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Novellas chez Ombres Noires

Depuis quelque temps, Ombres Noires publie des novellas, dont les thèmes sont centrés sur les livres, en général. En voici quelques uns :

 Mythe Isaac Becker

Le mythe d’Isaac Becker de Reed Farrel Coleman

Traducteur : Pierre Brévignon

Quatrième de couverture :

1944, camp de concentration de Birkenau. Les destins de Jacob et d’Isaac se trouvent scellés quand le carnet de ce dernier est confisqué par le sous-lieutenant Kleinmann. Chronique des activités criminelles du camp et des victimes des chambres à gaz, son Livre des Morts peut les conduire à leur perte. Les deux hommes tentent de récupérer le précieux objet mais, surpris par Kleinmann, Isaac est tué. Le carnet semble définitivement perdu.

Mais que sait-on réellement de Jacob et d’Isaac ? Sont-ils vraiment les héros que l’on croit ? Et si Le Livre des Morts venait à ressurgir, que dévoilerait-il ?

Mon avis :

Voilà une belle histoire, celle d’un homme déporté à Birkenau qui s’invente une histoire pour pourvoir émigrer aux Etats Unis. A travers des chapitres courts, nous allons voir comment cet homme va voir sa vie bouleversée par son premier mensonge, un soi-disant acte héroïque pour sauver un compagnon prisonnier qui avait écrit un mystérieux livre.

Cette illustration de l’histoire dans l’Histoire , des arrangements avec la vérité et la poids des mensonges est avant tout une belle histoire. Car si le style est, ou du moins m’a paru simple voire simpliste, le format court de cette nouvelle me laisse surtout sur ma faim, puisque j’aurais aimé que plusieurs situations et personnages soient développés. Du coup, c’est plutôt un sentiment de déception qui ressort de cette lecture.

Journal du parrain

Le journal du Parrain – Une enquête de Mike Hammer de Mickey Spillane & Max Allan Collins

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Quatrième de couverture :

Lorsque le vieux Don Nicholas Giraldi décède, c’est la panique à New York. Selon la rumeur, le Parrain tenait un registre de toutes ses manoeuvres et transactions crapuleuses, qu’il voulait léguer à une personne de confiance. Parce qu’il a travaillé à plusieurs reprises pour le Don, le célèbre détective privé Mike Hammer est approché par des personnes ayant tout intérêt à récupérer le précieux document.

Véritable arme de pouvoir, ce carnet pourrait mettre bien des carrières politiques en péril… Et être décisif dans l’implacable guerre des clans qui fait rage parmi les différentes familles de la mafia.

Mon avis :

C’est mon premier Mickey Spillane et je dois dire que ce polar pur jus est sympathique … sans plus. Même si cette histoire a été terminée après la mort de l’auteur par son meilleur ami, le style d’écriture semble avoir été respecté. C’est une bonne histoire, racontée grâce à six ou sept scènes, dans un style efficace où on décrit les personnages en une phrase. Il y a beaucoup de dialogue, droles avec de la répartie. Si le mode de narration a un peu vieilli, le format court permet de donner un bon rythme à l’ensemble. Pour moi, ce fut une bonne lecture, mais qui ne sera pas inoubliable. Cette novella aura au moins le mérite d’avoir suscité chez moi la curiosité de lire d’autres romans de cet auteur.

Un sale hiver de Sam Millar

Editeur : Seuil

Collection : Policier

Traduction : Patrick Raynal

Après Les chiens de Belfast et Le Cannibale de Crumlin Road, voici donc la troisième enquête de Karl Kane, le détective privé à part imaginé par Sam Millar.

Karl Kane sort de chez lui ce matin là, pour aller chercher son journal. Comme il a neigé, le chemin est glissant. Arrivé à la boite aux lettres, il voit un chat grignoter un doigt humain, au bout duquel il voit une main. Ni une, ni deux, il fout un coup de pied au chat pour récupérer la main. Mais ce faisant, il glisse et se retrouve sur le cul … juste au moment où deux jeunes étudiantes passent dans la rue. Malheureusement, la robe de chambre de Karl Kane s’est ouverte et il est nu dessous !

La police débarque immédiatement chez Karl Kane … enfin, trois heures plus tard. C’est la deuxième main que l’on retrouve en peu de temps à Belfast. Delà à penser qu’un tueur en série rôde, il n’y a qu’un pas … enfin qu’une main ! En plus, la police a envoyé un bleu, le jeune Chambers ! Karl Kane n’aurait jamais du s’occuper de cette affaire … Mais la radio annonce qu’un puissant homme d’affaires s’inquiète du préjudice à la ville et une mauvaise image pour les futurs investisseurs. Cet homme d’affaires offre donc une récompense de 20 000 livres pour toute information concernant ce tueur. Cela donne donc 20 000 raisons à Karl Kane pour trouver le coupable.

Je ne vais pas vous faire l’affront de vous parler de Sam Millar, l’un des auteurs de romans noirs plus grands et les plus personnels à l’heure actuelle. Si vous connaissez Karl Kane, nul doute que vous courrez acheter ce roman. Si vous ne le connaissez pas, ce roman est probablement le plus accessible … même s’il vaut mieux les lire dans l’ordre, puisque, dans ce roman, il est fait mention des épisodes précédents à de nombreuses reprises.

En ce moment, j’aurais lu beaucoup de romans sur des détectives privés, et on retrouve une certaine constance dans ces romans, à savoir une perte d’illusions, une autopsie de la société et des personnages forts. C’est le cas dans mes lectures récentes comme La ville des brumes de Sara Gran, ou Fausse piste de James Crumley dont je vais vous parler bientôt, très bientôt.

Dans ce roman, on retrouve cette écriture visuelle, capable de vous emmener dans des endroits tout droit issus de vos pires cauchemars. On y retrouve aussi cette faculté à écrire des dialogues fantastiques qui, ici, sont beaucoup plus humoristiques, cyniques et sarcastiques. Ce qui est nouveau, c’est cette introduction de scènes à la limite du burlesque, et on se retrouve à savourer ces scènes en même temps que l’on éclate de rire.

Mais le ton d’ensemble reste bien noir, bien désespéré, devant la description de l’Irlande, avec les obsessions chères à l’auteur, telles ces scènes dans l’abattoir, qui est en fait le même que celui de Rouge comme la mort. Si globalement, ce roman est moins gore que le précédent, cet amoncellement de chapitres comme autant de tableaux rouge sang est tenu à bout de bras par son personnage principal, dont la loyauté envers ses clients est sans bornes, et sa volonté de ne pas faire de compromis sans limites.

A noter, enfin, que chaque chapitre comporte un titre de film de polar, ce qui est une belle performance et qu’il y a en tête de chapitre une citation, dont beaucoup font référence à Raymond Chandler qui est LA référence du genre. Enfin, je dois ajouter une mention particulière à la traduction qui a su si bien rendre l’humour inclus dans l’histoire et des dialogues (même si je n’ai pas lu l’original), ce qui donne un peu de légèreté dans cette intrigue au ton désabusé. C’est un très bon troisième épisode, j’adore.

Ne ratez pas les avis de Jean-Marc Actudunoir, Claude Le Nocher, Wollanup Nyctalopes, et du Boss de Unwalkers

Oldies : Fausse piste de James Crumley

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

Attention, coup de cœur !

J’en avais parlé il y a quelques mois avec mon ami Petite Souris, de James Crumley. Et donc, j’avais ressorti d’une de mes bibliothèques Fausse piste, édité à l’origine chez Gallimard dans la série noire tout d’abord puis chez Folio Policier. Le fait que Gallmeister réédite toute l’œuvre de James Crumley dans de nouvelles traductions est une excellente nouvelle. Car nous allons avoir droit à la crème de la crème du Noir.

L’auteur :

James Crumley est né au Texas en 1939. Après y avoir fait ses études et servi pendant deux ans dans l’armée, il devient professeur de composition littéraire. Il « visite » ainsi de nombreuses universités, il a la bougeotte et le métier de professeur ne lui convient pas. Attiré par le poète Richard Hugo, comme d’autres écrivains de sa génération (James Welch, Bob Reid, Neil McMahon, Jon A. Jackson), il débarque à Missoula, Montana au milieu des années 1960.

Il s’essaye à la poésie et l’écriture de nouvelles, et anime des ateliers d’écriture en compagnie de Richard Hugo, James Lee Burke et d’autres… En 1967, il écrit son premier roman, Un pour Marquer la Cadence (One to Count Cadence), qui n’est publié qu’en 1969. Sur fond de guerre du Viêt Nam, ce roman raconte une histoire d’amitié entre un sergent dur à cuire et un soldat gauchiste. Crumley met déjà le pied dans le roman noir, genre dans lequel il excellera par la suite (…)

James Crumley est terriblement ancré à Missoula, comme tous les autres écrivains du coin. Missoula est leur coin de paradis, un paradis où règnent tolérance, bonne humeur, où l’alcool coule à flot et où les écrivains sont une denrée incroyablement fréquente. À Missoula, tout le monde écrit. Au milieu des montagnes, dans cette ville de 50 000 habitants, James Crumley reste donc. Il essaye bien parfois de s’en « échapper » mais il finit toujours par y revenir.

En 1966, peu de temps après son arrivée à Missoula, il laisse définitivement tomber l’enseignement. Il n’est pas fait pour ça. En revanche, il a l’écriture dans le sang. Il en parle d’ailleurs comme d’une drogue, quelque chose de vital et quasi obsessionnel.

James Crumley décède dans sa soixante-huitième année, le 17 septembre 2008.

Quatrième de couverture :

Dans la petite ville de Meriwether, dans le Montana, le privé Milo Milodragovitch est sur le point de se retrouver au chômage technique. Les divorces se font maintenant à l’amiable. Plus besoin de retrouver l’époux volage ou la femme adultère en position compromettante. Ne lui reste qu’à s’adonner à son activité favorite, boire. S’imbiber méthodiquement, copieusement, pour éloigner le souvenir cuisant de ses propres mariages ratés, de la décadence de sa famille, de son héritage qui restera bloqué sur son compte jusqu’à ses cinquante-trois ans – ainsi en a décidé sa mère. C’est alors que la jeune et très belle Helen Duffy pousse sa porte : son petit frère, un jeune homme bien sous tous rapports, n’a plus donné signe de vie depuis plusieurs semaines. Milo s’engage alors sur une piste très glissante.

Dès son premier polar, James Crumley s’impose en grand maître du noir. Avec lyrisme, humanisme et humour, il dépoussière le mythe du privé et réinvente le genre.

Mon avis :

Quelle idée géniale de reprendre l’édition de l’œuvre noire de James Crumley ! Car nous avons là le top du top de la crème de la crème du Noir.

Ce roman constitue le premier tome des enquêtes de Milton Milodragovitch, dit Milo, dont la spécialité est de réaliser des enquêtes et filatures de maris ou femmes adultères. Comme l’état du Montana vient de voter une loi autorisant le divorce à l’amiable, Milo se retrouve sans travail. Il va avoir la possibilité de se recycler quand Helen, une superbe jeune femme, lui demande d’éclaircir le soi-disant suicide de son jeune frère Raymond.

Ce roman se situe chronologiquement dans l’œuvre de James Crumley, juste avant Le dernier baiser, ce pur chef d’œuvre noir (du moins c’est mon avis). Ce roman est impressionnant parce que le personnage de Milo qui nous narre cette histoire est d’une évidence rare dès la première page. Le style lui-même fait partie du personnage. En fait, dès le premier chapitre, James Crumley réinvente le rôle du détective privé, ou du moins ajoute une nouvelle pierre à l’édifice, en imposant son style.

Car il faut bien parler de style quand on parle de James Crumley. Il y a cette facilité à nous faire entrer dans le personnage. Il y a ces scènes burlesques mais réalistes (il n’y a qu’à voir le début où un voleur à la tire se fait écraser par une voiture et où Milo dit qu’il ne savait pas que le métier de voleur était un métier si dangereux !). Il y a ces dialogues si brillants et qui démontrent si bien la psychologie des personnages. Il y a cette volonté de donner autant d’importance aux personnages secondaires qu’à Milo. Il y a ce contexte si noir, cette autopsie si juste d’une société plongeant dans la violence avec l’émergence et l’arrivée de l’héroïne. Enfin, il y a ces phrases magiques, qui nous montrent les décors ou les personnages qui sont si poétiques qu’on reprend plusieurs fois la lecture d’une seule phrase, juste pour la laisser résonner dans notre tête.

Il faut ajouter que la traduction est très différente de la première version, faisant plus de place à l’humour et mettant en valeur la poésie (j’ai fait la comparaison sur quelques paragraphes). Mais honnêtement, les deux sont très bien faites. Et puis, on a droit dans la version Gallmeister à des illustrations en noir et blanc de toute beauté, signées Chabouté. Cela donne un roman qui ajoute au plaisir de la lecture, celui des planches de dessin.

Fantastique, ce roman est fantastique. Il comporte tous les ingrédients du roman de détective, avec un personnage fort, une intrigue forte, un contexte fort et un style inimitable, à la fois dur, noir et poétique. Il ne redéfinit par le genre, il apporte sa pierre à l’édifice et a inspiré de nombreux auteurs dont Ken Bruen, Sara Gran, Sam Millar et tant d’autres. Cette lecture est indispensable pour tout amateur de polar noir. Coup de cœur !

La ville des brumes de Sara Gran

Editeur : Editions du Masque

Traduction : Claire Breton

L’année dernière, nous avions fait la connaissance de Claire DeWitt, le nouveau personnage récurrent de Sara Gran, dans La ville des morts. La voici dans sa deuxième enquête, où nous allons en savoir plus sur cette jeune femme.

Il y a quelques années, Claire DeWitt a eu un amant, Paul Casablancas, avec qui elle a vécu quelques mois. Pour autant, cette période reste un excellent souvenir, au point que Claire pense à Paul comme étant l’amour de sa vie. Ils se sont séparés et Paul est parti vivre à San Francisco où il a épousé Lydia Nunes, une guitariste. Paul étant lui-même l’un des guitaristes les plus doués de sa génération, ils se sont mariés et Claire a repris sa vie …

Quand Claire reçoit un coup de téléphone, c’est pour apprendre que Paul a été assassiné. Il a reçu plusieurs balles chez lui, et plusieurs de ses guitares ont disparues. La police pense à un cambriolage qui a mal tourné et Claire décide d’aller à San Francisco pour se faire sa propre idée. Même si elle est d’accord avec l’hypothèse de la police, il est tout de même étrange que la porte d’entrée ait été fermée. Comme si le cambrioleur était entré, avait tué Paul et était parti en refermant derrière lui.

C’est une affaire bien compliquée qui commence pour Claire. Comme celle de son adolescence, quand Chloé, Tracy et elle avaient décidé de devenir détectives. Elles étaient inséparables et formaient ce qu’elles croyaient être les meilleures détectives du pays. Quand un jour, Tracy disparait dans le New York des années 80, elles sont parties à sa recherche et ont découvert un pan de la vraie vie …

J’avais tant aimé sa précédente enquête, parce que c’est un portrait de femme qui, à lui seul, mérite le détour. Allez, pour être honnête, on ne peut que tomber sous le charme de Claire DeWitt. Je suis amoureux de Claire DeWitt. Parce qu’il y a dans cette écriture une honnêteté, une véracité qui en font un personnage vivant. C’est aussi un personnage moderne, qui baise quand elle en a envie, qui vit vite, usant de tous les expédients qu’elle a à sa disposition pour accélérer son rythme de vie, éviter de dormir, oublier …

Dans cette enquête, on en découvre plus sur le passé de Claire DeWitt, à travers la recherche de son amie Tracy. Il y a dans ces passages, faits de chapitres insérés dans l’intrigue principale, des portraits d’adolescentes qui découvrent la vraie vie, celle des adultes. Elles passent d’un jeu, celui de détective, à la découverte d’un paysage fait de violence, de sexe et de drogues. Ce n’est jamais démonstratif, juste montré avec beaucoup de justesse en même temps que Sara Gran nous montre la perte d’innocence, d’espoir et d’illusions de ces jeunes filles.

Et puis, même si l’enquête n’avance pas vite, voire est accessoire, la résolution du meurtre de Paul nous donne droit à des beaux passages, si simples, sur la perception qu’a Claire De Witt de la vie. Usant et abusant de cocaïne, on découvre toujours d’autres facettes de ce personnage si complexe. On la croyait forte, sans limites, résolue, tenace. On la découvre fragile, à la recherche de soutiens, que ce soit Constance qui l’a formée au métier de détective, à Silette, ce grand détective qui a écrit le B-A-BA du détective. Mais aussi ceux qui l’entourent et qui la soutiennent, ses amies qui la récupèrent en morceaux ou bien Claude, son assistant qui lui sert de repère dans un monde perdu.

C’est un roman fondant, attachant, moderne, qui nous montre à la fois le mal-être mais aussi la réalité que l’on ne veut pas voir. A travers le personnage de Claire DeWitt qui veut vivre vite et espérer, on voit la vraie vie qui, elle, est sans espoir. Car comme disait Pierre Desproges : « La vie est dramatique, elle se termine toujours mal ». Si La ville des brumes enfonce le clou du précédent, il est, à mon avis, un cran au dessus par tous ces aspects qui rendent ce roman indispensable, comme une sorte de témoin de notre société actuelle.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Racoon

Train d’enfer de Jérémy Bouquin (Wartberg)

Cela fait un certain temps que j’essaie de suivre les publications de Jérémy Bouquin. Je dis que j’essaie, car c’est un auteur prolifique. Pour autant, je n’ai jamais été déçu par ce qu’il écrit, et c’est encore le cas avec ce voyage dans un train d’enfer.

Abel Jackal est un détective privé ultra select. En fait, personne ne le connait, il n’est répertorié nulle part, et n’est jamais connecté à Internet. Il utilise de faux papier, des téléphones jetables, et prend en charge des enquêtes sensibles, grâce à un bouche-à-oreille sans faille et efficace. Il faut dire qu’Abel Jackal ne connait pas l’échec. Sa dernière affaire en date va pourtant lui donner du fil à retordre …

Abel Jackal vient de boucler une affaire et amène donc son salaire (en liquide) à un propriétaire de boite de nuit, vers Toulon, spécialiste de blanchiment en tous genre. Ils se connaissent et se font confiance. Quand le patron d’une start-up l’appelle, c’est pour lui demander de filer son responsable commercial et de démontrer qu’il vole des données de son entreprise. Il faut dire que cette start-up gère des transfert de données ultra-confidentielles, venant même de l’état lui-même.

Abel Jackal va donc suivre pendant plusieurs semaines Christophe Sellard, sans rien trouver. Il semblerait que ce dernier ne vive que pour sa boite, étant célibataire et ne sortant jamais. Il prend le TER entre Tours et Blois toujours tôt le matin et tard le soir. Alors que rien ne laissait présager un quelconque rebondissement, le train s’arrête en pleine campagne, victime d’une panne d’électricité. Abel Jackal n’est pas au bout de ses surprises !

Ce roman (j’allais dire ce Bouquin !) est l’illustration même du pourquoi j’adore cet auteur. Il n’est pas besoin de passer des pages et des pages pour présenter un personnage. Jérémy Bouquin nous démontre qu’avec une ou deux scènes, des phrases courtes qui percutent, quelques réactions qui remplacent de longues descriptions suffisent à brosser la psychologie d’un personnage.

