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Cavale pour Leïa de Marius Faber

Editeur : Toucan

Ce roman est une magnifique surprise. Il ne fait nul doute qu’il mérite un grand succès, et je suis sur, ou du moins, j’espère qu’il vous accompagnera sur les plages ensoleillées cet été, car vous tiendrez là un pur roman d’action. De l’action pure du début à la fin de ce roman qui comporte tout de même 520 pages.

Pierre Sic est un ancien militaire, ayant fait partie du Régime d’Infanterie de la Marine (RIMA, pour les ignares). D’un instinct bagarreur, à l’aise dans l’action, à la recherche d’émotions fortes, Pierre se laisse souvent emporter trop facilement par ses émotions. A la sortie de l’armée, il s’est reconverti en photographe de mode. C’est là qu’il a rencontré Annaleïa, l’Amour de sa vie.

Un an auparavant, ils finissaient des prises de vue à Saint Martin, et dégustaient un excellent repas avant de rejoindre la métropole pour se marier. Après une dispute idiote, Leïa sort du restaurant en colère. Pierre la rattrape en voiture, cherche à lui faire entendre raison, mais elle refuse toute concession. Quand il se gare un peu plus loin, et qu’il revient sur ses pas, à pied, elle a disparu. Cela fait un an qu’il déprime.

Ce matin là, son impresario, Gaston, aussi propriétaire de l’agence de mannequins Fashion Victim l’appelle. Il lui annonce qu’une autre de ses mannequins Lisa vient de disparaitre à Saint Martin. Comme il connait son passé de militaire, il lui demande un service : aller enquêter sur place. Peu intéressé de remuer un passé douloureux, Pierre lui promet tout de même de passer le soir même chez lui. Quand il arrive sur place, il y trouve deux corps, Gaston et Christelle son bras droit, et panique : il ferait un coupable idéal. Harcelé par Dallemagne, capitaine de police, son sang ne fait qu’un tour et s’embarque pour Saint Martin. Le marathon peut commencer …

Si mon résumé peut vous paraitre linéaire, sachez qu’il n’en est rien dans le roman. Les faits liés au passé de Pierre sont distillés au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue de façon très intelligente, très professionnelle, très maitrisée. Et c’est bien cela qui est remarquable dans ce roman : cette impression de facilité que l’on a tout au long de la lecture de ce beau pavé.

Ne vous y méprenez pas ! Si j’ai dit pavé, ce n’est en rien péjoratif. Du début à la fin, j’ai couru, j’ai couru, j’ai couru … à en perdre haleine. Car vous allez vous trouver avec un roman d’action, dans la plus pure tradition du genre, un vrai polar de divertissement très haut de gamme. En fait, Pierre Sic va nous emmener dans sa folie, son besoin d’action, à un rythme effréné du début à la fin. Vous avez bien entendu, le rythme ne va jamais baisser, les scènes vont se suivre, dans un déroulement parfaitement logique, et le lecteur que je suis, s’est laissé prendre, et a avalé ce roman en à peine trois jours. Ce premier roman est tout simplement incroyable.

Dans le roman, on y trouve tout de même deux parties, chacune liée à la motivation de Pierre Sic. La première est le besoin viscéral d’action pour partir à la recherche de la top-modèle disparue, Lisa. La deuxième est l’espoir de retrouver Leïa vivante. Tout cela pour vous prouver que, même si on est dans un excellent film, pardon, livre d’action, il n’est pas exempt de psychologie. De même, le style est très humoristique, plein d’autodérision, et tout cela ajoute au plaisir de la lecture.

Je vais vous dire : cela faisait un bout de temps que je n’avais pas lu un roman d’action aussi ébouriffant, aussi époustouflant, aussi épuisant. Cela faisait même une éternité qu’à la fin d’une lecture, je n’étais pas sorti avec un grand sourire, à la fois content du dénouement, mais aussi heureux d’avoir parcouru ce marathon, comme soulagé de l’issue proposée par l’auteur. Cela faisait longtemps que je n’avais pas fini un roman aussi fatigué, au sens propre comme au figuré. Bref, allez-y les yeux fermés, ce premier roman est une véritable bombe.

Je ne peux que vous conseiller l’avis de l’ami David qui a lui aussi adoré.

La rose oubliée d’Alexandre Geoffroy

Editeur : Ex-Aequo

A la lecture de ce deuxième roman d’Alexandre Geoffroy, jeune auteur ayant obtenu le Balai de la découverte pour Les Roses volées, on pourrait croire qu’il a une obsession pour les enlèvements d’enfants, ou bien qu’il a conçu ses romans comme un diptyque. Je pencherai pour la deuxième hypothèse pour deux raisons : Lors de la cérémonie de remise des Balais, il m’avait confié écrire une suite aux Roses volées, qui n’en était pas tout à fait une. Ensuite, ce roman est effectivement la suite de la précédente intrigue, vu cette fois par le tortionnaire que l’on à peine entrevu dans le premier roman.

Issu d’une famille riche dont le père fut un des pionnier de l’aéronautique française, Jean-François Latour, la bonne soixantaine, a bien profité de la fortune familiale et laissé libre cours à ses penchants les plus vils. A tel point que dans une de ses propriétés des Landes, il a arrangé ses caves en prison pour de petites filles qu’il vendait à ses amis. Mais son avenir devient incertain quand son fils Marc, pédophile lui aussi, se fait arrêter par la police. Par pur instinct de survie, il se maquille et abat son fils à l’entrée du tribunal avant de fuir.

C’est pour lui le moment de disparaitre. Il prend la route en direction de la Suisse, prend rendez vous avec une de ses connaissances qui planque son argent dans plusieurs banques situées dans des paradis fiscaux, et se rend dans la clinique de chirurgie plastique de Helmut Hansen pour se faire arranger le portrait. A son réveil, l’anesthésie lui a fait perdre la mémoire et par la même occasion ses penchants maléfiques.

Après quelques jours de repos, Latour décide de partir quand Hansen lui rappelle ses agissements, dont il a bien profité d’ailleurs. Dégoutté par lui-même, il décide de réparer ses méfaits avec l’argent dont il dispose. C’est alors qu’une jeune femme le kidnappe et le menace de mort. Elle s’appelle Mélanie et a été enlevée sur une plage vingt ans auparavant. Depuis ce jour, elle ne cherche qu’à assouvir sa vengeance contre ceux qui l’ont violée. Seul Latour peut lui permettre de mener sa mission à bien.

Voilà un début de roman passionnant par son idée de départ, qui reprend la même thématique que le précédent, et c’est pourquoi je vous conseille de lire le premier. De la même façon, avec ce sujet difficile de la vengeance à tout prix, Alexandre Geoffroy évite les écueils en ne prenant pas parti, mais en déroulant son intrigue sans pathos ni surplus de sentimentalisme … et surtout sans voyeurisme facile.

D’ailleurs, c’est bien la facilité à dérouler un scenario de course poursuite qui m’impressionne. Car les scènes vont se suivre avec une certaine vitesse et on a bien hâte de savoir ce qui va arriver. L’écriture simple mais par ailleurs efficace nous y aide bien. Le petit plus réside dans l’alternance entre les chapitres à la première personne, narrés par Latour et ceux à la troisième personne qui parlent du couple … étrange. Le procédé n’est pas nouveau, mais il est bien fait, surtout qu’entendre un véritable salaud narrer ses aventures alors qu’il est devenu un agneau innocent est une expérience bizarre. Pour autant, on ne va jamais le plaindre …

Du coup, l’emploi du présent se justifie dans l’histoire, ce que je n’aime pas trop, je vous le rappelle (mais on ne se refait pas). Là où je m’interroge, c’est sur la façon dont est écrite la fin. En effet, l’auteur introduit quelques chapitres écrits à la première personne par Mélanie et je trouve que cela n’apporte rien à la narration. De plus, les derniers chapitres passent au passé (et non au présent) et à nouveau je m’interroge.

Ceci dit, j’ai lu ce roman en à peine deux jours, car c’est réellement passionnant, et les petites réserves dont j’ai parlé, voulues ou non, n’ont pas gêné loin de là mon plaisir de lecture. En tous cas, je ne peux que vous encourager à découvrir cet auteur qui a, j’en suis sur, beaucoup d’intrigues à suspense à partager.

Ne ratez pas l’interview de l’auteur par le concierge masqué

Les rapaces de Thierry Brun

Éditeur : Le Passage éditions

Avec seulement 3 romans au compteur, Thierry Brun a su créer son propre style, en inventant à chaque de nouvelles histoires, de nouveaux personnages. C’est toujours avec un énorme plaisir que je découvre ses nouvelles créations.

Alexandra Blaque est originaire des cités de Vitry. Elle a du faire face à la violence de son environnement pour s’en sortir, et a commencé à vivre du trafic de drogue très tôt vers l’âge de 16 ans. Petit à petit, au fur et à mesure que les opportunités se présentaient, elle a monté les échelons. Elle a accepté des missions de plus en plus importantes, de plus en plus dangereuses.

Puis elle est devenue indispensable, le bras droit du caïd local. Avec son garde du corps, Nicolas, elle a mis en place la production de la drogue, au Pérou. Intransigeante sur la qualité, elle a créé cela comme si elle montait une entreprise. Jusqu’à ce que le gang concurrent arrive à la faire tomber lors d’un rendez-vous à Toronto. Son arrestation a fait les gros titres des journaux.

Extradée en France, elle a bénéficié d’une remise de peine. Elle a donné des informations mais elle a gardé l’essentiel. Elle ne cherche qu’une chose : retrouver Nicolas, essayer de bâtir une vie, sa vie. Mais beaucoup de gens veulent sa peau, entre trafiquants de drogue et flics. C’est l’entrée en scène d’une journaliste un peu casse-cou qui va déclencher un séisme dont bien peu en sortiront indemne.

Lire un roman de Thierry Brun, c’est forcément rencontrer et côtoyer des personnages forts. Décider de choisir une femme, intransigeante, implacable, n’est pas un hasard à mon avis. Car Alexandra n’a rien de féminin dans son approche, dans son attitude. Nous sommes dans un environnement qui n’a rien d’humain, un environnement d’animaux, où il est plus question de lutte pour la survie, de gagner du terrain, le terrain du concurrent que d’humanité.

