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Hunger Games de Suzanne Collins

Traducteur : Guillaume Fournier

Genre : roman de science-fiction

Editeur : Pocket Jeunesse

Après Suzie, Après mon fils, mon Titi, voici ma Zoupette, ma fille Clara qui s’invite sur Black Novel. JE SUIS FOU DE JOIE !!!!!!!!!!!!!

A toi ma fille :

Pourquoi j’ai choisi ce livre ?

J’ai choisi ce livre parce que c’est un de mes préférés et je voulais vous le partager. J’aimerais beaucoup vous donner envie de le lire. J’ai connu ce livre grâce à mon père et j’ai fini toute la collection (de livres). J’ai aussi vu les films (pas tous), qui sont aussi bien que les livres.

Les principaux personnages :

Katniss a seize ans. Elle a une petite sœur, Prim, et serait prête à tout pour la sauver. Elle est choisie pour représenter le district 12. Elle aime chasser comme son père qui est mort. Elle sait tirer à l’arc.

Gale est le meilleur ami de Katniss. Il a quelques années de plus que Katniss. Il est amoureux d’elle. Il aime chasser avec Katniss.

Peeta est le candidat choisi  avec Katniss au Hunger Games pour représenter le district 12. Il est amoureux d’elle.

Mon résumé :

Dans une société futuriste, à Panem,  une fille et un garçon sont tirés au sort dans chaque district pour représenter leur district. Il existe 12 districts, donc ils sont 24 dans l’arène. Ils sont choisis pour combattre dans les Hunger Games. Ils doivent entre-tuer pour gagner la gloire et la richesse pour eux et leur famille. Seul le Capitole, ensemble des personnes haut placés, riches, ne combat pas dans les Hunger Games. Les adversaires ne savent pas à quoi ressemble l’intérieur de l’arène. Les Hunger Games sont diffusés à la télévision pour divertir le Capitole. Tout le monde est obligé de les regarder. Dans cette arène une seule règle compte : être le dernier à survivre.

Cette année se déroule les 74e  Hunger Games. Dans le district 12, la sœur de Katniss est tirée au sort pour combattre mais Katniss veut sauver sa sœur donc elle se porte volontaire pour participer. Peeta est choisi pour se battre avec elle. Qui va survivre et devenir riche et célèbre ?

Mon avis :

Ce livre critique la société d’aujourd’hui. Il dit : « Serions-nous prêt à nous entre-tuer pour la télévision ? ». Les Hunger Games sont une cruauté qui n’arrive pas réellement à me choquer car je sais qu’au fond, certaines personnes seraient capables de faire quelque chose comme ça. Ce que Suzanne Collins écrit est réaliste, tout cela pourrait se passer dans la vraie vie, nous pourrions nous entretuer pour divertir le grand public.

Ce livre est très bien écrit et dès que vous le commencez vous avez envie de lire la suite. Les films sont bien aussi, ils ressemblent beaucoup aux livres, même s’il manque quelques scènes. J’ai préféré le tome 1 car il est fort en émotions. Ma scène préférée du tome 1 est quand Rue, une amie du district 11 (et alliée de Katniss dans l’arène), meurt. A ce moment là, Katniss invente, sans le savoir, le signe et la chanson des rebelles. Dans ce livre il y a du suspense, de l’émotion et de l’action.

Les Hunger Games ont commencé.

Le vainqueur deviendra riche et célèbre.

Les autres mourront …

 

Le dictateur qui ne voulait pas mourir de Bogdan Teodorescu

Editeur : Agullo

Traducteur : Jean-Louis Courriol

Revenons sur un roman sorti en début 2018 et que j’ai malencontreusement laissé dormir sur mes étagères. Car en mêlant une situation existante avec du fantastique, l’auteur va détailler les psychologies des personnages qui gravitent autour du dictateur.

