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J’ai tué Kennedy de Manuel Vázquez Montalbán

Editeur : Christian Bourgois (Grand Format) ; Points (Poche)

Traducteur : Denise Laroutis

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection, et les 40 ans de Points Policier. Après Fredric Brown, voici le premier roman dans lequel apparaît le plus que célèbre Pepe Carvalho. C’est un roman pas comme les autres.

L’auteur :

Manuel Vázquez Montalbán (né à Barcelone le 14 juin 1939 et mort à Bangkok, Thaïlande le 18 octobre 2003) est un romancier, essayiste, poète et journaliste espagnol catalan, surtout connu pour ses romans policiers ayant pour héros Pepe Carvalho. Personne inclassable, il se définissait lui-même comme un « journaliste, romancier, poète, essayiste, anthologiste, préfacier, humoriste, critique et gastronome », ou plus simplement comme « un communiste hédoniste et sentimental ». Il obtient en 1995 le Prix national des Lettres espagnoles.

Issu d’un milieu modeste, Manuel Vázquez Montalbán est le fils unique d’une modiste et d’un militant du PSUC, qu’il ne connut pas avant l’âge de cinq ans, quand son père sortit de prison. Il fit des études de philosophie et de lettres à l’université autonome de Barcelone, et fut diplômé de l’école de journalisme de Barcelone. C’est d’ailleurs à l’université qu’il rencontre son épouse, l’historienne Anna Sallés Bonastre, qui lui donne en 1966 son fils unique, Daniel Vázquez Sallés, lui aussi devenu écrivain et journaliste.

Il s’engage politiquement dans les mouvements de gauche catalans, milite au PSUC et devient même membre du Comité central. Ces activités le mènent dans les prisons franquistes. En 1962, un conseil de guerre le condamne à trois ans de prison pour ses activités dans la résistance anti-franquiste. C’est dans la prison de Lérida qu’il écrit son premier essai, Informe sobre la información.

Après être sorti de prison, il commence sa carrière de journaliste dans la revue Triunfo, et collabore à plusieurs publications, telles que Siglo XX, Tele/Xprés, Por Favor. Par la suite, il écrit également dans des journaux réputés tels qu’El País, Interviú (es) ou Avui, dans lesquels il signe des articles jusqu’à sa mort.

En 1967, il publie son premier recueil de poésie, Une éducation sentimentale, suivi en 1969 de Movimientos sin éxito. La même année parait son roman Au souvenir de Dardé. Mais c’est en 1972 qu’il crée le célèbre personnage du détective Pepe Carvalho.

Montalbán a créé une des séries de roman noir les plus prolifiques de la littérature espagnole. Le personnage principal en est Pepe Carvalho, un détective privé catalan et gastronome. Il est assisté, professionnellement et culinairement, par Biscuter, rencontré dans les prisons de Lérida. Ces romans furent un moyen pour l’auteur de donner une chronique sociopolitique, historique et culturelle des quarante dernières années de l’Espagne et du monde contemporain.

On peut souligner ainsi dans Meurtre au Comité Central, de 1981, Montalbán raconte l’assassinat d’un dirigeant communiste, en pleine crise de l’Eurocommunisme du PCE. En 1993, il évoque les fastes de la Barcelone olympique dans Sabotage olympique.Il fait également part dans ces romans de ses passions, comme la gastronomie, en particulier les spaghetti.

Manuel Vázquez Montalbán reçoit plusieurs prix : le Premi Creu de Sant Jordi en 1985, le Prix national de Narration pour Galindez en 1991, le prix Europa en 1992 et le Prix national des Lettres espagnoles en reconnaissance de toute son œuvre en 1995.

Il meurt le 18 octobre 2003 d’une crise cardiaque à l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Pepe Carvalho entre en scène : détective privé nihiliste, gourmet, grand lecteur et brûleur de livres, il a pour mission de camper un tueur super entraîné, à la fois garde du corps et assassin du président américain, pour le compte de la CIA et du lobby du pétrole. Une première enquête hallucinatoire qui sape le mythe Kennedy dans une joyeuse sarabande de marionnettes, d’ellipses et de délires.

 » Un texte drôle, effronté, d’une belle force d’invention.  »

Dernières nouvelles d’Alsace

Mon avis :

Edité en 1972 mais traduit en France seulement en 1994, ce roman est le premier dans lequel apparaît le personnage de Pepe Carvalho. N’en ayant lu aucun, c’est donc une totale découverte mais ce n’est probablement pas celui par lequel il faut commencer. En effet, Pepe Carvalho apparaît (ou pas) comme l’assassin de Kennedy, et l’histoire est racontée par le garde du corps le plus proche du président et de sa famille.

En réalité, il n’y a pas d’enquête, juste un meurtre qui survient vers la fin du roman (il est dans le titre), et entre temps beaucoup de férocité envers la famille que tout le monde adule, regrette, vénère. C’est surtout un roman en forme de véritable charge contre les Etats-Unis, ce royaume du paraître, du rôle de gendarme du monde alors qu’ils ne cherchent à servir que leurs propres intérêts.

