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20 octobre 2013 La vie est un tango de Lorenzo Lunar (Asphalte)

Voici un nouvel auteur à découvrir, pour plusieurs raisons, la première et principale étant de nous faire découvrir Cuba de l’intérieur. Lorenzo Lunar écrit avec La vie est un tango un vrai roman noir, imprégné des couleurs, des odeurs et des gens de là bas, dans ce qui est une des plus vieilles dictatures contemporaines. J’ai eu la chance d’aller là-bas, et j’y ai retrouvé la simplicité des gens, la magie des petites rues, et ce roman a eu le mérite de me montrer un envers du décor que je n’avais pas aperçu, ni perçu, même si je me rappelle avoir fortement apprécié la gentillesse de ces gens qui n’avaient rien, et qui avaient la joie de nous montrer leur maison, leurs meubles, leur télévision, en même temps qu’ils nous offraient du café. Ils n’avaient rien, si ce n’est leur cœur à offrir, leur fierté, et leur confiance dans le pouvoir qui les illusionnaient.

Il y a tout cela dans ce roman, à travers une enquête qui peut paraitre simple au premier abord. A Santa Clara, Leo Martin est un flic qui résout toute sorte d’enquêtes, allant du meurtre au vol, du trafic de drogue à la prostitution. Sauf que être flic à Cuba, c’est avancer dans le brouillard, se déplacer dans des trains qui sont arrêtés par les coupures d’électricité, c’est trouver des indices grâce aux indics, faire appel aux plus anciens pour avoir les historiques car il n’y a pas d’ordinateur.

Justement, Leo est mis sur une affaire de contrebande de lunettes de soleil. Jusque là, rien d’extraordinaire, sauf que cela l’amène rapidement sur les traces de maikel, petit truand qui s’est fait poignarder chez lui. Y a-t-il relation de cause à effet ?

Si le style de Lorenzo Lunar est résolument moderne, à cent mille lieux d’un Leonardo Padura qui a un style très poétique, il permet aussi aux générations actuelles, ivres d’efficacité et de rapidité de coller à l’histoire. Car l’enquête avance au rythme du pays, lentement, au contraire des phrases courtes et sèches. Mais l’intérêt n’est pas là, loin de là. Les personnages que nous décrit Lorenzo Lunar sont les vedettes de ce roman. Ne serait-ce que Leo lui-même qui vit chez sa mère, qui fréquente des prostituées et est séparé de sa femme.

Le peuple de Cuba que nous montre Lorenzo Lunar est explicite. C’est un peuple qui a une grande fierté et une confiance aveugle envers son pays et son gouvernement. S’il y a un meurtre, alors la police trouvera le coupable. Et bien que ce soir un pays communiste, on découvre un pays où les gens ont succombé au plaisir de l’argent facile. Un des exemples qui m’a marqué est la réflexion qu’un des personnages donne à Leo : Auparavant, une fille qui se prostituait était chassée de sa famille, répudiée, bannie. Aujourd’hui, ses parents lui font payer un loyer, et avec l’argent, ils se pavanent dans des habits tous neufs.

“Le quartier est un monstre, la vie est un tango.” Et ce livre est excellent. Une nouvelle fois, les éditions Asphalte ont trouvé un auteur qui nous parle de sa ville, de ses gens, de sa vie, de son pays. Et Lorenzo Lunar, derrière une enquête policière et bien noire, nous montre l’envers du décor, sans remords, sans revendication, mais avec une ouverture d’esprit et une honnêteté qui forcent le respect. C’est un livre attachant comme peuvent l’être les gens de là-bas, un livre qu’il serait dommage de rater, sous prétexte que Cuba c’est loin de chez nous. Au contraire, ouvrez vous l’esprit et allez donc faire un voyage dans les petits quartiers d’une petite ville de Cuba, vous ne le regretterez pas.

Les brumes du passé de Leonardo Padura (Points Seuil)

 Brumes du passé

 

Voici une nouvelle lecture dans le cadre de Meilleurpolar.com organisé par les éditions Points. Si je connais Leonardo Padura pour en avoir quelques uns qui traînent, je n’avais jamais lu de roman de cet auteur cubain.

Mario Conde a quitté la police et s’est reconverti en bouquiniste, à la recherche de romans qu’il vendra à des libraires cubains ou américains. Son immense érudition dans le domaine littéraire lui permet de mettre une valeur sur chaque livre qu’il découvre. Comme Cuba traverse une crise sans précédent, amenant la famine dans les familles, le Conde arpente les villas luxueuses à la recherche de la perle rare.

Mario Conde débarque par hasard chez Dionisio et Amalia Ferrero. Il doit estimer la valeur de leur bibliothèque. Ceux-ci pâtissent de la crise et n’ont plus rien à manger. Le Conde apprend que la maison appartient en fait aux Montes de Oca, et qu’ils attendent des nouvelles d’un des héritiers. Le Conde est ébahi devant la valeur de ces livres. Il les classera en trois types : ceux qui ont peu de valeur, ceux qui ont une grande valeur et ceux qu’il ne faudrait pas vendre car ils sont inestimables.

Puis, entre deux volumes, Le Conde trouve la photographie d’une femme, Violeta del Rio. Cette femme était chanteuse de boléro dans les années 50, et n’a enregistré qu’un seul disque. Le Conde va chercher à en savoir plus sur cette femme, tomber sous le charme de cette voix sensuelle et désabusée, jusqu’à être prêt à laisser tomber cette impossible quête. C’est alors que Dionisio est assassiné.

Ce roman est extraordinaire ! Et pourtant, j’ai bien failli l’abandonner vers sa moitié. Mais laissez moi m’expliquer. Le roman est découpé en deux parties, comme deux faces de disques. D’ailleurs, les titres des 2 parties sont les 2 titres des chansons enregistrées par Violetta. Cette partie concerne la quête de Conde vers un passé florissant et argenté et comporte de nombreux passages sur les livres de la bibliothèque. Et j’ai trouvé cela un peu lourd, ces descriptions de plusieurs pages sur les titres de romans introuvables, avec leurs années d’édition et leur éditeur.

Et puis je suis arrivé dans la deuxième partie. Et là, je comprends tout dans la construction du roman et dans la démonstration de Leonardo Padura. Du strass de la première partie, on découvre que derrière, c’était un peu moins joli, que la révolution est passé par là, avec ses promesses, mais que ce n’est pas mieux, et que comme avant, il y a les riches et ceux qui crèvent de faim.

Mais surtout, il y a dans cette deuxième partie tout une sensibilité que je n’ai pas forcément ressentie, cette nonchalance, cette tristesse, ce sentiment que quoi que l’on fasse, le pays continue son chemin sans plus se soucier de ses ouailles. Il y a ce portrait du Conde qui, à l’image de son pays abandonné par L’URSS qui implose, se retrouve abandonné, seul, refusant toute lueur d’espoir, parce que à quoi cela peut-il bien servir ? Clairement, les dernières pages m’ont fait pleurer, et c’est bête quand on lit ça sur une plage de vacances. Alors, je vous le dis : la lecture de ce livre est exigeante, elle se mérite, mais à la fin, quelle récompense !.