Outre un premier chapitre dont on comprend difficilement l’intérêt, on entre tout de suite dans le vif du sujet. Le style est vif, acéré mais pour autant, l’auteur prend le temps d’installer son intrigue proprement dite, puisque celle-ci ne démarrera qu’une cinquantaine de pages plus loin. Par contre, les scènes sont génialement mises en valeur, et Abel Jackal un personnage incroyable. En fait, dans notre monde fliqué où nos moindres gestes sont suivis, lui passe au travers des mailles du filet en utilisant la technologie mise à sa disposition : Une belle résistance à ce système, en somme.

Et puis, à partir de ce voyage en TER, l’intrigue bascule. A partir de là, Jérémy Bouquin va nous surprendre avec de grands coups de théâtre. Et comme on est pris par Jackal, on marche à fond. Ça va toujours aussi vite, sauf que ça fait de plus en plus mal. Ce passage dans le TER, qui prend une moitié du livre est angoissant au possible, tout en étant parfaitement maitrisé. Puis, le ton change à nouveau, on a droit à quelques petites surprises avant la conclusion magistrale.

Clairement, avec ce livre, Jérémy Bouquin nous montre l’étendue de son talent, capable de nous angoisser dans un huis clos infernal et violent, à l’aise dans les dialogues intimistes de la suite, et il nous épate avec l’imagination dont il est capable pour nous offrir autant de rebondissements en aussi peu de pages. J’adore ce roman, j’adore cet auteur. Je souhaite que vous l’adoriez aussi.

Laissez toute espérance de John Connoly (Pocket)

Ce billet est évidemment dédicacé à mon pote du sud La Petite Souris et à Jean Marc Laherrère. Ce sont eux deux qui m’ont donné envie de lire la série Charlie Parker

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie « Bird » Parker, le personnage récurrent de John Connoly. Après un premier épisode poisseux dans les bas-fonds de la Nouvelle Orléans, fortement chargé d’émotions à la suite du meurtre de sa femme et de sa fille, nous retrouvons notre Charlie en cours de reconstruction.

Il entame donc un retour aux sources, direction Scarborough, le village de son enfance, où il retape la maison familiale. Comme ce n’est pas un passionné du bricolage, et qu’il doit entamer la réfection de la toiture, il en profite pour visiter les amis. Parmi ceux-ci, il y a Rita Ferris qui lui demande de récupérer sa pension mensuelle que Billy Purdue ne lui a pas versée.

Billy Purdue, en voilà un raté comme pas deux. Le genre à se fourrer dans des problèmes, à toujours choisir la mauvaise décision, à faire des petits coups pour un maximum de problèmes. La rencontre entre Billy et Charlie est musclée. Billy croyait que Charlie était un émissaire de Tony Celli, le ponte mafieux du coin. Finalement, Billy donne dollars à Charlie, en attendant des jours meilleurs.

Charlie retourne dans ses terres, quand il rencontre dans un bar un personnage malfaisant. Son nom, Caleb Kyle, fait peur à tout le monde, des plus grands au plus petits. C’est un vieil homme, à l’odeur de putréfaction insistante, et aux yeux noirs comme la mort. Caleb lui demande où est Billy. Charlie ne sait pas. Mais quand Charlie apprend que Rita et son fils ont été tués, il va être obligé de se remettre en chasse …

Si je dois avouer que je n’ai pas ressenti un personnage de Charlie Parker miné par le douleur d’avoir perdu sa famille, puisque le drame qui l’a frappé est intervenu moins d’un an auparavant, ce roman applique finalement les mêmes règles que le premier tome (Tout ce qui meurt) avec la même réussite. Voici donc un pur roman d’action avec une petite touche de fantastique, qui ajoute une aura de mystère bienvenue.

Alors que dans le premier tome, nous avions visité les bayous de la Louisiane, nous avons droit ici à un voyage dans le Grand Nord, en plein hiver, quand les bois sont silencieux et stressants, quand les sols sont recouverts de neige et que le froid se fait mordant et peu accueillant. Les habitants ne sont pas plus accueillants, d’ailleurs, puisqu’ils vous attendent avec des chiens hargneux et un fusil à canon scié.

Comme à chaque fois, l’intrigue ne se veut pas linéaire, elle suit les pas de Charlie Parker qui sont tout sauf surs. L’enquête avance à petits pas, et quand on a l’impression qu’il va abandonner, l’auteur rajoute un personnage, ou un rebondissement qui relance le rythme et l’action. C’est cette accumulation de faits qui donne son allant au livre, cette envie de continuer pour atterrir dans des scènes d’un visuel hallucinant. J’ai dénombré pas moins de 4 scènes de pure action qui vous font accélérer le palpitant et qui touche au génial.

Et puis, il y a ces passages étranges, soit des rêves, soit des paysages brumeux qui montrent le penchant de l’auteur pour le fantastique. Parfois cet aspect n’est que suggéré ; parfois ce sont de vrais passages angoissants. Et on a envie de continuer la saga parce que Charlie Parker et ses amis sont drôles et que ce roman s’est lu trop vite malgré ses 540 pages. Et on en redemande, du divertissement de ce niveau là !

Hommage à la Série Noire : Le grand sommeil de Raymond Chandler (Gallimard)

Attention, coup de cœur ! Attention, Chef d’œuvre !

Je me demandais comment j’allais rendre hommage à la Série Noire de Gallimard qui fête cette année ses 70 ans. En cherchant parmi les premiers titres, et parmi ceux que j’avais en stock, j’hésitais entre Pas d’orchidées pour Miss Blandish de James Hadley Chase et Le grand sommeil de Raymond Chandler. Ayant lu le premier mais pas le deuxième, j’ai donc opté pour ce monument du polar, car c’en est un. Car il y a tout dans ce roman, tout ce qui fait que nous aimons ce genre de littérature.

J’en profite pour vous rappeler que sur le blog de L’Oncle Paul, vous pouvez y trouver une critique par jour d’un roman de la Série Noire. Un bilan de ce travail titanesque est ici

L’auteur :

Raymond Chandler (23 juillet 1888 – 26 mars 1959) est un écrivain américain, auteur des romans policiers ayant pour héros le détective privé Philip Marlowe. Son influence sur la littérature policière moderne, et tout particulièrement le roman noir, est aujourd’hui incontestable. Son style, alliant étude psychologique, critique sociale et ironie, a été largement adopté par plusieurs écrivains du genre.

Né à Chicago dans l’Illinois en 1888, Chandler déménage en Grande-Bretagne, avec sa mère, d’origine irlandaise, au cours de l’année qui suit le divorce de ses parents (1895). Chandler rentre aux États-Unis avec sa mère en 1912 et entreprend des études pour devenir comptable. En 1917, il s’engage dans l’armée canadienne et combat en France. Après l’armistice, il s’installe à Los Angeles, où il exerce divers petits métiers : cueilleur d’abricots, employé d’un fabriquant de raquettes de tennis. En 1932, il est vice-président du Dabney Oil Syndicate à Signal Hill en Californie, mais il perd cet emploi lucratif en raison de son alcoolisme et de la Grande Dépression de 1929.

Sa première nouvelle, Blackmailer’s Don’t Shoot, qu’il passe cinq mois à écrire et pour laquelle il touche 180 dollars, paraît dans Black Mask en 1933. Jusqu’en 1938, Chandler en produit une bonne douzaine, dont plusieurs seront en partie reprises ou refondues pour tisser la trame de ses romans. Le premier, Le Grand Sommeil (The Big Sleep), que l’auteur rédige en trois mois et qu’il publie en 1939, connaît un succès immédiat. Chandler a alors cinquante ans.