Sur la base de photos, l’auteur a imaginé ce que pourrait être la vie des Kennedy, les montrant plus attirés par leur image, les détaillant dans toute leur futilité. Et Manuel Vázquez Montalbán n’y va pas de main morte, mêlant des scènes d’une drôlerie féroce, d’un ridicule irrésistible, au milieu de scènes délirantes, comme si tout le monde était sous l’emprise d’une substance illicite.

Pepe Carvalho n’apparaît ici que comme une ombre, une personnalité inquiétante et menaçante. Tout le roman est écrit comme le journal du Garde du corps du couple présidentiel et à ce titre, il nous décrit des choses renversantes, scandaleuses. Jackie par exemple est plus impliquée par l’architecture d’un palais, JFK étant montré comme un superficiel pantin qui déteste ses enfants. Et tout ce ramdam est justifié au nom de l’anticommunisme primaire !

Je ne suis pas sûr que ce soit le bon roman à lire pour aborder l’œuvre de Manuel Vázquez Montalbán. Et personnellement, je vais y revenir avec une autre enquête. Car si je me suis beaucoup amusé avec celui-ci, je pense qu’il y a tant d’autres aspects à découvrir avec cet auteur. A suivre donc …

Cool killer de Sébastien Dourver

Editeur : Editions de la Martinière

Normalement, je n’aurais pas parlé de ce roman, s’il n’y avait des thèmes qui m’ont interpellé. C’est un premier roman, et l’auteur, qui travaille dans les média, a montré toute sa passion dans ce sujet.

Alexandre Rose rentre chez lui, retrouver sa femme et ses enfants qu’il n’aime pas. Quand un adepte de la trottinette arrive en face de lui, il fait un petit pas de coté et lui assène un coup d’épaule. Le passager perd l’équilibre et tombe sur la voie chaussée, au moment où un camion arrive et l’écrase. Alexandre jette un coup d’œil, vérifie qu’on ne l’a pas vu et rentre chez lui, comme si de rien n’était.

Sur les chaines d’information continue, Infononstop tient le haut du pavé. Une journaliste stagiaire l’appelle au téléphone pour avoir son témoignage. Elle a surement eu son numéro grâce à la police. L’accident a été filmé par des touristes et la vidéo a été vue par des millions de personnes. Immédiatement, il vérifie qu’on ne le voit pas sur la vidéo et se rassure. D’ailleurs, il aimerait bien en savoir plus sur cette journaliste, Clothilde Collard.

Alexandre Rose est un génie de l’informatique, et travaille dans une entreprise qui propose aux internautes des liens ou vidéo en les adaptant à leurs goûts et leurs besoins, à l’aide de l’algorithme génial qu’il a créé. Il décide de démissionner et de créer un forum où les gens peuvent se lâcher en écrivant des scènes de meurtres envers les gens qu’ils n’aiment pas. Il appelle son entreprise Cool Killer. Quand des meurtres reproduisent ce que les internautes, son succès est immédiat. Mais son objectif est d’aller bien au-delà.

Ce roman est le genre de roman où on est clairement dérangé, mis à mal dans notre confort. D’un style méchant et hargneux, il pousse le vice jusqu’à nous mettre dans la peau de complices de ses inactions. Entendons nous, Alexandre Rose ne va pas se salir les mains et faire agir les autres en les manipulant. Et cela devient une manipulation qui va bien au-delà de ce que l’on peut imaginer.

Clairement, ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains, et flirte souvent avec la ligne jaune. Entre apologie de la violence et dénonciation de l’utilisation d’Internet, voulue ou non, l’auteur va dérouler son intrigue en flinguant Internet mais aussi les politiques et les médias. Et son explication est, je dois l’avouer, convaincante ; c’est bien ce qui est inquiétant dans ce roman.

Aujourd’hui un site qui est capable de récupérer toutes vos données, vos photos, vos vidéos, peut vous proposer l’objet idéal que vous cherchez. Laissez aller votre imagination … le voisin qui vous fait chier, vous les mettriez bien dans une fosse emplie de crocodiles. Ce roman montre et démontre toute l’inhumanité du monde quand on lui donne l’occasion de se lâcher et d’effacer toutes les limites.

