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Avis d’obsèques de Michel Embareck (L’Archipel)

J’avais entendu parler de Michel Embareck, et c’est donc avec avidité que je me suis jeté sur le petit dernier, Avis d’obsèques paru aux éditions de l’Archipel. Et même si je savais à quoi m’attendre, j’ai quand même été surpris … en bien.

Alors que la petite ville de Saproville-sur-mer se réveille doucement, un petit événement va faire dérailler les rouages de cette petite ville de province sans histoire. Alors que les policiers font leur tournée d’habitude sans histoires, ils voient le corps d’un homme alongé devant les grilles du jardin Balzac. Imaginer un SDF que les gens pourraient découvrir dépasse l’entendement des deux flics. En s’approchant, c’est bien le corps d’un homme mort, abattu d’une balle dans la tête qu’ils découvrent.

Et comme un malheur n’arrive pas seul, c’est le corps du PDG de France-Ocean, le principal journal régional du coin qui git ainsi. Tout le monde le connait, Fabrice Kerbrian du Roscoät, le fils du père qui a repris les rênes du journal depuis que son père a pris sa retraite. D’ailleurs, il ne s’est pas gêné pour laisser libre cours à ses envies de luxe, mettant quasiment le journal sur la paille. Toute la smala de la ville, du département et même de la nation se penche sur la résolution de ce meurtre dans une ville qui a toutes les qualités pour montrer patte blanche aux touristes.

En parallèle, Victor Boudreaux se remet lentement d’un AVC qui a l’avantage de l’avoir guéri de ses migraines mais qui le handicape dans ses activités de tous les jours. A la fois détective privé et arnaqueur sans morale, il est ennuyé par des représentants d’une société d’assurances qui lui disent que sa nièce Joliette, qui habite à la Nouvelle Orléans serait impliquée dans un vol d’objets religieux. Et c’est son nom qui est utilisé pour les envois de France aux Etats Unis des fameux objets du culte.

Accrochez-vous, serrez-bien les ceintures de sécurité, car cette lecture va vous secouer les méninges et vous dérider les zygomatiques. Car même si on peut s’attendre à du cynisme à grande échelle en allant voir les avis des blogueurs sur les précédents romans de Michel Embareck, les salves de remarques acerbes et autres descriptions généreusement imagées m’ont forcé à sourire, rire, voire m’esclaffer devant tant d’immoralité. Il faut juste aimer cela … et j’adore !

Ici, on a droit à de l’humour fortement politiquement incorrect, mais c’est aussi et surtout parce que les personnages sont tous sans exceptions d’une bassesse sans nom. Tous ont des raisons pour se motiver à être des escrocs à la petite semaine, pour essayer d’obtenir un petit gain d’une situation, pour améliorer leur quotidien au détriment du voisin. Et personne n’échappe au massacre, du PDG du quotidien régional au commissaire de police, du procureur au syndicaliste, tous tirent leur couverture à eux, pour grappiller quelques grammes d’une poussière sur le dos d’un autre, tous sont alignés consciencieusement par Michel Embareck avec un aplomb et un cynisme fantastique.

Tous les personnages sont ignobles, détestables essayant de faire avancer leurs petites magouilles pour s’approcher de leurs petits objectifs et d’améliorer leur petite vie. Et Michel Embareck arrive à nous faire prendre suffisamment de recul pour que l’on arrive à regarder l’actualité sous un autre jour. Et pour le coup, ça fait du bien de rigoler, guidés que nous sommes par la plume virevoltante et acerbe de cet auteur au grand talent.

Alors ça flingue, toujours avec humour, c’est bête et méchant mais c’est redoutablement bien écrit. Le premier chapitre, qui décrit cette petite ville de province tranquille où il ne faut pas faire de vagues est tout simplement génial, et donne le ton pour tout le roman jusqu’à la dernière ligne. Et si l’on ajoute une intrigue menée au cordeau, ce roman fait indéniablement partie des très bons moments de lecture en cette rentrée littéraire.

Ne ratez pas les avis unanimes de l’ami Claude , de l’ami Paul et de l’ami Yan, ainsi que le mot de l’auteur sur Livresque du noir.