Il devient alors une référence et devient aussi scénariste de cinéma à succès. Sa femme meurt en 1954, à l’âge de 84 ans. Chandler recommence à boire. Il meurt d’une pneumonie le 26 mars 1959, laissant derrière lui un roman inachevé intitulé Poodle Spring qui met encore une fois en scène son héros fétiche. Le livre sera complété en 1989 par Robert B. Parker, un autre écrivain spécialiste du genre.

(Adapté par mes soins de Wikipedia)

Grand sommeil 1

L’histoire :

Quand Philip Marlowe débarque chez le général Sternwood, il est accueilli chaudement par une jeune femme blonde bigrement excitante et allumeuse. Mais il en faut plus pour le déstabiliser. Le chauffeur fit alors son apparition pour le mener chez le maître de maison.

Après quelques minutes où les deux hommes se jaugent, le général Sternwood lui annonce que le mari de sa fille Vivian a disparu depuis un mois. Mais ce n’est pas pour cela que le général fait appel à Marlowe. Il lui montre une reconnaissance de dettes de Carmen ainsi qu’une lettre de chantage. Le général lui demande de régler cette affaire pour sauver ce qui reste de l’honneur de la famille, d’autant plus qu’il lui reste peu de temps à vivre.

En repartant, Marlowe tombe sur Vivian la fille brune, tout aussi incendiaire que sa sœur. Elle lui demande de retrouver son mari. Dans cette famille déjantée, ou plutôt dépravée, Marlowe se lance dans l’enquête.

grand sommeil 2

Mon avis :

Tout amateur de polar et de roman de détective en particulier se doit de lire ce roman. Alors, pourquoi ai-je attendu si longtemps ? Quel idiot je suis d’avoir laissé tant de temps passer avant d’ouvrir ce roman. Si je l’ai choisi, c’est d’une part parce que je ne l’avais jamais lu, mais aussi parce que je l’avais en double : Une fois en Série Noire et une fois en Folio. Cela arrive parfois (souvent dans mon cas !). Il est amusant aussi de constater qu’il porte le même numéro dans les deux collections : le numéro 13.

Ne vous attendez pas à une intrigue simple : c’est tout le contraire. Le fait que Raymond Chandler ait compilé deux nouvelles pour écrire Le grand sommeil pourrait l’expliquer. Pour ma part, je pense que c’était voulu, pensé. A chaque scène, une piste nouvelle ou un rebondissement vient mettre nos certitudes en doute ce qui en fait un roman foisonnant aussi bien au niveau de l’intrigue que des personnages. Ce la donne aussi l’impression d’une forme d’improvisation et le lecteur que je suis a adoré se laisser emmener, emporter, poussé dans des fils emberlificotés.

En ce qui concerne les scènes, l’écriture m’a semblé très cinématographique : on y présente d’abord le cadre, puis les personnages et enfin, on peut laisser la place à l’action, tout cela dans un style imagé et sombre, parsemés de dialogues dotés d’un humour cynique et détaché, qui en ferait pâlir plus d’un. L’écriture et sa traduction de Boris Vian sont extraordinaires de modernité. S’il était paru aujourd’hui, ce roman aurait rencontré aussi un succès phénoménal.

Au-delà de l’intrigue, qui nous montre un monde désœuvré, où les gens n’ont plus de morale, où seul compte leur bon vouloir, leur plus basses volontés, le décor est sombre, les gens désespérés et il faut tout l’humour de Marlowe pour relever le ton de cet ensemble très noir. Et les personnages, brossés en quelques traits sont extraordinaires de vérité, de vie, d’envies malsaines. Il y a tant de désespoir et d’Ennui que l’on peut aisément penser que ce roman aurait pu être écrit par Baudelaire, s’il avait écrit du polar !

Ce roman est la quintessence de tous ceux qui viendront par la suite. En lisant aujourd’hui ce livre, on retrouve tout ce qui aura inspiré les auteurs qui prendront la suite. Et je ne peux pas en citer certains, car j’ai l’impression que tous se sont inspirés de ce roman qui est la base de tout polar moderne. En cela, c’est une œuvre à part entière, un chef d’œuvre du roman noir, un livre à lire à tout prix.