Archives du mot-clé Course poursuite

L’aigle des tourbières de Gérard Coquet

Editeur : Jigal

Je suis passé au travers de Connemara Black, son précédent roman, alors la lecture de ce roman fait office de session de rattrapage. Je vous propose de partir à la découverte d’un nouvel auteur : Gérard Coquet.

L’action débute en 1981, en Albanie. La dictature d’Enver Hoxha est en bout de course. Les prétendants à la prise du pouvoir sont nombreux. Il n’empêche que ce dictateur, au pouvoir depuis la fin de la deuxième guerre mondiale fait des envieux. Susan Guivarch, membre du PCOF, débarque là-bas pour faire une interview du chef suprême, accompagnée de son fils Robert, dit Bobby.

Cela fait un an qu’elle attend son entrevue : on lui explique qu’elle doit s’imprégner de la culture albanaise. Elle obtient enfin un rendez-vous avec le ministre Carçani. Il lui annonce que le Numéro 2 du régime vient de se suicider et que dorénavant, c’est lui qui lui servira d’intermédiaire. Mais le guide et amant de Susan, Bessian Barjami, sait que l’on ne se suicide pas d’une balle dans le dos. Ils doivent fuir l’Albanie au plus vite, aidés par un contrebandier Zlatko.

Irlande, 2015. Ciara McMurphy est convoquée dans le bureau de son chef. Elle pense qu’elle va se faire renvoyer, mais elle est accueillie par des représentants du MI6 et d’Interpol. On lui demande de mettre la main sur un terroriste international, Bobby le Fou, dit Bobby McGrath, dit Robert Guivarch. La première piste est un corps retrouvé dans une tourbière, sans mains, et broyée par une pelleteuse. Ce n’est que le début d’une macabre série.

Ce roman est surprenant dans sa forme, puisque divisé en deux parties. D’aucuns auraient fait des allers-retours entre le passé et le présent. Gérard Coquet préfère placer sa première partie de 90 pages en Albanie avant d’installer l’intrigue de son polar en 2015. Et autant dans la première partie, on a plusieurs personnages à suivre (Susan, Bobby, les militaires du gouvernement), autant la deuxième partie se concentre sur Ciara.

Et les deux parties sont déroulées selon deux modes de narration différentes : une course poursuite tout d’abord en Albanie, puis une enquête sous couvert de complot, d’espionnage en Irlande. Cela peut donner l’impression d’avoir deux livres pour le prix d’un, ce qui est le cas. Ce qui est sûr, c’est que Gérard Coquet réussit le pari de nous plonger dans deux espaces temps différents, deux lieux géographiques différents et deux genres différents avec à chaque fois la même facilité. Car dans les deux cas, on retrouve la même sécheresse de ton avec un style rêche, âpre.

On ne peut s’empêcher de comparer aussi les ambiances des deux parties : l’air est étouffant, l’ambiance est menaçante, la loi du Kanun albanais (œil pour œil, dent pour dent) fait qu’on ne peut se fier à personne ; en Irlande, le climat est humide et froid, le rythme de la narration y est plus élevé, mais le mystère entourant cette enquête est pesant. On a la sensation que l’on ne nous dit pas tout, qu’on se fait manipuler pendant que le nombre de cadavres augmente sérieusement.

Tout ceci donne un roman au style indéniablement irlandais, et un polar costaud, réussi dans la forme, même si j’ai plus apprécié la deuxième partie, parce que j’ai pu me reposer sur un personnage central fort. C’est un polar qui insiste sur les lois ancestrales implicites, dures, violents et sanglantes, que nous, européens ne pouvons que difficilement appréhender. Et c’est un excellent sujet pour un polar, empli de trahisons, de vengeances et de sang. Après cette lecture, je sais qu’il ne me reste qu’une chose à faire : lire Connemara Black pour retrouver Ciara dans sa première enquête.

Ne ratez pas les avis de Psycho-Pat et de mon ami Jean le Belge

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La mort selon Turner de Tim Willocks

Editeur : Sonatine

Traducteur : Benjamin Legrand

Tim Willocks délaisse son cycle qui se déroule au Moyen Age (Ne ratez pas La Religion !) pour nous offrir un polar pur et dur, dont l’action se situe en Afrique du Sud. Et comme on pouvait s’y attendre, ce roman est d’une violence inouïe et d’une originalité dans sa façon de mener l’intrigue.

