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Le Maître des Limbes d’Olivier Bal

Editeur : De Saxus Editions

Quand on a besoin de se changer les idées, rien de tel qu’un bon petit thriller pour passer le temps. C’est ce que je me disais en choisissant ce livre, tout en étant curieux de découvrir une nouvelle plume. En cours de lecture, je me suis rendu compte en parcourant Internet que ce roman était la suite des Limbes, et que ce dernier venait de sortir en format poche chez Pocket. Ne pas l’avoir lu n’a pas gêné ma lecture.

12 juin 2008, Columbia, Maryland. Gabriel est un adolescent qui fait d’étranges rêves lors de ses crises de narcolepsie. Pour ne plus vivre ces cauchemars il fait tout pour ne pas dormir et ses résultats scolaires s’en ressentent. Il ne peut s’empêcher de repenser à l’accident de voiture qui a coûté la vie à ses parents le 27 juin 2001.

14 juin 2008, New York, Etat de New York. James Hawkins est à la tête d’une gigantesque entreprise de recherche médicale, ONIR dont l’objectif est l’étude des rêves. Ce matin-là, il reçoit un journaliste pour un exercice de communication nécessaire pour éviter que des rumeurs courent sur son compte. Heureusement, son bras droit Elias vient lui rappeler qu’il a une réunion importante.

14 juin 2008, New York, Etat de New York. Clyde est un adolescent qui navigue dans les Limbes. Il fut hébergé par ONIR avant de faire une fugue pour éviter de réaliser les actions que Hawkins lui a imposées.

18 octobre 2028, Chicago, Illinois. Lee est journaliste de presse mais aussi mère du petit Liam. Liam vient d’être atteint d’un virus appelé le virus du Marchand de sable, qui a pour conséquence d’entraîner des enfants dans un sommeil dont ils ne reviennent jamais. Elle emmène Liam à l’hôpital et décide de mener l’enquête sur cette maladie.

12 mars 1527, Château Saint-Ange, Rome, Italie. Geronimo de Aguilar. Au fin fond de sa prison, Geronimo est accusé de d’hérésie alors qu’il navigue entre deux mondes. Épuisé, fatigué de lutter pour l’humanisme, il attend sa mort. Des pas se font entendre dans le couloir de la prison.

Ce roman est étonnant. Ce n’est que le deuxième roman de l’auteur et on y lit une maîtrise impressionnante. Dans ce roman écrit de façon très fluide et simple, on va retrouver tous les ingrédients qui font qu’on n’a pas envie de l’arrêter. La multiplicité de personnages et la multiplicité des lieux n’est vraiment pas un problème : nous avons un repère en tête de chapitre. Bref, c’est un thriller dans la forme et un roman de genre fantastique dans le fond.

Le sujet va tourner autour des rêves, nous créant un monde parallèle, par lequel certains peuvent contrôler leurs congénères. Pour cela, il faut avoir des pouvoirs supérieurs. Hawkins a compris cela et a créé des sentinelles chargées de veiller sur le monde des rêves. Mais on a prédit l’arrivée d’un enfant messie. Il faut aussi ajouter que la CIA et la NSA ont bien compris que celui qui contrôle les rêves contrôle le monde. Ils se livrent une lutte sans merci, par personnages interposés.

Dans ce roman, qui peut paraître complexe, le scénario se révèle limpide, alternant entre les personnages, les périodes et les lieux avec une facilité déconcertante. Les chapitres sont courts, les dialogues efficaces, et les rebondissements nombreux. Tout ces ingrédients vont faire monter la mayonnaise jusqu’à un final qui en apothéose où le rythme va s’accélérer pour arriver à une conclusion fantasmagorique.

Si on est bien dans le genre thriller fantastique, les codes sont respectés et ce roman tient la comparaison face à des auteurs américains dont le savoir faire n’est plus à démontrer. Olivier Bal fait office d’outsider et tient la comparaison de façon étonnante. Son roman est passionnant et surtout addictif, une véritable demande à tourner les pages sans s’arrêter. Il m’a fait penser à Shadowland de Peter Straub ou Plus noir que vous ne pensez de Jack Williamson, des livres lus il y a bien longtemps et que j’avais adorés.