Deux nouvelles de Muriel Mourgue

Muriel Mourgue est une auteure lorraine, qui a eu la gentillesse de me faire parvenir deux de ses nouvelles, chacune éditée chez Ex-Aequo. Les deux nouvelles qui se déroulent à des époques fort différentes s’avèrent être très bien écrites et fort intéressantes. . Une auteure à suivre.

 association de malfaiteuses

Association de malfaiteuses :

Paris en 2022. Depuis le cataclysme de 2019, les pays européens ont enfin décidé de se regrouper en fédération, et ont choisi comme nom l’Europe Unie (UE). Alors que la profileuse Angie Werther a décidé de prendre sa retraite parce qu’elle trouve que l’Europe trop aseptisée, elle est appelée pour une dernière mission par son chef Luc Malherbe : Conny Vaning une tueuse à gages a été identifiée à Lisbonne. Le risque que le groupe terroriste L’Etoile Noire refasse son apparition est grand.

Mon avis :

En fait, ces vingt pages se passent dans le centre de sécurité nationale. Comme l’Europe est criblée de caméras, d’analyses ADN at autres joyeusetés, la sécurité peut être gérée à distance. Donc, Angie va gérer cette situation de crise à distance entre images video, coups de fil et de téléphone. Et la force de Muriel Mourgue, c’est au fil des vingt pages que dure cette nouvelle, de faire monter la pression chez le lecteur jusqu’à un dénouement … mais chut ! ça ce sera à vous de le découvrir.

 green gardenia

Green Gardenia :

Dans les années 50, à New York. Thelma Vermont vient d’ouvrir une agence de détective privée et elle ne peut pas refuser d’affaires car elle a cruellement besoin d’argent. Justement, une jolie brunette de trente ans vient lui proposer de retrouver son mari, un modèle de fidélité, qui vient tout juste de disparaitre. Cette affaire va se révéler plus compliquée que prévu !

Mon avis :

Dans le registre des détectives privés, Muriel Mourgue est aussi à l’aise. Et même si j’ai préféré les mises en situation de la nouvelle précédente, l’histoire est bigrement bien racontée et on n’a qu’un seul regret, c’est qu’elle ne dure pas plus longtemps et que l’on ne reste pas plongé un peu plus dans cette période trouble des années 50.

Une balade dans la nuit de George P.Pelecanos (Calmann-Lévy)

George P.Pelecanos nous revient en forme avec le premier roman d’une nouvelle série, dont le personnage principal s’appelle Spero Lucas. Nous voici donc avec un nouveau héros, jeune homme américain dont la famille est grecque, d’une petite trentaine d’année, ancien soldat ayant fait la campagne d’Irak et ayant trouvé la juteuse activité de réaliser des enquêtes pour un avocat qui s’appelle Peterson. Cette activité est très lucrative car elle lui permet d’empocher 40% des gains obtenus dans ces affaires.

Alors qu’il vient rendre visite à Peterson, il tombe sous le charme de la secrétaire de Peterson, Constance et vient conclure une affaire fortement lucrative. Un détenu le contacte pour un problème bien particulier : Anwan Hawkins est trafiquant de drogue, il utilise les services de FedEx pour livrer ses paquets de drogue à des adresses de personnes qui ne sont pas chez elles et ses acolytes récupèrent les colis grace au suivi par Internet. Ni vu ni connu, les livraisons se passent à merveille.

Sauf que deux colis de 130 000 dollars chacun ont été récupérés avant que les deux récupérateurs Tavon Lynch et Edwin Davis ne puissent mettre la main dessus. Cette perte sèche est inacceptable pour Anwan, d’autant plus qu’il a eu un enfant et envisage de se ranger après son procès. Spero Lucas va donc enquêter pour en savoir plus sur ces disparitions de colis de drogue.

Je ne vais pas vous rappeler que George Pelecanos est un grand auteur du polar. Et si ses récentes parutions ont pu paraitre bien fades, eu égard à ce qu’il a écrit précédemment, nous le retrouvons ici dans une forme pas olympique mais prête à regagner quelques rangs dans notre estime. Il pose en effet tous les ingrédients et tous les non-dits pour que nous soyons enclins de suivre les futures enquêtes de Spero Lucas.