Endurcie par son enfance, insouciante quand il s’agit de relever des défis, Alexandra va monter dans la hiérarchie du mal. Et pour autant, alors qu’on aurait aimé voir cette partie plus développée, ce n’est pas le sujet principal du roman. Il s’agit de voir la lutte des clans, et une jeune personne, devenue femme en prison, qui aspire à de la tranquillité. Il y est question de vie, d’amour, d’espoir, de loyauté, de trahisons, de morts.

C’est un roman qui ne vous dira pas tout, et c’est la marque de fabrique de cet auteur : Son style direct et efficace ne vous en dit que le principal ; l’auteur laisse l’imagination du lecteur faire le reste, voir les plaines arides du Pérou, les décors des bars de luxe lors des négociations, les gouttes de sueur, de peur, sur les fronts quand on entend une branche se casser dans la forêt environnante. L’auteur nous brosse un trait, et c’est à nous d’imaginer ce qui va autour. Alors, ça va vite, c’est fort, sans sentiment parce que ce monde là est à cette image. Et c’est probablement cela que je retiendrai de ce roman : Dans un monde d’animal, il est vain de vouloir redevenir humain.

Je vous appelle mes avis sur Surhumain et Ligne de tir.

Chrysalide de Jean-Marc Demetz

Editeur : Abysses éditions

Je vous propose un roman d’une toute nouvelle maison d’éditions, écrit par un auteur qui n’est pas un amateur, puisque c’est son cinquième roman, après avoir écrit entre autres pour les éditions Krakoen.

Anouk Fuhrman est planquée, sur les berges de la Deûle. Depuis le temps qu’elle traque ce monstre, elle va enfin mettre la main dessus. Jeune capitaine de police, elle a l’assurance et l’insouciance de sa jeunesse. Elle voit Boily, le monstre, celui qui a tué plusieurs jeunes filles. Elle appelle celui qui l’a aidée, Leo Matis, ancien policier qui a démissionné. Il avait raison ! Soudain, trois hommes débarquent, tirent sur Anouk et kidnappent Boily.

Leo Matis fait au plus vite, mais il arrive trop tard. La voiture dans laquelle Anouk planquait est pleine de sang. Il a lancé Anouk sur la piste de Boily parce qu’il a fait des analyses dans son laboratoire personnel et trouvé des traces sur les cordes qui ont servi à attacher les jeunes filles. Il est tout à fait invraisemblable que l’on ait kidnappé un tueur en série ! En rentrant chez lui, Matis est agressé et tous ses dossiers sur Boily volés.

Boily se réveille dans une cellule. Dans le noir. Rien à manger. Rien à boire. De temps en temps, une trappe s’ouvre pour lui lancer quelques miettes. Après plusieurs jours de ce régime, c’est la torture. Mais que veut-on lui faire ? ou lui faire faire ? et qui l’a kidnappé ? Dans quel but ?

Ce roman, comme je viens de le dire, est divisé en deux.

D’une part l’enquête officieuse de Matis, écrite à la troisième personne du singulier. C’est un personnage fort de cette intrigue, un vieux de la vieille qui va être soutenu par le procureur Dudzinski, et qui va essayer de réparer son erreur d’avoir laissé Anouk y aller toute seule.

D’autre part, il y a ce tueur en série, qui va être enfermé, torturé, drogué, reprogrammé, pour des desseins bien plus importants et grands que les petites affaires de meurtres. Ces chapitres là vont être rédigés à la première personne. Etrange postulat, choix d’auteur, qui décide, par le style de prendre à contre-pied ses lecteurs.

Ces deux hommes là vont se rencontrer aux Etats Unis et leur rencontre va être plus que surprenante. Car on va rentrer dans le but ultime de ce kidnapping, et découvrir tous les faux-semblants qui couvent dans cette histoire.

En ouvrant ce livre, il faut être prêt à avoir quelques surprises. Car l’écriture est très fluide, et comme je viens de le dire, les choix stylistiques de l’auteur sont surprenants. Mais au-delà de tout cela, le roman démarre comme un thriller (avec un tueur en série), se poursuit comme un roman psychologique (avec l’emprisonnement de Boily), continue comme un polar (avec les recherches de Matis) pour finir par flirter avec de la politique fiction. Et tout ce mélange des genres fonctionne parfaitement pour donner un polar surprenant de A à Z. D’ailleurs, comme le dit Franck Thilliez sur la première de couverture : « Un vrai cocktail d’aventure et de suspense. Une réussite ! ». Je n’aurais su mieux dire !

Vous pouvez acheter ce roman chez Abysses éditions ici

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Oncle Paul

Viens avec moi de Castle Freeman Jr. (Sonatine)

Outre le sujet indiqué sur la quatrième de couverture, qui m’a interpelé, le fait que ce soit le premier roman publié en France de Castle Freeman Jr. a beaucoup joué dans mon choix de lecture. En fait, Go With Me est le troisième roman de l’auteur. Ce roman, très court, est effectivement un roman noir rapide comme un coup de poing. Et comme la quatrième de couverture est très bien faite, j’ai joué au fainéant en la copiant. De toute façon, je n’aurais pas fait mieux pour résumer le sujet du livre.

