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Espace Bob Morane : Le cycle de l’Ombre Jaune 6

Le retour de l’Ombre Jaune d’Henri Vernes

Editeur : Marabout – 1961

J’ai lu beaucoup d’aventures de Bob Morane quand j’étais au collège, peut-être une centaine, et j’en ai gardé un souvenir extraordinaire. Il fallait bien que je me limite dans les centaines de romans publiés et donc j’ai choisi le cycle de l’Ombre Jaune tel qu’il est décrit dans Wikipedia, soit 23 romans.

Alors qu’il attend son ami Bill Ballantine dans un hôtel londonien, il a rendez-vous avec Lord Bardsley, le célèbre archéologue spécialiste de l’Orient antique. En effet, ce dernier revient d’une expédition au Thibet et a quelque chose d’important à lui montrer. Le téléphone sonne : Lord Badsley, affolé, lui demande de venir immédiatement car il s’estime menacé de mort.

N’écoutant que son courage, Bob Morane fonce vers la maison de l’archéologue. Quelle n’est pas sa surprise, au milieu du smog londonien, d’être bousculé par un homme ressemblant en tous points à Lord Bardsley. Il n’a pas le temps de s’attarder et se précipite chez son ami, qu’il découvre étendu mort, le cou brisé. Quand la police débarque avec Bill, Bob Morane apprend que de nombreux archéologues et historiens ont été retrouvés assassinés. Soudain, le cri des Dacoïts retentit. L’Ombre Jaune n’est pas loin.

D’un coté, on se retrouve avec un roman d’action, nous faisant courir d’un quartier de Londres à l’autre, passant par les égouts et les bas-fonds, de l’autre, l’ambiance de brouillard est omniprésente pèse sur le stress des protagonistes.

Cette aventure est intéressante par la façon dont elle est menée. On croit que Bob Morane est maitre de sa course-poursuite, alors qu’en réalité, il se fait mener par le bout du nez par l’infâme Ombre Jaune.

Il n’empêche que ce tome ressemble à un volume de transition, et l’on ressent la construction de l’intrigue autour de trois scènes principales. Entre celles-ci, on a tout de même l’impression qu’Henri Vernes fait du remplissage. Ce n’est donc pas la meilleure aventure de Bob Morane.

Dans le livre que j’ai lu, édité par Marabout Junior, on revient sur les robots à apparence humaine, les cyborgs en abordant le mythe du Golem de Prague.

De quoi enrichir sa culture en s’amusant !

Les romans chroniqués ici sur le duel entre Bob Morane et L’Ombre Jaune sont :

  1. La couronne de Golconde
  2. L’Ombre Jaune
  3. La revanche de l’Ombre Jaune
  4. Le châtiment de L’Ombre Jaune
  5. Le retour de l’Ombre Jaune

Tarmac blues de Gérard Carré

Editeur : Jigal

Auréolé d’articles élogieux des collègues blogueurs, je me suis lancé dans la lecture de ce polar avec envie, ayant besoin d’un polar costaud. J’ai été surpris par le rythme, la maitrise et la construction implacable. Bonne pioche !

Premier chapitre – Salomé : Chez son gynécologue, elle observe les deux formes qui se portent à merveille sur l’écran de l’échographie. Quand le docteur lui demande si elle a choisi les prénoms, elle lui répond naturellement Igor et Grichka. En sortant elle prend un taxi et appelle son mari, Léonard Delevigne, à la tête de la brigade des stupéfiants de Paris. Mais le chauffeur se trompe de route et Léonard assiste en direct à l’enlèvement de sa femme. Il a trente minutes pour leur donner le nom de la balance au sein du réseau Viking de Villiers sur Marne.

Deuxième chapitre – Léonard : Il se branche sur l’application lui permettant de tracer le portable de Salomé. Le signal le dirige vers un entrepôt dans lequel il pénètre rapidement. Il y découvre un taxi en train de brûler. Le corps à l’intérieur a été abattu d’une balle dans la tête et finit de se consumer. Léonard cherche alors sur son ordinateur de bord le réseau Viking, et tombe sur le nom de l’indic : Omar Faraoui. Le flic en contact avec Omar n’est autre que Milovan Milosevic, son presque frère.

Troisième chapitre – les deux orphelins : Léonard vit débarquer Milo dans sa classe de quatrième. Issu de la DDASS car abandonné à la naissance, Milo avait un caractère violent mais était beau comme un apollon. Ils firent connaissance lors d’un vol de la recette de la cantine où Léonard et ses parents innocentèrent Milo. Milo fut accepté dans la famille Delevigne, jusqu’à cet accident de voiture qui tua les deux parents. Léonard et Milo se retrouvèrent orphelins, frères pour la vie dans leur malheur.