C’est un roman extrêmement dérangeant, qui rappelle Fight Club de Chuck Palaniuk par son coté anarchiste. Le monde est en pleine décadence et il faut mettre un gros coup de balai. Celui qui va s’y atteler s’appelle Alexandre Rose et ce roman sulfureux fait froid dans le dos, ne se posant aucune limite dans l’horreur sans pour autant avoir une scène gore. Il laisse juste notre imagination imaginer l’inimaginable. Je ne peux pas dire que j’ai aimé, mais je l’ai lu très vite, il m’a fait réagir et je ne risque pas de l’oublier. Car j’en ai retiré beaucoup de questions dérangeantes. Avis aux amateurs …

Vermines de Romain R.Martin

Editeur : Flamant noir

Avouez qu’avec un titre pareil, un auteur inconnu et une couverture qui fait froid dans le dos (bon, je vous l’accorde, le chien nous tourne le dos !), vous n’auriez jamais eu l’idée de lire ce roman. Bien que j’adore les textes choisis par Nathalie, l’éditrice à la tête des éditions du Flamant Noir, j’étais comme vous, cher lecteur de passage. Il y a bien eu d’excellents avis sur les blogs mais cela ne fut pas suffisant. Et puis, Richard, le Concierge Masqué a sélectionné ce roman dans le Grand Prix de la Découverte, prix qui récompense un premier roman. Là, je ne pouvais faire autrement que me lancer dans la découverte d’un nouveau talent original. Donc, direction mon marchand de journaux / libraire et Hop ! Aussi dit, aussitôt fait ! Livre acheté, livre lu. Comment vous dire en trois mots ce que j’en pense ? Ah oui, ça y est, j’ai trouvé : NOM DE DIEU !

Dans un petit village de la Creuse, à Bourganeuf, Arnaud a ouvert une boutique de taxidermiste. Entre ceux qui veulent conserver un souvenir de leur animal de compagnie, ceux qui veulent empailler leur trophée de chasse et ceux qui cherchent une décoration de mauvais goût pour leur salon, il a beaucoup de travail, et se fait aider par Pascalin, un jeune homme au cerveau lent (et pas un cerf-volant).

Quelques jours auparavant, Arnaud a recueilli chez lui un chien, un labrador, qu’il a appelé Einmal (Une fois, en Allemand). Quand il se réveille ce matin-là, c’est pour apprendre que son animal s’est retrouvé écrasé par une armoire normande, qui s’est effondrée. Ce n’est pas tant le fait qu’il perde un compagnon, mais plutôt l’étrangeté du fait qui lui laisse à penser que quelque chose commence à dérailler dans sa vie.

Maltraitant Pascalin, par de petites remarques assassines, Arnaud profite de sa présence à tous points de vue. La boutique appartient en fait à Pascalin et il lui fait faire toutes les tâches ménagères sans jamais un mot réconfortant. Alors qu’Arnaud s’essaie aux cigarettes de Pascalin, aux douces odeurs de drogue douce, il se réveille en s’apercevant que l’armoire et Einmal ont disparu. Les faits étranges ne font que commencer à apparaitre. Mais quelle est donc la machination dont il est victime ?

Dans ce premier roman, Romain R.Martin construit son personnage en se laissant guider par ses actes et les événements qui vont lui tomber dessus. Indéniablement, il a choisi de le rendre désagréable, et on le déteste quand il maltraite Pascalin, on le déteste quand il dénigre ses contemporains, on le déteste quand il est odieux. Mais il est indéniable que l’on se prend à éprouver une sorte de compassion devant toutes les mésaventures qui lui arrivent. Car on a beau ne pas aimer quelqu’un, le lecteur que nous sommes reste humain. Et devant un malheur, nous ne pouvons rester insensibles.

Certes ce sont de petits malheurs mais ils vont prendre de plus en plus d’importance, devenir de plus en plus noirs et dangereux (Notez que je fais un effort pour en dire le moins possible sur l’intrigue !). Jusqu’au dénouement final qui va prendre tout le monde à revers et qui fait que ce roman est vraiment à part, original dans son sujet et son traitement.

Romain R.Martin choisit un style cynique jusqu’au bout des ongles, méchant même, en rajoutant toujours un peu plus. Et même malgré cela, malgré son coté hautain envers les autres, on s’inquiète, on s’interroge. C’est remarquablement bien fait et pour un premier roman, c’est un sacré tour de force. Si l’on ajoute qu’en chaque tête de chapitre, l’auteur nous offre des citations des plus grands auteurs littéraires, cela devient du divertissement haut de gamme. A quand le prochain ?

Ne ratez pas les avis de l’Oncle Paul, Jean le Belge et Marie-Nel

Froid comme la mort d’Antonio Manzini

Editeur : Denoel – Sueurs froides

Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza

Voici la deuxième enquête de Rocco Schiavone, vice-préfet à Aoste après l’excellent Piste Noire. Pour résumer mon avis, dans ce deuxième roman, on prend les mêmes recettes que le premier et on enfonce le clou. Je vous offre le tout début du roman qui donne le ton et montre l’humour cynique que j’adore :

« C’était le mois de mars, où les journées offrent des instants de soleil et la promesse du printemps à venir. Des rayons encore tièdes, souvent fugaces, qui colorent le monde et ouvrent à l’espoir.

Mais pas à Aoste. »

Irina, originaire de Biélorussie, vit de ménages qu’elle fait chez les gens soit âgés, soit fortunés. Elle est amoureuse d’Ahmed, originaire d’Egypte, et espère bien qu’il l’épousera. Ahmed a un fils, Helmi, de 18 ans, qu’elle accepte volontiers. Arrivée chez les Baudo, la porte de l’appartement est ouverte. Inquiète, elle entre et voit le désordre qui y règne. Elle comprend qu’il vient d’y avoir un vol. Puis, elle imagine que les voleurs sont peut-être encore là ! Alors, elle ferme la porte d’entrée à clé et se jette dans la rue en hurlant comme une damnée … Jusqu’à ce qu’elle rencontre un adjudant de l’armée en retraite qui promène son chien aveugle.

