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Oldies : La place du mort de Pascal Garnier

Editeur : Fleuve Noir (1997) ; Zulma (2010) ; Points (2013)

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Et quoi de mieux que de se rappeler d’un auteur de romans noirs bien trop méconnu mais tant regretté, Pascal Garnier.

L’auteur :

Pascal Garnier est un écrivain français né le 4 juillet 1949 dans le 14e arrondissement de Paris et mort le 5 mars 2010 à Cornas (Ardèche). Son œuvre se partage entre le roman policier et les ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse.

Après une vie d’errance et de petits boulots, et un passage éclair par le rock ‘n’ roll, il a décidé à 35 ans de se lancer dans l’écriture. Son œuvre, abondante et multiforme, publiée chez plusieurs éditeurs, dont P.O.L, Flammarion, Nathan jeunesse et Zulma, oscille entre le roman noir et des ouvrages plus tendres destinés à la jeunesse. Ses romans policiers – dans la lignée des Simenon, Hardellet, Bove ou Calet auxquels on l’a souvent affilié – sont marqués par un humour grinçant.

Depuis 2000, les éditions Zulma ont entamé la publication de ses œuvres complètes dans une nouvelle collection.

En 2001, il obtient le prix du festival Polar dans la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines pour « Nul n’est à l’abri du succès » et, en 2006, le Grand Prix de l’humour noir avec Flux.

Quatrième de couverture :

De retour d’un week-end chez son père, Fabien Delorme, jusque-là monsieur Tout-le-Monde, apprend que sa femme est morte dans un accident de voiture. Le veuf esseulé se découvre du même coup mari trompé : sa chère Sylvie était sur le siège passager aux côtés de son amant, le temps d’une escapade romantique en Bourgogne. Sonné, Fabien échafaude sa vengeance… à titre posthume : il se met à la recherche de la veuve du défunt, résolu à séduire la femme de l’homme qui a séduit la sienne. Mais c’est sans compter une série de réactions en chaîne totalement incontrôlables, dans lesquelles les victimes ne sont pas toujours celles qu’on croit…

Dans la Place du mort, Pascal Garnier, en génial ethnologue de la dégringolade à la française, nous offre une fois encore l’émouvant portrait de ces héros ordinaires qu’il affectionne tant, de ces vies minuscules qu’il amplifie avec une tendresse et un humour inégalés.

Mon avis :

Fabien passe le week-end avec son père à vider le grenier, pour la brocante du village. Quand il rentre, personne n’est là ; Sylvie, sa femme, est probablement allée au cinéma avec son amie. Un message sur le répondeur lui annonce de contacter le CHU de Dijon : Sylvie est morte dans un accident de voiture. Se rendant sur place, il apprend qu’elle voyageait avec un homme, son amant. Il arrive à noter l’adresse du malotru. Mais ce n’est qu’un peu plus tard, chez son ami Gilles qu’il se décide à gagner le cœur de la veuve du défunt.

D’une situation banale et non dénuée d’humour, Pascal Garnier nous présente une situation qui, petit à petit, va verser dans le noir ultime, dans un roman qui ne dépasse pas les 150 pages. Il va donc, comme à son habitude, centrer son intrigue sur Fabien et enchainer les situations avec une imagination sans bornes. C’est aussi et surtout la vie de couple qu’il étrille avec un cynisme certain.

Car le couple formé de Fabien et Sylvie n’en est plus un depuis longtemps. Le temps a érodé les sentiments et le coup de grâce a été porté suite à l’IVG qu’elle a subi. A partir de ce moment là, ce couple est devenu deux êtres, deux fantômes vivant cote à cote mais sans vivre ensemble. Fabien, qui n’a jamais supporter de vivre seul, va donc se chercher non pas une compagne mais présence capable de le rassurer, lui. Car il n’y a que lui qui l’intéresse, les autres faisant partie du décor.

Portrait au vitriol de la vie moderne, de couples qui n’en sont pas, du besoin sentimental qui se transforme en présence utile, Pascal Garnier dit beaucoup de choses sur le couple et la vie moderne, dénuée de la moindre passion. On prend, on utilise et on jette les gens comme des mouchoirs en papier. L’économie de mots est la marque de fabrique de cet auteur et son talent éclate dans ce court roman en même temps qu’on y sent un plaisir jubilatoire à torturer ses personnages qui n’ont rien compris à la vie.

Ne ratez pas le formidable avis de La Petite Souris.

L’accident de l’A35 de Graeme Macray Burnet

Editeur : Sonatine

Traducteur : Julie Sibony

J’avais découvert Graeme Macray Burnet avec son roman précédent, La disparition d’Adèle Bedeau, et j’en avais gardé un très bon souvenir. Ceux qui ont aimé ce roman vont adorer celui-ci puisqu’il use des mêmes qualités.

C’est un accident tragiquement banal qui a amené l’inspecteur Georges Gorski sur l’Autoroute A35, entre Strasbourg et Saint Louis. A quelques kilomètres près, ce sont les officiers de la police de Strasbourg qui se serait occupée de cette affaire. A priori, le conducteur s’est endormi au volant, et a quitté la route, venant s’encastrer dans un arbre. Gorski remarque tout juste des rayures sur le coté droit qui ne semblent pas liées à l’accident.