Ils sont six, six jeunes gars qui sont venus s’amuser au Cap, en Afrique du Sud. Ils sont venus passer leur soirée à boire, jusqu’à en oublier leur nom. Jason, Mark, Chris, Hennie, Simon et Dirk sortent du bar, pleins comme des barriques de l’alcool local. En sortant, Dirk tient à prendre le volant. Il tourne la clé de la voiture et cale. Il réessaie et ne s’aperçoit pas que la marche arrière est enclenchée. Le gros 4×4 entre dans un container de poubelles. Mais entre la voiture et le container, il y avait une pauvre fille, noire, affamée, qui voulait récupérer le Hamburger qu’ils avaient jeté. Quasiment coupée en deux, elle va agoniser sous le regard rigolard des jeunes.

Turner est un flic noir de la brigade criminelle. Il déteste la police car il a vu sa sœur tuée par des policiers mais il croit fermement en la justice. Et quand on lui donne un os à manger, il ne lâche rien. Écœuré par ce crime, il va se lancer dans cette course poursuite, et le téléphone portable qu’il retrouve près du corps va l’aider à identifier les coupables. C’est utile, les selfies ! Sur une des photos, il découvre le visage de Dirk Le Roux, le fils de Margot Le Roux, l’impitoyable reine du manganèse. Tout le monde la respecte pour avoir sauvé cette région de la misère et sa fortune est gigantesque. Mais rien ne peut arrêter la marche de la justice, la croisade que Turner va entamer, envers et contre tous.

Il ne faut pas s’attendre à un roman de gamins avec Tim Willocks. Cet auteur écrit avec une machette entre les dents, il coupe, tranche, dans de grands gestes … et peu importent les tâches de sang qui pourraient maculer les pages de ce livre. Si le début du roman sert à présenter les forces en présence, la suite va inexorablement faire monter la tension, vers un duel en forme d’apocalypse. C’est typiquement le genre de roman où on a les mains qui se crispent, s’accrochent aux pages, qui s’agrippent à en faire mal.

Il ne faut pas croire que Turner va occuper le centre du livre à lui tout seul. Tim Willocks construit son roman en nous balançant d’une scène à l’autre, sans relation apparente si ce n’est celle de construire une intrigue que l’on pourrait comparer à des montagnes russes. L’auteur veut nous secouer et il va nous secouer très fort. Et Tim Willocks ne se refuse rien, se moque des règles, des codes pour nous offrir une fresque sanglante où la valeur des vies humaines frise le zéro absolu.

Ce roman ultra violent, ultra prenant, ultra stressant n’est pas dénué de message, et nous fait entrer dans cette croisade de fou, à travers le personnage de Turner. Nul n’est au dessus des lois pour lui, même si la pauvre jeune fille était atteinte du sida et devait mourir trois mois plus tard. Il y a eu faute, il y a eu meurtre et le coupable doit payer. C’est une lutte de l’argent contre la justice, du pouvoir contre la loi. Et ce roman est déroulé comme un western, un duel à distance avant de se terminer par une scène finale explosive, dure, énorme de démesure, gigantesque comme une bataille perdue d’avance où on jette ses dernières forces. Attention aux âmes sensibles ! Ce roman va vous remuer, vous dégoutter mais la morale humaniste est une notion tangible, réelle et crue pour Turner. Impressionnant !

Ne ratez pas l’avis de Mr.K

Evasion de Benjamin Whitmer

Editeur : Gallmesiter

Traducteur : Jacques Mailhos

Troisième roman de Benjamin Whitmer, troisième lecture pour moi. J’avais adoré Pike, un peu moins Cry father, que j’avais trouvé moins fort, moins recroquevillé. Pour autant, je ne peux m’empêcher de me plonger dans son dernier roman en date.

A la veille de la nouvelle année, 12 prisonniers s’échappent de la prison de Old Lonesome, perdue au fin fond du Colorado. Alors qu’un blizzard va bientôt s’abattre sur la région, ils se séparent, prenant chacun une direction différente. Parmi eux, Mopar décide de prendre tout le monde par surprise, et évite de se diriger vers Denver ou le Mexique. Il décide de se faire oublier quelques jours, avant de rejoindre Molly, qui n’est jamais venue le voir en prison..