Rocco Schiavone a un gros problème : la femme avec qui il passe quelques nuits, Nora, va bientôt fêter son anniversaire. Il doit donc trouver un cadeau qui ne l’engage pas trop, mais qui lui fera plaisir. Quand ils reçoivent l’appel téléphonique, Rocco et son adjoint Italo foncent Via Brocherel. L’appartement est en effet en grand désordre. Un téléphone portable est en miettes dans la cuisine. La porte de la chambre est fermée mais pas à clé, et plongée dans la pénombre. Rocco actionne l’interrupteur quand les plombs sautent : il y a eu un court-circuit. Quand Italo propose d’ouvrir les volets, ils découvrent Ester Baudo pendue. Si on peut penser à un suicide, Rocco se demande comment une personne peut, après son suicide, fermer les volets et éteindre la lumière. Assurément, Rocco a devant lui un emmerdement puissance 10.

Il suffti de lire le premier paragraphe pour être conquis par le personnage de Rocco Schiavone, ce vice-préfet (équivalent de commissaire chez nous), doué d’une déduction et d’une intuition hors norme et qui traite ses contemporains comme des moins que rien. Cela donne des remarques méchantes, des situations drôles et des dialogues parfois décalés parfois cyniques. Le roman comporte une intrigue construite avec toutes les qualités que j’avais aimé dans le premier : un meurtre, une énigme difficile à résoudre, des indices semés au long des 250 pages du livre et une résolution toute en logique.

A cela, on ajoute ce formidable personnage à la fois méchant et attachant. On en apprend un peu plus sur son passé, ou du moins sur la raison pour laquelle il a été muté à Aoste, au milieu des montagnes, les pieds enfoncés dans la neige qu’il déteste. On a aussi droit à un personnage dont on creuse un peu plus la psychologie, sa soif de justice et la tentation de la vengeance à tout prix, ainsi que la loyauté envers ses amis. Bref, cela peut sembler classique, mais quand c’est aussi bien fait et bien écrit, cela donne du pur plaisir. Je tiens aussi à signaler l’excellent travail de la traductrice qui arrive à rendre aussi bien tout l’humour des situations et du personnage. Bravo !

Travailler tue ! de Yvan Robin (Editions Lajouanie)

Ce roman est l’occasion d’épingler un nouvel auteur sur Black Novel. Et même si ce n’est pas un premier roman, c’est une découverte en ce qui me concerne. Travailler tue ! est le deuxième roman de l’auteur, sur le thème du Burn-out, avec un titre qui claque. A découvrir, à déguster, pour rire jaune.

Dans une ville imaginaire nommée Neuville. Nous sommes dans un chantier de Travaux Publics. Les hommes s’affairent pour avancer dans la construction d’un gigantesque portique. Ils posent les armatures en acier, quand l’un d’eux tombe et s’embroche. Le filon d’acier le transperce de part en part. Le chef de chantier appelle immédiatement au téléphone son responsable. Quelques minutes plus tard, un homme débarque, et sans sortir un mot, déplace le corps, met des embouts de protection sur les tiges d’acier et demande au chef de chantier de signer un mot stipulant que les règles de sécurité étaient respectées. S’il signe, alors l’homme appellera les secours.

Hubert Garden est cet homme. Il est chargé de faire respecter les règles de sécurité. A chaque fois qu’il fait un audit, il rappelle aux ouvriers qu’il faut porter les équipements de protection. Pour eux. Pour l’entreprise aussi qui risque de payer des charges supplémentaires en cas d’accident. Mais la direction décide de fixer un objectif intenable, un chiffre extrêmement faible en termes d’accidents. Hubert ne peut tenir ce chiffre et décide de faire l’inverse : provoquer des accidents.

Ce roman est un pur roman noir, ou du moins devrais-je dire un pur roman cynique. Car malgré son ton sérieux, malgré son sujet difficile voire brulant, on ne l’apprécie qu’en le lisant au second degré. C’est comme cela que l’on découvre à la fois une situation qui pourrait se révéler réelle, mais aussi l’hypocrisie entre des objectifs de rentabilité et la sécurité des ouvriers qui n’est finalement rien d’autre qu’un indicateur et un facteur de marge financière.

Et donc nous allons assister à un véritable burn-out, où le personnage principal va pêter un câble (trait d’humour involontaire, quoique …) et entrer dans une démarche de destruction dirigée à la fois contre son entreprise, le système et enfin, lui-même. Nous assistons donc à une véritable descente aux enfers, où Hubert fait preuve de créativité dans les messages qu’il passe, bénéficiant d’une position où il peut leur faire faire n’importe quoi ou bien en faisant tout bonnement du sabotage.