Quatrième chapitre – Léonard : Quand Milo appelle Léonard, il lui propose de débarquer pour fêter les deux bébés à venir. Mais Léonard ne veut pas dire la vérité à son ami et frère, il invente une histoire où Salomé est partie se reposer chez ses parents. Car Léonard a pris sa décision : pour sauver sa femme et ses deux enfants à venir, il va trahir Milo et donner Omar aux ravisseurs.

Les chapitres ne dépassant que rarement les quatre pages, le résumé que je vous ai concocté donne une image de la construction du roman et de sa célérité. Nous allons rencontrer plus d’une dizaine de personnages, chacun ayant droit à un chapitre dédié et les scènes vont s’amonceler à une vitesse folle pour construire une intrigue passionnante. Il ne serait pas étonnant d’ailleurs d’imaginer cette histoire adaptée en film ou en série tant le découpage fait penser à un scénario … et quel scénario !

Car, outre les chapitres qui donnent un rythme élevé à la lecture, le style se veut direct et efficace, ne laissant que peu de temps au lecteur pour reprendre sa respiration. Soutenu par des dialogues qui sonnent tous justes (c’est assez rare pour être signalé), il est bien difficile de s’arrêter de tourner les pages tant on veut à tout prix savoir la suite pour connaitre enfin le fin mot de l’histoire.

L’air de rien, ce roman est un sacré pavé, car s’il affiche 365 pages au compteur, la fonte utilisée est petite et d’autres éditeurs auraient sortis ce livre en 500 pages. Mais que cela ne vous arrête pas, le scénario est en béton, et on n’y voit aucune fissure, les personnages sont passionnants et on se prend rapidement de d’affection pour eux, et contrairement à ce qu’on pourrait croire, les morts vont s’amonceler au fil de l’histoire.

Avec son style efficace, ses personnages attachants, son scenario de trafic de drogue alimentant les réseaux terroristes et sa forme qui apporte une célérité à l’ensemble et une célérité à sa lecture, ce roman se classe d’emblée parmi les excellentes lectures et s’avère un divertissement très haut de gamme. Avant de l’entamer, je vous conseille tout de même de vous munir de provisions et de reprendre votre souffle. Car une fois commencé, vous ne pourrez plus vous arrêter.

Pleine balle de James Holin

Editeur : Editions du Caïman

De cet auteur, j’aurais lu avec plaisir tous ses polars pour ses intrigues bien construites mais aussi pour son ton sarcastique. On rit beaucoup à la lecture de ses histoires pleines de créativité et c’est encore le cas ici.

Camerone, commissaire de la Police Judiciaire de Creil, se rend à une réunion du directeur de cabinet du préfet, qui s’appelle Pisse-Vinaigre. Perdre son temps dans des beaux bureaux l’énerve au plus haut point, surtout un vendredi soir, à quelques jours de Noël. Camerone leur annonce avoir arrêté la meurtrière qui a tué le docteur à coups de marteau. Puis la discussion dérive sur des plaintes sans intérêt, du shebagging (les femmes qui mettent leur sac sur une place vide dans les transports en commun) au mansplanning (les hommes qui coupent la parole aux femmes) en passant par le manspreading (les hommes qui s’assoient les jambes trop écartées). Hilarant !

En rentrant chez lui, il aperçoit une équipe de gendarmes afférés sur une voiture brûlée, une Clio, en pleine campagne picarde. Camerone s’arrête un peu plus loin et leur demande de vérifier la plaque d’immatriculation. La radio leur confirme une plaque volée. Camerone est persuadé qu’un casse se prépare, ce qui serait cohérent avec l’attaque au gaz récente de deux guichets de distribution de billets.

Camerone apprend qu’un casse d’une concession automobile BMW a eu lieu dans la nuit. Il est persuadé que la Clio a été utilisée à cette fin. Effectivement, les truands ont emprunté une X6. Après avoir pris des informations auprès d’un de ses indics manouche, il va embarquer son équipe dans une folle équipée à la poursuite de la BMW, conduite à n’en pas douter par son ennemi personnel, le Blond.

James Holin va prendre le temps de nous présenter son personnage principal, Camerone, kabyle d’origine, entouré d’une aura de héros, suite à des événements passés que tout le monde a monté en épingle. Camerone donne l’impression, dès les premières pages, de se battre contre tout le monde. Peut-être est-ce dû au fait qu’il a perdu sa main droite, qu’il a remplacé par une prothèse en résine noire ? Ou bien à sa stature imposante ? Ou à son attitude toujours rentre-dedans qui laisse envisager qu’il n’a peur de rien ?