Le dictateur de la Roumanie se fait vieillissant et s’est retranché dans sa serre, dont les parois de verre sont sales et fissurées, à l’image de son pouvoir. Il ne reçoit quasiment plus personne, à part son bras droit Yasmine Petrescu, dont il écoute les avis, et à qui il fait passer ses ordres pour gérer le pays. Et ses ordres se contentent de faire régner la terreur, car étant arrivé au sommet, sa seule préoccupation est de rester en place.

Ce jour-là, le Dictateur convoque Yasmine pour lui faire part de son nouveau projet. La Roumanie n’étant connue que pour ses barbares sanguinaires ou le comte Dracula, il envisage de redorer le blason de son pays. Depuis quelques années, il a mis en place un service de recherche scientifique qui doit fabriquer une machine à remonter le temps. Et le moment de la faire fonctionner est arrivé.

Le Dictateur présente son projet : faire venir du passé une grande figure de la Roumanie. Si de nombreux noms sont cités par Yasmine, il a choisi Michel le Brave, grand conquérant du 16ème siècle et sa victoire face à l’empire Ottoman. Le Dictateur décide donc de consulter sa cour, avant de mettre en place ce qui doit être sa grande œuvre. Mais ce qu’il a envisagé ne va pas se dérouler comme il était prévu.

Ce roman que l’on pourrait classer dans le genre fantastique n’en est pas moins une véritable charge virulente envers son pays. Sous la forme d’un roman choral, passant en revue les différents personnages qui comptent en Roumanie, successivement Le Dictateur, Yasmine, le Capitaine, le Président de l’Académie, le Général et le Révolutionnaire, l’auteur nous montre la tête d’un état en perdition totale.

Ce n’est pas le scénario que l’on retiendra dans ce roman mais bien les implications qui en résultent, même si l’histoire se révèle croustillante. Outre le Dictateur dont l’objectif final est bien de devenir immortel en se faisant réapparaitre jeune après sa mort, on y voit sa « cour » qui est totalement à sa merci. Ils sont prêts à tout pour survivre, ou ne pas être emprisonné. Chacun à son niveau cherche à survivre et à rester dans l’ombre. Et si on peut penser que le peuple est con (excusez moi, je ne trouve pas d’autre mot) de se laisser embringuer comme ça, c’est bien parce qu’il y règne dans ce pays un climat de terreur.

Du coup, chacun de ces personnages est présenté en fonction de sa motivation profonde. Il y a ceux qui baissent la tête, ceux qui ont le courage de dire au Dictateur frontalement ce qu’ils pensent, ceux qui suivent le courant, ceux qui influent le courant, et ceux qui veulent agrandir leur sphère d’influence et/ou leur pouvoir. Cela donne un roman qui va bien au-delà de la Roumanie, qui va bien au-delà du cynisme. Cela devient un roman universel, une charge corrosive contre toute dictature et en même temps une prise conscience de qui attend le peuple quand il se laisse mener par le bout du nez. Comprenne qui pourra !

Ne ratez pas les avis de Laulo et Mr K.

 

La compagnie des glaces de G.J.Arnaud – Tome 3 et 4

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont décidé de rééditer la saga de science fiction, en regroupant les romans par deux. Il s’agit, je crois, de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Voici mon avis sur le tome 3, Le peuple des glaces et le tome 4, Les chasseurs des glaces.

Le peuple des glaces :

La Transeuropéenne a déclaré la guerre à la Panaméricaine. Personne ne sait où le front de la guerre se situe, mais la Compagnie a décidé d’envoyer des bâtiments dans le Nord, pour s’approprier les ressources en énergie. Le sergent Malcolm est à la tête d’un patrouilleur faisant route au Nord, quand un engin pirate attaque. Surpris, il tente de fuir mais les trains sont détruits par de puissants tirs laser. Les survivants assureront avoir vus des Hommes Roux dans ce navire pirate, armés de fusils laser. Lien Rag, qui a été réintégré dans la société de glaciologie, est chargé d’une mission : découvrir la vérité et tenter de prendre contact avec ces Hommes Roux.