En parallèle, nous avons la femme d’Hubert, qui est aide soignante dans un service de gériatrie. Elle aussi, à son niveau, se rebelle contre sa fonction et finit par s’enfermer dans la lecture de magazines inutiles, ou dans la contemplation de séries télévisées montrant des gens vivant une vie idéale. On se retrouve alors avec une galerie de personnages qui nous montrent une société avant tout gérée par l’image que l’on renvoie, qui doit être lisse et politiquement correcte.

Avec son ton sérieux, ce roman remarquablement bien écrit, serait un pur joyau qui rappelle le film Chute libre (cité en quatrième de couverture) sans son coté raciste. Il y a juste certains passages que j’ai trouvés un peu bavard et qui m’ont détourné du véritable sujet du roman. En tout état de cause, je vous conseille très fortement ce roman, décidément pas comme les autres, et qui mérite autant de succès que les Visages écrasés de Marin Ledun.

Ne ratez pas l’avis de Jean le Belge

La palette de l’ange de Catherine Bessonart (Editions de l’aube)

Après Et si demain Notre-Dame, son premier roman, j’étais curieux de lire son deuxième opus tant j’avais aimé son personnage principal Chrétien Bompard pour son cynisme et sa façon de détailler les travers de notre société. Ce roman est plus sérieux mais se distingue par la façon de mener son intrigue.

Un homme est retrouvé dans un sex-shop en plein Pigalle, assassiné de deux poignards dont les manches sont en verre ciselé et de couleur différente.

Chrétien Bompard trouve dans une forêt proche d’Orléans le corps d’un jeune homme qui s’est pendu. Alors que le corps est encore chaud, il cherche à le sauver mais échoue. Il n’entend pas qu’on vient derrière lui et reçoit un coup sur la tête.

Le commissaire va enquêter sur le mort de Pigalle, et obtient des indices qui le mènent vers un géant de plus de deux mètres. Or, une empreinte de pied dans la forêt est d’une taille de 50.

Et si ces deux affaires étaient liées … Quand d’autres meurtres sont perpétrés, l’énigme devient plus complexe et remonte dans un passé pas si lointain.

Là où le premier roman faisait la part belle aux personnages, plus décalés et déjantés les uns que les autres, où il nous permettait de faire la connaissance d’un commissaire bourru et irascible, parce qu’il avait décidé d’arrêter de fumer, où il nous assénait des réflexions bien senties sur les travers de notre société de consommation et les mauvaises petites habitudes des uns et des autres, ce deuxième opus nous fournit peu ou prou la même chose … mais différemment.

Le personnage Chrétien Bompard, qui nous gratifiait de remarques droles, cyniques et acerbes se retrouve en personnage tout le temps de mauvaise humeur. Je trouve qu’on y a perdu un peu au change. Mais on y a gagné du coté du style et de la construction de l’intrigue. Car le style s’est affermi, se faisant plus précis, plus efficace et l’intrigue est un véritable puzzle où l’auteure nous emmène exactement là où elle le veut.

Catherine Bessonart manipule le lecteur en ne nous montrant que le point de vue de Bompard, et en faisant avancer l’enquête par des séances de « brainstorming » qui concentre notre attention sur les idées données par les personnages et non pas sur la globalité de l’intrigue. Et ça marche très bien, on ne se rend compte de rien, on sourit, on rit lors de ces séances, et après coup, on se dit que c’est très bien fait, que les dialogues sont très réalistes et que l’on a passé un très bon moment en compagnie de Bompard, Machnel et Grenelle.

Voilà donc un nouveau personnage récurrent qu’il va falloir suivre, tant l’auteure tient toutes ses promesses, tant cette intrigue tordue nous amène à un dénouement ignoble dont on n’aurait pas eu la moindre petite idée en entamant le roman. Chapeau, Madame Bessonart, vous m’avez bien mené en bateau !

Oldies : Un petit boulot de Iain Levison (Liana Levi – Piccolo)

Iain Levison, c’est un auteur que je n’ai jamais lu, alors que j’ai tous ses livres chez moi. La réédition de Un petit boulot pour fêter le numéro 100 de la collection de poche Piccolo de Liana Levi est une bonne occasion de commencer à découvrir l’œuvre de cet écrivain. Ce roman est sorti aux Etats Unis en 2002 sous le titre Since the layoffs (littéralement Depuis les licenciements), et en France en 2003. C’est un roman toujours d’actualité, d’une modernité incroyable. Un grand merci à Amélie et mon dealer de livres Coco.