Cyprus Jugg le directeur de la prison prend les choses en main et envoie ses hommes à la recherche des évadés. Homme de peu de pitié, il n’espère qu’une chose : que chaque prisonnier reviendra les pieds devant. Car il a deux buts dans la vie : rassurer les habitants de la ville et garder une Jim est gardien de prison ; s’il retrouve les prisonniers, il aura peut-être une chance de devenir chef d’équipe.

Dayton, surnommée la Hors-la-loi est revendeuse de drogue. Elle va tout faire pour retrouver son cousin, Mopar Horn. En tant que témoins de toute cette affaire, Stanley et Garret sont les deux journalistes qui vont suivre cette traque. Ils s’aperçoivent qu’ils vont surtout être là pour éviter qu’il y ait un massacre. Tout ce petit monde va converger en un seul endroit pour un final explosif.

Comme les deux précédents romans de Benjamin Whitmer, nous sommes au fin fond des Etats-Unis, parmi ceux qui ont regardé passer la réussite de la grosse machine économique, sans aucun espoir de la rattraper un jour. Tous les personnages ont tous une raison de vivre mais pas d’objectif ni d’espoir. On est donc en plein dans la pure tradition du roman noir, qui nous présente une course poursuite en vase clos : en effet, comme chez David Joy, les personnages semblent enfermés dans leur région, tournant en rond, sans jamais pouvoir s’échapper de leur enfer.

Sous la forme d’un roman choral, offrant un chapitre par personnage principal, Benjamin Whitmer va nous faire suivre cette course de l’intérieur dans un paysage d’apocalypse. Cela nous donne droit à des scènes spectaculaires, même si la plupart du roman tourne autour de scènes intimistes basées sur des dialogues, souvent brillants. On y trouve peu d’humour mais un réel talent dans la construction de psychologies fortes, avec toujours cette philosophie simple : tant qu’on a une raison de se battre, il faut rester vivant.

Si l’intrigue est simple, si certaines scènes sont époustouflantes, si la fin est phénoménale, il n’en reste pas moins que, à certains moments, je n’ai pas été intéressé par ce qui se passait. Jim le traqueur et Mopar tiennent pour moi le devant de la scène et font de l’ombre à Jugg et Dayton. C’est donc un roman que j’ai apprécié en dents de scie, que j’aurais aimé plus resserré, plus rapide, plus direct.

 

Cross de Marc S.Masse

Editeur : Flamant Noir

Le petit dernier des éditions Flamant Noir a tout pour surprendre : une superbe couverture d’un homme qui court sans objectif et un sujet étonnant : un homme s’engage dans une course de l’extrême, le Grand Cross pour trouver un homme et le tuer. Inutile de vous dire que le sujet est casse-gueule. Eh bien, c’est un pari grandement réussi !

Le roman s’ouvre sur un jeune homme qui vient d’avoir son permis de conduire. Il a le droit et l’autorisation d’utiliser le coupé BMW de son père. Pour l’occasion, il roule doucement, prudemment sur la petite départementale. En face, il y a un camion, qui n’aurait pas du rouler en ce dimanche. Derrière le camion, la Mercedes Classe S roule à 180, voire 200 km/h. Quand la Mercedes veut doubler, elle ne ralentit pas, et le jeune homme, voyant une voiture face à lui, fait tout pour l’éviter mais finit par s’encastrer dans un platane. La Mercedes ne s’arrête pas et le jeune homme meurt sur le coup.

Eric Milan a tout raté dans sa vie. Policier, il a démissionné à la suite d’une bavure ou supposée comme, puisqu’il a descendu un jeune homme armé d’un couteau. Devenu détective privé, il vit d’affaires conjugales et de recherches d’animaux domestiques disparus. Et sa femme n’en peut plus et s’apprête à demander le divorce. Mais le client qui débarque dans son bureau pourrait changer sa vie.

Très élégant, il dit s’appeler M. Martin. Il s’est renseigné sur Milan, sait qu’il fut adepte de courses de fond. M. Martin veut retrouver l’assassin de son fils. Or, à coté de l’accident, il y avait une course extrême. M. Martin veut que Milan s’engage dans le Grand Cross, une course de 8 jours où il faut courir entre 60 et 80 km. M. Martin paiera les 9 mois d’entrainement intensif nécessaires. Le seul signalement qu’il a à lui donner est que l’homme était chauve avec une balafre sur la joue gauche. Mais il ne veut pas seulement le retrouver, il veut que Milan le tue. Pour 300 000€, Milan peut-il résister ?