Camerone est obsédé par le Blond, qu’il a rencontré par le passé, et qu’il n’a pas réussi à arrêter. Son flair lui indique que le Blond prépare des casses de distributeurs automatiques. En totale autonomie, Camerone emmène toute son équipe : Leïla avec qui il a une relation et qui a demandé sa mutation, Bernard, Martoche et Testo le jeunot de l’équipe. Nos cinq comparses vont se partager entre deux voitures et commencer la course poursuite à travers la Picardie.

Et là, c’est tout simplement génial ! James Holin profite de cet huis-clos pour détailler les psychologies des flics et leurs relations entre eux. C’est d’autant mieux fait que par moments, cela tourne au Vaudeville, et le ton sarcastique et foncièrement cynique emporte l’adhésion. Et les événements sont suffisamment bien construits pour faire évoluer les cinq flics et notre perception de la réalité, bien différente de ce que l’on aurait pu imaginer de prime abord.

Finalement, James Holin fait encore plus fort que Bullitt, vous savez, le film avec Steve McQueen qui comportait une course-poursuite en voiture de plus de vingt minutes. James Holin fait plus fort car son intrigue tient sur 260 pages, et jamais on ne ressent de lassitude. Au contraire, plus on avance dans le livre, plus on se passionne pour cette histoire, pour ces personnages et la fin, totalement logique, fait tomber le rideau de grande et belle façon.

Ne ratez pas les avis de l’Oncle Paul et Jeanne Desaubry

Des poches pleines de poches

Pour bien finir l’année, la dernière rubrique consacrée aux romans en format poche est exclusivement consacrée aux éditions Points, qui fêtaient cette année leur 50ème anniversaire.

A sang perdu de Rae DelBianco

Editeur : Seuil (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Théophile Sersiron

Wyatt Smith et Lucy sa sœur jumelle essaient du survivre en élevant leur troupeau de bœufs et de vaches. Ces quelques dizaines de bêtes leur permettent à peine de payer leur ferme, dont ils ont hérité à la mort de leur père. Sous le soleil implacable du désert de l’Utah, Wyatt subit des coups de feu par une jeune fille de 14 ans, qui a abattu quatre bœufs. Wyatt et Lucy l’enferment mais la jeune fille sauvage arrive à s’échapper. Wyatt se lance alors dans une course poursuite effrénée pour récupérer ses 4600 dollars.

J’aurais lu pas mal de premiers romans en cette année 2020, et bien peu auront capté mon intérêt. Ce roman-là n’est pas exempt de défauts mais il vaut le détour par la description d’une partie de l’Amérique dont on parle peu, l’Utah, son désert et ses champs immenses et interminables, peuplés de fermes isolées tous les 50 kilomètres. Dans ce cadre, dans ce décor, il n’est pas étonnant de rencontrer des hommes et des femmes dont le principal objectif se résume à la survie. Et tout justifie la légitime défense de ses biens.

Le roman, malgré son scénario qui tiendrait sur un post-it, nous présente des personnages violents, justifiant leur mode de vie par la défense de leurs terres. On se retrouve plongés dans un monde qui ressemble à celui de Mad Max, sauf que nous sommes dans la vraie vie. Que ce soient les hommes ou les femmes, c’est la loi du plus fort qui prime, et de celui ou de celle qui tire vite et bien.

C’est bien le style qui me permet de dire que ce roman vaut le détour. Rae DelBianco a le talent de nous faire ressentir une terre aride, désertique, sous un soleil de plomb écrasant. On suerait presque de grosses gouttes à la lecture de ce roman. Et malgré le fait que l’auteure ait opté pour un style très descriptif mais irrémédiablement froid, clinique, ce qui empêche une quelconque empathie ou identification envers les personnages, on assiste à des scènes violentes dont l’aspect visuel et cinématographique force le respect. Il sera intéressant de suivre cette auteure prometteuse.

Mauvais coûts de Jacky Schwartzmann

Editeur : Seuil (Grand Format) ; Points (Format Poche)

A 47 ans, célibataire sans enfants, Gaby Aspinall cache derrière sa démarche débonnaire une âme de tueur d’entreprise. Acheteur chez Arema, une entreprise d’électricité spécialisée dans le nucléaire, il exerce son métier sans pitié pour ses fournisseurs, leur grattant quelques pourcents qui vont amputer leur marge. Ce matin-là, il se rend chez Nitram pour négocier avec Gressot, le patron, trois pourcents supplémentaires. Il ne sait pas encore que cette visite va engendrer de gros changements dans sa vie.