Même s’il est plus court, 160 pages environ, ce troisième tome n’en est que plus passionnant. Resserrant les descriptions et les situations à suspense, il vient surtout apporter une pierre essentielle à cette saga. En effet, l’aspect politique, voire géopolitique en est le thème central, prenant la source de son inspiration dans les conflits du 20ème siècle. Je ne vous dis qu’une chose : c’est génial.

De son coté, Lien Rag, sorte de rebelle désireux de faire triompher la vérité, il va se retrouver en conflit avec lui-même. En effet, il va être de plus en plus lié aux Hommes Roux, mais d’un autre coté rencontrer des fermiers qui valent que l’on se batte pour eux. Comme quoi, de façon parfaitement lucide, GJ.Arnaud nous montre que tout le monde n’est pas pourri, corrompu ou raciste. Un excellent roman.

Les chasseurs des glaces :

Lien Rag a déserté de la Compagnie, abandonnant son poste de glaciologue pour vivre son histoire d’amour avec Jdora, une jeune femme qui fait partie du peuple des Hommes Roux. Alors que la guerre fait rage, la Compagnie Transeuropéenne est obligée de diminuer le chauffage pour concentrer ses ressources à la guerre. La conséquence en est que la glace envahit les dômes de façon irréversible. Les dirigeants décident donc de chasser les Hommes Roux pour les envoyer dans des camps de travail et en faire des esclaves. Des bandes de mercenaires partent à la recherche de ce peuple qui résiste au froid moyennant finances. Alors que Jdora a disparu, Lien Rag part à sa recherche et va découvrir l’horreur de l’esclavagisme moderne.

Ce roman à mi chemin entre roman d’aventures et roman politique ajoute une nouvelle brique à la vision de l’auteur sur cette société moderne totalitaire. Si la désinformation est toujours bien présente, la pression se fait sur Lien Rag qui découvre un véritable esclavagisme moderne. Et cela se fait au travers d’une histoire de romance et d’amour impossible pour mieux frapper les esprits.

Avec un style toujours aussi simple et agréable à lire, on ne peut s’empêcher d’être ébahi par l’ambition de cette saga et d’être époustouflé par la cohérence de ce nouveau monde, ainsi que par l’aspect visionnaire de certaines idées imaginées par Georges Jean Arnaud. Si la fin n’est pas optimiste (mais comment le pourrait-elle ?), elle ouvre sur des possibilités infinies quant à la poursuite de la saga. A bientôt donc pour la suite de l’histoire …

Oldies : La compagnie des glaces de G.J.Arnaud – Tome 1 et 2

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont décidé de rééditer la saga de science fiction, en regroupant les romans par deux. Il s’agit, je crois, de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Nous retrouvons dans ce premier tome La compagnie des glaces et Le sanctuaire des glaces.

La compagnie des glaces :

Depuis que la lune a explosé, la Terre est plongée dans une nouvelle ère glaciaire. La population s’est donc regroupée dans des trains, et les compagnies ferroviaires se partagent le monde. L’humanité s’est donc regroupée dans de gigantesques wagons, aménagés en villes, où la température atteint 15°C. A l’extérieur, personne ne pourrait survivre. Seule une race d’hommes roux dont l’origine est inconnue arrive à supporter ces températures négatives. On les utilise pour déblayer les lignes de chemin de fer.

Lien Rag est glaciologue. Il est présent dans la capitale pour préparer sa prochaine mission, qui consiste à analyser la glace dans le nord du pays. La difficulté est que la zone qu’il va exploiter est proche du front dans la guerre qui oppose deux compagnies ferroviaires. Il fait la connaissance du gouverneur et de sa charmante fille Floa, et va être plongé dans une intrigue politique qui le dépasse.