Avec une quatrième de couverture comme cela, on se dit que le sujet est certes original, mais qu’il est surtout casse-gueule. Comment passionner le lecteur sur 265 pages avec des hommes qui courent au-delà de leurs forces ? Comment créer un personnage apte à être cohérent dans cette histoire, pour qu’on y croie ? Comment tenir en haleine le lecteur alors qu’il parcourt chaque kilomètre en souffrant ? Comment faire tenir une intrigue et l’amener à se dévoiler petit à petit pour un final évidemment surprenant ?

Eh bien, Marc S. Masse s’en sort avec les honneurs et même avec une palme ; celle d’avoir su relever tous ces challenges sans jamais en délaisser un. Le personnage tout d’abord, s’il parait attirer sur lui toutes les poisses de l’existence, reste suffisamment simple pour qu’on accepte de le suivre. Le sujet, ensuite, intrigue dès le début, et on accepte de jouer le jeu. Le rythme ensuite est soutenu malgré la monotonie de la course, et l’auteur parsème de ci de là des rebondissements qui maintienne l’attention, et qui créé une tension dans le récit. La course, elle, est remarquablement bien rendue, et l’auteur se permet même de passer en revue les kilomètres comme un best-of de la course du jour. Et le final est surprenant à souhait, un pur plaisir.

Je tiens à ajouter que l’auteur a su donner suffisamment de détails dans la préparation et dans le déroulement de la course pour être crédible. Et comme on a accepté de jouer le jeu dès le départ, on va aller jusqu’au bout, passer la ligne d’arrivée épuisé. Et donc, je décerne officiellement la palme 2018 du roman le plus original de l’année à Marc S. Masse pour son roman Cross. Car c’est un très bon moment de détente. Chapeau et merci !

Tout corps plongé … de Lionel Fintoni

Editeur : Editions de l’Aube

Il semblerait que Lionel Fintoni ait choisi de prendre pour ses titres de livres des citations, ou du moins des phrases qui y ressemblent fort. Après Il ne faut jamais faire le mal à demi, son premier roman, voici Tout corps plongé … extrait d’une citation d’Archimède, le célèbre auteur du principe du même nom, celui grâce à qui nous bénéficions des bouées l’été à la mer.

Maxime Vial travaille dans une société de sécurité Med Data Consulting. Cette société est chargée de gérer la confidentialité de données que les gens comme vous et moi n’avons pas le droit de consulter. Maxime doit faire une présentation dans un congrès, et comme il est toujours en retard, il copie sa présentation sur une clé USB et fonce au Palais des Congrès. Il explique au régisseur quel fichier il doit prendre et assure sa prestation. Lors du cocktail qui suit, il rencontre une jeune femme, Clara, avec qui il va passer la nuit. Quand il se réveille, Clara a disparu avec sa clé USB et son ordinateur.

Chez MDC, Serge Lasseube, responsable de la cybersécurité, reçoit un message sur son téléphone portable. Quelqu’un a eu accès à un fichier ultra sensible présent sur la clé USB. Il appelle de suite le PDG Vincent Deluise pour cette affaire urgente.

La chef de section de la police judiciaire Marie-Ange Jeopardi est en train de relire les dossiers qui ornent son bureau. Ce matin, elle doit recevoir deux nouveaux : Alain Dormeuil et Maurice Bassague. Selon leur dossier, ce sont deux policiers compétents qui ont du mal à respecter les règles. Elle n’accepte pas la moindre entorse au règlement et va leur signifier, dans une entrevue musclée.

Au même moment, on leur signale le corps d’une jeune femme assassinée, dont on a retrouvé le corps dans un bras de la Marne. Le corps a été vidé ailleurs de son sang, et attaché à des branches dans une mise en scène littéraire : cela rappelle en effet Hamlet de Shakespeare et la mort d’Ophélie. Quand ils font quelques recherches, d’autres meurtres ont eu lieu avec des mises en scène en lien avec de l’eau.

Autant on aurait pu trouver le début de son premier roman un peu lent, et c’est ce que je pensais, autant on ne peut pas dire ça de ce roman-ci. Le bref résumé que je viens de vous concocter couvre à peine les 40 premières pages. Et je ne peux qu’être d’accord avec la phrase de l’éditeur en quatrième de couverture : “Ce polar, mené sur un rythme d’enfer, ne nous laisse aucun répit, pour notre plus grand plaisir.”