Gaby assurant la narration, il nous présente le monde de l’entreprise moderne. Ayant roulé sa bosse, il fait preuve d’une lucidité qui fait qu’on se retrouve forcément par son style cynique et méchant. Car Gaby ne croit en rien, ne fait confiance en personne et remplit sa vie vide par l’humiliation de ses fournisseurs. Et dans ce genre-là, quand il s’agit de pointer les travers de notre société, Jacky Schwartzmann est le roi.

Ça flingue à tout va, dans tous les domaines. C’est méchant, autant pour le fonctionnement de l’entreprise, que pour les pompes funèbres ou les hôtels, les restaurants, les parents, les syndicats, les docteurs, la télévision ; bref, tous les domaines que nous rencontrons dans notre misérable vie vont en prendre pour leur grade, le but n’étant pas de dire que c’était mieux avant, mais de pointer l’infantilisation que nous subissons.

Alors oui, Jacky Schwartzmann y va fort, on éclate de rire parfois, on rit jaune tout le temps. Mais surtout on apprécie l’opinion de ce personnage gratuitement ignoble et détestable parce qu’il y a un fond de vérité et des exemples criants de justesse et de lucidité. Ce qui est sûr, c’est que ça ne plaira pas à tout le monde. Mais par moments, ça fait bigrement du bien d’être bousculer dans nos petites certitudes inutiles. J’aime.

L’aigle des tourbières de Gérard Coquet

Editeur : Jigal

Je suis passé au travers de Connemara Black, son précédent roman, alors la lecture de ce roman fait office de session de rattrapage. Je vous propose de partir à la découverte d’un nouvel auteur : Gérard Coquet.

L’action débute en 1981, en Albanie. La dictature d’Enver Hoxha est en bout de course. Les prétendants à la prise du pouvoir sont nombreux. Il n’empêche que ce dictateur, au pouvoir depuis la fin de la deuxième guerre mondiale fait des envieux. Susan Guivarch, membre du PCOF, débarque là-bas pour faire une interview du chef suprême, accompagnée de son fils Robert, dit Bobby.

Cela fait un an qu’elle attend son entrevue : on lui explique qu’elle doit s’imprégner de la culture albanaise. Elle obtient enfin un rendez-vous avec le ministre Carçani. Il lui annonce que le Numéro 2 du régime vient de se suicider et que dorénavant, c’est lui qui lui servira d’intermédiaire. Mais le guide et amant de Susan, Bessian Barjami, sait que l’on ne se suicide pas d’une balle dans le dos. Ils doivent fuir l’Albanie au plus vite, aidés par un contrebandier Zlatko.

Irlande, 2015. Ciara McMurphy est convoquée dans le bureau de son chef. Elle pense qu’elle va se faire renvoyer, mais elle est accueillie par des représentants du MI6 et d’Interpol. On lui demande de mettre la main sur un terroriste international, Bobby le Fou, dit Bobby McGrath, dit Robert Guivarch. La première piste est un corps retrouvé dans une tourbière, sans mains, et broyée par une pelleteuse. Ce n’est que le début d’une macabre série.

Ce roman est surprenant dans sa forme, puisque divisé en deux parties. D’aucuns auraient fait des allers-retours entre le passé et le présent. Gérard Coquet préfère placer sa première partie de 90 pages en Albanie avant d’installer l’intrigue de son polar en 2015. Et autant dans la première partie, on a plusieurs personnages à suivre (Susan, Bobby, les militaires du gouvernement), autant la deuxième partie se concentre sur Ciara.

Et les deux parties sont déroulées selon deux modes de narration différentes : une course poursuite tout d’abord en Albanie, puis une enquête sous couvert de complot, d’espionnage en Irlande. Cela peut donner l’impression d’avoir deux livres pour le prix d’un, ce qui est le cas. Ce qui est sûr, c’est que Gérard Coquet réussit le pari de nous plonger dans deux espaces temps différents, deux lieux géographiques différents et deux genres différents avec à chaque fois la même facilité. Car dans les deux cas, on retrouve la même sécheresse de ton avec un style rêche, âpre.

On ne peut s’empêcher de comparer aussi les ambiances des deux parties : l’air est étouffant, l’ambiance est menaçante, la loi du Kanun albanais (œil pour œil, dent pour dent) fait qu’on ne peut se fier à personne ; en Irlande, le climat est humide et froid, le rythme de la narration y est plus élevé, mais le mystère entourant cette enquête est pesant. On a la sensation que l’on ne nous dit pas tout, qu’on se fait manipuler pendant que le nombre de cadavres augmente sérieusement.