Nous avons droit ici à une intrigue simple et limpide, menée de main de maître, avec tous ces petits détails que j’aime tant pour m’imprégner du décor et de la ville de Washington. D’ailleurs, on a vraiment l’impression d’y être, à Washington, et d’être capable de redessiner le plan de la ville, tant Pelecanos nous donne à voir cette ville de noirs devenue cosmopolite.

On a aussi droit aux thèmes chers à Pelecanos : un héros ni blanc ni noir mais suffisamment complexe pour qu’on cherche à le comprendre, un héros fort et faible à la fois, un héros attaché à des valeurs universelles telles que la famille, les amis, la loyauté et la fidélité. Dit comme ça, on a l’impression de relire les précédentes œuvres de l’auteur, mais le rythme est suffisamment soutenu et l’ensemble très bien écrit pour que l’on avale ce roman, que j’ai lu en deux jours.

Du classique, un classique ? Peut-être n’est ce pas un roman révolutionnaire, mais c’est assurément un bon polar qui sème les pistes pour ne pas nous aiguiller sur la suite qu’il donnera à cette série. Finalement, c’est un bon cru, et en tournant la dernière page, on a bigrement envie de lire la suite. N’est-ce pas ce qu’on demande aux livres ? de nous attirer dans leurs mailles pour nous donner envie d’en relire un autre ?

Et un grand merci à Coco pour le prêt de ce roman ! Sans toi …

Je tiens à vous signaler que vient de sortir un recueil de nouvelles dirigé par George Pelecanos qui s’appelle Washington noir (éditions Asphalte).
Washington, D.C. : le lieu évoque aussitôt les arcanes du pouvoir américains, la Maison blanche, le Capitole. Mais c’est aussi une ville à part des États-Unis, au taux de criminalité record. George Pelecanos et quinze autres plumes – des auteurs de noir, mais aussi un policier, un ancien taulard, un acteur… – nous font découvrir leur Washington, où se croisent drogués et prostituées, gangsters et flics de base, mais aussi politiciens et journalistes.
Avec des textes de Robert Andrews, Jim Beane, Ruben Castaneda, Richard Currey, Jim Fusilli, James Grady, Jennifer Howard, Lester Irby, Kenji Jasper, Norman Kelley, Laura Lippman, Jim Patton, George Pelecanos, Quintin Peterson, David Slater et Robert Wisdom.

Je ne porte pas mon nom de Anna Grue (Points)

Ce roman est le premier d’une jeune auteure danoise, qui inaugure avec Je ne porte pas mon nom, le cycle des enquêtes du détective chauve. Ce roman fait aussi partie de la sélection Meilleurpolar.com, organisé par les éditions Points.

Dan Sommerdahl est un publiciste à succès, naturellement doué pour son métier. Il est rapidement monté dans la hiérarchie, se laissant déborder par son travail, jusqu’à ce qu’il craque. Il tombe en dépression, et sa femme, Marianne, qui est médecin, va l’aider à se soigner. Il va donc passer une longue période en arrêt maladie, loin de Kurt & Co, la société qui l’emploie.

Justement, comme tous les soirs, la société de nettoyage fait le ménage chez Kurt & Co. Ils sont deux, Benjamin et Lilliana. Lilliana va être découverte étranglée dans la petite cuisine de la société. Le commissaire Flemming Torp va être chargé de l’enquête, et ce soir là, il dinait avec Dan. Il va d’ailleurs se faire aider de Dan pour mieux comprendre les salariés de Kurt & Co, et Dan va s’inventer Détective.

Lilliana va s’avérer estonienne, sans papiers. Personne ne connait son nom. Dan va rapidement découvrir où elle habite, le nom de sa colocataire, et le fait qu’elle est employée au noir. Plus l’intrigue va avancer, plus la peinture de l’ensemble va s’avérer sombre. Et Dan va devenir aux yeux de la presse Le détective chauve.

Ce roman est un roman policier classique. Tout démarre avec le meurtre, écrit du point de vue de l’assassin, et c’est très bien fait. Mais c’est aussi un premier roman, avec quelques défauts. Le deuxième chapitre nous explique le passé de Dan Sommerdahl, et j’ai trouvé ça balourd et maladroit, ou en tous cas pas forcément utile dans la narration de l’histoire.

Passé ce deuxième chapitre, l’auteur prend son envol, elle déroule tranquillement son enquête, et comme beaucoup d’auteurs nordistes, elle prend son temps pour décrire les personnages, les lieux. Le rythme est plutôt lent, avec des dialogues fort bien faits qui tiennent le lecteur accroché à sa lecture.