Ce roman, qui n’est que le deuxième de l’auteur, confirme qu’il aime les intrigues multiples et manipuler de nombreux personnages. Ici encore, nous allons suivre plusieurs personnages, qu’ils fassent partie de MDC, de la police ou même de petits truands receleurs, sans oublier bien entendu le Tueur de l’eau. Lionel Fintoni confirme son talent pour les rendre suffisamment marquants et ne pas nous perdre en chemin.

Enfin, et surtout, il y a ces chapitres courts, ces scènes qui s’enchaînent avec une célérité et une créativité qui font envie. Car, je vous le dis, une fois commencé, il est difficile d’arrêter sa lecture. Alors, Lionel Fintoni nous met en garde contre les hackers, capables de faire absolument tout ce qu’ils veulent avec nos ordinateurs. Mais c’est un sujet qui passe, en ce qui me concerne, bien en dessous de la qualité de l’intrigue et de la façon dont elle se déroule.

D’ailleurs, j’ai trouvé bien peu d’avis sur Internet à propos de ce roman, et c’est une réelle injustice, car c’est un excellent divertissement. Je vous le dis : Il y a beaucoup de jeunes talents en France, et Lionel Fintoni vient d’inscrire son nom parmi les jeunes auteurs dont il faut suivre les prochaines publications. Trop fort !

Mister Iceberg de Marc Falvo

Editeur : Fleur Sauvage

C’est le deuxième roman que je lis de Marc Falvo, mettant en scène son Infra-Détective Stan Kurtz, après Nouvelle donne. Marc Falvo fait dans le roman populaire divertissant et drôle, avec de l’action dedans. Du bon divertissement en somme, voire plus que cela avec ce volume.

Stan Kurtz notre infra-détective commence ce volume en plein tournage. Non, il ne s’est pas lancé dans le cinéma, mais dans un reportage télé, présenté par la vedette du moment Raphaël Justice. Stan Kurtz doit y jouer un enquêteur de l’extrême qui enquête sur des phénomènes paranormaux. L’émission étant en direct, et le présentateur finissant par énerver Stan Kurtz, cela se termine par un bourre-pif, en gros plan sur nos écrans. Et cela n’est que justice ! (Désolé, il fallait que je la fasse !)

Résultat : Stan Kurtz se retrouve noyé sous des appels téléphoniques de personnes se croyant des proies de fantômes et appareils ménagers hostiles. En rentrant chez lui, après une soirée normale, arrosée quoi !, un mannequin l’attend dans son fauteuil, lui proposant un jeu. Il doit résoudre l’énigme suivante : Qu’est-ce que personne ne veut avoir mais que personne ne veut perdre ?

Le lendemain, Julie, sa copine fliquette vient le chercher : son chef Klugman demande à le voir. Au commissariat, il lui annonce qu’un cinglé menace de tuer le maire Ricardo Dante (juste avant sa ré-élection, vous vous rendez compte ?) et un juge à la retraite Lionel de Soto. Le maître-chanteur se nomme lui-même Mister Iceberg et exige que Stan Kurtz joue à son jeu pour sauver la vie des deux susnommés. La course commence.

Pour ceux qui ne connaissent pas Stan Kurtz, ses aventures sont mouvementées et pimentées d’humour bravache et frondeur, parfois sous la ceinture mais franchement drôle. Clairement, ses réparties, ses descriptions des personnages secondaires sont à se tordre de rire.

Par contre, le gros avantage, c’est que Stan Kurtz (ou Marc Falvo dans la vie civile) a le don de résumer ses précédentes aventures pour qu’on ne soit pas perdu, mais sans en dire trop ce qui donne envie de remonter dans le temps. Et franchement, je trouve cela très fort, car c’est un exercice difficile. Mais arrêtons de digresser : Je vous conseille d’investir 9 euros pour découvrir les aventures de cet infra-détective, qui entre quatre verres, trois cigarettes et deux parties de jambes en l’air, vous déridera … et sans forcer en plus !

Et pourquoi ne pas commencer par cette aventure là ? Marc Falvo nous refait un roman dont la trame est proche d’Une journée en enfer avec Bruce Willis. Dit comme ça, vous allez arrêter votre lecture. Vous auriez tort ! Le scénario a été peaufiné, les approximations gommées, et l’humour vient au bon moment. Cela donne un roman moins fourre-tout que le précédent, plus réaliste aussi, un peu moins drôle mais bigrement efficace. Et moi qui n’attendais qu’un roman divertissant, j’ai été happé par l’action et le stress.