Tout ceci donne un roman au style indéniablement irlandais, et un polar costaud, réussi dans la forme, même si j’ai plus apprécié la deuxième partie, parce que j’ai pu me reposer sur un personnage central fort. C’est un polar qui insiste sur les lois ancestrales implicites, dures, violents et sanglantes, que nous, européens ne pouvons que difficilement appréhender. Et c’est un excellent sujet pour un polar, empli de trahisons, de vengeances et de sang. Après cette lecture, je sais qu’il ne me reste qu’une chose à faire : lire Connemara Black pour retrouver Ciara dans sa première enquête.

Ne ratez pas les avis de Psycho-Pat et de mon ami Jean le Belge

La mort selon Turner de Tim Willocks

Editeur : Sonatine

Traducteur : Benjamin Legrand

Tim Willocks délaisse son cycle qui se déroule au Moyen Age (Ne ratez pas La Religion !) pour nous offrir un polar pur et dur, dont l’action se situe en Afrique du Sud. Et comme on pouvait s’y attendre, ce roman est d’une violence inouïe et d’une originalité dans sa façon de mener l’intrigue.

Ils sont six, six jeunes gars qui sont venus s’amuser au Cap, en Afrique du Sud. Ils sont venus passer leur soirée à boire, jusqu’à en oublier leur nom. Jason, Mark, Chris, Hennie, Simon et Dirk sortent du bar, pleins comme des barriques de l’alcool local. En sortant, Dirk tient à prendre le volant. Il tourne la clé de la voiture et cale. Il réessaie et ne s’aperçoit pas que la marche arrière est enclenchée. Le gros 4×4 entre dans un container de poubelles. Mais entre la voiture et le container, il y avait une pauvre fille, noire, affamée, qui voulait récupérer le Hamburger qu’ils avaient jeté. Quasiment coupée en deux, elle va agoniser sous le regard rigolard des jeunes.

Turner est un flic noir de la brigade criminelle. Il déteste la police car il a vu sa sœur tuée par des policiers mais il croit fermement en la justice. Et quand on lui donne un os à manger, il ne lâche rien. Écœuré par ce crime, il va se lancer dans cette course poursuite, et le téléphone portable qu’il retrouve près du corps va l’aider à identifier les coupables. C’est utile, les selfies ! Sur une des photos, il découvre le visage de Dirk Le Roux, le fils de Margot Le Roux, l’impitoyable reine du manganèse. Tout le monde la respecte pour avoir sauvé cette région de la misère et sa fortune est gigantesque. Mais rien ne peut arrêter la marche de la justice, la croisade que Turner va entamer, envers et contre tous.

Il ne faut pas s’attendre à un roman de gamins avec Tim Willocks. Cet auteur écrit avec une machette entre les dents, il coupe, tranche, dans de grands gestes … et peu importent les tâches de sang qui pourraient maculer les pages de ce livre. Si le début du roman sert à présenter les forces en présence, la suite va inexorablement faire monter la tension, vers un duel en forme d’apocalypse. C’est typiquement le genre de roman où on a les mains qui se crispent, s’accrochent aux pages, qui s’agrippent à en faire mal.

Il ne faut pas croire que Turner va occuper le centre du livre à lui tout seul. Tim Willocks construit son roman en nous balançant d’une scène à l’autre, sans relation apparente si ce n’est celle de construire une intrigue que l’on pourrait comparer à des montagnes russes. L’auteur veut nous secouer et il va nous secouer très fort. Et Tim Willocks ne se refuse rien, se moque des règles, des codes pour nous offrir une fresque sanglante où la valeur des vies humaines frise le zéro absolu.

Ce roman ultra violent, ultra prenant, ultra stressant n’est pas dénué de message, et nous fait entrer dans cette croisade de fou, à travers le personnage de Turner. Nul n’est au dessus des lois pour lui, même si la pauvre jeune fille était atteinte du sida et devait mourir trois mois plus tard. Il y a eu faute, il y a eu meurtre et le coupable doit payer. C’est une lutte de l’argent contre la justice, du pouvoir contre la loi. Et ce roman est déroulé comme un western, un duel à distance avant de se terminer par une scène finale explosive, dure, énorme de démesure, gigantesque comme une bataille perdue d’avance où on jette ses dernières forces. Attention aux âmes sensibles ! Ce roman va vous remuer, vous dégoutter mais la morale humaniste est une notion tangible, réelle et crue pour Turner. Impressionnant !

Ne ratez pas l’avis de Mr.K

Evasion de Benjamin Whitmer

Editeur : Gallmesiter

Traducteur : Jacques Mailhos

Troisième roman de Benjamin Whitmer, troisième lecture pour moi. J’avais adoré Pike, un peu moins Cry father, que j’avais trouvé moins fort, moins recroquevillé. Pour autant, je ne peux m’empêcher de me plonger dans son dernier roman en date.