Enfin les personnages, qui sont sans contradiction, sont attachants. Et c’est un peu ce que je retiendrai, un bon roman policier qui inaugure un cycle que j’espère avec un peu plus de folie et autant d’émotion. Car, Anna Grue a la volonté de montrer que sous ses dehors lisses, la société danoise a bien des cotés pourris et qu’il ne faut pas soulever le tapis, au risque de trouver des rats crevés. Je ne porte pas mon nom est finalement un bon polar sans prétention, pour amateurs d’enquêtes nordiques.

L’heure des gentlemen de Don Winslow (Editions du Masque)

Chouette ! Voici donc le dernier Don Winslow en date, et ce n’est un secret pour personne que c’est un auteur que j’adore. Si ce roman ne fait pas partie des meilleurs de lui, la lecture reste un pur plaisir pour cette intrigue qui dénonce une nouvelle fois un aspect nouveau de l’argent sale. Ce roman est la suite de La patrouille de l’aube et on retrouve donc toute la petite troupe de Boone Daniels.

Si vous ne connaissez pas la patrouille de l’aube, elle est composée de Boone Daniels, ex-flic reconverti en détective privé, Johnny Banzai, Dave le dieu de l’amour maître nageur, Hang le barman, Tide le contremaître, Seule manque à l’appel Sunny, la seule fille du groupe, devenue professionnelle du surf. Leur principe de vie est simple : le surf et l’amitié. Ils se retrouvent à la plage, pour glander et attendre la vague. Les anciens ont aussi leurs habitudes, ils viennent à la même heure et se racontent des histoires à l’heure des gentlemen.

Alors que son ami Dave Nichols, milliardaire adorant le surf, a des doutes sur la fidélité de sa femme, Boone Daniels accepte de l’aider à découvrir la vérité. Parallèlement, Petra Hall, l’avocate amoureuse de Boone (et réciproquement) lui propose de défendre Corey  Blasingame, un jeune fils à papa qui a tué Kelly Kuhio, dit K2, LA star incontestée du surf. K2 est un vrai gentleman, ayant fait le tour du monde et étant respecté dans le monde pour sa gentillesse et sa volonté d’aider autrui. Boone se retrouve à enquêter pour innocenter un imbécile qui a assassiné une icône, une idole de tout le monde du surf.

La raison pour laquelle j’adore Don Winslow est qu’il écrit avec un style tellement fluide, qu’il choisit toujours les bons mots pour nous faire voir les scènes qu’il construit, et cela est toujours passionnant à lire, très prenant. C’est aussi un auteur qui, depuis quelques romans, a décidé de montrer comment la drogue envahit la société. Et parfois, cela atteint des sommets, comme La griffe du chien ou Savages. Ce n’est pas le cas ici.

Don Winslow nous montre au travers de deux intrigues classiques comment les narco gangs envahissent l’économie avec les milliards que dégagent leurs trafics, mouillant tous les décisionnaires des différents pays. Malgré cela, l’intrigue est tout de même faiblarde, certains chapitres sont sans intérêt, et voire même parfois cela tourne en rond.

A coté de cela, il y a le personnage de Boone, empêtré dans une liaison avec une avocate au dessus de ses moyens, se sentant vieillir, et se demandant si le temps de l’insouciance n’est pas passé, si, enfin, il ne doit pas faire quelque chose d’important dans sa vie. Boone va se demander s’il doit changer son image pour changer de vie, tourner le dos à ses amis pour changer de cap. Ces passages qui sont poignants sont bien faits, d’autant que Don Winslow a construit un personnage un peu balourd, ne sachant pas comment prendre les gens.

Alors, déception ? Ben, oui, c’est un livre que j’ai dévoré car il est agréable, mais il est loin de ce que j’attends de Don Winslow. D’un autre coté, un auteur ne peut pas sortir que des chefs d’œuvre. Alors, je vous donne deux liens pour vous faire une idée de Cette Heure des Gentlemen. A vous de vous faire votre opinion.