C’est lui qui se retrouve avec la mission d’annoncer la mauvaise nouvelle à la femme de Bertrand Barthelme, Lucette. Il est accueilli froidement par Thérèse la bonne puis annonce l’accident le plus calmement possible. Étonnamment, Lucette reste froide, ne montrant aucune émotion, comme si cet événement ne la touchait pas, ou ne la concernait pas. Puis, il annonce la nouvelle à son fils, Raymond, qui lisait Sartre dans sa chambre ou du moins semblait le lire.

L’identification du corps doit avoir lieu quelques jours plus tard. Lucette et Raymond se présentent à la morgue et reconnaissent bien le corps du défunt. Lucette, toujours aussi belle dans son malheur, éblouit Gorski. Avant de partir, elle fait part à l’inspecteur de son étonnement : son mari devait dîner avec des collègues de travail et des amis. Que faisait-il donc sur l’autoroute de Strasbourg ?

Ceux qui pensent avoir affaire à une enquête trépidante ont totalement tort. Car la grande qualité des romans de Graeme Macray Burnet est de créer des romans psychologiques. N’allez donc pas y cherche de l’action à tout va, ni de scènes emplies d’hémoglobine ! Par contre, si vous êtes adeptes de personnages complexes, de déroulements réfléchis, et de scènes extrêmement détaillées et dévoilant un aspect important de la solution.

Deux personnages vont donc dérouler l’intrigue par chapitre alterné, Gorski et Raymond. Gorski est toujours séparé de sa femme, et cela lui pèse. D’un naturel timide, taciturne, il est aussi redoutablement rigoureux dans son cheminement intellectuel, ne privilégiant aucune hypothèse mais gardant toujours à l’esprit toutes les possibilités. Etant aussi effacé, il va découvrir la solution de cette énigme (de ces énigmes car il va y avoir un assassinat à Strasbourg) mais ne va pas pour autant se battre pour faire jaillir la vérité. C’est un peu une victoire personnelle contre la vérité, un challenge contre les faits étrangers.

De l’autre coté, nous avons un jeune adolescent qui découvre la vie et l’amour. Il n’est pas plus choqué que sa mère par la mort de son père mais il veut découvrir ses mystères. Il va donc suivre son enquête à partir d’un morceau de papier trouvé dans son bureau et découvrir bien plus qu’il ne le voudrait. Ces chapitres sont remarquables de justesse, très émouvants, malgré le style froid et distant. Et jamais ce personnage de Raymond ne semble plus faible que Gorski, bien au contraire. Raymond est l’enquêteur factuel, Gorski est son pendant intuitif.

Si l’intrigue est bien différente de son précédent roman, on y trouve les mêmes qualités quant à la psychologie des personnages. C’est surtout son style très détaillé, à l’extrême parfois, sa méticulosité dans la peinture des décors, mais aussi tous les raisonnements des enquêteurs qui en font un roman psychologique passionnant. Et puis, l’auteur ne s’en cache pas, c’est un gigantesque hommage à Georges Simenon et Claude Chabrol, dans sa volonté de montrer par le détail la vie des gens normaux. D’ailleurs, la rue Saint Fiacre y joue un rôle très important (clin d’œil à Simenon, bien sur) et la légende que l’auteur créé autour de ce roman est autant un trait humoristique que des cris d’amour à ces grands auteurs.

Dix petites poupées de BA.Paris

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Vincent Guilluy

Après Derrière les portes et Défaillances, voici le dernier roman en date de BA.Paris, cette jeune auteure qui a débarqué il y a deux ans avec des intrigues fouillant l’intimité des couples. Une nouvelle fois, c’est un roman psychologique réussi.

Finn et Layla s’aiment comme rarement un couple le vit. De retour de vacances à Megève, ils s’arrêtent sur un parking de l’autoroute A1 pour une pause. Finn prend une pause alors que Layla va aux toilettes. Mais Layla se fait attendre. Finn déplace la voiture vers les toilettes, puis, à force d’attendre, va se renseigner en l’appelant. Personne ne répond. Quand il entre, il n’y a personne. Il la cherche puis va à la prochaine station service pour appeler la police. Layla a disparu. Voilà comment cela s’est passé. Voilà du moins ce que Finn a raconté à la police.

Il s’est passé tant de choses en 12 ans. Layla n’est jamais reparue, son corps n’a jamais été retrouvé. Harry, l’ami de Finn, a tout fait pour l’aider, le soutenir. Depuis, ils travaillent dans une entreprise d’investissements. Finn a surmonté sa peine et a rencontré la sœur de Layla, Ellen. Ils vivent ensemble maintenant, dans une maison à coté de Londres. Tout va bien pour lui, jusqu’à ce qu’une poupée russe apparaisse sur le mur de l’entrée, entourant la maison.