A la veille de la nouvelle année, 12 prisonniers s’échappent de la prison de Old Lonesome, perdue au fin fond du Colorado. Alors qu’un blizzard va bientôt s’abattre sur la région, ils se séparent, prenant chacun une direction différente. Parmi eux, Mopar décide de prendre tout le monde par surprise, et évite de se diriger vers Denver ou le Mexique. Il décide de se faire oublier quelques jours, avant de rejoindre Molly, qui n’est jamais venue le voir en prison..

Cyprus Jugg le directeur de la prison prend les choses en main et envoie ses hommes à la recherche des évadés. Homme de peu de pitié, il n’espère qu’une chose : que chaque prisonnier reviendra les pieds devant. Car il a deux buts dans la vie : rassurer les habitants de la ville et garder une Jim est gardien de prison ; s’il retrouve les prisonniers, il aura peut-être une chance de devenir chef d’équipe.

Dayton, surnommée la Hors-la-loi est revendeuse de drogue. Elle va tout faire pour retrouver son cousin, Mopar Horn. En tant que témoins de toute cette affaire, Stanley et Garret sont les deux journalistes qui vont suivre cette traque. Ils s’aperçoivent qu’ils vont surtout être là pour éviter qu’il y ait un massacre. Tout ce petit monde va converger en un seul endroit pour un final explosif.

Comme les deux précédents romans de Benjamin Whitmer, nous sommes au fin fond des Etats-Unis, parmi ceux qui ont regardé passer la réussite de la grosse machine économique, sans aucun espoir de la rattraper un jour. Tous les personnages ont tous une raison de vivre mais pas d’objectif ni d’espoir. On est donc en plein dans la pure tradition du roman noir, qui nous présente une course poursuite en vase clos : en effet, comme chez David Joy, les personnages semblent enfermés dans leur région, tournant en rond, sans jamais pouvoir s’échapper de leur enfer.

Sous la forme d’un roman choral, offrant un chapitre par personnage principal, Benjamin Whitmer va nous faire suivre cette course de l’intérieur dans un paysage d’apocalypse. Cela nous donne droit à des scènes spectaculaires, même si la plupart du roman tourne autour de scènes intimistes basées sur des dialogues, souvent brillants. On y trouve peu d’humour mais un réel talent dans la construction de psychologies fortes, avec toujours cette philosophie simple : tant qu’on a une raison de se battre, il faut rester vivant.

Si l’intrigue est simple, si certaines scènes sont époustouflantes, si la fin est phénoménale, il n’en reste pas moins que, à certains moments, je n’ai pas été intéressé par ce qui se passait. Jim le traqueur et Mopar tiennent pour moi le devant de la scène et font de l’ombre à Jugg et Dayton. C’est donc un roman que j’ai apprécié en dents de scie, que j’aurais aimé plus resserré, plus rapide, plus direct.

 

Cross de Marc S.Masse

Editeur : Flamant Noir

Le petit dernier des éditions Flamant Noir a tout pour surprendre : une superbe couverture d’un homme qui court sans objectif et un sujet étonnant : un homme s’engage dans une course de l’extrême, le Grand Cross pour trouver un homme et le tuer. Inutile de vous dire que le sujet est casse-gueule. Eh bien, c’est un pari grandement réussi !

Le roman s’ouvre sur un jeune homme qui vient d’avoir son permis de conduire. Il a le droit et l’autorisation d’utiliser le coupé BMW de son père. Pour l’occasion, il roule doucement, prudemment sur la petite départementale. En face, il y a un camion, qui n’aurait pas du rouler en ce dimanche. Derrière le camion, la Mercedes Classe S roule à 180, voire 200 km/h. Quand la Mercedes veut doubler, elle ne ralentit pas, et le jeune homme, voyant une voiture face à lui, fait tout pour l’éviter mais finit par s’encastrer dans un platane. La Mercedes ne s’arrête pas et le jeune homme meurt sur le coup.

Eric Milan a tout raté dans sa vie. Policier, il a démissionné à la suite d’une bavure ou supposée comme, puisqu’il a descendu un jeune homme armé d’un couteau. Devenu détective privé, il vit d’affaires conjugales et de recherches d’animaux domestiques disparus. Et sa femme n’en peut plus et s’apprête à demander le divorce. Mais le client qui débarque dans son bureau pourrait changer sa vie.

Très élégant, il dit s’appeler M. Martin. Il s’est renseigné sur Milan, sait qu’il fut adepte de courses de fond. M. Martin veut retrouver l’assassin de son fils. Or, à coté de l’accident, il y avait une course extrême. M. Martin veut que Milan s’engage dans le Grand Cross, une course de 8 jours où il faut courir entre 60 et 80 km. M. Martin paiera les 9 mois d’entrainement intensif nécessaires. Le seul signalement qu’il a à lui donner est que l’homme était chauve avec une balafre sur la joue gauche. Mais il ne veut pas seulement le retrouver, il veut que Milan le tue. Pour 300 000€, Milan peut-il résister ?

