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Cross de Marc S.Masse

Editeur : Flamant Noir

Le petit dernier des éditions Flamant Noir a tout pour surprendre : une superbe couverture d’un homme qui court sans objectif et un sujet étonnant : un homme s’engage dans une course de l’extrême, le Grand Cross pour trouver un homme et le tuer. Inutile de vous dire que le sujet est casse-gueule. Eh bien, c’est un pari grandement réussi !

Le roman s’ouvre sur un jeune homme qui vient d’avoir son permis de conduire. Il a le droit et l’autorisation d’utiliser le coupé BMW de son père. Pour l’occasion, il roule doucement, prudemment sur la petite départementale. En face, il y a un camion, qui n’aurait pas du rouler en ce dimanche. Derrière le camion, la Mercedes Classe S roule à 180, voire 200 km/h. Quand la Mercedes veut doubler, elle ne ralentit pas, et le jeune homme, voyant une voiture face à lui, fait tout pour l’éviter mais finit par s’encastrer dans un platane. La Mercedes ne s’arrête pas et le jeune homme meurt sur le coup.

Eric Milan a tout raté dans sa vie. Policier, il a démissionné à la suite d’une bavure ou supposée comme, puisqu’il a descendu un jeune homme armé d’un couteau. Devenu détective privé, il vit d’affaires conjugales et de recherches d’animaux domestiques disparus. Et sa femme n’en peut plus et s’apprête à demander le divorce. Mais le client qui débarque dans son bureau pourrait changer sa vie.

Très élégant, il dit s’appeler M. Martin. Il s’est renseigné sur Milan, sait qu’il fut adepte de courses de fond. M. Martin veut retrouver l’assassin de son fils. Or, à coté de l’accident, il y avait une course extrême. M. Martin veut que Milan s’engage dans le Grand Cross, une course de 8 jours où il faut courir entre 60 et 80 km. M. Martin paiera les 9 mois d’entrainement intensif nécessaires. Le seul signalement qu’il a à lui donner est que l’homme était chauve avec une balafre sur la joue gauche. Mais il ne veut pas seulement le retrouver, il veut que Milan le tue. Pour 300 000€, Milan peut-il résister ?

Avec une quatrième de couverture comme cela, on se dit que le sujet est certes original, mais qu’il est surtout casse-gueule. Comment passionner le lecteur sur 265 pages avec des hommes qui courent au-delà de leurs forces ? Comment créer un personnage apte à être cohérent dans cette histoire, pour qu’on y croie ? Comment tenir en haleine le lecteur alors qu’il parcourt chaque kilomètre en souffrant ? Comment faire tenir une intrigue et l’amener à se dévoiler petit à petit pour un final évidemment surprenant ?

Eh bien, Marc S. Masse s’en sort avec les honneurs et même avec une palme ; celle d’avoir su relever tous ces challenges sans jamais en délaisser un. Le personnage tout d’abord, s’il parait attirer sur lui toutes les poisses de l’existence, reste suffisamment simple pour qu’on accepte de le suivre. Le sujet, ensuite, intrigue dès le début, et on accepte de jouer le jeu. Le rythme ensuite est soutenu malgré la monotonie de la course, et l’auteur parsème de ci de là des rebondissements qui maintienne l’attention, et qui créé une tension dans le récit. La course, elle, est remarquablement bien rendue, et l’auteur se permet même de passer en revue les kilomètres comme un best-of de la course du jour. Et le final est surprenant à souhait, un pur plaisir.

Je tiens à ajouter que l’auteur a su donner suffisamment de détails dans la préparation et dans le déroulement de la course pour être crédible. Et comme on a accepté de jouer le jeu dès le départ, on va aller jusqu’au bout, passer la ligne d’arrivée épuisé. Et donc, je décerne officiellement la palme 2018 du roman le plus original de l’année à Marc S. Masse pour son roman Cross. Car c’est un très bon moment de détente. Chapeau et merci !

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