Ces poupées ont une histoire : quand Layla et Ellen étaient jeunes, elles avaient chacun leur lot de poupées russes. Mais Ellen a perdu la plus petite d’entre elles et a accusé sa sœur de l’avoir volé. Quelques jours plus tard, une deuxième poupée apparaît, sur le pare brise de la voiture … puis une troisième … puis une quatrième. Cela devient vite obsédant, entêtant, inquiétant … à devenir fou pour Finn.

C’est déjà le troisième roman de BA.Paris, et le contexte reste toujours le même : Nous allons suivre un couple et ses difficultés, jusqu’à aboutir à une conclusion que l’on ne voit venir que les dernières dizaines de pages. C’est donc à nouveau un roman psychologique, pendant lequel nous allons suivre Finn et ses mensonges, Finn et ses atermoiements, Finn et ses sentiments, Finn et ses hésitations, Finn et ses décisions, du moins dans la première partie.

Le roman est donc construit en trois parties, et je ne vous parlerai que de la première, pour ne pas déflorer l’intrigue. Car la construction est redoutablement vicieuse, pour nous mener en bateau … même si dans la troisième, les pièces du puzzle se mettent en place et qu’on arrive à deviner le pourquoi de l’intrigue à une cinquantaine de pages de la fin. Et cela nous fait passer un sacré moment de stress.

C’est bien dans la façon de construire son histoire que réside l’intérêt de ce roman. Dès le premier chapitre, Finn nous dit ce qu’il a raconté à la police suite à la disparition de Layla et il termine en avouant qu’il a menti. Les chapitres sont entrecoupés de passages en italique, dont on va comprendre qu’il s’agit d’une lettre que Finn a écrit à Layla, juste après sa disparition. BA. Paris nous prend par le bout du nez et on n’a pas le temps de respirer ni de se poser de questions.

Dans la deuxième partie, il va y avoir un gros retournement de situation, qui fait que nous sommes bousculés dans nos certitudes. Toutes les hypothèses échafaudées auparavant tombent à l’eau. C’est tellement bien fait qu’on se laisse malmener au rythme cardiaque de Finn qui n’y comprend plus rien. Et là où c’est fort, c’est qu’on ne commence à se poser des questions que quand Finn se remet en cause.

C’est donc une nouvelle réussite de cette auteure décidément surprenante. Son style est toujours aussi simple, aussi fluide, un peu moins basique que dans ses deux précédents romans. Et je vous garantis que ce roman procure des émotions simples telles que le stress, l’étonnement, le questionnement et on en tire du plaisir, celui de lire une bonne histoire qui fait passer un bon moment.

Mon amie Adèle de Sarah Pinborough

Editeur : Préludes

Traducteur : Paul Benita

La fait que j’ai adoré Dis moi que tu mens de Sabine Durrant, paru aussi chez Préludes, n’est pas étranger dans le choix de ma lecture. Le moins que je puisse dire est que ce roman est surprenant.

Le hasard ne fait pas forcément bien les choses. Jugez en plutôt : Louise, mère célibataire du petit Adam, a bien du mal à faire face. Alors, parfois, elle s’accorde des sorties le soir. Ce soir là, elle rencontre un beau jeune homme qui lui aussi a beaucoup bu. S’ils n’ont pas de relations sexuelles ce soir là, ils échangent tout de même des baisers appuyés.

Et c’est là que le hasard intervient : Louise étant secrétaire médicale, elle est impatiente de rencontrer son nouveau patron du cabinet de psychiatrie. Quelle n’est pas sa surprise quand elle voit le beau jeune homme qu’elle a embrassé ! Il s’appelle David, et porte une alliance. Rouge de honte, elle se réfugie dans les toilettes mais ne peut pas se cacher indéfiniment. Quand ils se rencontrent, ils se mettent d’accord pour ne plus en parler.

Tout pourrait s’arrêter là si le hasard ne mettait pas sur le chemin de Louise la femme de David, Adèle. Les deux femmes se rentrent dedans et finissent par prendre un verre dans un bar. Elles se trouvent mutuellement sympathiques, et envisagent même de devenir amies. L’affaire se complique quand David se rend chez Louise et qu’ils font l’amour chez elle.

Une fois le trio mis en place, il ne reste plus qu’à jouer au jeu du chat et de la souris. Mais qui est le chat ? Et qui est la souris ?

Le mari, la femme et l’amante, voilà un trio bien connu des marivaudages, sauf que nous sommes ici dans un pur roman psychologique … du moins au début. Par conséquent, la psychologie des personnages est importante :

Louise, mal dans sa peau, débordée par son quotidien de mère célibataire, se retrouve en contact avec le couple idéal … en apparence. Adèle et David sont en effet un couple riche, beau, à l’aise. Forcément, ce couple la fascine, et elle l’envie, elle veut entrer dans leur cercle, les connaitre plus avant.

David est un psychiatre qui vient d’atterrir dans le cabinet. Il connait forcément du succès, puisque tout lui réussit en apparence. Sauf que Louise s’aperçoit qu’il boit trop,, ce qui explique leur rencontre dans un bar. Il semble détaché, désabusé, alors que sa vie parait si idéale.