Avec une quatrième de couverture comme cela, on se dit que le sujet est certes original, mais qu’il est surtout casse-gueule. Comment passionner le lecteur sur 265 pages avec des hommes qui courent au-delà de leurs forces ? Comment créer un personnage apte à être cohérent dans cette histoire, pour qu’on y croie ? Comment tenir en haleine le lecteur alors qu’il parcourt chaque kilomètre en souffrant ? Comment faire tenir une intrigue et l’amener à se dévoiler petit à petit pour un final évidemment surprenant ?

Eh bien, Marc S. Masse s’en sort avec les honneurs et même avec une palme ; celle d’avoir su relever tous ces challenges sans jamais en délaisser un. Le personnage tout d’abord, s’il parait attirer sur lui toutes les poisses de l’existence, reste suffisamment simple pour qu’on accepte de le suivre. Le sujet, ensuite, intrigue dès le début, et on accepte de jouer le jeu. Le rythme ensuite est soutenu malgré la monotonie de la course, et l’auteur parsème de ci de là des rebondissements qui maintienne l’attention, et qui créé une tension dans le récit. La course, elle, est remarquablement bien rendue, et l’auteur se permet même de passer en revue les kilomètres comme un best-of de la course du jour. Et le final est surprenant à souhait, un pur plaisir.

Je tiens à ajouter que l’auteur a su donner suffisamment de détails dans la préparation et dans le déroulement de la course pour être crédible. Et comme on a accepté de jouer le jeu dès le départ, on va aller jusqu’au bout, passer la ligne d’arrivée épuisé. Et donc, je décerne officiellement la palme 2018 du roman le plus original de l’année à Marc S. Masse pour son roman Cross. Car c’est un très bon moment de détente. Chapeau et merci !

Tout corps plongé … de Lionel Fintoni

Editeur : Editions de l’Aube

Il semblerait que Lionel Fintoni ait choisi de prendre pour ses titres de livres des citations, ou du moins des phrases qui y ressemblent fort. Après Il ne faut jamais faire le mal à demi, son premier roman, voici Tout corps plongé … extrait d’une citation d’Archimède, le célèbre auteur du principe du même nom, celui grâce à qui nous bénéficions des bouées l’été à la mer.

Maxime Vial travaille dans une société de sécurité Med Data Consulting. Cette société est chargée de gérer la confidentialité de données que les gens comme vous et moi n’avons pas le droit de consulter. Maxime doit faire une présentation dans un congrès, et comme il est toujours en retard, il copie sa présentation sur une clé USB et fonce au Palais des Congrès. Il explique au régisseur quel fichier il doit prendre et assure sa prestation. Lors du cocktail qui suit, il rencontre une jeune femme, Clara, avec qui il va passer la nuit. Quand il se réveille, Clara a disparu avec sa clé USB et son ordinateur.

Chez MDC, Serge Lasseube, responsable de la cybersécurité, reçoit un message sur son téléphone portable. Quelqu’un a eu accès à un fichier ultra sensible présent sur la clé USB. Il appelle de suite le PDG Vincent Deluise pour cette affaire urgente.

La chef de section de la police judiciaire Marie-Ange Jeopardi est en train de relire les dossiers qui ornent son bureau. Ce matin, elle doit recevoir deux nouveaux : Alain Dormeuil et Maurice Bassague. Selon leur dossier, ce sont deux policiers compétents qui ont du mal à respecter les règles. Elle n’accepte pas la moindre entorse au règlement et va leur signifier, dans une entrevue musclée.

Au même moment, on leur signale le corps d’une jeune femme assassinée, dont on a retrouvé le corps dans un bras de la Marne. Le corps a été vidé ailleurs de son sang, et attaché à des branches dans une mise en scène littéraire : cela rappelle en effet Hamlet de Shakespeare et la mort d’Ophélie. Quand ils font quelques recherches, d’autres meurtres ont eu lieu avec des mises en scène en lien avec de l’eau.

Autant on aurait pu trouver le début de son premier roman un peu lent, et c’est ce que je pensais, autant on ne peut pas dire ça de ce roman-ci. Le bref résumé que je viens de vous concocter couvre à peine les 40 premières pages. Et je ne peux qu’être d’accord avec la phrase de l’éditeur en quatrième de couverture : “Ce polar, mené sur un rythme d’enfer, ne nous laisse aucun répit, pour notre plus grand plaisir.”

