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Xangô de Gildas Girodeau

Editeur : Au-delà du raisonnable

Antonia, le précédent roman de Gildas Girodeau, Coup de cœur Black Novel, m’avait énormément impressionné par son portrait de femme qui se découvre. A tel point que je lui avais donné un coup de cœur ! Je ne pouvais décemment passer à coté de son petit dernier Xangô. Et quand je dis petit, c’est pour ses 200 pages, car je devrais plutôt dire grand !

1er juillet 2016, Perpignan. Laurence Guéguen rentre de courses dans son petit appartement. Après des études de doctorat de psychologie, qu’elle a brillamment terminées, elle est entrée dans la police judiciaire après avoir réussi le concours d’entrée. Le lendemain, elle allait débuter sa journée par une convocation chez son chef, le commandant Meyer.

C’est un coup de téléphone qui la réveille : son collègue lui annonce qu’une voiture va venir la chercher. On leur a signalé un meurtre sur la plage de Canet. Le corps trouvé par des amoureux a été décapité, juste au bord de la mer. A coté, d’étranges symboles ont été dessinés dans le sable. Sa thèse s’appelant Crimes et symboles, elle est toute désignée pour faire partie du groupe qui va enquêter sur cette affaire. Il faut faire vite, la DGSI va bientôt débarquer, puisque tout meurtre horrible est pris en charge en tant qu’acte terroriste potentiel.

Lors du briefing au commissariat, Laurence décrit à l’équipe la signification des symboles. Un peuple de l’Afrique de l’Ouest, les Yorubas, vénère un Dieu, Olodumare, qui a envoyé sur Terre des demi-dieux. Les signes dessinés sur le sable rappellent un demi-dieu Yoruba. Laurence conseille donc à l’équipe de se mettre en chasse de meurtres identiques, devant l’absence d’hésitations concernant le meurtre ou le dessin. Et son enquête va plutôt la mener en Amérique du Sud, en Argentine …

Après Antonia, Gildas Girodeau nous offre à nouveau un superbe portrait de femme. Laurence est une femme qui se cherche, aussi bien professionnellement que personnellement. Contrairement à beaucoup de polars, elle n’est pas malheureusement, mais elle doute. Quelque soient les événements, elle hésite sans arrêt entre aller de l’avant et se laisser mener par la vie. Et on s’aperçoit que quand elle fait des choix, quand elle donne sa confiance en quelqu’un, elle se prend une belle claque.

J’aurais tendance à dire que l’auteur respecte à la lettre les codes du polar. En réalité, il joue avec, alternant les genres avec une facilité déconcertante. Avec un début typé Thriller, avec un tueur en série, on oblique dans le roman policier avec une enquête excellemment menée, emplie d’indices et de fausses pistes. Puis, on lorgne du coté du polar pour finir dans un brûlot, mettant à jour de beaux faits historiques bien dégueulasses.

Car on va peu à peu plonger dans une affaire liée à la guerre des Malouines, en Argentine, mettant face à face l’Argentine et l’Angleterre de Margaret Thatcher. Au milieu de tout cela, la France et ses missiles Exocet. Au milieu de tout cela, la France qui enverra ses meilleurs experts en torture pour soutenir la dictature sud-américaine. Au milieu de tout cela, la France, avec ses airs de respect des droits de l’homme, qui en sous-main, va officiellement soutenir l’Angleterre mais vendre des missiles au nom de l’économie et au détriment des populations.

Tout cela est officiellement connu, et Gildas va nous dévoiler quelques aspects un peu moins connus. Et il le fait avec une facilité et une évidence qui rend ce livre un grand morceau du polar. J’ai rarement lu un roman aussi court qui en disait tant, un style si fluide que la lecture coule naturellement, une tension qui, l’air de rien, augmente au fil des pages, sans que jamais, je n’ai mis en cause une scène, un passage ou une phrase. Ce roman est tout simplement génial, exactement ce que je cherche.