L’auteur :

Après avoir vécu avec sa mère célibataire dans un taudis d’Aberdeen, il part vivre aux Etats-Unis en 1971. Il poursuit sa scolarité à Philadelphie, où il évolue dans les quartiers huppés de la ville. Il retourne en Angleterre pour effectuer son service militaire, mais supporte très difficilement son affectation en Afrique de Sud. De retour à Philadelphie (après 10 mois de chômage à Glasgow), il monte sans succès une société de cinéma, puis devient travailleur itinérant. Pendant 10 ans, il enchaine ainsi des dizaines de petits boulots. Cette longue expérience lui inspire un récit autobiographique. (Source Dictionnaire des littératures policières)

Quatrième de couverture :

Une petite ville américaine ravagée par la fermeture de l’unique usine. Un héros qui perd non seulement son travail, sa télé, son aspirateur, mais aussi sa petite amie. Pour ne pas perdre aussi sa propre estime, il est prêt à accepter n’importe quel «petit boulot», y compris celui qu’un bookmaker mafieux, lui propose… Un portrait au vitriol de l’Amérique des laissés-pour-compte.

Mon avis :

Ce roman est écrit à la première personne du singulier, au présent. On y suit Jake Skowran qui habite dans une petite ville des Etats Unis, ravagée par le chômage depuis que la seule usine du coin vient de fermer ses portes pour délocaliser le travail au Mexique. Jake essaie de survivre en vivant du peu que lui versent les assurances chômage. Depuis, il a été obligé de vendre sa voiture, s’est séparé de sa copine, et a arrêté son abonnement au câble. Petit à petit son appartement se vide, et il lui reste tout juste assez d’argent pour payer son loyer. Alors parfois il parie sur les matches de football.

Son pote de toujours Tommy lui propose un poste de caissier de nuit dans la station service Gas’n’Go, payé 6 dollars de l’heure, de quoi s’acheter à manger. Puis Ken Gardocki, le dealer de drogue et bookmaker lui propose un marché. Si Jake tue la femme de Ken, il sera payé 5000 dollars. Jake accepte et s’aperçoit même qu’il aime ça. Il va devenir le tueur attitré de Ken.

De ce roman, je retiendrai la rage de Jake et l’intrigue décalée, à la limite de l’humour cynique. Car ce personnage est bigrement marquant, et on suit ses pensées à propos de tout et de rien, mais avec une lucidité moderne et actuelle. Alors si l’intrigue et les différents meurtres qu’il doit réaliser est la trame du roman, elle devient vite secondaires devant certaines scènes dont qui sont frappantes. Je vous citerai par exemple celle d’un salarié de sa banque qui lui dit qu’il est au courant qu’il est sans travail mais qui veut savoir quand il va rembourser son découvert.

La morale de ce roman force à réfléchir, tant elle est comiquement amorale. L’auteur dénonce la course aux profits des entreprises, rendant la société amorale, rendant les gens toujours plus individualistes. Le personnage principal est en rage, et comme la société est amorale, il ne se pose pas de questions et justifie ses actes par sa survie dans une société inhumaine. Avec ce roman, Iain Levison fait une entrée fracassante dans le monde du roman noir, et au travers d’une intrigue amusante, se pose en porte parole des laissez pour compte, des oubliés du Rêve Américain. Ce roman est une lecture importante, d’une actualité confondante.

Le poil de la bête de Heinrich Steinfest (Carnets Nord)

J’avais raté ses deux premières parutions en France, à savoir Requins d’eau douce et le onzième pion, malgré le bien que j’en ai lu ici ou là, sur l’humour loufoque et déjanté qui fusent au travers des pages. Voici donc mon rendez vous avec cet auteur autrichien à l’univers si particulier.

Anna Gemini est une belle blonde discrète, mère célibataire, devenue tueuse à gages pour assurer une vie un peu plus confortable à son fils Carl, adolescent handicapé dont elle ne se sépare jamais. Anna s’impose deux principes en guise de morale : elle part toujours en mission avec son fils, et ses victimes doivent s’acquitter elles-mêmes du prix de leur élimination.

Au cours d’une rencontre pour le moins étrange et amusante, elle fait la connaissance d’un employé de bureau, fonctionnaire dans un service qui n’a plus de travail. A moitié agent secret, à moitié truand à la petite semaine, Kurt Smolek, autrichien de son état va lui servir d’intermédiaire et lui trouver les contrats à remplir. La seule mission qu’Anna va accomplir sans Smolek est l’assassinat d’un diplomate norvégien pour le compte de sa femme.

Il s’appelle Markus Cheng et il est détective privé. Il incarne le flegme viennois avec un physique de Chinois, et ne se sépare jamais de son chien Oreillard incontinent. Cheng a perdu sa femme et un bras au cours d’une enquête précédente. Il va se retrouver à enquêter sur le meurtre de ce diplomate autrichien.

Tous ces personnages vont se rencontrer, chercher, courir, deviser sur la vie, leur vie et ce qui les entoure. Dire que ce roman est particulier est un euphémisme. Car si on peut penser à un roman policier, il s’agit plutôt d’un roman qui n’appartient à aucun genre mais qui en créé un à lui tout seul : celui de roman philosophique policier humoristique cynique bizarroïde intelligent.