Adèle est belle, mais elle semble fragile, changeant d’humeur. Sa relation avec son mari parait bizarre, sorte de relation maître-esclave où les rôles ne sont pas clairement définis. Elle est décidée à devenir l’amie de Louise, à la changer, à la modeler à sa convenance. Mais dans quel but ?

De l’importance des apparences …

Le roman est construit comme un aller retour entre les deux femmes, chacune ayant son chapitre, narré à la première personne du singulier. Psychologiquement c’est parfait, allié à cette façon qu’a l’auteure de trouver les mots justes pour raconter les pensées de chacune des deux jeunes femmes. Elle évite de raconter deux fois la même scène mais je dois dire qu’on se laisse prendre dans la toile de cette histoire, même si certains chapitres peuvent sembler longuets. Et même dans ces cas-là, une seule phrase suffit à semer le doute et à relancer l’intérêt.

Je me suis demandé pourquoi Stephen King apparaissait en quatrième de couverture par le simple mot : « Bravo ». Sans vouloir déflorer l’intrigue et sa fin, il va y avoir un aspect fantastique, qui va  apparaître dans la deuxième partie du livre et qui va aboutir à une fin inattendue et renversante. Ce qui rend cette lecture plus qu’intéressante. Laissez vous tenter et n’oubliez pas mon conseil : Arrêtez de rêver !

Fausse route de Pierre Merindol

Editeur : Les éditions de minuit, 1950 – Le Dilettante, 2016

C’est dans la revue 813 de l’association du même nom que j’ai trouvé cette idée de lecture. Si l’histoire se passe après guerre et est donc datée, le style en fait une œuvre moderne, noire, et poétique.

L’auteur :

Pierre Mérindol, pseudonyme de Gaston Didier, est un journaliste et écrivain français né le 13 août 1926. Il a été grand reporter au Progrès de Lyon pour qui il a notamment couvert le procès de Klaus Barbie en 1987. Il est décédé à 86 ans à la suite d’une crise cardiaque le 8 août 2013 à l’hôpital du Tonkin de Villeurbanne (Rhône) à 2 h 53. Il aurait eu 87 ans quelques jours après.

Résumé de l’éditeur :

Mérindol, nom rêvé pour un village, ou pour un couteau de poche, l’un qu’on respire fleuri à souhait, l’autre, fidèle, à la main. En l’occurrence, notre Mérindol à nous, Pierre, né Gaston Didier, c’est un zigue de première, complice de Robert « Bob » Giraud, l’auteur du Vin des rues, l’Homère des rades, et Robert Doisneau, l’Orphée du Rolleiflex. Formé après-guerre, le trio triole à souhait quelques années puis s’explose, chacun prenant sa voie : Robert Doisneau devient Doisneau, Giraud reste Bob, se fondant dans son paysage intime, notant, zinc après zinc, les « choses bues » du Paris populaire. Pierre Mérindol, lui, nous apprend Philibert Humm dans sa goûteuse préface, après avoir bezotté pour le galeriste Pierre Loeb, rôdé à la Contrescarpe et poussé une dernière fois, sur scène, la grande Fréhel, s’exfiltre, gagnant Lyon où il se mue en localier au Progrès.

De lui nous reste, paru en 1950 aux Éditions de Minuit, aujourd’hui réédité par Le Dilettante, Fausse route. L’histoire d’une paire de drôles, le conteur et son pote Édouard, qui se camionnent la France en tous sens. Ils héritent en cours de route de la Françoise, une drôlesse finaudement mélancolique qui devient leur part à deux, à la pause ou sur les cageots de légumes et finit par se mettre avec Édouard, ouvrant un bar de poche rue Mouffetard. Sortie de route prévisible, hélas, quand se joindra au trio le gars Jules, nigaud ardent et brouilleur de cartes. Sans pause pipi, ni arrêt buffet, au fil de ce road-book noirissime, les routiers de Mérindol taillent la route à la diable, bitume et toiles cirées, en tous sens, panneaux publicitaires succédant à de somptueuses apparitions de villes ou éclosions de campagnes. Le Ciel est aux violents, dit-on, l’enfer aux fous du volant, dont acte.

Mon avis :

Dans l’après-guerre, il n’y avait pas encore d’autoroutes. Alors les trajets se faisaient par des « Routes Nationales », qui bien souvent faisaient des tours et des détours et traversaient tous les villages sur le chemin. C’est vrai qu’aujourd’hui, nous sommes une société qui va vite. A l’époque, il devait aussi y avoir moins de circulation. Toujours est-il que les transports de marchandises circulaient tous les jours, du lundi au samedi.

Le narrateur (on ne connaitra pas son nom) est conducteur de camions de marchandises et il transporte les fruits et légumes vers la capitale, vers les Halles de Paris, qui étaient à l’époque en plein centre de Paris. Que ce soit de jour ou de nuit, ce métier lui convient bien, se laissant bercer par les ahanements du camion, et admirant la calme beauté des différents paysages qu’il a l’occasion de traverser.

