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La reine noire de Pascal Martin

Editeur : Jigal

Bien que Pascal Martin soit connu dans le milieu du polar, je n’avais lu un de ses romans auparavant. L’erreur est maintenant réparée et j’ai découvert un super polar, exemplaire à tous points de vue.

Avec son nom qui rappelle des champs fleuris, on pourrait croire que la petite ville de Chanterelle est idyllique. Hélas, comme beaucoup de villes de l’Est de la France, elle a subi la crise économique et la fermeture de son usine principale, la raffinerie de sucre, a engagé son déclin. Le seul vestiges qui demeure est cette gigantesque cheminée qui trône sur les ruines de l’usine et que tout le monde appelle La Reine Noire, comme une malédiction, comme pour rappeler aux habitants leur malheur de tous les jours.

Un homme au volant de sa BMW débarque en conduisant comme un fou. Il est habillé tout de noir et porte des lunettes de soleil opaques à travers lesquelles on ne peut voir son regard. Il s’attable au Bar du Centre et demande une boisson. Puis, il demande à Amandine, la serveuse s’il n’y aurait pas une maison à louer dans le coin. Elle l’oriente vers une agence de Bar-Le-Duc qui lui propose une petite maison isolée que tout le monde appelle La Maison du Fada. Il n’en faut pas plus pour que les discussions aillent bon train avec l’arrivée d’un homme qui ressemble à La Faucheuse.

Le même jour, un deuxième homme, moins énigmatique mais tout aussi inconnu débarque. Il ne cherche pas une  maison à louer mais une chambre qu’il trouve à l’auberge de Joe. D’un aspect amène, il pue l’eau de toilette pour homme et se dit psychiatre, ce qui lui permet de s’intéresser à beaucoup de gens.

En réalité les deux hommes se connaissent : l’homme en noir se nomme Toto Wotjeck et est tueur à gages pour le compte d’un Indonésien. Le deuxième se nomme Michel Durand et est flic. Il est chargé de surveiller Wotjeck. Les deux ont grandi à Chanterelle avant de suivre chacun leur parcours, l’un en Indonésie, l’autre dans la police. Quand des larcins sont perpétrés et que quelques corps sont retrouvés, la ville endormie de Chanterelle se réveille.

Malgré un début que j’ai trouvé maladroit, au moins pour les deux premiers chapitres, que j’aurais aimés plus descriptif pour que l’on entre directement dans le décor, ce polar arrive à captiver par l’efficacité du style et l’économie des descriptions. Pour tout dire, dès le troisième chapitre, j’étais pris, embringué dans cette histoire où, tout du long, on se demande où l’auteur veut en venir, sans pouvoir lacher le livre, pour finalement arriver à un final renversant, formidable.

Nous allons donc suivre l’itinéraire de deux hommes, en parallèle, qui vont débarquer dans une petite ville calme en apparence, mais où règne un ressentiment fataliste envers ceux qui ont fermé la raffinerie. L’auteur arrive à nous plonger dans ce décor, arrive à nous immerger dans des discussions de bistrot, et à nous présenter les âmes de cette ville abîmées par ce drame économique. L’ambiance y est noire, triste, et tout le monde y cherche un bouc émissaire, que les alcooliques du dimanche trouvent en Wotjeck puisqu’il n’est pas comme eux.

Puis l’histoire se construit, et on découvre que les deux hommes, Wotjeck et Durand se sont connus dans leur enfance, qu’ils ont grandi ensemble, mais du même coté de la barrière. L’un était le fils du directeur de l’usine, l’autre le fils d’un ouvrier. De ces deux personnages, l’auteur image une lutte des classes sous le refrain de la vengeance est un plat qui se mange froid comme la mort. Sans vouloir donner de leçons, ni être revendicateur outre mesure, il construit en toute simplicité un roman qui, personnellement, m’a impressionné justement par son apparente simplicité.

Et c’est sans compter la fin, qui évidemment et comme le reste du livre, est étonnante et renversante, mais sans aucune esbroufe, et avec beaucoup de créativité, d’ingéniosité et de malice. Décidément, ce roman s’avère surprenant du début à la fin, à tous points de vue et se place juste à coté des romans de Pascal Garnier, auteur que j’adore.