A la façon d’un Samuel Beckett, qui dans En attendant Godot nous décrit deux personnages qui attendent un événement (l’arrivée de Dieu) qui n’interviendra jamais, Heinrich Steinfest prend trois ou quatre personnages principaux et les fait aller d’un endroit à l’autre, courant à la recherche d’un secret qu’ils ne trouveront jamais (la recette de l’eau de Cologne) pour mieux regarder par le bout de la lorgnette le monde actuel et en profiter pour deviser sur l’homme dans le monde et son inutilité, cela avec un cynisme de fort bon aloi.

Je vous livre d’ailleurs la citation écrite en quatrième de couverture pour vous faire une idée : « C’est triste à dire mais en Autriche, il faut toujours que les nazis se montrent pour qu’il se passe un peu quelque chose. »

Je me rappelle en terminale que nous avions lu en classe Le château de Franz Kafka. J’avais adoré ce roman, et j’avais été le seul dans la classe à trouver cela un formidable roman d’humour absurde. C’est exactement le cas pour ce roman : J’y ai trouvé du Desprosges pour le coté absurde, du Pierre Dac pour l’humour de certains dialogues, du John Irving dans les scènes à plusieurs personnages. Mais j’ai surtout pensé à Franz kafka pour la similitude du sujet et sa façon froide et désintéressée d’analyser la société et ses contemporains. Je dois vous prévenir que la lecture n’est pas aisée, qu’il faut parfois s’accrocher mais le résultat est à la hauteur : c’est de la grande littérature gentiment loufoque.

Avis d’obsèques de Michel Embareck (L’Archipel)

J’avais entendu parler de Michel Embareck, et c’est donc avec avidité que je me suis jeté sur le petit dernier, Avis d’obsèques paru aux éditions de l’Archipel. Et même si je savais à quoi m’attendre, j’ai quand même été surpris … en bien.

Alors que la petite ville de Saproville-sur-mer se réveille doucement, un petit événement va faire dérailler les rouages de cette petite ville de province sans histoire. Alors que les policiers font leur tournée d’habitude sans histoires, ils voient le corps d’un homme alongé devant les grilles du jardin Balzac. Imaginer un SDF que les gens pourraient découvrir dépasse l’entendement des deux flics. En s’approchant, c’est bien le corps d’un homme mort, abattu d’une balle dans la tête qu’ils découvrent.

Et comme un malheur n’arrive pas seul, c’est le corps du PDG de France-Ocean, le principal journal régional du coin qui git ainsi. Tout le monde le connait, Fabrice Kerbrian du Roscoät, le fils du père qui a repris les rênes du journal depuis que son père a pris sa retraite. D’ailleurs, il ne s’est pas gêné pour laisser libre cours à ses envies de luxe, mettant quasiment le journal sur la paille. Toute la smala de la ville, du département et même de la nation se penche sur la résolution de ce meurtre dans une ville qui a toutes les qualités pour montrer patte blanche aux touristes.

En parallèle, Victor Boudreaux se remet lentement d’un AVC qui a l’avantage de l’avoir guéri de ses migraines mais qui le handicape dans ses activités de tous les jours. A la fois détective privé et arnaqueur sans morale, il est ennuyé par des représentants d’une société d’assurances qui lui disent que sa nièce Joliette, qui habite à la Nouvelle Orléans serait impliquée dans un vol d’objets religieux. Et c’est son nom qui est utilisé pour les envois de France aux Etats Unis des fameux objets du culte.

Accrochez-vous, serrez-bien les ceintures de sécurité, car cette lecture va vous secouer les méninges et vous dérider les zygomatiques. Car même si on peut s’attendre à du cynisme à grande échelle en allant voir les avis des blogueurs sur les précédents romans de Michel Embareck, les salves de remarques acerbes et autres descriptions généreusement imagées m’ont forcé à sourire, rire, voire m’esclaffer devant tant d’immoralité. Il faut juste aimer cela … et j’adore !

Ici, on a droit à de l’humour fortement politiquement incorrect, mais c’est aussi et surtout parce que les personnages sont tous sans exceptions d’une bassesse sans nom. Tous ont des raisons pour se motiver à être des escrocs à la petite semaine, pour essayer d’obtenir un petit gain d’une situation, pour améliorer leur quotidien au détriment du voisin. Et personne n’échappe au massacre, du PDG du quotidien régional au commissaire de police, du procureur au syndicaliste, tous tirent leur couverture à eux, pour grappiller quelques grammes d’une poussière sur le dos d’un autre, tous sont alignés consciencieusement par Michel Embareck avec un aplomb et un cynisme fantastique.

Tous les personnages sont ignobles, détestables essayant de faire avancer leurs petites magouilles pour s’approcher de leurs petits objectifs et d’améliorer leur petite vie. Et Michel Embareck arrive à nous faire prendre suffisamment de recul pour que l’on arrive à regarder l’actualité sous un autre jour. Et pour le coup, ça fait du bien de rigoler, guidés que nous sommes par la plume virevoltante et acerbe de cet auteur au grand talent.