Quatrième de couverture :

Dans les fins fonds désolés du Vermont, la jeune Lilian est devenue la cible de Blackway, le truand local. Son petit ami a préféré fuir, elle a décidé de rester. Bien résolue à affronter celui qui la harcèle. Alors que le shérif se révèle impuissant, Lilian se tourne vers un étrange cénacle. Sous la houlette de Whizzer, ancien bûcheron en chaise roulante, quelques originaux de la région se réunissent chaque jour dans une scierie désaffectée pour disserter en sirotant des bières. Devant la détermination de la jeune femme, Whizzer décide de l’aider en lui offrant les services de deux anges gardiens peu ordinaires : un vieillard malicieux, Lester, et un jeune garçon, Nate, plus baraqué que futé. Avec eux, Lilian se met à la recherche de Blackway dans les sombres forêts qui entourent la ville pour s’expliquer avec lui. De bar clandestin en repaire de camés, la journée qui s’annonce promet d’être mouvementée, l’affrontement final terrible.

Castle Freeman Jr. manie la langue et la narration avec une virtuosité rare, faisant de ce récit intense, qui se déroule sur quelques heures, une lecture inoubliable, aussi terrifiante que drôle. Le portrait qu’il dresse d’un Vermont sauvage et désolé, de la réalité violente et criminelle des régions les plus reculées de l’Amérique, marquera à coup sûr les esprits.

Castle Freeman Jr. est né au Texas. Écrivain, journaliste, essayiste, il habite dans le Vermont. Unanimement loué par la critique anglo-saxonne, Viens avec moi est son premier roman publié en France.

Mon avis :

La quatrième de couverture ne fait pas que résumer le sujet du livre, il donne un aperçu complet de son contenu. C’est donc un roman court, qui nous montre une sorte de chasse à l’homme, même si ce n’est pas une course poursuite. Nos trois compères Lester, Nate et Lilian vont donc arpenter les bas fonds du Vermont à la recherche d’un ancien adjoint du sheriff qui fait peur à tout le monde. Et il faut bien être trois pour en venir à bout.

On a donc droit à une sacrée galerie de personnages totalement frappés, que l’auteur va nous présenter succinctement de façon à ce que nous les imaginions physiquement. Car, tout le livre avance grâce aux dialogues, avec très peu de descriptions. En ce sens, c’est presque une pièce de Théâtre que Castle Freeman Jr. a écrit. Donc, cela se lit vite et il y a suffisamment de traits humoristiques pour que l’on prenne son pied. Il y a en fait dans ces dialogues le décalage que l’on peut trouver dans les films de Tarantino.

Intercalés entre chaque rencontre que font nos trois compères, on y trouve des scènes avec Whizzer qui commente ce qui vient de leur arriver, comme s’il était omniscient, ou comme s’il avait prévu ce qu’il allait leur arriver. Et je me pose la question si Castle Freeman Jr. n’a pas voulu dire que Whizzer se positionnait comme un Dieu qui voit tout, qui sait tout. Cela m’a aussi fait penser à En attendant Godot de Samuel Beckett.

Mais ne nous y trompons pas. Si ce roman n’est pas un chef d’œuvre à la hauteur de Godot, il n’en reste pas moins que c’est une lecture recommandable au sens où on passe du bon temps à le lire, et où on s’amuse beaucoup. En tous, cela vaut le coup d’être curieux pour découvrir ce qu’il y a derrière une couverture mystérieuse et très belle.

Ne ratez pas les avis de Claude , Yan et Unwalkers

Le gâteau mexicain de Antonin Varenne (Points)

Depuis Fakirs, premier coup de cœur Black Novel, je suis un fan inconditionnel de Antonin Varenne. Les éditions Points ont eu la bonne idée de ressortir son deuxième roman, qui était paru à l’époque (en 2008) aux éditions Toute Latitude.

Quatrième de couverture :

Rien ne va plus pour Nino Valentine. Depuis le braquage désastreux d’une bergerie qui lui a valu une rafale de chevrotine dans les fesses, la malchance le poursuit. Dépassé par les événements, le beau manouche prend la fuite au volant d’une voiture volée avec un bébé orphelin à l’arrière. Objectif : survivre. En cavale, son destin se mêle à celui d’un poète raté, d’un flic obèse et de prostituées insoumises.

Né à Paris en 1973, Antonin Varenne est diplômé de philosophie. Il a parcouru le monde avant de revenir en France pour se consacrer à l’écriture. Ses romans Fakirs et Le Mur, le Kabyle et le Marin sont disponibles en Points.

« Retenez bien son nom, car Antonin Varenne trône en bonne place dans la nouvelle génération des polardeux français. » L’Express

Mon avis :

On entre dans ce roman comme on entre dans un bazar. Le roman repose sur trois personnages, et on découvre dans ce roman tout le talent de l’auteur à faire vivre des personnages extrêmes, impossibles, que l’on n’a aucune chance de rencontrer dans la rue … et ça vaut mieux. On y trouve Nino qui va vite rencontrer des Romanichelles. D’aventure en aventure, il va être poursuivi par des gens, alors qu’il se retrouve avec un bébé dans les bras. Il y a Nathalie, la pute au grand cœur. Et il y a Padovani, inspecteur aux mœurs, qui fait plus de 150 kilos, et qui a une philosophie : « J’aime pas les gens ».