Malgré le fait que ce ne soit que le premier tome d’une série au long cours, le roman s’avère une très agréable lecture, puisque l’auteur ne passe pas des dizaines de pages à nous expliquer la situation. Il se contente de créer quelques scènes grâce auxquelles nous allons comprendre la situation. Ceci a pour effet de nous immerger dans une situation et un environnement nouveau, et de petit à petit nous lever le voile sur ce nouveau monde.

Rapidement, nous allons suivre les aventures de Lien, et il va devenir le personnage principal. L’écriture de ce roman s’avère moderne, alternant des scènes d’action, de stress, et des scènes de transition plus calmes. Après avoir tourné la dernière page, on ne peut que se dire : Vivement la suite !

Le sanctuaire des glaces :

La Compagnie a décidé d’organiser une gigantesque réunion de ses actionnaires. Ces derniers sont donc conviés à rejoindre Grand Star Station dans un train d’un luxe inimaginable. Parmi eux, Lucas Beryl, un petit porteur instituteur de son état. Pendant le transfert, le train est attaqué par des pirates emmenés par Kurst et les voyageurs kidnappés. Ils ne seront libérés que contre une forte rançon.

Parmi les otages figure Floa, la fille du gouverneur de la 17ème région, une des actionnaires principales de la Compagnie. Son père charge Lien Rag de la retrouver, en annonçant que ce transport d’actionnaires était en fait un piège et que sa destination était en fait le front de la guerre. Il semblerait que cela soit un guet-apens organisé par la Sécurité et les Néo-Catholiques. En échange de sa fille, le gouverneur promet à Lien Rag de lui révéler le lieu du laboratoire de Oun Fouge, le scientifique qui aurait créé les Hommes Roux. Lien Rag, qui est considéré comme un terroriste depuis qu’il a fait diffuser le livre de Oun Fouge La voie Oblique, se lance dans cette aventure.

Ce roman pourrait se décomposer en trois parties que l’on pourrait nommer : L’enlèvement, La rançon et La Quête de Lien. Dans chacune, on retrouve ce style fluide et agréable à lire, et cette inventivité aussi bien dans les décors que dans les situations. Sinon, il ne se passe pas grand’chose puisque l’auteur a voulu donner de l’épaisseur à son monde, nous expliquant comment La Sécurité (sorte d’armée) et les Néo-Catholiques (La Religion) fomentent des actions pour obtenir le pouvoir. Tout cela bien entendu est caché au public avec une bonne dose de désinformation, chose sur laquelle l’auteur insiste plusieurs fois. Si le ton et la conclusion sont noirs et réalistes, on ne peut s’empêcher avec le recul de se dire que GJ.Arnaud avait un don de visionnaire. Mais pour cela, il va vous falloir lire cet épisode … Je ne peux finir en vous affirmant que vous aurez droit bientôt à mon avis sur les deux autres épisodes de la série : Le peuple des glaces et Les chasseurs de glace.

Pour finir, je suis tombé par hasard sur deux liens intéressants : une rencontre de l’auteur et un avis bloguesque sur la compagnie des glaces.

Oldies : Swastika night de Katharine Burdekin

Editeur : Piranha

Collection : Incertain futur

Traducteur : Anne-Sylvie Homassel

Ecrit en 1937, ce roman prémonitoire n’avait jamais été édité en France. Les éditions Piranha ont bien fait de ressortir ce roman, dont le but est d’alerter à la fois les populations de l’époque mais aussi celles d’aujourd’hui. Le fait de situer lui permet de rester d’actualité. C’est une véritable curiosité, un voyage dans le futur auquel je vous convie, en espérant que ce qui y est écrit n’arrive jamais.

L’auteur :

Katharine Burdekin, née Katharine Penelope Cade le 23 juillet 1896 à Spondon en Angleterre et morte le 10 août 1963, est une romancière britannique de littérature fantastique et futuriste. Elle écrit également sous les pseudonymes Kay Burdekin et Murray Constantine. Certains de ses romans sont catégorisés en tant que fiction féministe utopiste et dystopiste.