Alors ça flingue, toujours avec humour, c’est bête et méchant mais c’est redoutablement bien écrit. Le premier chapitre, qui décrit cette petite ville de province tranquille où il ne faut pas faire de vagues est tout simplement génial, et donne le ton pour tout le roman jusqu’à la dernière ligne. Et si l’on ajoute une intrigue menée au cordeau, ce roman fait indéniablement partie des très bons moments de lecture en cette rentrée littéraire.

Ne ratez pas les avis unanimes de l’ami Claude , de l’ami Paul et de l’ami Yan, ainsi que le mot de l’auteur sur Livresque du noir.

Totally killer de Greg Olear (Gallmeister-Americana)

Après le billet de Richard, il fallait bien que je lise ce roman, qualifié de politiquement incorrect. Avec un sujet dont l’idée, déjà vue, se révèle intéressante, cela faisait suffisamment de raisons pour découvrir Greg Olear.

Todd Lander se souvient. Il lui aura fallu 18 années pour oser coucher sur papier la vie qu’il a connue en 1991. A l’époque, il venait de finir ses études, rêvait de travailler dans le show business comme acteur ou comme scénariste. 1991, c’est aussi la guerre du Golfe, le père Bush aux commandes du pays et la crise économique qui laisse sur le carreau toute une génération de jeunes gens diplômés, ce qui créé chez eux une haine des baby-boomers.

En 1991, Todd vit de petits boulots, et partage son appartement avec Taylor Schmitt, une jeune femme belle et excitante, bourrée d’ambition. Taylor veut travailler dans le monde de l’édition et fait tous les bureaux de placement. Mais la réponse est toujours la même : « laissez nous votre adresse et on vous écrira ». Un matin, elle trouve une invitation d’une nouvelle agence Quid pro quo, dont le slogan est : « Un job pour lequel vous seriez prêt à tuer ».

Chez Quid pro Quo, elle rencontre Asher Krug, un cadre très élégant dont elle s’éprend. Du jour au lendemain, Taylor est placée chez un éditeur, pour un salaire beaucoup plus élevé que ce qu’on lui propose ailleurs. Elle est immédiatement en charge de la promotion d’un nouveau roman. Quid pro quo lui demande en contrepartie de ce travail, 20% de son salaire et une tâche et une seule : le licenciement d’une personne, c’est-à-dire l’assassinat de celle-ci.

A lire tous les billets qui fleurissent sur le net à propos de ce livre, on finit par se faire une idée préconçue de l’intrigue. Je dois dire que j’ai été un peu surpris, je m’attendais à un roman à l’humour débridé, très cynique et inconvenant. J’y ai plutôt trouvé un premier prometteur, une belle analyse de société et un auteur qui sait faire vivre ses personnages et qui sait sacrément bien écrire.

Car si le sujet est annoncé en quatrième de couverture, à savoir pourquoi ne pas tuer nos aînés pour que les jeunes aient du travail, j’ai trouvé un intérêt ailleurs dans cette intrigue : un très beau portrait de jeunes gens perdus face à leur entrée dans le monde du travail. Que ce soient Todd ou Taylor, nous avons deux personnages vivants, confrontés à leurs incertitudes, leurs doutes, leurs difficultés de tous les jours. Les Américains sont très forts quand il s’agit de parler d’eux-mêmes, mais quand c’est un premier roman, ça force le respect.

Et puis il y a le contexte. Sans être lourd ou répétitif, Greg Olear nous montre comment la vie était il y a vingt ans, seulement vingt ans ! Les gens sont les mêmes, les crises économiques sont les mêmes, les gens qui cherchent du travail sont les mêmes, mais la société a évolué d’une façon incroyable. Il sait nous plonger dans le passé de façon remarquable, avec ce détachement et parfois cette petite dose de cynisme qui fait sourire.

C’est aussi une belle démonstration de la guerre des générations, qui existait avant, qui existe aujourd’hui et qui existera demain. Place aux jeunes ! Et les personnages nous font des démonstrations tellement logiques que cela dépasse le simple coup de force littéraire, et il faut une bonne dose d’humour noir pour accepter certaines phrases qui vont du pur racisme à la logique de meurtres des gens haut placés. Ce n’est pas désagréable, mais surprenant de lire cela alors que l’on sort de vingt pages « sérieuses ». C’est un livre vraiment particulier qui donne à réfléchir. Et malgré quelques longueurs et un égocentrisme appuyé, c’est un bon premier roman qui laisse augurer une oeuvre à venir intéressante de Greg Olear.

Alors, n’y cherchez pas un thriller, mais une belle plongée dans les années 90, un roman à ne pas prendre au sérieux mais avec quelques belles réflexions. Et puis, cela vous donnera sûrement envie de lire Le couperet de Donald Westlake (qui est un chef d’oeuvre, plus que le film) dans le genre cynique, Le tri sélectif des ordures de Sébastien Gendron dans le genre délirant ou Mort aux cons de Carl Aderhold pour rire et réfléchir.

De nombreux avis sont disponibles sur la toile, et parmi eux ceux des collègues Jean Marc et Jeanne. A vous de vous faire un avis.