Antonin Varenne additionne les scènes, toutes bien faites, avec des dialogues brillants, sans qu’elles aient des liens évidents les unes avec les autres. Cette lecture peut déconcerter et on peut avoir une impression d’improvisation et de grand n’importe quoi. Et pourtant, pourvu que l’on fasse un peu d’effort, que l’on poursuive dans l’intrigue, on découvre des scènes hilarantes, mais aussi délirantes.

C’est donc un polar original, qui ne plaira pas à un grand nombre par son coté foutraque mais qui rendra curieux tous les fans de cet auteur qui a écrit tant de grands livres par la suite. Après avoir fini le roman, on en gardera tout de même quelques scènes inoubliables voire même quelques scènes intimes que personne n’est capable d’écrire comme cela. Un objet littéraire étrange et attachant.

Une contrée paisible et froide et Clayton Lindemuth (Seuil)

Attention, accrochez-vous ! Car ce roman que l’on pourrait qualifier de rural est en fait un sacré roman noir comme savent nous les offrir les Américains. Ils ont en effet pour eux les grands espaces, ces petites bourgades perdues au fin fond de nulle part, et ce système juridique qui permet aux sheriffs d’être élus et ensuite, de pouvoir faire ce qu’ils veulent, étant des sortes de rois dans leur petit royaume. Poussant à l’extrême sans jamais tomber dans la caricature, Clayton nous donne un roman à la tension incroyable.

Avant de parler du sujet du roman et des premières pages, il faut juste que je vous prévienne d’un aspect du livre qui m’a désarçonné au début. Ce livre est un roman choral, ou du moins un roman à plusieurs voix. En effet, chaque chapitre montre un personnage ou plusieurs. Pour autant, il n’y a pas d’indication ni en tête de chapitre, ni dans la narration, ce qui fait qu’au début de la lecture, il faut accepter ce fonctionnement. Pour autant, ce n’est pas un roman choral puisque l’écriture n’est pas à la première personne pour tout le monde. Par contre, elle l’est pour les deux personnages principaux …

L’action se situe dans Wyoming, dans un village perdu au fin fond de la campagne. Le village s’appelle Bittersmith, du nom de son créateur. Aujourd’hui, le sheriff se nomme aussi Bittesmith. C’est son arrière grand père qui a créé le village et depuis, dans la famille, on est sheriff de grand-père en père en fils. Bittersmith a maintenant 72 ans. Les conseillers municipaux ont décidé de ne pas renouveler son mandat. Ils ont osé le virer comme un malpropre ! Lui qui a donné sa vie pour ce village ! Il lui reste donc une journée de travail, demain il deviendra un citoyen comme un autre … sauf que cela fait 40 ans qu’il n’est pas un citoyen comme les autres.

C’est une sale journée, la tempête de neige menace, le temps aussi a décidé de pourrir la vie de Bittersmith. Quand Fay Haudesert appelle au bureau pour signaler la mort de son mari, le sheriff décide d’aller voir sur place, et rejoint la ferme qui est isolée à la sortie du village. Son mari Burt a été assassiné, une fourche est plantée dans son cou. Pour sur, l’assassin se nomme Gale G’Wain, un jeune issu de l’orphelinat que la famille a recueilli. D’ailleurs, Il a du prendre en otage Gwen, la fille Haudesert de 16 ans, puisqu’elle a disparu.

C’est donc une course poursuite qui s’engage dans cette contrée perdue, recroquevillée sur elle-même, une course poursuite sous haute tension. Car en donnant le point de vue de chacun eu fur et à mesure que l’action avance, cela instaure une incertitude sur ce qui se passe pour les autres personnages. Et comme nous sommes face à un drame, avec des personnages hors de tout contrôle, on est pendant toute la lecture sur le qui-vive.

Car cette histoire est étayée par de sacrés personnages. Ils sont bien une dizaine, et chacun à sa façon est marquant, difficile à oublier, même si Bittersmith et Gale tiennent le haut du pavé. D’autant plus que d’une situation simple, Clayton Lindemuth va la compliquer en faisant entrer en jeu une sorte de société parallèle telle que le Klu Klux Klan qui domine la gestion du village. Gale va donc se retrouver avec les flics, les frères de Gwen, cette pseudo-secte et le sheriff aux trousses …

Si tout cela va déboucher sur un final de haute volée, qui va s’étaler sur plus de 100 pages, c’est aussi et surtout le style qui retient l’attention. On est sur un sujet bien noir, avec des personnages clairs dans leurs motivations et le style en est tout simplement brillant. De la beauté des paysages aux dialogues excellents, j’ai eu l’impression que tout le roman page par page est juste inoubliable. On ne peut que louer le talent de cet auteur, dans ce premier roman à nous raconter cette histoire avec des personnages tous plus horribles les uns que les autres. Nom de Dieu ! on dit que la nature est sans pitié ! Mais ce n’est rien comparé aux hommes quand ils sont des bêtes.

Ce roman est tout simplement incroyable, d’une force rare, d’une noirceur éclatante.

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Petite Souris

Hommage : Transparences de Ayerdhal (Livre de poche)

La disparition de Ayerdhal m’a touché parce que c’est un auteur que j’ai lu trop tard, que j’ai adoré trop tard, que j’ai croisé (seulement ! Quel con je peux être !) à Lyon et qui est parti bien trop tôt. J’ai donc voulu parler de ses livres, du pouvoir de son imagination. Transparences en est un excellent exemple.