Quatrième de couverture :

Inédit en France, Swastika Night est la première mise en garde romanesque contre le nazisme, écrite par une militante féministe peu après l’ascension d’Hitler au pouvoir.

Sept cents ans après la victoire d’Hitler, le Saint Empire germanique a soumis la moitié du monde à l’idéologie nazie. La nouvelle société, empreinte de mythologie et d’ignorance, repose sur une stricte hiérarchie : les chevaliers et les nazis en occupent le sommet, tandis que les étrangers servent de main d’œuvre servile et les femmes, uniquement destinées à la perpétuation de la race, sont réduites à l’état animal. Lorsqu’ Alfred, mécanicien anglais en pèlerinage en Allemagne, est impliqué dans une rixe, il est conduit devant le chevalier von Hess, gouverneur du comté. Séduit par sa personnalité, von Hess ne tarde pas à lui révéler un secret qui le bouleverse. Mais la connaissance a un prix : celui du sang.

Mon avis

Dans quelques centaines d’années … Après la guerre de vingt ans, Hitler a mis à genoux le monde. Le monde se retrouve séparé en deux empires : L’empire germanique et l’empire japonais. Une nouvelle religion a vu le jour : celle d’Hitler ; car seul un Dieu pouvait vaincre le monde entier. Cette religion met l’accent sur la caste supérieure, celle des chevaliers. Les femmes, elles, sont réduites à enfanter des garçons.

Hermann est un jeune paysan allemand de 25 ans. Il assiste à une messe dans la chapelle Hitler, où un chevalier prêche la bonne parole auprès des femmes. Elles doivent enfanter des filles … euh des garçons. Les femmes, toutes au cuir chevelu rasé ne doivent pas savoir que l’Empire manque de femmes pour enfanter.

Hermann sort de la chapelle et rencontre Alfred. Alfred est Anglais, a 50 ans, et a rencontré Hermann en Angleterre, quand celui-ci y a fait son service militaire. Alfred est venu en Allemagne car il s’est donné une mission : détruire l’Empire Germanique. La rencontre de ces deux personnages avec un chevalier membre de l’ordre des Dix, Heinrich Von Hess va aller au-delà de ses espérances.

Après une scène d’introduction qui nous met dans une ambiance de fin du monde, en nous plongeant dans la nouvelle religion, en nous montrant que les femmes sont réduites à l’état de reproductrices, l’auteure nous met deux personnages en présence d’un dirigeant. Et je me suis dit : Heureusement que ce roman a été écrit par une femme, sinon on aurait pu prendre ce roman comme un traité ultra-misogyne.

Puis, nous basculons dans une bonne moitié de roman qui n’est qu’un dialogue entre Alfred et Herman Von Hess. C’est l’occasion tout d’abord de savoir comment la société est arrivée à de telles extrémités, puis cela devient une discussion sur la société, sur l’humanité, sur la religion, sur l’Histoire. Et le roman en devient un livre philosophique entre deux personnes qui ont des avis opposés ou différents. Si c’est parfois un peu bavard, il n’en reste pas moins que cela amène le lecteur à réfléchir.

La fin se veut à la fois pessimiste et optimiste. Mais il en ressort un message formidable : ce sont les nouvelles générations qui amèneront un monde meilleur ; c’est à elles de se baser sur l’Histoire pour construire un avenir qui balaiera la nuit d’aujourd’hui. Ce roman est une intéressante curiosité à ranger aux cotés d’Un monde meilleur d’Aldous Huxley et 1984 de George Orwell.

Mapuche de Caryl Ferey (Gallimard Série noire)

C’est toujours pareil avec Caryl Ferey : on s’attend à lire un roman noir, dans un pays exotique et violent, et à chaque fois, on en prend plein la figure. Une nouvelle fois, l’intrigue est menée impeccablement, et Caryl Ferey prend son temps pour nous asséner quelques vérités sur l’état de notre monde.