Quand tout se passe bien, il est agréable de se faire masser par les soubresauts du siège. Il est agréable de fréquenter les bistrots, de prendre son café – rhum, de rencontrer les collègues, même s’il n’aime pas beaucoup parler. Et le fait d’être seul lui permet de toucher plus d’argent. C’est à Paris qu’il rencontre Edouard et cela se passe moyennement à coup de tête et de poings. Puis, à force, Edouard devient le co-pilote.

Quand tout se passe bien, il est agréable de faire la route avec un ami, même s’il ne parle pas beaucoup. Les filles, c’en est presque devenu un sujet de discussion, voire un fantasme. Celles qui acceptent de passer la nuit sont communes. Jusqu’à ce qu’ils croisent Françoise. Elle est à l’un, elle est à l’autre, jusqu’à ce qu’elle devienne celle de l’un mais folâtre avec un troisième. La rancœur et la jalousie noircissent le tableau.

Quand tout se passe mal, le paysage devient noir et rouge sang. Le rythme du camion devient lancinant, sa vitesse trop lente, énervante. D’un drame annoncé et subtilement amené, cela sera dépeint comme un tableau de maitre, comme un vulgaire fait divers, alors que ce roman est bien plus que cela : un si beau et si doux moment de vie au ton désenchanté et noircissime.

220 volts de Joseph Incardona

Editeur : Fayard (grand format). Bragelonne – Milady (Format poche)

Quelle riche idée de la part des éditions Bragelonne de rééditer le roman de Joseph Incardona qui flirte entre le polar et le fantastique. Voilà une bonne occasion aussi de découvrir cet auteur qui a reçu le Grand Prix de la Littérature Policière l’année dernière avec Derrière les panneaux, il y a des hommes.

Ramon Hill est un auteur de thriller qui, avec son deuxième roman, a connu un grand succès. Son éditeur a alors décidé de rééditer son premier roman et maintenant, tous ses fans attendent son prochain opus. Son troisième roman, donc, est en pleine écriture … mais arrivé au chapitre 43, Ramon Hill est victime du syndrome de la page blanche. Impossible de produire la moindre ligne. Il se retrouve avec son héros bloqué en plein milieu du désert, dans des sables mouvants.

Sa situation familiale s’en ressent. Margot, sa femme, décide de faire un geste et lui propose d’aller en villégiature dans la ferme de ses parents, perdue au milieu des montagnes.  Ils laissent donc les deux enfants aux beaux-parents à 300 kilomètres de là et partent s’isoler en pleine nature. Mais rapidement, la situation dégénère et les ressentiments de l’un vis-à-vis de l’autre vont ressurgir. La tension monte, la situation devient proprement intenable et Ramon est victime de son allergie.

Jusqu’à ce qu’en réparant une prise électrique, Ramon frôle l’électrocution. A la suite de cet événement, Ramon devient un autre homme, qui n’est plus malade, et qui est capable à la fois de donner du plaisir à sa femme et de continuer son roman … jusqu’à ce qu’il retrouve le chat familial, mort sur le pas de la porte.

De nombreux auteurs ont approché le thème de la page blanche, et cette servitude que certains ressentent envers la création de leur œuvre. Parmi ceux dont je me rappelle, on peut citer l’inoubliable Le festin nu de William Burroughs, Echine de Philippe Djian, ou bien Maison fondée en 1959 de Michael Mention, sans oublier quelques romans de Stephen King ou de Jean Paul Dubois. Joseph Incardona prend donc ce thème pour démarrer son roman, et surtout, l’utilise pour planter le décor avant de changer totalement de direction.

A partir du tiers du roman, on part dans le fantastique et le clin d’œil au Maître Stephen King est de plus en plus appuyé. Cela permet de relancer une mécanique et surtout de rendre son livre, à partir de ce moment là, totalement addictif. Puis arrivent les drames et Ramon Hill se retrouve dans la position de son héros de roman, dans une situation inextricable dont il va devoir sortir.

Avec son style direct et limite agressif qui colle bien à l’histoire, l’auteur (dont j’avais adoré Trash Circus), nous livre un roman à la limite des genres dont on a l’impression qu’il hantait son esprit. Il nous le livre dans l’urgence et on ressent tout le plaisir et la nécessité qui l’ont animé pour écrire ce roman qui, au-delà de son aspect divertissant, se révèle un roman plein de suspense non dénué de réflexion sur la création et la relation d’un auteur à son œuvre. Voilà un roman prenant, passionnant que je vous recommande très fortement.

 

Froid comme la mort d’Antonio Manzini

Editeur : Denoel – Sueurs froides

Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza

Voici la deuxième enquête de Rocco Schiavone, vice-préfet à Aoste après l’excellent Piste Noire. Pour résumer mon avis, dans ce deuxième roman, on prend les mêmes recettes que le premier et on enfonce le clou. Je vous offre le tout début du roman qui donne le ton et montre l’humour cynique que j’adore :

« C’était le mois de mars, où les journées offrent des instants de soleil et la promesse du printemps à venir. Des rayons encore tièdes, souvent fugaces, qui colorent le monde et ouvrent à l’espoir.