L’auteur :

Yal Ayerdhal (né Marc Soulier le 26 janvier 1959 à Lyon dans le quartier de La Croix-Rousse, et mort le 27 octobre 2015 à Bruxelles) est un écrivain français qui a commencé par écrire de la science-fiction avant de se lancer dans le thriller. En 25 ans, il a entre autres obtenu deux grand prix de l’Imaginaire, deux prix Ozone, un prix Tour Eiffel de science-fiction, un prix Michel-Lebrun, un prix Bob-Morane, un prix Rosny aîné et un prix Cyrano pour l’ensemble de son œuvre et de ses actions en faveur des auteurs.

Ayerdhal grandit dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux. Il « tombe » très jeune dans le domaine de la science-fiction puisque son père, Jacky Soulier, détient l’une des plus grandes collections d’ouvrages du genre en Europe, avec par exemple l’intégrale de la collection « Anticipations » de Fleuve noir. À 13 ans, il décide de changer de prénom d’usage, lassé d’avoir de nombreux homonymes en classe, et adopte celui d’Ayerdhal.

Sans diplôme (y compris le bac), il exerce de nombreux métiers (et petits jobs, tels que vendre des brioches en porte à porte) en parallèle de l’écriture, dont moniteur de ski, footballeur professionnel, éducateur, commercial et chef d’entreprise1. Il a 28 ans lorsqu’il envoie son premier manuscrit, celui de La Bohème et l’Ivraie, à un éditeur, en l’occurrence Fleuve Noir. Il vit à l’époque dans une ferme à Écully, dans la région lyonnaise. Dans les années 1990, ses ouvrages participent largement au renouveau de la science-fiction française, alors dominée par les auteurs américains : 40 000 exemplaires de Balade choreïale, L’Histrion et Sexomorphoses trouvent leur public3.

Selon Ayerdhal, « la SF est un puissant outil pédagogique, un véhicule idéologique non négligeable et la plus riche expression de l’imagination créatrice… ». Les couvertures de ses premiers romans sont illustrées par le dessinateur Gilles Francescano. Dessins qui, aux dires de l’auteur, lui auraient inspiré le personnage de l’Histrion. Son œuvre Transparences, publiée en 2004, marque son entrée dans le domaine du thriller, suivie en 2010 par une suite non prévue, Résurgences, puis par Rainbow Warriors en 2013 et Bastards en 2014. Il a été primé pour ses romans Demain, une oasis, Parleur ou les chroniques d’un rêve enclavé, Rainbow Warriors, RCW, Étoiles mourantes et Transparences.

Diagnostiqué atteint d’un cancer en 2015, il informe régulièrement ses lecteurs de l’évolution de son état. Il meurt le 27 octobre 2015 à Bruxelles, des suites de ce cancer.

Source : Wikipedia

Quatrième de couverture :

1985, Berlin (RFA), Ann X, 12 ans, assassine ses parents, diplomates américains, et un couple de leurs amis avec un sabre japonais. L’enquête établit que l’adolescente, quasi analphabète, a agi en état de démence après plusieurs années de sévices sexuels. Soignée plusieurs mois dans une clinique psychiatrique, Ann est ensuite placée dans un établissement spécialisé qui prend en charge l’éducation d’enfants inadaptés.

1988, Fribourg (CH), Ann X, 15 ans, égorge un éducateur et en blesse grièvement trois autres avec un sabre qu’elle a fabriqué dans l’atelier de l’internat. En fuite durant huit semaines, elle est finalement arrêtée par les carabiniers à la frontière italienne, alors que, toujours avec son sabre de fortune, elle vient de sectionner une main du routier qui l’a prise en stop. L’enquête établit que l’éducateur égorgé la poursuivait de ses assiduités et que les trois autres (à son sens coupables d’avoir fermé les yeux sur les agissements de leur collègue) ont été blessés tandis qu’ils tentaient de la maîtriser. De son côté, le routier affirme ne lui avoir fait que des avances orales, ce qu’elle ne nie pas (mais elle refuse de s’exprimer). Jugée irresponsable et dangereuse, Ann est internée près de Lugano dans une maison pénitentiaire à vocation psychiatrique.

1998, Lyon (F) : Stephen Bellanger, qui vient de boucler à Toronto une thèse en psychologie criminelle, intègre Interpol. Dans le cadre d’une enquête sur des meurtres en série touchant l’Europe et plusieurs états américains, on lui confie la tâche de compulser toutes les affaires d’assassinats multiples des vingt dernières années. Ses recherches le conduisent à s’intéresser plus spécialement au cas d’Ann.

Autour de cette métaphore de la transparence, transparence d’une criminelle toujours d’abord victime, dont la violence est elle-même manipulée et utilisée par ses bourreaux, Ayerdhal construit magistralement un thriller contemporain palpitant et explore les rouages furtifs qui régissent notre monde.