C’est l’Argentine qui passe sur la table d’autopsie du docteur Ferey, celle d’aujourd’hui, qui doit faire face à un passé bien peu reluisant lors des dictatures qui se sont succédées dans les années 70 et 80. L’image que l’on découvre devant nos yeux effarés est celle d’un pays vivant dans la misère, qui a oublié la belle époque du tango enchanteur de Carlos Gardel ou la victoire inoubliable de l’équipe de football en 1978.

Au fin fond des docks, à Buenos Aires, dans les bars crasseux ou au milieu des ordures immondes qui jonchent les rues, les femmes comme les hommes se prostituent pour quelques pesos, pour manger, pour vivre, pour survivre. C’est sur la découverte du corps de Luz, un travesti, que s’ouvre le roman, avec cette image noire, dure, intolérable, d’un assassinat dont tout le monde se fout, parce que c’est tellement commun. Les gens disparaissent ; parfois, on retrouve leur corps, mais personne ne s’intéresse à ces cas-là.

Il y a bien Ruben Calderon, un ancien prisonnier des geôles de la dictature, celles là même qui ont été mises en place avec les anciens nazis qui ont fui l’Allemagne pour un pays lointain qui leur ouvrait les bras. Ruben en a réchappé ; parfois les tortionnaires relâchaient des prisonniers pour qu’ils décrivent ce qu’ils ont vu et vécu. Cela permettait de faire grimper la peur auprès du peuple. Ruben n’a rien dit, jamais, il a préféré créer son agence de détective pour poursuivre les disparus et leurs bourreaux.

De son coté, Jana Wenchwn est Mapuche, d’un petit peuple indien expulsé de ses terres et exterminé pour le bienfait de riches propriétaires terriens. Elle a vendu son corps auprès de vieux ignobles, pour une bouchée de pain, pour se payer ses études, pour survivre. Aujourd’hui sculptrice, elle est va contacter Ruben pour retrouver Luz, une amie. Ruben refuse.

C’est bien difficile de faire un résumé de cette intrigue, tant elle est touffue et plonge dans les abîmes d’un pays, dont le passé est aussi horrible que les pires pages de l’histoire mondiale du vingtième siècle. Caryl Ferey nous avait habitué à écrire de grands romans noirs, celui-ci en est un de plus à mettre à son actif. Car à son style journalistique et distancié, il ajoute une touche humaine, voire humaniste à travers deux formidables personnages : d’un coté un revenant qui mène sa croisade personnelle, de l’autre l’ange ingénu en lutte contre le mal.

A la fois roman foisonnant, grandiose et intimiste, Caryl Ferey nous épate, nous en met plein la vue, nous emmène là où il veut, et nous force à lire ce que l’on ne veut pas voir, ni savoir. C’est une démonstration à la force du poignet, au souffle romanesque épique. Et il ressort de cette aventure que les dirigeants d’hier sont pareils que ceux d’aujourd’hui, et que ce sont toujours les mêmes qui s’en sortent.

Le pays dévasté que nous donne à voir Caryl Ferey n’est pas beau à voir, empêtré dans son histoire, hanté par ses démons, ses meurtres, ses massacres. C’est une lutte pour la mémoire, pour que l’on n’oublie pas, comparable à celle des juifs contre les nazis, un combat dont on ne parle pas beaucoup ici car elle est située à plusieurs milliers de kilomètres de chez nous. La force de Caryl Ferey, c’est de nous y plonger la tête, de nous impliquer.

C’est un roman noir mat, brut et brutal, par moments fleur bleue pour nous étouffer par la suite, brutal, violent, important, essentiel. C’est un appel à l’humanisme basique, à la justice élémentaire. A nouveau, Mapuche est un coup de maître, de ces livres dont on n’oublie pas les personnages, ni les messages. Tout se résume dans cette phrase piochée page 294 : « Non : la cruauté des hommes n’avait pas de limites … ».