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Train Bleu, Train noir de Maurice Gouiran (Editions Jigal)

A force de lire du bien des romans de Maurice Gouiran sur les blogs des copains, il était temps que je commence à en lire un. La sortie en poche de Train bleu Train noir fut une sacrée rencontre, qui va en appeler d’autres. Merci Jimmy !

1943, Marseille : Un train noir se dirige vers le nord avec à son bord plusieurs milliers de gens arrêtés.

1993, Marseille : Un train bleu se dirige vers le nord pour Munich avec à son bord plusieurs milliers de supporters de l’Ohème pour la finale de la coupe des clubs champions contre le grand Milan.

A bord de ce train, trois personnages vont faire le voyage vers Munich pour assister à ce match de football, avec un objectif en tête : tuer un haut responsable Allemand. Robert dit Bert, Michel dit la Miche et Georges dit Jo ont tout prévu, même les pistolets achetés sous le manteau et cachés dans les toilettes du train. Ils ont tous les trois connus ce fameux train noir du 23 janvier 1943, ils ont tous les trois de bonnes raisons de venger ceux et celles qu’ils ont perdu, ils sont tous les trois motivés pour réaliser cette exaction.

Encore une fois, les éditions Jigal ont dégotté un roman coup de poing, que l’on lit à la vitesse de l’éclair et qu’il est indispensable de lire. Car le sujet est de ceux qu’il ne faut pas oublier.  Maurice Gouiran nous rappelle que ceux qui ont participé de près ou de loin à ce massacre ne sont rien d’autres que des criminels. Maurice Gouiran nous démontre que la destruction du centre de Marseille au profit des promoteurs immobiliers est une exaction et que la guerre, dans ces cas là est une bonne excuse pour se faire de l’argent.

Ce roman nous fait revivre à coups de flash-back ces moments, à travers trois personnages qui ont leur propre vie, leur propre expérience, leurs propres cicatrices. Malgré leur age, ils ont gardé une rage, celle des souvenirs douloureux, ineffaçables, et nous retracent ces deux époques, l’une horrible, l’autre heureuse avec leur parlé, leur vocabulaire, leurs sentiments, leurs expressions.

C’est aussi une des grandes qualités de ce roman : nous impliquer, nous plonger dans ces moments. Ça sent la mort dans les convois, la puanteur, le malheur. Ça sent la joie, la liesse, les fumigènes dans les tribunes. Et l’auteur en profite pour nous asséner quelques avis (vérités ?) sur les messages politiques, le rôle des journaux, la règle contemporaine de la gestion d’un pays (Panem et circenses), le besoin de se faire de l’argent à tout prix, le racisme ambiant.

Ne croyez pas que je vous ai dévoilé toute l’intrigue ou tout le déroulement du livre, car la fin réserve une belle surprise, de celle qui font les grands livres, jusqu’à la dernière ligne. Alors, jetez vous sur ce roman, car sa lecture est de celle qui marque, de celle qui sont obligatoire. C’est écrit avec beaucoup de hargne, de rage, de cœur, de sentiment, de honte. Ça frappe fort, ça fait mal mais ça fait du bien.