Ne ratez pas l’avis de Claude et de l’Oncle Paul

Compte à rebours de Martin Holmén

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Marina Heide

On avait fait connaissance avec Harry Kvist dans le premier tome de ce qui est annoncé comme une trilogie, Corps-à-corps. Dans ce roman glauque et noir, nous étions transporté dans le Stockholm des années 30, en pleine crise économique, avec toute la pauvreté que cela a engendré. Après 1932, voici 1935.

Depuis que nous l’avons laissé, Harry Kvist est en train de terminer un séjour de 18 mois en prison. Et il a rencontré là-bas un jeune homme dont il est tombé amoureux. Il se nomme Gusten et il a réussi à attendrir notre boxeur aux poings d’acier. Harry doit sortir aujourd’hui, et Gusten dans une semaine. Alors, il l’attendra … d’où le compte à rebours du titre, chaque chapitre rythmant les jours qui le séparent de ses retrouvailles avec Gusten.

Harry doit donc attendre une semaine, avant de changer de vie, et se ranger des affaires louches dans lesquelles il était impliqué. Il retrouve évidemment son ami croque-mort, dont les activités sont toujours florissantes. C’est lui qui l’informe que Beda, une vieille dame qu’Harry aimait beaucoup, est morte. Or beda lui avait écrit en prison, lui demandant de prendre soin de son fils Petrus, sourd et muet.

Quand il va aux nouvelles au commissariat, il apprend que Petrus a été accusé du meurtre de sa mère. Cela parait bien peu réaliste. Comme il a été jugé arriéré, il est envoyé dans un asile. Pour rendre justice et respecter la promesse qu’il a faite à Beda, Harry va enquêter …

Alors que le premier tome de cette trilogie nous envoyait en 1932, nous voici en 1935 quand Harry Kvist sort de prison. La vie à Stockholm a un peu évolué et le sujet du roman aussi. Alors que dans Corps-à-corps, Martin Holmén nous décrivait l’état de délabrement de la société suédoise, dans une ambiance glauque où tout le monde cherchait à survivre, vendant ce qu’ils pouvaient pour manger, la situation en 1935 s’est un peu améliorée.

Si les pauvres sont toujours à arpenter les rues, le sujet du roman se recentre sur le personnage de Harry Kvist à propos duquel nous allons en apprendre un peu plus. On découvre un homme amoureux, prêt à se ranger des recouvrements de dettes. Il s’apprête donc à tourner la page, et songe même à se caser en rachetant un marchand de tabac. On le découvre plus humain, on le découvre loyal, cherchant à respecter la parole qu’il a donnée à Beda, une vieille dame qu’il aime beaucoup.

La deuxième évolution de ce roman est la montée du nationalisme. On sent bien dans la rue, la montée des idées nauséabondes, et on sent bien la présence du voisin qui infuse ses théories. Le fait d’avoir choisi un héros homosexuel est aussi une bonne façon d’illustrer cette période, puisque Harry est touché au premier plan. Et une nouvelle fois, le propos n’alourdit pas le roman, mais est abordé par petites touches. C’est vraiment très bien fait.

Enfin, c’est un épisode violent, très violent. Déjà dans le précédent roman, l’ambiance était glauque. Dans celui-ci, la violence est omniprésente et Harry Kvist va prendre cher. L’auteur semble montrer un personnage qui veut s’assagir et qui est malmené par la société. Et pour le coup, il va en prendre, des coups. Quant à la fin, elle est à la fois triste, poétique et cruelle. Voilà de quoi vous décider à lire cette trilogie !

Metropol : Corps à corps de Martin Holmén

Editeur : Hugo & Cie

Collection : Thriller

Traducteur : Marina Heide

Je vous l’ai probablement dit : l’une de mes passions est d’errer dans les linéaires des libraires, et de feuilleter quelques pages de romans dont je n’ai pas entendu parler. La couverture m’a fait penser à un livre futuriste, à la Blade Runner, alors que la quatrième de couverture situait l’intrigue dans le Stockholm des années 1930. Après avoir lu le premier chapitre, il fallait que je sache si l’atmosphère sombre allait se poursuivre. Ce roman est une vraie belle découverte.

Stockholm, lundi 12 décembre 1932. Harry Kvist est un ancien boxeur qui s’est reconverti dans le recouvrement de dettes, ce qui lui permet d’utiliser son art d’utiliser ses poings. Son travail du jour consiste à récupérer l’argent chez un certain Zetterberg. Celui-ci n’a pas payé une Opel d’occasion à un vieil homme du nom d’Elofsson Ovanaker. Après être entré dans l’immeuble, Harry trouve l’appartement de Zetterberg luxueux, et le passe à tabac en lui donnant une journée pour réunir l’argent.

En ressortant, il rencontre une prostituée, Sonja et discute un peu avec elle. Son travail est difficile, dit-elle, depuis que tout le monde vend son corps pour acheter de quoi se nourrir. Il est vrai qu’il n’est pas rare de voir des garçons ou des filles proposer une passe. C’est en allumant son cigare qu’il rencontre un gamin, et qu’il décide de l’emmener dans un parc. Harry et le garçon font l’amour sur le capot de la voiture, puis pris d’une rage, Harry le dérouille à tel point qu’il le laisse KO.

Harry vit chez Lundin, un croque mort. Lundin sous-loue sa cave à de pauvres hères, et fait aussi du trafic d’alcool, ce qui est le seul moyen pour lui de survivre. Ce matin de mardi 13 décembre, Harry va retourner chez Zetterberg. La police bloque la rue et Harry apprend que Zetterberg a été assassiné. Harry a été vu sur place, il est naturellement suspect et se fait arrêter. Mais faute de preuves, les flics le relâchent. Harry va devoir mener l’enquête pour découvrir la vérité, car il sait bien que sa vie ne tient qu’à un fil.

C’est une vraie surprise que ce roman, qui frappe d’emblée par la description d’une ville en perdition. Nous sommes en effet en 1932 et la crise économique fait rage. Les gens sont en perdition, cherchant avant tout à manger. A travers le personnage de Harry Kvist, Martin Holmén nous décrit des gens qui trainent dans les rues, buvant l’eau du caniveau et vendant tout ce qui leur reste pour s’acheter à manger.

On trouve des gens qui récupèrent le moindre centime de couronne pour s’acheter la seule drogue accessible qui leur fasse oublier leur quotidien : l’alcool. On y voit de jeunes gens, garçons ou filles, prêts à vendre leur corps pour quelque menue monnaie. L’atmosphère est d’un glauque très réussi et aussi assez difficile à supporter. Surtout, Harry Kvist cherche aussi à survivre, et, comme les autres, cherche à s’en sortir, et navigue à vue dans ce monde totalement détruit. Il ne juge pas mais utilise cette situation à son avantage.

Dans ce cadre, Harry Kvist vit toujours avec son cigare vissé au bec, sodomise garçon ou fille quand l’envie lui en prend, car cela lui permet de calmer ses nerfs et d’oublier le quotidien. Je tiens d’ailleurs à souligner que certaines scènes sont crues et peuvent choquer des âmes sensibles. Puis après cette première partie dans les bas-fonds de Stockholm, Harry Kvist va basculer dans le monde des riches.

En effet, ce roman est divisé en deux parties, et son enquête va l’entrainer aux antipodes du monde dans lequel il vit, en rencontrant une actrice, mariée à un homme immensément riche. Et l’atmosphère glauque de la première partie se retrouve changée pour un monde où la boisson de base est le champagne. Et la drogue qui était l’alcool dans la première partie est échangée contre de la morphine que l »on s’injecte consciencieusement dans une veine du pied.

Alors que l’atmosphère devient moins glauque, l’apparence de ce monde de riches, bien séparé des pauvres, s’avère tout aussi malsain. Si l’auteur, comme Harry Kvist, n’est pas du genre à revendiquer, on nous montre quand même une société clivée entre ceux qui bouffent du caviar et ceux qui meurent de faim, tout cela sur un fond d’intrigue qui aboutira à un coupable que l’on aurait eu du mal à deviner.

Martin Holmén signe là avec Corps à corps un premier tome d’une trilogie bien intéressante, tout en laissant des zones d’ombre sur son personnage qui laissent augurer de futurs épisodes bien passionnants. Avec son style direct, il a bien assimilé les codes du roman de détective en y apposant sa patte, et je dois dire que ce premier roman m’a totalement séduit. A suivre donc … j’attends la suite avec impatience.