L’ami Yan : http://www.encoredunoir.com/article-l-heure-des-gentlemen-de-don-winslow-104653199.html

Les amis de Unwalkers : http://www.unwalkers.com/lheure-des-gentlemen-de-don-winslow-le-masque-undead-nouveau-converti/

Les soldats de l’aube de Deon Meyer (Points seuil et Points2)

Il était temps que je lise un roman de Deon Meyer. L’occasion était trop bonne de commencer par Les soldats de l’aube lors de sa ressortie en poche dans la collection Points2. Et c’est génial !

Johannesburg, 2001. Zatopeck Van Heerden, dit «  Zet », est un ancien policier qui essaie de surmonter sa dépression. Son collègue Kemp vient le sortir de prison pour lui proposer une affaire qui devrait le remettre en selle. Il lui demande d’enquêter en tant que détective privé pour le compte d’un cabinet d’avocats.

Il rencontre donc Hope Beneke, qui lui présente l’affaire en question. Johannes Jacobus Smit a été torturé à la lampe à souder avant d’être assassiné d’une balle de M16 dans le tête. Ses agresseurs ont vraisemblablement cherché à avoir le code de son coffre fort, lequel contenait le testament que sa maîtresse Wilma veut retrouver. Si Wilma ne met pas la main sur le testament, elle n’héritera de rien, alors qu’elle a vécu avec lui plus de dix ans.

Le meurtre ayant eu lieu dix mois auparavant, Van Heerden a sept jours pour retrouver le testament. Rapidement, il se penche sur le passé de Smit, et s’aperçoit que celui-ci vit sous une fausse identité. Qui était réellement Smit ? Pourquoi s’est-il caché sous une fausse identité ? Quel était donc le passé de ce paisible et reconnu antiquaire ?

Quel pied ! C’est la remarque que je me suis faite à chaque page lue, jusqu’à ce que j’aie refermé le livre. Car tout frise la perfection : l’intrigue est menée impeccablement, le personnage de Van Heerden est passionnant à suivre, les autres personnages sont consistants, et toutes les scènes sont un régal à lire, qu’elles soient des scènes intimistes ou d’action. C’est un livre assez conséquent en nombre de pages, que j’ai avalé en trois jours, tant le style est fluide et évident. Du vrai régal je vous dis.

J’ajouterai un petit mot sur la construction, assez particulière. L’enquête est entrecoupée de passages à la première personne du singulier, racontant la vie et le parcours de Van Heerden. Ces passages, parfois un peu long, montrent une psychologie du personnage complexe, d’un homme éduqué par sa mère seule, ayant perdu son père tôt. Van Heerden est un gentil, élevé dans le respect des autres et des lois. C’est un homme qui va toute sa vie être confronté au dilemme entre le bien et le mal, entre son éducation et la réalité de la vie. Passionnant à lire et extrêmement bien fait.

Ce roman est aussi l’occasion de montrer un monde en mutation, un pays en évolution. L’Afrique du Sud est une jeune démocratie, avec son héritage, ses blessures et ses cicatrices. Loin de nous faire une démonstration magistrale comme le ferait un professeur, Deon Meyer nous assène quelques vérités au travers des différents personnages par quelques petites touches subtiles. Cela fait de ce livre une pierre à l’édifice de l’histoire sud-africaine.

Vous l’aurez compris, c’est un livre à lire, à ne pas rater, à dévorer urgemment. Un dernier petit mot sur le format Points2, que j’avais testé précédemment lors de la lecture de Mémoire assassine de Thomas H.Cook. Ce format m’a permis de le loger dans une poche de veste. Comme j’avais du temps à perdre, et que je n’avais pas prévu de lecture, j’ai ressorti ce livre aux dimensions minuscules. Grand bien m’en a pris. Du coup, j’ai pris l’habitude de toujours me balader avec un de ces formats en poche. Une bonne idée que ce format Tom Pouce !

Fais pas ta star ! de Ben Orton (Editions Létales)

Non, mais attendez, là ! C’est pas possible ! Les deuxièmes aventures de Dari Valko sont sorties ! Impossible de passer à coté, tant j’avais passé un bon moment avec le premier volume qui s’appelait Un doigt de politique. Mais il faudrait peut-être légèrement revenir en arrière. Qui est Dari Valko ? Qui est Momo ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Où cours-je ? Dans quel état j’erre ?

Dari Valko est un ancien légionnaire doté d’un humour à toute épreuve, d’origine franco-russe comme la crème dessert (ceux qui ont plus de quarante ans savent de quoi je parle !). Il s’est reconverti dans le métier (peu réjouissant) de garde du corps. Taillé comme un roc, passant quelques dizaines de minutes par jour à sculpter son corps (d’ailleurs, il nous donne sa recette pour perdre du poids et gagner en muscles). Dari est aidé par son oncle Piotr, qui n’est pas contrariant pour un sou. Ce tonton, à qui je ne demanderai pas l’heure dans la rue (car j’ai trop de respect pour les gens plus grands et plus forts que moi … et j’aurais peur de le déranger), est un ancien champion d’haltérophilie et est toujours prêt à aider son neveu.

Dans cette nouvelle aventure, Dari (et son oncle, forcément) se croyaient en vacances sur la côte en acceptant de veiller sur le corps d’un jeune acteur de série télévisée. En effet, Aldo Ferrone joue le rôle d’un parrain de la mafia (dans une série qui se nomme La famiglia !) … et il ne croit pas si bien dire (ou faire). Or, ce qui va lui arriver, à Aldo, pourrait prêter (pas donner) à rire, comme s’il était la nouvelle star d’un film de Scorsese : en se réveillant de sa nuit (agitée), il découvre la tête d’un cheval … coupée.

Voilà notre Dari presque mi national, mi russe, embringué dans une affaire qui pourrait bien le dépasser. Car tout légionnaire qu’il est, il n’en reste pas moins doté d’un cerveau et de muscles qui pourraient ne pas suffire face à la mafia. Et, effectivement, il va y avoir de l’action, un peu de bagarres, des péripéties, des explosions (enfin, une) et surtout beaucoup d’humour.

Clairement, le but n’est pas de se prendre au sérieux mais bien de passer un bon moment. Et dans ce roman novella de 150 pages, le rythme est élevé, le scenario est mieux maitrisé, et surtout on rit au minimum deux fois par pages. On retrouve la marque de fabrique de Ben Orton, Dari nous parle, nous interpelle comme s’il nous racontait son enquête, et l’auteur en profite pour nous mener en bateau jusqu’à un final fort bien trouvé et surprenant. Bref, voilà une série qui démarre sur les chapeaux de roues et que je ne peux que vous conseiller.

Tranquille le chatA noter que le troisième tome des enquêtes de Dari Valko vient de sortir et qu’il s’appelle Tranquille le chat ! On en parle très bientôt sur Blacknovel1 !

Private Los Angeles de James Patterson & Maxine Paetro : (l’Archipel)

Une fois n’est pas coutume, voici une chronique d’un invité, que l’on a déjà vu sur Black Novel. Il s’agit de Ben. Il nous parle de Private Los Angeles de James Patterson et Maxine Paetro. A toi Ben !

Jack Morgan est le Nestor Burma de Los Angeles… Enfin, un Burma au sens américain du terme : Vétéran héroïque de la campagne d’Afghanistan, gentleman séducteur à ses heures perdues, il est à la tête d’une des plus prestigieuses agences de détectives privés du monde.

Dotée d’une équipe d’enquêteurs hors normes et d’équipements dernier cri à faire pâlir d’envie la CIA, «Private» intervient dans les milieux en vue et les hautes sphères du pouvoir.

Alors qu’il est mandaté par les autorités locales pour résoudre une affaire de tueur en série insoluble et chargé par la Ligue de football de faire toute la lumière sur la fraude qui menace de l’entacher, Jack va devoir disculper son meilleur ami, seul suspect du meurtre de son épouse. 

« PRIVATE LOS ANGELES » est ma dernière lecture de cette fin d’année 2011. J’ai passé un bon moment sans pour autant avoir un coup de coeur.

Ce livre ferait un bon script de série TV made in Hollywood, avec le trio gagnant « Action, Violence, Sexe » : 

Comme vous avez pu le deviner à la lecture du premier paragraphe, Jack est l’incarnation du héros américain, un distillat de «Largo Winch», «Lie to me», «Jack Bowers» et j’en passe… 

Son équipe, véritables «Experts à L.A.», compte une galerie de seconds rôles truculents, du professeur Cheerios à la Geek quinquagénaire, en passant par le profiler en jupons et l’ancien barbouze.