Alors je ne dis qu’une chose : pour cet été, voire après, n’hésitez plus !

Par les rafales de Valentine Imhof

Editeur : Rouergue Noir

C’est indéniablement le billet de mon ami La Petite Souris qui m’a poussé vers ce roman. Quand il dit que ce roman fera partie de ses meilleures lectures de 2018, je ne peux qu’être attiré. Ce roman est incroyable à bien des égards.

4 novembre 2006, Nancy. Dans une chambre d’hôtel, ils sont nus. Elle s’appelle Alex, lui est soi-disant journaliste. Après une brève discussion dans un bar, ils finissent dans une chambre d’hôtel et jouent au jeu de la Vérité : celui qui ment enlève un vêtement. Quand elle ôte son T-shirt, il est ébahi par les innombrables runes tatouées sur son corps. Dans le lit, il veut qu’Alex serre sa cravate pour augmenter son plaisir. Alors elle serre, emplie de haine, comme pour oublier ce qu’elle a vécu dans cette petite cabane. Le cou du type craque, elle est soulagée, elle est sure qu’il était venu la buter.

4 novembre 2006, Metz. Anton entre dans le bar, demande après Alex au patron. Il lui annonce qu’elle est passée ce matin, s’est installée au fond, et a écrit son article sur le concert de Coco Robicheaux. Bien qu’il soit inquiet, il doit se faire une raison, Alex est libre de faire ce qu’elle veut, même si cela fait quelques semaines qu’ils vivent ensemble. Alex est comme sa chatte Pandora : elle disparait pendant un jour, une semaine, mais revient toujours en faisant les yeux doux. Et là, Anton ne peut résister.

4 novembre 2006, Nancy. Alex se réveille ou du moins émerge de son cauchemar couleur THC. Elle vient de tuer un homme, son troisième, lui a fracassé le visage. Elle s’habille à la hâte, descend les marches comme elle peut et attend le bus. Une bande de jeunes tentent de l’aborder, mais elle monte dans le bus en direction de la gare. Elle y débarque à 21H37, quatre minutes avant le dernier train pour Metz. Quand elle arrive, elle prend la direction du bar, se forge un regard de princesse et pousse la porte, qui souffle un air de libération pour Anton.

Pour un premier roman, Par les rafales porte bien son nom, tant il emporte tout sur son passage à la façon d’un ouragan. En prenant comme personnage central une jeune femme maltraitée et devenue paranoïaque, Valentine Imhof joue gros, au risque de lasser ses lecteurs tout au long de ses 280 pages. Et il n’en est rien. On a l’impression de lire de la grande prose, entre description de décors en perdition jusqu’aux situations stressantes, tout cela servi par une bande son de chaque instant flairant le bon, le tout bon dans tous les styles.

Tout tient dans le pari de l’auteure. Elle tente sa chance, joue son va-tout, et dévide son histoire avec passion, d’une façon tout à fait personnelle. Avec ses références culturelles, qu’elles littéraires, musicales, picturales ou cinématographiques, elle nous plonge dans son univers sans regarder en arrière. Et cette course poursuite à travers le temps, après le temps, à travers l’espace, après l’espace, s’avère un pari remarquablement réussi, tant l’écriture est addictive.

Ce roman sent la passion de partager, la rage d’écrire, la volonté de créer et Valentine Imhof nous offre là un sacré moment de roman noir, inimitable car tellement particulier et personnel, que l’on a beaucoup de mal à abandonner tant tout y est bluffant. On en vient même à regretter une fin de roman un peu trop rapide, car on aurait voulu prolonger le plaisir, qu’il ne se termine jamais.

Je pourrais citer beaucoup d’auteurs ayant essayé cet exercice de style, certains réussis, d’autres moins. Je préfère juste vous conseiller de vous jeter sur cet OVLNI (Objet Volant à Lire Non Identifié). Enorme, juste énorme ! Vous n’avez jamais lu un livre pareil !16

En plus de l’avis de la Petite Souris que j’ai inséré en début de billet, ne ratez pas les avis de Nyctalopes et Lectrice en Campagne, ainsi que l’excellente interview de mon ami le Concierge Masqué.