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Gymnopédie pour une disparue de Ahmed Tiab

Editeur : Editions de l’Aube

Découvert avec Le Français de Roseville, je dois dire que cet auteur m’interpelle par sa façon de construire ses intrigues et par son style très personnel. Avec ce roman, il confirme qu’il est un auteur à part et surtout un auteur à ne pas rater.

Boualem est un jeune homme qui veut faire business man pour s’en sortir. Sa première affaire, c’était la vente d’une paire de basket qu’il avait trouvée dans le hall d’un immeuble. Alors que l’Algérie s’enfonce dans les émeutes, le quartier d’Oran où il habite reste encore calme. Mais il se rend bien compte qu’il va devoir rejoindre la France pour poursuivre sa carrière.

Boris habite un petit appartement à Paris qu’il a hérité de Tante Rose, une amie de sa mère. Laure Sieger, sa mère, l’a abandonné alors qu’il avait 8 ans, et aujourd’hui en 2013, il s’en sort grâce à son emploi à la mairie. Il n’a pas de contacts avec les autres, si ce n’est une liaison avec Gino, le fils de la gardienne. Par hasard, il rencontre Oussama, qui lui montre une photographie de jeunes gens djihadistes, partis s’entraîner en Syrie. Sur la Photo, l’un des jeunes semble être le sosie de Boris. Serait-il son frère caché ?

Aujourd’hui, Kemal Fadil est chef de la police d’un quartier d’Oran. Son affaire en cours porte sur une série de meurtres dont les corps sont étrangement disposés. Quand on découvre le cadavre d’une femme supposée d’adonner à la sorcellerie, il suit la piste de rituels ancestraux, depuis longtemps abandonnés dans cette société qui s’est donnée toute entière à la modernité.

Indéniablement, Ahmed Tiab fait partie de ces tous nouveaux auteurs dont il faut suivre la trace. Car tout, dans ses romans, est fait avec originalité. Il y apporte sa propre touche aussi bien dans la construction que dans le style. Et il nous permet aussi d’approcher les difficultés de l’Algérie balancée entre modernité et histoire, entre politique et terrorisme. Mais tout cela n’est pas fait avec de gros sabots, et n’a pas pour but d’écrire des brûlots. Ahmed Tiab préfère prendre les faits et exposer une situation comme le ferait le meilleur des journalistes. S’il aborde le sujet du Djihadisme, ce n’est pas le sujet principal du livre, qui nous parle plutôt de la recherche de ses racines et des questions que tout un chacun se pose sur ses origines.

Ce que j’aime c’est Ahmed Tiab, c’est cette façon, l’air de rien, de construire ses personnages, et de ne jamais les juger. Il les présente dans leurs faits de tous les jours et avec une telle tendresse que l’on finit par non seulement adhérer, mais aussi s’attacher à eux. Ces trois personnages vont former une histoire qui va se culminer vers une fin non pas dramatique mais qui va répondre à bien des questions.

D’ailleurs, la construction aussi est originale. D’autres auteurs auraient alterné les chapitres passant de l’un à l’autre. Ici, Boualem aura droit à une première partie, Boris à deux parties puis nous finirons par Kemal avant d’aboutir à la conclusion. On peut avoir l’impression de lire trois histoires différentes, trois nouvelles accolées. Mais c’est sans compter sur le talent de l’auteur qui réunit le tout dans un ensemble parfaitement cohérent.

Quand je vous dis que cet auteur, vraiment à part, est à suivre, c’est aussi avec ce rythme de la narration, qui pourrait laisser penser à de la nonchalance. Mais après quelques pages, cela en devient hypnotique et on devient accroché à cette plume réellement unique et d’une simplicité que beaucoup peuvent lui envier. Je suis sur qu’après ce roman, Ahmed Tiab va nous sortir un grand livre et qu’il sera enfin reconnu. Je ne suis pas pressé, je suis patient !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude.