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Des poches pleines de poches

Pour ce nouvel épisode consacré aux livres de poche, j’ai choisi d’être éclectique, de mélanger un livre ancien et un livre récent.

Noyade en eau douce de Ross MacDonald

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

Une jeune femme se présente au bureau de Lew Archer. Maude Slocum apparaît choquée, arguant que quelqu’un cherche à détruire sa famille. Elle a, en effet, surpris une lettre dans le courrier de son mari annonçant qu’il était cocu. La lettre a été posté juste à côté de là où ils habitent. James son mari travaille dans le théâtre en tant qu’acteur et n’est pas riche, au contraire de sa mère, qui est très riche. Mais quand Lew Archer débarque lors d’une réception donnée par la “reine” mère, un meurtre va très vite changer la donne.

Dès le début, Ross MacDonald nous prend à froid, nous mettant de suite dans le feu de l’action, avec son humour cinglant qui accroche immédiatement. Et après ce premier chapitre, on s’attend à un roman d’enquête standard, avec un détective privé qui plonge ses yeux dans ceux d’une femme fatale, mais qui va trouver la solution après maintes péripéties, cascades et tutti quanti.

Que Nenni ! on retrouve le thème favori de l’auteur, à savoir la famille et ses différentes ramifications, et surtout les traîtrises. L’intrigue se révèle particulièrement nébuleuse et malgré cela, terriblement simple à suivre. C’en est impressionnant. Les dialogues sont d’une intelligence rare, alternant entre humour et indice caché, quand ce n’est pas l’évocation d’un trait psychologique.

Et puis, il y a ce dénouement que je n’avais pas vu venir, qui montre qu’encore une fois, Lew Archer arrive à s’en sortir dans un monde d’apparences et de menteurs. De ci de là, j’ai lu que ce roman était le meilleur de l’auteur. Je confirme : c’est un excellent polar, un classique du genre, à lire, relire ou découvrir.

Mauvais genre d’Isabelle Villain

Editeur : Taurnada

1993. Hugo Nicollini est un jeune garçon de 12 ans qui n’est bien qu’en présence de sa mère. Il subit les railleries de ses camarades de classe et il n’est pas rare qu’il rentre à la maison en pleurant. Quand son père revient du travail saoul, une dispute éclate entre ses parents et son père frappe sa mère … comme d’habitude. Mais cette fois-ci, les coups seront mortels.

2016. Rebecca de Lost est commandant à la police judiciaire. Elle a perdu son mari, assassiné par un psychopathe et s’est jurée de ne plus tomber amoureuse. Mais Tom, capitaine dans un autre service l’a fait craquer. Ce matin là, ils sont appelés sur le lieu d’un meurtre : une jeune femme a été poignardée chez elle. Tout semble orienter les recherches vers son entourage proche jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent que la jeune fille est en fait une transexuelle. Angélique Lesueur, la victime, se nomme en réalité Hugo Nicollini.

A la lecture de ce roman, on sent bien que l’auteure a assimilé et appliqué les codes du polar. C’est donc un roman policier de facture classique auquel on a droit, bien écrit avec des chapitres ne dépassant pas les 10 pages, ce qui donne une lecture agréable. Dans la première partie, on y parle des transsexuels et de leur difficulté à vivre avec un sexe qui n’est pas en adéquation avec ce qu’ils ressentent. Cette partie là est remarquablement bien faite et peu traitée dans le polar.

A la moitié du roman, apparaît une deuxième affaire, liée à une enquête précédente. Le déroulement du scénario devient plus classique, avec une accélération du rythme. Mais l’intrigue est redoutablement bien déroulée. C’est un vrai plaisir à lire, Et là où on pense que tout se terminerait bien, l’auteure se permet une fin noire et bien énigmatique.

C’est donc une belle découverte pour moi. Malgré le fait que je n’ai pas lu les précédentes enquêtes du groupe de Lost, je ne me suis jamais senti perdu et ce roman policier, même s’il n’innove pas dans la forme, s’avère intéressant dans le fond tout en réservant quelques heures de bon divertissement.

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Les damnés ne meurent jamais de Jim Nisbet

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Freddy Michalski

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, je m’étais dit que cela me donnerait l’occasion de découvrir de nouveaux auteurs. Ce roman-là, je l’ai pioché totalement par hasard, dans la deuxième rangée de ma bibliothèque (N°84).

L’auteur :

Jim Nisbet, né le 20 janvier 1947 à Schenectady dans l’État de New York aux États-Unis, est un poète et un écrivain américain de roman policier.

Diplômé en Lettres de l’Université de Caroline du Nord, il exerce plusieurs petits métiers (charpentier, ébéniste, marin…) avant de s’installer à San Francisco où il dirige une société de design et d’équipement pour les industries de postproduction de vidéographie. Il réside encore aujourd’hui dans cette ville qui sert de cadre à la plupart de ses romans policiers.

Plusieurs de ses romans noirs traitent de pulsions sexuelles troubles. Ainsi, dans Les Damnés ne meurent jamais (1986), un écrivain en manque d’inspiration rêve d’assassiner sa femme. Dans Le Chien d’Ulysse (1992), relate une passion homosexuelle dans l’Ouest américain mythique des cow-boys où sévit une forte criminalité. Dans Sous le signe du rasoir (1997), un riche fabriquant de chevalets de torture pour sadomasochistes se retrouve au centre d’une série d’assassinats.

Comme William Bayer, Jim Nisbet entretient un rapport particulier avec l’éditeur Rivages qui l’a toujours soutenu et publié. Refusé en 1997 aux États-Unis, You Stiffed Me a été publié par Rivages sous le titre Sous le signe du rasoir. Il sera publié sur le sol américain neuf années plus tard sous le titre The Price of the Ticket.

En 2013, Traversée vent debout est nommé au 65e grand prix de littérature policière.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

J’ai toujours voulu écorcher une femme. La ligne était tapée sur une feuille de papier blanc engagée dans la machine à écrire. Dans l’appartement d’à côté, les flics découvrent un des crimes les plus sanglants de l’histoire de San Francisco. Qu’avez-vous entendu? demande Windrow. Des coups ? Une détonation? Des cris? Oh, non ! C’était plus subtil que ça… Cette femme faisait l’expérience de la douleur. Une douleur compliquée, très profonde. Cette sorte de douleur était nouvelle pour elle, choquante. Mais on aurait dit que cette douleur la séduisait et qu’elle n’était pas en mesure de l’arrêter. Ce premier roman avait été qualifié de Super Thriller par le L.A. Times. Depuis, Nisbet s’est fait connaître comme le spécialiste des situations extrêmes, passé maître dans le dosage savant de l’horreur et de l’humour très grinçant.

Mon avis :

A l’origine, tout devait bien se passer, comme une lettre à la poste. Justement, Martin Windrow, détective de son état, devait en porter une, de lettre. Il est en effet chargé de donner en mains propres les papiers de divorce à Herbert Trimble. Mais quand il arrive, il trouve dans l’appartement toute une escouade de police. En effet, il n’y a pas de Trimble dans cet appartement, mais bien une jeune femme assassinée, horriblement assassinée. Et sur le bureau, il y a une feuille de papier engagée dans la machine à écrire où est inscrit : « J’ai toujours voulu écorcher une femme ».

On pourrait voir dans ce roman un énième roman de détective. Et pourtant, la première partie ressemble plus à un jeu de cache-cache, puisque Windrow cherche un homme qu’il n’a jamais vu … et il se trompe tout le temps. Puis arrive le moment de l’enquête proprement dite, où Windrow se fait embaucher. Et il faudra tout son talent de déduction pour comprendre les ficelles emmêlées de cette intrigue.

On y trouve donc beaucoup d’humour, autant dans l’intrigue que dans les dialogues pleins de réparties drôles. On y trouve aussi une ville de San Francisco qui se transforme en ville Gay. On y trouve tous les codes du polar, le détective, une affaire complexe dans lequel il est entraîné malgré lui, des femmes fatales, des scènes de bagarre, mais elles sont joliment détournées, retournées, tournées en ridicule. Ce n’est pas une parodie, d’après ce que j’ai pu lire dans Le Dictionnaire des Littératures Policières, mais bien une façon de surprendre le lecteur et de lui faire passer un excellent moment de lecture.

Enfin, il y a ce style à la fois direct et parfois pris d’une envolée poétique, qui donne des phrases magiques, des moments inouïs de beauté. On y trouve aussi des dialogues qui claquent, complètement réalistes, et un découpage des scènes très cinématographiques. Pour un choix de lecture pris au hasard, ce fut un coup de chance pour une excellente découverte et nul doute que je reviendrais dans l’univers de Jim Nisbet.

Mister Iceberg de Marc Falvo

Editeur : Fleur Sauvage

C’est le deuxième roman que je lis de Marc Falvo, mettant en scène son Infra-Détective Stan Kurtz, après Nouvelle donne. Marc Falvo fait dans le roman populaire divertissant et drôle, avec de l’action dedans. Du bon divertissement en somme, voire plus que cela avec ce volume.

Stan Kurtz notre infra-détective commence ce volume en plein tournage. Non, il ne s’est pas lancé dans le cinéma, mais dans un reportage télé, présenté par la vedette du moment Raphaël Justice. Stan Kurtz doit y jouer un enquêteur de l’extrême qui enquête sur des phénomènes paranormaux. L’émission étant en direct, et le présentateur finissant par énerver Stan Kurtz, cela se termine par un bourre-pif, en gros plan sur nos écrans. Et cela n’est que justice ! (Désolé, il fallait que je la fasse !)

Résultat : Stan Kurtz se retrouve noyé sous des appels téléphoniques de personnes se croyant des proies de fantômes et appareils ménagers hostiles. En rentrant chez lui, après une soirée normale, arrosée quoi !, un mannequin l’attend dans son fauteuil, lui proposant un jeu. Il doit résoudre l’énigme suivante : Qu’est-ce que personne ne veut avoir mais que personne ne veut perdre ?

Le lendemain, Julie, sa copine fliquette vient le chercher : son chef Klugman demande à le voir. Au commissariat, il lui annonce qu’un cinglé menace de tuer le maire Ricardo Dante (juste avant sa ré-élection, vous vous rendez compte ?) et un juge à la retraite Lionel de Soto. Le maître-chanteur se nomme lui-même Mister Iceberg et exige que Stan Kurtz joue à son jeu pour sauver la vie des deux susnommés. La course commence.

Pour ceux qui ne connaissent pas Stan Kurtz, ses aventures sont mouvementées et pimentées d’humour bravache et frondeur, parfois sous la ceinture mais franchement drôle. Clairement, ses réparties, ses descriptions des personnages secondaires sont à se tordre de rire.

Par contre, le gros avantage, c’est que Stan Kurtz (ou Marc Falvo dans la vie civile) a le don de résumer ses précédentes aventures pour qu’on ne soit pas perdu, mais sans en dire trop ce qui donne envie de remonter dans le temps. Et franchement, je trouve cela très fort, car c’est un exercice difficile. Mais arrêtons de digresser : Je vous conseille d’investir 9 euros pour découvrir les aventures de cet infra-détective, qui entre quatre verres, trois cigarettes et deux parties de jambes en l’air, vous déridera … et sans forcer en plus !

Et pourquoi ne pas commencer par cette aventure là ? Marc Falvo nous refait un roman dont la trame est proche d’Une journée en enfer avec Bruce Willis. Dit comme ça, vous allez arrêter votre lecture. Vous auriez tort ! Le scénario a été peaufiné, les approximations gommées, et l’humour vient au bon moment. Cela donne un roman moins fourre-tout que le précédent, plus réaliste aussi, un peu moins drôle mais bigrement efficace. Et moi qui n’attendais qu’un roman divertissant, j’ai été happé par l’action et le stress.

Alors je ne dis qu’une chose : pour cet été, voire après, n’hésitez plus !

Missing : Germany de Don Winslow

Editeur : Seuil

Traducteur : Philippe Loubat-Delranc

On avait rencontré Fanck Decker dans sa première enquête Missing : New York, un polar musclé introduisant un personnage humain qui recherche des personnes disparues. Le voici de retour dans une deuxième enquête tout aussi musclée.

Franck Decker a connu Charlie Spraghe en Irak, où ils ont combattu ensemble. En tant que Marines, ils se sont promis de s’entraider toute leur vie. Quand Decker reçoit un coup de fil de Spraghe, disant : « Kim a disparu », il accourt à Miami. Charlie Spraghe a fait fortune dans l’immobilier, sa fortune se compte en milliards de dollars. Kim était partie au centre commercial de Merrick Park Village, et elle n’est pas revenue.

Decker et Spraghe se donnent rendez-vous là-bas. Ils trouvent la voiture de Kim mais il n’y a rien dedans, ni papiers, ni téléphone portable. Pas de trace de lutte à l’extérieur. Le centre commercial étant fermé, ils font le tour des bars mais personne ne se rappelle d’une superbe jeune femme blonde. Même sa meilleure amie Sloane ne sait pas où elle est. Une seule solution : contacter les flics. Ils tombent sur le sergent Dolores Delgado.

Decker déroule donc ses recettes : Vérifier les débits sur ses cartes de crédit, le contenu de son ordinateur, mais il fait chou blanc. Spraghe demande alors à Decker de la chercher. Il fouille la chambre de Kim mais ne trouve rien. Dans la salle de bain, il voit quelques traces de sang sur le carrelage. Après s’être assuré que Spraghe n’a pas frappé sa femme, Decker appelle Delgado. Direction le poste de police pour un interrogatoire en règle. Quelques heures plus tard, un corps est signalé.

Je ne peux que vous donner deux conseils qui n’en fait qu’un : courez chez votre libraire préféré pour acheter ce roman et surtout, surtout, ne lisez pas la quatrième de couverture ! Car je trouve qu’elle en dévoile beaucoup trop, et qu’elle dessert la qualité de narration de cette enquête. Car le mot d’ordre est clairement : Vitesse et action. Le maigre résumé que je viens de faire couvre à peine les cinquante premières pages. C’est vous dire si vous allez trouver de nombreux événements tout au long de ces 310 pages.

Vitesse disais-je. Les chapitres dépassent rarement 5 à 6 pages, le style est rapide fait de phrases courtes. Et tout se tient : chaque phrase en appelle une autre, les dialogues claquent. Nous sommes en présence d’un auteur qui clairement maîtrise son genre, et qui ne se prive pas de raconter une histoire contemporaine avec tous les ingrédients qui ont fait le succès des enquêtes de détective privé.

Et puis, on ne peut rester insensible devant Decker et ses cicatrices, ses souvenirs de la guerre, ses regrets d’avoir raté sa vie privée, et sa loyauté envers ses amis mais aussi envers ses propres promesses. On va y trouver ses scènes d’action, extraordinaires cela va sans dire, mais aussi des scènes plus poignantes. On y trouve aussi certaines remarques par moments telles que « les riches n’ont pas de problèmes aux Etats Unis » ainsi que d’autres sur les maltraitances des femmes dans les campagnes.

On peut voir Decker comme un justicier moderne, n’hésitant pas à utiliser tous les moyens pour arriver à ses fins. Avec cette enquête, c’est aussi un témoin lucide qui n’est pas étonnant de voir que tout se vend, même l’impensable. Alors, accrochez vous, le cru 2018 de Don Winslow est très bon, impossible à lâcher. Ce n’est pas au niveau de La griffe du chien ou Cartel, mais c’est un roman d’action que l’on peut placer sans rougir au dessus du panier.

Ne ratez pas les avis de Jean-Marc et Black Cat

 

Boccanera de Michèle Pedinielli

Editeur : Editions de l’Aube

Voilà un premier roman tout simplement impressionnant. Il démontre une nouvelle fois que les éditions de l’Aube ont le don de dénicher des auteurs surprenants, qui sont capables de créer un univers dès leur premier roman.

Nice, de nos jours. Ghjulia « Diou » Boccanera est détective privée et a rarement l’occasion de plonger dans des enquêtes passionnantes, puisqu’elle se contente d’affaires de mœurs et de retrouver des chiens volés. Quand Dorian Lasalle se présente chez elle, elle voit tout de suite son intérêt de sortir de la routine, sans compter que cela va redorer son compte en banque.

Dorian Lasalle vient demander à Diou d’enquêter sur la mort de son amant, Mauro Giannini, qui a été assassiné chez lui. La police en déduit qu’il s’agit d’un cambriolage qui a mal tourné puisque la villa a été retrouvée sens dessus dessous. Mauro était ingénieur en BTP et les deux amants devaient s’installer à New York où ils devaient se marier. Dorian ne croit à la version de la police et lui demande d’enquêter en lui versant plus de 5000 euros en liquide. Diou promet d’enquêter sans s’engager sur un résultat.

Après avoir récupéré la clé de la villa, elle fait sa propre visite mais ne trouve rien d’autre qu’une clé USB, glissée dans un casque de chantier. Il est tout de même surprenant que les tableaux originaux d’un peintre connu n’aient pas été emportés par les voleurs. Elle va tout de même voir son ancien amant Joseph Santucci, policier à la PJ de Nice. Les pistes ne manquent pas et Diou a du travail sur la planche.

Conseillé par Patrick Raynal, ce roman est impressionnant de maîtrise du début à la fin. Ce qui est impressionnant, c’est cette faculté à créer un personnage féminin fort, qui ne s’en laisse pas compter. Diou est clairement quelqu’un que l’on n’oubliera pas facilement, par ses facultés de déduction mais aussi par son caractère en acier bien trempé. Si les autres personnages sont au second plan, les vieux quartiers de Nice sont remarquablement bien peints et on aime se retrouver dans ses petites rues pentues.

L’auteur choisit, pour mener son intrigue, de multiplier les pistes quasiment dès le départ. Entre le vol et la possibilité d’un crime homophobe, ou même des raisons professionnelles, le lecteur va suivre Diou en « maîtresse de maison », en « chef d’orchestre » sans que jamais on ne remette en cause ses actions. Et même si Diou connait sa ville, elle nous montre des quartiers que les touristes ne visitent jamais.

On rencontrera tous les codes inhérents au genre, Diou se prendra quelques coups sur la figure, mais elle tiendra bon ! Elle rencontrera des hommes fatals (!), il y aura des scènes d’action, de sexe et un dénouement inattendu. Mais il y a dans ce roman et dans ce personnage ce petit quelque chose qui donne envie de la suivre au bout du monde. Vous l’avez compris, j’attends déjà avec impatience sa prochaine enquête. Et retenez ce nom, Michèle Pédinielli, car cette auteure va devenir une grande.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Oldies : Meurtre à Greenwich Village de Kinky Friedman

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Frank Reichert

Je continue l’exploration de ma « collection » de Rivages Noir avec le premier roman de la série consacrée au détective Kinky Friedman.

L’auteur :

Richard S. (Kinky) Friedman, né le 31 octobre 1944 à Chicago, dans l’Illinois, est un chanteur, auteur-compositeur, romancier, chroniqueur au magazine Texas Monthly et homme politique américain. À l’élection de 2006, il est l’un de deux candidats indépendants au poste de gouverneur du Texas. Avec 12,6 % des voix, Friedman s’est classé en quatrième position dans la course à six. Surnommé le « Frank Zappa de la country », il joue dans divers films d’horreur, dont Massacre à la tronçonneuse 2, avant de commencer à écrire en 1986. Il s’impose très vite par son originalité, étant l’un des rares auteurs de roman policier à pratiquer l’auto-fiction avec une telle constance. Il a conquis un public éclectique, de l’ancien président Clinton à la romancière Fred Vargas qui le revendiquent comme l’un de leurs écrivains préférés.

Fils du Dr. S. Thomas Friedman, professeur d’université, et de Minnie Samet Friedman, il naît à Chicago, et sa famille déménage dans un ranch au Texas durant son enfance. Dès son très jeune âge, il développe un grand intérêt pour la musique et les échecs. À l’âge de sept ans, il est choisi pour faire partie d’un groupe de cinquante joueurs d’échecs locaux qui tentent de vaincre le grand maître américain Samuel Reshevsky lors de cinquante matches simultanés à Houston. Reshevsky remporte chacun des cinquante matches, mais Friedman est de loin le plus jeune compétiteur.

Il fait ses études à l’Université du Texas à Austin et obtient son baccalauréat en psychologie en 1966. C’est lors sa première année à l’université qu’il acquiert le surnom de « Kinky » en référence à ses cheveux frisés. Friedman sert alors pendant deux ans dans le Peace Corps à Bornéo.

Après un ralentissement de sa carrière musicale dans les années 1980, Friedman se convertit en auteur de romans policiers. Ses livres partagent certaines ressemblances avec sa musique, mettant en vedette une version fictive de lui-même, nommé Kinkster Friedman, dit Kinky, « un détective privé new-yorkais » qui enquête sur des crimes à New York, offrant blagues, sagesse, charme texan et whisky irlandais en quantités à peu près égales. Cet «ancien chanteur country qui fume toute la journée des cigares jamaïcains et considère l’existence avec une certaine nonchalance, […] joue au détective, assisté de son ami Ratso, une sort de Watson qui lui sert surtout de garde du corps ». Les romans de la série sont écrits dans un style direct inspiré de Raymond Chandler. À ce jour, il a également écrit quelques romans qui ne mettent pas en vedette le personnage de Kinky Friedman. Friedman écrit également une chronique régulière pour le magazine Texas Monthly depuis avril 2001, bien qu’elle ait été suspendue durant sa campagne au poste de gouverneur du Texas ; son dernier essai est paru dans le numéro de mars 2005.

Friedman vit au Echo Hill Ranch, le camp d’été familial près de Kerrville (Texas). Il est également le fondateur de Utopia Animal Rescue Ranch, dont la mission est de soigner les animaux errants, blessés, âgés et qui ont été victimes d’abus ; plus de 1 000 chiens ont été sauvés de l’euthanasie.

(Source Wikipedia adapté par mes soins)

Quatrième de couverture :

Le premier appel de Mc Govern à Kinky est pour lui apprendre qu’il y a un cadavre, avec onze roses dans la main, sur le plancher de l’appartement en face du sien. Le second est pour lui dire que les flics l’ont arrêté parce qu’ils ont trouvé l’arme du crime chez lui. Kinky sait bien que Mc Movern, reporter au Daily News, descend plus volontiers des verres d’alcool que ses semblables. Mais lorsqu’il trouve un reçu pour une douzaine de roses chez le journaliste, il n’est plus sûr de rien. Sauf que tout le monde est fou à Greenwich Village.

Mon avis :

Avec ce roman, me voilà obligé d’ajouter Kinky à la liste des personnages de détective dont il va falloir que je lise les aventures. Ce Meurtre à Greenwich Village a ce quelque chose qui le rend à la fois attachant, drôle et qui donne envie de retrouver Kinky. D’ailleurs, il n’est pas étonnant que Fred Vargas déclare que Kinky Friedman soit son auteur favori, tant on y retrouve des similitudes, surtout dans la façon de raconter une intrigue. On y retrouve une influence de Ken Bruen dans les dialogues à base de comique à répétition. Et je suis sur que les fans de la reine du Rom Pol et / ou ceux du noir vont se jeter sur ces livres.

Ce que j’en retiendrais, c’est une intrigue menée avec nonchalance, et remarquablement construite. On ne voit pas qui peut bien être le coupable, et on commence à comprendre l’affaire avec le dernier meurtre (Eh oui, il y en a plusieurs !). L’auteur va même se permettre un dernier chapitre où il nous raconte comment il a semé des indices dans tout le roman. Et je peux vous dire que c’est un vrai plaisir de se faire avoir comme cela.

Il y a ces personnages formidables, tous acteurs, scénaristes, drogués, homosexuels, à la mode du jour, passant leurs nuits dans les boites de ce quartier si « Hype » ! Et au milieu, Kinky est imperturbable, tout en cynisme et dérision, affublé de sa veste de chasse où il a remplacé ses cartouches par des cigares, regardant ses semblables avec un recul intéressant, ne se privant pas de critiquer le culte du paraître. Assurément, ce roman est pour moi une belle découverte.

Brouillard au pont de Tolbiac de Léo Malet

Editeur : Pocket

C’est JOB, comprenez jacques-Olivier Bosco (auteur entre autres du Cramé, Loupo ou plus récemment Brutale) qui m’a conseillé cette lecture et comme je n’avais jamais lu de roman mettant en scène Nestor Burma, voilà une bonne chose de faite. J’ai été surpris par ce polar, classique dans la forme, très avant-gardiste, et passionnant dans le fond.

L’auteur :

Léon Malet, dit Léo Malet, né le 7 mars 1909 à Montpellier et mort le 3 mars 1996 à Châtillon-sous-Bagneux, est un écrivain et poète français, auteur de nombreux romans policiers, dont la série ayant pour héros Nestor Burma, « détective de choc ».

Il a également écrit sous différents pseudonymes : Frank Harding, Léo Latimer, Lionel Doucet, Jean de Selneuves, Noël Letam, Omer Refreger, Louis Refreger — ainsi que, en association avec les écrivains Serge Arcouët et Pierre Ayraud, sous le pseudonyme collectif de John-Silver Lee —. Il est pour certains « l’inventeur du roman noir français ».

Léo Malet est fils de Jean-Marie Gaston Malet, employé de bureau, et de Louise Nathalie Refreger, couturière. À l’âge de deux ans il perd son père puis, deux jours après, son petit frère âgé de six mois et, dans l’année qui suit, sa mère. Tous les trois sont morts de la tuberculose. Léo est recueilli par son grand-père Omer Refreger, ouvrier tonnelier, et par sa grand-mère Marie Refreger, gardienne d’un parc avicole.

En 1923, il rejoint le groupe libertaire de Montpellier, puis entre en contact avec André Colomer qui vient de fonder L’Insurgé. Il le rejoint « à Paris avec 105 francs en poche. C’était le 1er décembre 1925, à 9 heures du matin » et fréquente les milieux anarchistes. Il exerce ensuite différents petits métiers : employé de bureau, manœuvre, journaliste occasionnel, « nègre » pour un journal de maître-chanteur, gérant de magasin de mode, figurant de cinéma, crieur de journaux, emballeur.

En 1926, il rencontre Paulette Doucet, qui devient sa compagne. Ils se marient en 1940, et vivent ensemble jusqu’au décès de Paulette en 1981. Lié au groupe surréaliste de 1931 à 1949, il écrit de la poésie, publiant en 1936 Ne pas voir plus loin que le bout de son sexe, imprimé à seulement une trentaine d’exemplaires.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le 25 mai 1940, Léo Malet est arrêté et accusé, selon ce qu’il relate dans son autobiographie, de faire partie d’un complot surréalo-trotskyste d’atteinte à la sûreté de l’État et reconstitution de ligue dissoute, « complot » dans lequel était également impliqué, entre autres, Benjamin Péret… ». Il est emprisonné à la prison de Rennes, puis est transféré au stalag X-B à Sandbostel entre Brême et Hambourg jusqu’en mai 1941.

Dès son retour de captivité, à la demande de Louis Chavance, Léo Malet se met à écrire des romans policiers, en adoptant d’emblée l’écriture à la première personne. En 1941 il publie sous le pseudonyme de Frank Harding son premier roman, Johnny Metal, et crée le personnage éponyme, journaliste américain lui permettant « toutes sortes de libertés, sans avoir à m’emmerder avec le décor ». Après ce premier succès, il publie en 1942 un « second faux policier américain, mijoté selon la même recette », La Mort de Jim Licking, qu’il signe Leo Latimer. C’est en 1943 que Léo Malet publie 120, rue de la Gare, mettant en scène son célèbre détective privé Nestor Burma.

En 1948, Léo Malet devient le premier lauréat du grand prix de littérature policière pour Le Cinquième Procédé. La même année, il commence à écrire ce qui deviendra la Trilogie noire. Le premier titre de la trilogie est La vie est dégueulasse. Le deuxième tome, Le soleil n’est pas pour nous, publié en 1949, raconte, dit-il, « certaines des histoires qui me sont arrivées quand je traînais la savate à Paris ». Le troisième, Sueur aux tripes, écrit dans la foulée, n’est publié que vingt ans plus tard en 1969.

En 1954, utilisant toujours le personnage de Nestor Burma, il commence la série des Nouveaux Mystères de Paris, dont chaque énigme a pour décor un arrondissement de la capitale. Quinze arrondissements de Paris forment le décor de ces Nouveaux Mystères, dont le 13ème arrondissement de Paris avec Brouillard au pont de Tolbiac, publié en 1956 et qui « se détache indéniablement de cette série. Roman central d’une œuvre imposante, il fourmille d’anecdotes autobiographiques ». En 1958, il reçoit le prix de l’Humour noir pour l’ensemble de la série.

Rencontrant de nouvelles difficultés financières, Léo Malet écrit en 1962 un feuilleton dont l’action se déroule à la télévision. Ce sera 6/35 contre 819, renommé Nestor Burma en direct lors de sa parution au Fleuve noir en 1967. Après un intermède comme bouquiniste quai de l’Hôtel-de-Ville en 1965, il obtient grâce à Maurice Renault un contrat au Fleuve noir, qui publie six romans avec Nestor Burma et un septième et dernier roman, Abattoir ensoleillé, en 1972. En 1984, il reçoit pour l’ensemble de la série Nestor Burma le grand prix Paul-Féval de littérature populaire.

(Source Wikipedia adapté par mes soins)

Le sujet :

Nestor Burma reçoit un appel de l’hôpital de la Salpêtrière. C’est Lenantais, dit Abel Benoit, un ancien compagnon anarchiste qu’il a connu dans sa jeunesse au foyer végétalien de la rue de Tolbiac, qui lui demande de venir à son chevet. Mais Nestor Burma arrive trop tard. La séduisante gitane Belita Moralès l’informe de la mort de son vieil ami des suites de deux coups de couteau reçus lors d’une sauvage agression.

À l’hôpital, Burma reçoit la confirmation du décès annoncé et se heurte à l’inspecteur Fabre qui l’accompagne à la morgue. Le commissaire Faroux les rejoint, visiblement là pour obtenir des informations de la bouche de Burma, mais c’est lui qui se met à faire allusion à un policier, Norbert Ballin, responsable d’une vieille enquête sur la disparition en 1936, aux environs du pont de Tolbiac, d’une grosse somme d’argent volée par un garçon de recettes qui la transportait.

Douloureuse enquête pour le héros, dont le passé resurgit au détour de chaque rue du quartier de sa jeunesse. Difficile mission aussi d’éclaircir l’assassinat de Lenantais et le vol de 1936, deux crimes en apparence indépendants et tout aussi inexplicables.

(Source Wikipedia adapté par mes soins)

Mon avis :

Lire ou relire d’anciens polars permet, sans aucun doute, de prendre du recul par rapport aux nouveautés que l’on trouve sur les linéaires des libraires. Cela permet aussi de voir où les auteurs contemporains ont puisé leur source, leurs codes, leur style. Indéniablement, ce roman a inspiré des générations d’auteurs car si la façon de raconter cette histoire s’inspire de l’exemple américain, il n’en reste pas moins qu’il a sa singularité française dans les décors et le sujet traité.

Je n’avais jamais lu de romans de Léo Malet, et j’ai été surpris. Dans ma tête, Nestor Burma est incarné par Guy Marchand ce qui, pour l’adolescent que je fus, était classé « Has Been ». Et je me suis aperçu de mon erreur tant ce roman s’avère passionnant mais aussi touchant par bien des aspects. Deuxième surprise : malgré quelques expressions argotiques, ce roman s’avère très moderne et remarquablement bien mené. Bref, Brouillard au pont de Tolbiac est génial.

On ressent à sa lecture toute la passion que l’auteur a voulu mettre dans ce roman, du sujet (les anarchistes dont il a fait partie dans sa jeunesse) jusqu’aux descriptions des quartiers de Paris qu’il a arpentés. On y retrouve des thèmes chers au polar, tels la loyauté ou l’obsession mais on retrouve aussi la volonté de dénoncer certains aspects de la société. On ressort de ce roman bouleversé, autant par ces hommes qui renient leurs idées et leurs valeurs que par l’issue dramatique, ébauchée en quelques lignes et qui concluent ce roman qui est indéniablement un grand moment de la littérature policière.

Ce roman m’aura beaucoup apporté, puisque j’ai appris beaucoup de choses sur les mouvances anarchistes, et sur le Paris d’après-guerre. En 200 pages, Léo Malet nous concocte une intrigue, une ambiance et des personnages inoubliables. Brouillard au pont de Tolbiac est tout simplement une lecture obligatoire pour toute personne aimant le polar et un excellent roman à découvrir pour les autres.