Mais pas à Aoste. »

Irina, originaire de Biélorussie, vit de ménages qu’elle fait chez les gens soit âgés, soit fortunés. Elle est amoureuse d’Ahmed, originaire d’Egypte, et espère bien qu’il l’épousera. Ahmed a un fils, Helmi, de 18 ans, qu’elle accepte volontiers. Arrivée chez les Baudo, la porte de l’appartement est ouverte. Inquiète, elle entre et voit le désordre qui y règne. Elle comprend qu’il vient d’y avoir un vol. Puis, elle imagine que les voleurs sont peut-être encore là ! Alors, elle ferme la porte d’entrée à clé et se jette dans la rue en hurlant comme une damnée … Jusqu’à ce qu’elle rencontre un adjudant de l’armée en retraite qui promène son chien aveugle.

Rocco Schiavone a un gros problème : la femme avec qui il passe quelques nuits, Nora, va bientôt fêter son anniversaire. Il doit donc trouver un cadeau qui ne l’engage pas trop, mais qui lui fera plaisir. Quand ils reçoivent l’appel téléphonique, Rocco et son adjoint Italo foncent Via Brocherel. L’appartement est en effet en grand désordre. Un téléphone portable est en miettes dans la cuisine. La porte de la chambre est fermée mais pas à clé, et plongée dans la pénombre. Rocco actionne l’interrupteur quand les plombs sautent : il y a eu un court-circuit. Quand Italo propose d’ouvrir les volets, ils découvrent Ester Baudo pendue. Si on peut penser à un suicide, Rocco se demande comment une personne peut, après son suicide, fermer les volets et éteindre la lumière. Assurément, Rocco a devant lui un emmerdement puissance 10.

Il suffti de lire le premier paragraphe pour être conquis par le personnage de Rocco Schiavone, ce vice-préfet (équivalent de commissaire chez nous), doué d’une déduction et d’une intuition hors norme et qui traite ses contemporains comme des moins que rien. Cela donne des remarques méchantes, des situations drôles et des dialogues parfois décalés parfois cyniques. Le roman comporte une intrigue construite avec toutes les qualités que j’avais aimé dans le premier : un meurtre, une énigme difficile à résoudre, des indices semés au long des 250 pages du livre et une résolution toute en logique.

A cela, on ajoute ce formidable personnage à la fois méchant et attachant. On en apprend un peu plus sur son passé, ou du moins sur la raison pour laquelle il a été muté à Aoste, au milieu des montagnes, les pieds enfoncés dans la neige qu’il déteste. On a aussi droit à un personnage dont on creuse un peu plus la psychologie, sa soif de justice et la tentation de la vengeance à tout prix, ainsi que la loyauté envers ses amis. Bref, cela peut sembler classique, mais quand c’est aussi bien fait et bien écrit, cela donne du pur plaisir. Je tiens aussi à signaler l’excellent travail de la traductrice qui arrive à rendre aussi bien tout l’humour des situations et du personnage. Bravo !

Une jolie fille comme ça de Alfred Hayes (Gallimard)

Je dois ce livre et cette découverte à mon ami Petite Souris, qui a l’art de trouver des lectures pas comme les autres, de celles qui passent inaperçues. Ce roman, qui date de 1958, n’est pas à proprement parler un polar. Quoique …

L’auteur :

Né à Londres, à Whitechapel, Alfred Hayes arrive aux États-Unis avec ses parents à l’âge de 3 ans. Il fait ses études à New York au City College (depuis intégré dans l’Université de la Ville de New York). Il devient ensuite journaliste pour le New York Journal-American et le New York Daily Mirror, en même temps il commence à publier ses poésies, dès les années 30, dont Joe Hill, dont la version chantée a été rendue célèbre par Joan Baez.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est affecté dans les Special Services. En 1945 à Rome, il rencontre Roberto Rossellini pour qui il travaillera au scénario de Païsa. Il sera nominé aux Oscars en tant que coscénariste. Il reçoit une autre nomination pour Teresa (1951). C’est à cette époque qu’il commence à écrire son premier roman All Thy Conquests. Il adapte son propre roman The Girl on the Via Flaminia en pièce de théâtre, qui sera adaptée en film sous le titre Un acte d’amour.

Parmi les scenarii pour lesquels il est crédité, on note The Lusty Men (1952, réalisé par Nicholas Ray) and l’adaptation de la comédie musicale de Maxwell Anderson et Kurt Weill Lost in the Stars (1974). Il a aussi écrit de nombreux scenario pour des series américaines parmi lesquelles Alfred Hitchcock Presents, The Twilight Zone, Nero Wolfe et Mannix.

(Source Wikipedia français & Anglais traduit par mes soins)

Quatrième de couverture :

Alors qu’il s’échappe de la villa où une fête hollywoodienne bat son plein, un scénariste en vogue aperçoit une jeune femme se jeter dans l’océan en contrebas. L’ayant sauvée d’une noyade assurée, lui qui regarde avec dédain les artifices et la vanité de son milieu ne tardera pourtant pas à vendre son âme, ou plutôt sa liberté, faute de savoir résister à la tentation.