L’ensemble, saupoudré d’humour, se lit facilement. Les trois enquêtes s’entremêlent sans temps mort, à travers des chapitres très courts (2-3 pages).

La narration, successivement à la première et troisième personnes, m’a un peu dérouté au départ mais je m’y suis vite fait. Elle permet, en outre, de vraiment se plonger dans la peau de Jack, tout en gardant une certaine neutralité avec les autres protagonistes.

Un bémol cependant concernant le suspense. Bien ménagé au début, il s’étiole à mesure que l’intrigue avance, au point que j’avais fini par deviner certaines situations avant qu’elles ne se déroulent…

En conclusion, un roman policier sympa, que je recommande aux aficionados des séries TVs policières américaines.

Brooklyn requiem de Ken Bruen (Fayard Noir)

Allez, hop ! C’est reparti pour une deuxième année de Black Novel. Et on commence par du lourd. Le dernier Ken Bruen, dont je suis fan, dont je lis tous les livres, est une vraie bombe, une folie dopée à l’adrénaline.

Matt O’Shea est Guarda à Galway en Irlande. Mais ce qui le frustre, c’est que les guardai n’ont pas d’armes. Ils ont juste droit à une matraque. Alors quand la police américaine et la police irlandaise proposent un échange d’une vingtaine de policiers entre leurs deux services, Matt fait un chantage auprès d’une personne haut placée pour obtenir sa mutation à New York.

Il se retrouve donc à New York à faire équipe avec Kurt Browski dit Barka, car il cache une barre dans sa manche, et n’hésite pas à en faire usage pour arrêter les truands. Barka a une soeur attardée, et il l’a placéedans un établissement spécialisé privé. Mais cela coûte horriblement cher, et, quand il est approché par un malfrat du nom de Morronni, il accepte de vendre son âme au diable en échange de renseignements qui premettraient à Morronni de ne pas être inquiété par la police. En plus d’être un chien sans limites.

Lors d’une intervention pour « calmer » un mari qui tape sa femme, Matt O’Shea tue un homme qui s’apprêtait à descendre Barka. A partir de là, Barka commence à apprécier Shea et lui dévoile petit à petit ses combines et sa vie. Il va même jusqu’à lui présenter sa soeur. Matt, lui, reste un peu à l’écart car il a un problème : Il viole et étrangle les femmes avec un long cou blanc et pur.

Imaginez Jack Taylor croisé avec le psychopathe de Au-delà du mal ou de n’importe quel psychopathe. Cela donne un mélange aussi explosif que nitro et glycérine ou de Tri-nitro et Toluène. Bon, d’accord, c’est facile ! Mais voilà un bouquin qui va à cent à l’heure, du début à la fin. Et on retrouve tout ce qu’on aime chez Bruen : cette facilité à écrire des histoires, ces personnages explosés et hargneux, ces dialogues brillants et pleins d’humour.

Ken Bruen fait encore mouche, et pourtant, j’avais un peu d’appréhension en attaquant ce livre. Autant il est génial dans ses cycles Jack Taylor et R&B, autant ses livres « orphelins » m’avaient moins convaincu. Là, dès les premières pages, on est pris dans l’ouragan, retrouvant toute la hargne, toute la morve, toute la démesure que l’on peut trouver chez Jack Taylor.

Et ça marche, ou plutôt nous, pauvres lecteurs, nous courons. D’ailleurs, pas besoin d’être très endurant pour avaler ces 300 pages, car c’est bouclé en trois heures, trois petites heures de pur bonheur, de pure jouissance. Et c’est le seul reproche que je ferai à ce livre : Je l’ai lu trop vite. Mais quelle plaisir !

Alors, ceux qui n’aiment pas Ken Bruen diront que c’est du léger, que ça n’apporte rien, que c’est du déjà vu. Oui, mais avec du style ! Ken Bruen est un des auteurs les plus doués de sa génération, je le dis, je le répète et je continuerai à le répéter tant que ses livres seront à ce niveau et tant que vous, humbles visiteurs de Black Novel, vous n’aurez pas compris. Avec toute la quantité de nouveautés de polars qui sortent par an, il nous sort un voire deux excellents bouquins. Pourrez-vous continuer à passer à côté de ce phénomène qu’est Bruen encore longtemps ?