Source : Babelio

Mon avis :

Mes amis, amateurs de thrillers, fans de polars complotistes, notez ce titre d’un auteur qui fut probablement l’un des meilleurs raconteurs d’histoires, ou en tous cas le plus inventif. Cette histoire nous conte quatre années de la vie de Stephen, psychologue canadien qui s’est engagé à Interpol. Sa première (et seule enquête) concernera la chasse après une tueuse qui a la faculté de disparaitre : Ceux qui la rencontrent ne se rappellent pas d’elle, les caméras de surveillance enregistrent des films où son visage est flouté. A 12 ans, elle a tué ses parents et un couple de leurs amis. Depuis, on ne peut dénombrer leur nombre (un millier ?). Tout ce que Stephen arrive à déterminer, c’est qu’elle tue quand elle se sent menacée.

De ce début, Ayerdhal va nous montrer les guerres entre services (Interpol, Europol, CIA, FBI, NSA, KGB …) et surtout nous plonger dans le doute. Car on se pose les questions suivantes : Qui travaille pour qui ? Qui manipule qui ? C’est un roman sur les illusions, sur les apparences et le seul moyen d’en sortir, c’est d’opter pour la transparence. C’est aussi un roman qui montre des marginaux (Anne X, Stephen ou bien Michel, un SDF) qui essaient de s’en sortir avant d’être repris par le système. Dans ce monde que l’on veut sur, Big Brother (car c’est bien à George Orwell que l’on pense) ne veut pas d’individus indépendants, hors du système qu’ils ont créés.

Non seulement les rebondissements sont nombreux, mais en plus, les scènes sont hallucinantes. Ayerdhal avait le don de peindre des scènes d’une beauté fulgurante, un art de décrire l’action pure. Celles où Anne X tue 4 hommes qui la suivent, en début de roman, fait partie de celles là. On la voit bouger à la vitesse de l’éclair, mais on a une sensation de flou autour d’elle. C’est, en ce qui me concerne, toujours la même chose : j’ai l’impression de voir un film en lisant Ayerdhal, un film que l’on peut s’empêcher de regarder jusqu’au bout. Lisez Ayerdhal, vous ne le regretterez pas !

Hiver rouge de Dan Smith (Cherche Midi)

Après Le village, son premier roman publié en France l’année dernière, et qui a fait sensation, voici donc le deuxième roman de cet auteur britannique. J’ai hésité avant de lire ce roman, car le sujet me semblait identique au Village. Je ne peux que conseiller ce roman qui fouille d’autres thèmes, malgré un contexte semblable. Car cet auteur a un talent fou pour écrire des romans d’aventures se passant dans de grands espaces.

Un homme se dirige vers un petit village, au milieu d’un paysage désolé. Nous sommes en 1920, la révolution rouge bat son plein, et la chasse aux sorcières décime le pays. Cet homme seul tire un cheval, Kashtan, sur lequel est allongé le corps d’un homme. Cet homme se nomme Nikolaï Levitski. Il a juré de ramener son frère Alek dans leur village ; finalement, c’est là qu’il l’enterrera. Quand il arrive, le village est vide, silencieux, mort. Il retrouve sa maison, mais il n’y a personne. Quand il entre, il voit les manteaux de sa femme Marianna et de ses deux fils.

La route a été longue, il décide de prendre un peu de repos avant d’enterrer son frère le lendemain. Le fait que sa femme et ses enfants Micha et Pavel soient partis sans leur manteaux, l’intrigue, surtout que l’hiver approche à grands pas. Au milieu de la nuit, un bruit le réveille. Quelqu’un est dans la maison. Une vieille femme est là, elle le confond avec Alek. Elle se nomme Galina et était l’amie de la mère de Nikolaï. Dans son délire, elle lui explique qu’une armée a tué les hommes dans la forêt et emmené les femmes et les enfants. A la tête de cette troupe, un homme se fait appeler Kochtcheï l’Immortel, du nom d’un personnage de contes pour enfants. Fatiguée de vivre sans son mari, elle lui demande de retrouver les prisonniers et décide de se noyer dans le lac.

Le lendemain, il va enterrer son frère. Dans l’église, deux femmes le mettent en joue. Elles ne sont pas du village, elles croient qu’il a tué Alek. Tania et Ludmila sont à la poursuite d’un assassin et Nikolaï leur raconte l’histoire de la vieille dame. Pour prouver ses dires, il les emmène sur le lieu du drame où Kochtcheï a massacré les hommes du village, en pleine forêt. Ils ont une étoile à 5 branches gravée sur le front. Ils se rendent compte qu’ils vont poursuivre le même homme. La poursuite commence, motivée pour l’un par la recherche de sa famille et pour les autres par la vengeance.

Inévitablement, on ne peut s’empêcher de comparer Le Village à cet Hiver Rouge. Le contexte étant le même, l’époque étant semblable, le sujet étant similaire, forcément, on peut se demander pourquoi lire un roman qui pourrait sembler une resucée du précédent. Et pourtant, malgré toutes ces ressemblances, le traitement est bien différent, et je m’explique : Nous avons bien à faire avec un homme qui poursuit quelqu’un car il a kidnappé sa famille. Mais autant dans Le Village, le personnage principal fait la route avec ses fils qu’il découvre à travers son aventure, autant on peut assimiler cette aventure à un duel entre le tueur et lui, autant ici, nous avons un homme au passé sombre, trouble, qui court après le seul espoir qui lui reste. Autant, comme je l’ai dit, nous avions un duel, autant ici, il s’agit d’un homme qui poursuit un monstre et qui est poursuivi par des hommes ou autre chose.