S’agit-il pour lui de jouer les héros? ou d’oublier l’ennui et le naufrage de son mariage en se laissant aller à une énième liaison? Et qui est-elle vraiment, cette jolie fille à la carrière d’actrice mal engagée et dont les fêlures, notamment amoureuses, prennent une tournure menaçante?

Toutes ces questions n’empêchent pas les deux êtres de plonger dans une relation venimeuse, qui réveille les démons de chacun.

Le lecteur ne connaîtra jamais le nom des deux protagonistes de ce court roman, mais la langue de Hayes, d’une précision clinique, redoutable, les fait exister d’emblée, dans tous leurs travers, leurs faiblesses, leurs contradictions. Animé d’un désespoir existentiel évident, Hayes livre un portrait féroce de nos ambitions et de nos illusions, au sein duquel il réussit à distiller une ironie salvatrice.

Mon avis :

On entre dans ce roman, comme on entre dans un brouillard. En fait, tout se passe dans le milieu du cinéma, dans le domaine des illusions. Et finalement, quand le narrateur voit une jeune femme sauter dans la mer, il la sauve. Ou peut-être se sauve-t-il lui-même ? Il est scénariste, en panne d’inspiration et tient peut-être là un sujet … mais il ne s’en rendra qu’à la fin, après le drame.

Le monde que le narrateur dépeint est fait de désolation, de désillusion, de faux-semblants, de faux sentiments. Ce sont des gens qui doivent faire des films, créer des illusions mais ils sont incapables de ressentir quoi que ce soit. Il se contente de l’observer, elle, elle qui est en plein désespoir de devenir actrice. Même quand ils vont sortir ensemble, il la regarde comme un enfant regarde un jouet. Elle se jette à corps perdu dans cette relation, comme un noyé voit une île déserte au loin.

C’est un roman sur l’être et le paraitre, sur la futilité du moment présent, sur les espoirs perdus. Et c’est écrit avec une plume d’une rare justesse, d’une subtilité cotonneuse. Cela se délecte comme on admire les pages de Scott Fitzgerald. Et on se demande bien pourquoi ce roman n’a pas été traduit, encensé, adulé plus tôt. Ceux qui le liront en feront un roman culte, et ils auront bien raison.

Méfaits d’hiver de Philippe Georget (Jigal)

Que de chemin parcouru, depuis ma découverte de cet auteur. A l’époque, j’avais découvert Philippe Georget grâce au Prix Polar SNCF avec L’été tous les chats s’ennuient. Déjà, j’avais adoré ce personnage de Gilles Sebag, et j’avais adoré cette façon de fouiller le quotidien d’un flic comme les autres, de parler des gens communs avec un style si juste et si simple à la fois.

Après l’été, nous avions droit à un deuxième épisode, Les violents de l’automne. Là encore, sur un sujet difficile comme la guerre d’Algérie, je me rappelle encore de certaines scènes, de celles que l’on n’oubliera jamais. Il faut voir, ou plutôt lire, comment, en décrivant un simple repas, Philippe Georget nous montre avec une justesse et une sensibilité rare, la situation des anciens d’Algérie, revenus au pays, et délaissés comme de vieilles chaussettes. Avec de tels moments de lecture, comment peut-on ne pas tomber amoureux de sa prose ?

Gilles Sebag est réveillé par le bruit d’un SMS, reçu sur le portable de sa femme. Quelle idée de réveiller les gens, en pleines vacances scolaires. Le naturel curieux de son travail de lieutenant de police le pousse à aller chercher l’appareil dans le sac de sa femme. Il y voit un abime, sa perte : deux messages émanant d’un prénom qu’il ne connait pas sont arrivés. Le contenu ne laisse la place à aucun doute : elle le trompe.

Le même jour, dans un hôtel du centre ville de Perpignan. Christine vient de laisser partir Eric, son amant attentionné. Comme à chaque fois qu’elle a pris du plaisir, elle veut fumer une cigarette. Elle ouvre la fenêtre, et se délecte de ce plaisir de nicotine. Elle n’est même pas habillée, quand un homme débarque dans la chambre, et tire un coup de feu à bout portant.

Molina et Ménard attendent Gilles devant l’hôtel. Il est en retard et n’a prévenu personne. A l’Hôtel du Gecko, Le vieil homme faisant office de gardien leur indique la chambre 34, au troisième étage. Après avoir entendu le coup de feu, il a vu un homme descendre les escaliers et s’enfuir. Les deux lieutenants montent les escaliers et y retrouvent Elsa Moulin, la nouvelle responsable de la police scientifique. Pour eux trois, la piste du mari jaloux ne fait aucun doute.

C’est un sujet casse-gueule qu’a choisi Philippe Georget pour la troisième enquête de Gilles Sebag : tenir 340 pages avec un homme jaloux qui se rend compte que sa femme l’a trompé. Et je dois dire que le défi est bien relevé, et très bien réussi. Quand l’amour devient compagnie, quand compagnie devient routine, quand routine devient confiance, le couple s’ébrèche, se fissure, se casse, et s’éparpille. Quand la confiance se transforme en tromperie, en trahison, c’est bien la fierté du cocu (ou de la cocue) qui est en jeu. Et c’est ce drame que nous montre Philippe Georget dans une première partie de son roman.

