Code, oh que non ! Ce roman est bien plus instruit, bien plus documenté et bien plus complexe que cela. Evidemment, on en apprend beaucoup sur la religion catholique, mais l’auteur se contente de nous instruire sans prendre parti, et je dois dire que j’ai appris plein de choses. Ce n’est jamais pontifiant, et c’est toujours bien inséré dans l’intrigue.

A partir de là, sachant que le Saint Suaire a été passé au Carbone 14 et daté du Moyen Age, cela permet à l’auteur de montrer les dessous de la religion catholique, les luttes pour le pouvoir, et même de fouiller les croyances (ou non) des plus hauts dignitaires. Il y a ceux qui croient, ceux qui veulent croire, ceux qui font semblant de croire, et ceux qui s’en moquent pourvu qu’ils puissent assouvir leurs ambitions. C’est extrêmement bien fait, et cela nous pousse même à nous poser la question sur ce à quoi nous croyons. A travers tous ces personnages qui ont une position différente par rapport à cette question, on se positionne forcément par rapport à l’un d’eux. C’est cette intelligence dans la façon de mener l’intrigue qui est impressionnante et qui en fait un livre passionnant.

Et puis, il y a aussi le gouvernement d’Italie qui aimerait bien mettre la main sur tous ces trésors. Ayant promulgué une loi qui leur donne la propriété de tout ce qui est hors du Vatican, l’occasion est bonne de tout faire pour être les premiers à retrouver le Saint Suaire. Et puis, il y a les ennemis de la religion, ceux qui font tout pour dégoutter les gens des croyances et qui hésitent entre dire que le Saint Suaire est vrai, ou que c’est une vaste supercherie.

Il y a tout cela et même plus encore dans ce roman. C’est tout simplement passionnant, ou en tous cas, j’ai été impressionné par l’ambition de Christophe Reydi-Gramond et surtout par le fait que tout fonctionne à merveille. Et puis, j’ai beaucoup réfléchi en lisant ce livre, je me suis posé beaucoup de questions par rapport à tout cela, car l’un des grands mérites de ce roman, c’est bien de vous amener insidieusement à vous positionner. Une franche réussite !

 

Les gravats de la rade de Marek Corbel (Wartberg)

Sur Black Novel, je suis les publications de Marek Corbel, car je crois que c’est un grand auteur en devenir. Il a cette ambition d’écrire de grandes histoires implantées dans la Grande Histoire. Il a la volonté d’implanter dans ses intrigues de la politique, comme le fait idéalement la grande Dominique Manotti. Une nouvelle fois, ce roman fait preuve d’une belle ambition, à la fois dans le fonds et dans la forme.

26 octobre 2011, à Plougonvelin. Un incendie vient de ravager la résidence Le Moign. La résidente de cette demeure est une vieille dame agée de 88 ans et se déplaçant en fauteuil roulant. L’issue est fatale pour la vieille dame. On retrouve son corps. Mais ce n’est pas seulement un accident. L’autopsie montre qu’elle a été abattue d’une balle dans la tête. La gendarmerie est la première sur les lieux et le capitaine Laurent Gourmelon est chargé de l’enquête.

29 octobre 2011, à Brest. Le lieutenant adjudant chef Lefort appelle le lieutenant Sahliah Oudjani de la brigade maritime de Brest. Un patrouilleur vient de prendre dans ses filets le corps d’un noyé. Il s’avère qu’il s’agit d’un vieil homme à l’identité inconnue. Puis, le mystère se lève sur cet homme, ancien de la Fraction Armée Rouge et membre de la Bande à Baader. Mais pourquoi un vieux terroriste décide-t-il de se donner la mort à Brest ?

Nous allons suivre ces deux affaires en parallèle, puisque ces deux enquêtes vont être menées par deux services qui n’ont aucune relation a priori. Les mystères de l’administration française sont ainsi faits qu’il faudra attendre la moitié du roman pour voir Gourmelon et Salilah se rencontrer et s’entraider.

Je parlais d’ambition chez ce jeune auteur, et une nouvelle fois, nous sommes bien en présence d’un roman mêlant la Grande et la Petite histoire. Car la mort de la vieille Le Moign pourrait impliquer de nombreux membres de sa famille, et celle du vieil Allemand pourrait nous emmener vers des contrées sombres du terrorisme. Il n’en est rien, et la résolution de ces morts trouvera sa solution vers la deuxième guerre mondiale.

Et on est guidé du bout des doigts d’écrivain par ces allers-retours entre 2011 et 1943. Nous allons assister à l’enfermement et à la torture d’Yves, un prisonnier victime des nazis. Il faudra de la volonté et quelques efforts pour suivre cette intrigue emberlificotée, surtout pour ma part à cause d’un manque de présence des personnages principaux. Du coup, les chapitres courts de ce roman nous obligent à nous remettre en mémoire la place de chacun. Un peu plus de psychologie, de présence des personnages aurait facilité la lecture.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude ici

Voici donc une intrigue touffue dont la résolution laissera tout de même pantois, illustrant la bêtise humaine et l’aveuglement de certains imbéciles qui croient à des idéologies qui ne peuvent justifier les meurtres et autres lâchetés. Mais pour comprendre ce que je viens de dire, il vous faudra lire Les gravats de la rade …