Il y a bien un coté angoissant dans ce livre ; il y a bien des personnages troubles, qui oscillent entre la lumière et le coté obscur, qui flirtent entre le bien et le mal. Il y a bien cette dualité présente sur ce conflit, cette chasse aux sorcières qui est sensée libérer le peuple de son joug, et qui en réalité le punit. Il y a bien un homme qui a perdu tout espoir et qui cherche à se raccrocher à une étoile, revoir sa famille.

De ce roman, je dirai qu’il est encore plus maitrisé que le précédent. Alors qu’on aurait pu reprocher quelques scènes un peu longuettes dans le précédent, la maitrise de la narration est remarquable. Il nous peint une campagne russe perdue, avec juste ce qu’il faut de détails. Les personnages rencontrés sont d’une justesse incroyable. Les dialogues sont sensationnels, et les scènes d’action époustouflantes. Surtout, tout au long de cette traque, il y a ce mystère omniprésent, cette tension qui alterne entre réalité sanglante et peur du surnaturel qui tient le lecteur en haleine. Et puis, même si ce n’est pas un chef d’œuvre, on referme ce livre avec un réel plaisir d’avoir parcouru des centaines de kilomètres dans une campagne russe avec cette amère conclusion que, quelque soit la révolution, c’est toujours le peuple qui paie les pots cassés.

A noter que son précédent roman Le village vient de sortir en format poche aux éditions 10/18.

Ressacs de David James Kennedy (Fleuve Noir)

Premier roman d’un jeune auteur, édité qui plus est dans une maison d’édition renommée, auréolé de premiers avis positifs, c’était plus que suffisant pour me lancer dans sa lecture. Si le roman est bourré de qualités, il n’en reste pas moins que je suis resté un peu sur ma faim.

Au pays basque, au bord des cotes escarpées, trône un hôpital militaire, qui ressemble à une bâtisse inquiétante. Jean Christophe D’Orgeix est un interne qui est appelé pour soigner une victime d’un accident de la route. Malgré sa volonté de le sauver, le patient va mourir et Jean Christophe disparaitre sans laisser de traces. Même le gardien posté à l’entrée ne verra personne ni entrer ni sortir.

Son collègue et ami Tom Castille ne comprend où Jean Christophe peut être ni son acharnement à sauver l’accidenté de la route. En fouillant sa chambre, il découvre un vêtement avec des taches de sang et une grosse somme d’argent. Et si son ami était pourri, mystérieux et moins honnête qu’il le pensait.

Les gendarmes débarquent car quelqu’un les a prévenus. Le lieutenant Marc Bost, bâti comme un pilier de rugby va essayer de tirer au clair ces événements, d’autant plus que des sms étranges vont apparaitre, que la voiture de Jean Christophe est retrouvée avec trois pneus crevés, et que les cadavres vont s’amonceler.

On se lance dans ce roman avec plein d’espoirs, Franck Thilliez en dit même : « Un maitre du suspense est né », et la première chose qui vous arrive, dans les 50 premières pages, ce sont des uppercuts, des événements sans liens apparents, aussi bizarres qu’étranges. Et je dois dire que si on n’est pas concentré, on s’y perd un peu. Tous les ingrédients sont là pour accrocher le lecteur, si on est persévérant. Par contre, après avoir fini le livre, on est ébouriffé par le scenario élaboré au millimètre, très rigoureux, très scientifique dans sa démarche.

Puis le héros principal s’impose, il s’appellera Tom Castille. Et là, les événements bizarres continuent à arriver mais au moins, le lecteur est accroché. Il y a dans ces premières pages toutes les qualités qui font que d’un coté on est admiratif, et de l’autre sceptique. D’un coté, on reste baba (excusez moi de l’expression, mais je n’en trouve pas d’autre) devant la classe de l’auteur à décrire les paysages, la force des vagues destructrices de l’océan atlantique du coté du pays basque, le bruit incessant des gouttes de pluies des orages violents du coin, la surprise de sursauter en entendant le tonnerre frapper cette terre rocheuse. On est ébahi par sa faculté à peindre des scènes d’action nous obligeant à voir littéralement ce qui se passe, à retenir son souffle. Je me suis même surpris à sursauter, comme cela arrive devant un film d’horreur ou de suspense, tellement la force d’évocation est impressionnante.

Et puis, il y a l’entredeux, ces moments qui m’ont fait relever la tête et poser le livre. Il y a ces passages où le héros fait la synthèse de ce qui lui arrive, alors que le lecteur (c’est-à-dire moi) se rappelle parfaitement ce qui s’est passé vingt pages plus tôt. Il y a les autres personnages, qui m’ont semblé trop peu consistants pour faire partie intégrante de l’histoire (alors qu’il y avait à faire avec un mec tel que l’inspecteur bâti comme un pilier de rugby).

C’est donc pour moi un livre en dents de scie, avec des passages incroyables, extraordinaires et d’autres plus convenus. Il n’empêche que la fin est fort bien trouvée, très bien amenée et que, pour un premier roman, l’ensemble est impressionnant. Il est indéniable que Fleuve Noir détient un auteur en devenir et qu’avec Ressacs, on est en droit d’attendre énormément pour son prochain roman.