Car malgré tous les dialogues, malgré toutes les assurances, Gilles Sebag ne peut plus, ne veut plus y croire. Et lui que l’on connait tenace dans ses enquêtes, jamais satisfait par des solutions trop faciles, on le retrouve incapable de faire face, de faire preuve de psychologie dans son couple, alors qu’il est si doué dans ses enquêtes. Peut-être est-ce aussi parce que l’enjeu est d’une autre taille ! Alors, nous regardons Gilles Sebag s’enfoncer, plonger dans l’alcool, incapable qu’il est à faire face à cette situation d’autant plus que les affaires dont le commissariat est chargé sont toutes liées à des maris trompés.

A part quelques passages que j’ai trouvés répétitifs, je ne peux qu’être époustouflé par la justesse, par la sensibilité dont fait preuve Philippe Georget pour décrire une situation à la fois difficile et réaliste. Tous les passages semblent vrais, vécus, ce qui montre aussi combien l’auteur a du observer, analyser ses prochains pour en tirer la quintessence et l’inspiration. Quand en plus, il nous offre une intrigue qui, petit à petit, se développe, se ramifie, jusqu’à nous proposer un dénouement d’une originalité impressionnante, cela donne un roman que beaucoup d’auteurs vont lui envier. C’est un véritable coup de force, un pari osé, un pari réussi, une fois de plus. Quel auteur, quel roman !

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul

Vénéneuses de Jean-Pierre Ferrière (Éditions Campanile)

Depuis quelque temps, nous avons la possibilité de trouver les romans de Jean Pierre Ferrière en format poche, grâce aux éditions Campanile. Cet été, nous avons droit à deux sorties, Haine ma sœur Haine et Vénéneuses. Voici le sujet de ce dernier :

En ce mois de janvier, Fanny Jalmin conduit le corps de son compagnon à sa dernière demeure, au cimetière d’Antony. Vincent Giraudet a en effet succombé à une overdose. Fanny et Vincent vivaient ensemble depuis 12 ans, et avaient une fille de 11 ans Lisa. En réalité, Vincent est toujours marié à sa première femme, Michèle, riche héritière d’une entreprise de cosmétique. Mais Michèle a toujours refusé cette séparation et est toujours restée follement amoureuse de Vincent.

Cela faisait deux ans que Vincent se droguait, depuis qu’il avait été licencié de l’agence de publicité Hyperbole dans laquelle il était employé. Vincent avait décidé de quitter le domicile pour ne pas montrer à sa fille Lisa sa propre déchéance. Fanny n’avait pas de nouvelles de lui depuis quelques mois. Ses fins de mois étaient d’ailleurs très difficiles, depuis qu’elle-même avait été licenciée de son emploi de caissière au cinéma Caméra situé sur l’avenue Daumesnil.

Lors de l’enterrement, Michèle fait une entrée remarquée, digne des plus grandes actrices de théâtre. Elle découvre aussi Lisa, et voit en elle une incarnation de Vincent, son bien-aimé, l’amour de sa vie. Puis c’est Diane Forestier qui vient voir Fanny. Elle est secrétaire chez Hyperbole, et lui propose un rendez-vous pour lui fournir des informations confidentielles concernant Vincent.

A partir d’une situation classique d’un couple et de l’amant, Jean Pierre Ferrière nous fait une belle démonstration de toute sa créativité dans la mise en place d’une intrigue toujours plus surprenante. Car si on peut se demander ce que l’on peut bien inventer à partir de cette situation de départ, l’auteur nous démontre que l’on se trompe. Et tout au long de la lecture, on ne peut jamais s’imaginer comment cela peut se terminer … et pour cause.

Ce qui est remarquable dans ce roman, comme dans tous les romans de Jean Pierre Ferrière, ce sont bien les psychologies des personnages, qu’ils soient au premier plan ou juste des personnages secondaires. Les petits détails regorgent pour bien implanter ceux que nous allons côtoyer et suivre. Et quand on connait l’art de cet auteur qui a écrit plus de 75 romans, je peux vous dire que c’est un vrai plaisir de lecture, des descriptions des décors aux dialogues qui sont extraordinaires. D’ailleurs, je verrais bien ce roman adapté au cinéma, car cela donnerait un sacré numéro d’acteurs.

Ne ratez pas l’avais de l’ami Claude

Haine ma soeur haine 2

Il est à noter qu’en même temps que ce roman, sort aux éditions Campanile Haine ma sœur haine, dont voici la quatrième de couverture :

Geneviève Brunel, femme en apparence douce et prévenante, cultive en secret un amour inconditionnel pour son ex-mari, devenu une star adulée du grand écran. Celui-ci doit se remarier, mais Geneviève est prête à tout pour l’en empêcher.

Vous trouverez ici les avis de Claude, et moi-même.