S’il ne révolutionne pas le genre, ce roman m’aura fait passer un excellent moment de distraction, m’aura rappelé des lectures d’adolescent et aura finalement rempli son objectif : me passionner tout au long de ses 572 pages. Et quand on pense que ce n’est que le deuxième roman de cet auteur, on ne peut que se réjouir du plaisir à venir. Une excellente découverte !

Un fruit amer de Nicolas Koch

Editeur : De Saxus Editions

La quatrième de couverture me tentait bien et après avoir rencontré brièvement l’auteur au Salon du Livre de Paris, je me devais de me faire ma propre opinion. Un fruit amer s’avère être un roman plein d’ambition et c’est une belle réussite.

Alabama, 1963. Depuis que Rosa Parks a refusé de céder sa place à un homme blanc dans un bus, de nombreuses revendications font rage aux Etats Unis. Les dernières manifestations à Birmingham ont été violentes, alors que les gens, noirs pour la plupart, demandaient pacifiquement plus de droits, plus d’égalité. Dans la ville de Woodbridge, en apparence, tout se passe bien, mais en réalité, les blancs ont instauré une violence latente qui obligent les noirs à rester dans leur quartier.

Ce matin-là, un corps de jeune fille blanche est retrouvé dans les bois qui entourent Woodbridge. Elle a été violée et battue à mort. Seules ses chaussures manquent à l’appel mais la cause de la mort est évidente. Le sheriff Conrad Francis Miller sait bien qu’il va avoir des problèmes, trouver un coupable (noir de préférence) pour éviter que la situation ne devienne intenable. Il doit agir vite aussi avant que la presse ne s’intéresse à ce cas.

Paul Wesley est journaliste dans le journal du coin, et s’occupe de faits divers. Il est un des premiers arrivés sur les lieux mais ne peut accéder à la scène du crime. Il ira voir le sheriff le lendemain, jour de l’autopsie pour en savoir plus. En rentrant chez lui, il trouve une lettre : Meredith Clarence lui dit qu’elle sait trop de choses et qu’elle se sent en danger de mort. Et si c’était son corps que l’on avait retrouvé, celui de la fille du plus grand entrepreneur de travaux publics du coin ?

Parfois, rencontrer l’auteur vous force à entamer la lecture de son livre plus rapidement que prévu. Nicolas Koch est historien de formation, et s’est intéressé à cette période des années 60 aux Etats Unis. Quand l’idée de ce roman a germé, il est devenu urgent pour lui de la coucher sur papier. Si la passion de l’auteur se trouve derrière chaque page, je trouve qu’il a bien réussi à se contenir pour se mettre en retrait d’une belle histoire fort bien racontée.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : ce roman n’est pas plat, et on y trouve certains discours où on ressent bien ce qui a passionné et passionne encore l’auteur : De quel droit se juge-t-on meilleur qu’un autre ? Qu’y a-t-il de plus ridicule que de croire que les Blancs sont supérieurs aux Noirs (ou à n’importe qui d’autre ?). Ici on plonge dès le premier chapitre dans un contexte lourd, explosif avec une situation qui ne demande qu’à dégénérer.

Au début du roman, on va être face à une dizaine de personnages, et il faudra un peu s’accrocher pour avancer sereinement dans l’histoire. C’est l’histoire de 20 à 30 pages pour bien placer chacun sur l’échiquier. Car après, la fluidité du style, sa simplicité, et l’enchaînement des situations et des réactions de chacun fait qu’il est bien difficile d’arrêter sa lecture. On ne va pas y trouver de personnage plus fort l’un que les autres, pas de situation extraordinaire, mais juste une narration magnifique d’une histoire à la fois belle et dramatique.

D’ailleurs, dans ce premier roman, on n’est pas forcément dans un polar avec ses codes et ses personnages stéréotypés. Tout y est mis au service de l’histoire. Je me demande même si les afficionados de polar ne vont pas y trouver un manque de force, de passion, de grandeur, d’ambiance. Pour moi, ce roman est à rapprocher des grands auteurs américains qui sont capables de raconter une grande et belle histoire en restant en retrait, au service de leur histoire. Pour un premier roman, c’est une superbe réussite. Et Nicolas Koch est un auteur à suivre.