Ce roman, qui n’est que le deuxième de l’auteur, confirme qu’il aime les intrigues multiples et manipuler de nombreux personnages. Ici encore, nous allons suivre plusieurs personnages, qu’ils fassent partie de MDC, de la police ou même de petits truands receleurs, sans oublier bien entendu le Tueur de l’eau. Lionel Fintoni confirme son talent pour les rendre suffisamment marquants et ne pas nous perdre en chemin.

Enfin, et surtout, il y a ces chapitres courts, ces scènes qui s’enchaînent avec une célérité et une créativité qui font envie. Car, je vous le dis, une fois commencé, il est difficile d’arrêter sa lecture. Alors, Lionel Fintoni nous met en garde contre les hackers, capables de faire absolument tout ce qu’ils veulent avec nos ordinateurs. Mais c’est un sujet qui passe, en ce qui me concerne, bien en dessous de la qualité de l’intrigue et de la façon dont elle se déroule.

D’ailleurs, j’ai trouvé bien peu d’avis sur Internet à propos de ce roman, et c’est une réelle injustice, car c’est un excellent divertissement. Je vous le dis : Il y a beaucoup de jeunes talents en France, et Lionel Fintoni vient d’inscrire son nom parmi les jeunes auteurs dont il faut suivre les prochaines publications. Trop fort !

Mister Iceberg de Marc Falvo

Editeur : Fleur Sauvage

C’est le deuxième roman que je lis de Marc Falvo, mettant en scène son Infra-Détective Stan Kurtz, après Nouvelle donne. Marc Falvo fait dans le roman populaire divertissant et drôle, avec de l’action dedans. Du bon divertissement en somme, voire plus que cela avec ce volume.

Stan Kurtz notre infra-détective commence ce volume en plein tournage. Non, il ne s’est pas lancé dans le cinéma, mais dans un reportage télé, présenté par la vedette du moment Raphaël Justice. Stan Kurtz doit y jouer un enquêteur de l’extrême qui enquête sur des phénomènes paranormaux. L’émission étant en direct, et le présentateur finissant par énerver Stan Kurtz, cela se termine par un bourre-pif, en gros plan sur nos écrans. Et cela n’est que justice ! (Désolé, il fallait que je la fasse !)

Résultat : Stan Kurtz se retrouve noyé sous des appels téléphoniques de personnes se croyant des proies de fantômes et appareils ménagers hostiles. En rentrant chez lui, après une soirée normale, arrosée quoi !, un mannequin l’attend dans son fauteuil, lui proposant un jeu. Il doit résoudre l’énigme suivante : Qu’est-ce que personne ne veut avoir mais que personne ne veut perdre ?

Le lendemain, Julie, sa copine fliquette vient le chercher : son chef Klugman demande à le voir. Au commissariat, il lui annonce qu’un cinglé menace de tuer le maire Ricardo Dante (juste avant sa ré-élection, vous vous rendez compte ?) et un juge à la retraite Lionel de Soto. Le maître-chanteur se nomme lui-même Mister Iceberg et exige que Stan Kurtz joue à son jeu pour sauver la vie des deux susnommés. La course commence.

Pour ceux qui ne connaissent pas Stan Kurtz, ses aventures sont mouvementées et pimentées d’humour bravache et frondeur, parfois sous la ceinture mais franchement drôle. Clairement, ses réparties, ses descriptions des personnages secondaires sont à se tordre de rire.

Par contre, le gros avantage, c’est que Stan Kurtz (ou Marc Falvo dans la vie civile) a le don de résumer ses précédentes aventures pour qu’on ne soit pas perdu, mais sans en dire trop ce qui donne envie de remonter dans le temps. Et franchement, je trouve cela très fort, car c’est un exercice difficile. Mais arrêtons de digresser : Je vous conseille d’investir 9 euros pour découvrir les aventures de cet infra-détective, qui entre quatre verres, trois cigarettes et deux parties de jambes en l’air, vous déridera … et sans forcer en plus !

Et pourquoi ne pas commencer par cette aventure là ? Marc Falvo nous refait un roman dont la trame est proche d’Une journée en enfer avec Bruce Willis. Dit comme ça, vous allez arrêter votre lecture. Vous auriez tort ! Le scénario a été peaufiné, les approximations gommées, et l’humour vient au bon moment. Cela donne un roman moins fourre-tout que le précédent, plus réaliste aussi, un peu moins drôle mais bigrement efficace. Et moi qui n’attendais qu’un roman divertissant, j’ai été happé par l’action et le stress.

Alors je ne dis qu’une chose : pour cet été, voire après, n’hésitez plus !