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Empire des chimères d’Antoine Chainas

Editeur : Gallimard – Série Noire

Ah ! Antoine, comme tu m’as manqué ! Comme tu nous as manqués ! Nous n’avions plus de nouvelles depuis 2013, à part des traductions d’auteurs américains. Te voilà en grande forme avec un roman grand format, très grand format !

1983. Les jeunes adolescents s’adonnent à des jeux de rôles. Le jeu qui fait fureur en ce moment se nomme Empire des chimères, et propose une aventure d’un groupe d’animaux dans un paysage d’apocalypse. Ce jeu a été créé par les studios hollywoodiens LIM qui, du fait de son succès, envisagent de créer un parc d’attractions sur ce thème. Son PDG Franck Forelong a d’ailleurs choisi l’Europe comme lieu d’implantation, et doit choisir entre la France et l’Espagne. Il fait appel à son ami d’enfance, Michaël Watkins, écrivain de romans de science fiction, pour l’aider dans cette tâche et donner une suite à Empire des chimères.

1983. A Lensil, il ne se passe jamais rien. La crise économique fait doucement agoniser ce petit village français. Alors les jeunes comme Julien préfèrent oublier leur quotidien et partir pour les contrées lointaines d’Empire des chimères. Alors qu’il fouille dans la chambre de son grand frère Jean pour trouver des exemplaires de Strange, il trouve une boite dont la décoration est un volatile mort, couché sur le dos. A l’intérieur de cette boite, il y trouve un doigt. Il préfère garder cette découverte pour lui et ne rien dire à personne.

1983. Le monde change mais le quotidien de Jérôme reste le même. Ancien de la guerre d’Algérie, il est maintenant garde-champêtre et, à ce titre, est le relais des gendarmes à Lensil. La jeune Edith a disparu à la sortie du lycée, après avoir quitté ses copines. S’il n’est pas officiellement chargé de cette enquête, la police et la gendarmerie comptent sur lui pour organiser les recherches et interroger les gens qu’il connait mieux que personne.

Si je devais qualifier ce roman par un adjectif, je dirai : ENORME. Enorme, autant par la taille que par le contenu, autant dans la forme que dans le fond. Le roman comporte plus de 650 pages, plus de 150 chapitres, et plus d’une dizaine de personnages. Pour autant, il ne faut pas être effrayé devant un tel pavé, mais plutôt prendre son ticket pour un voyage vers ailleurs, un monde à la fois microscopique et macroscopique, entre réalité et jeu, entre nature et humanité.

Ce roman est ce que j’appelle un roman de fou et un roman fou. Il brosse autant de paysages que de personnages, il brasse autant de thèmes que d’intrigues, il voyage autant dans le temps que dans l’espace. Car si ce roman est avant tout la vision d’un Auteur (avec un grand A) sur notre époque, il montre un recul suffisant pour se donner un aspect visionnaire même encore aujourd’hui, 30 ans après la période évoquée ici.

Les années 80 sont présentées comme une période charnière, qui va bouleverser tous les repères que le monde occidental a mis 40 ans à établir. Et chaque personnage de ce roman va être bousculé dans ses certitudes, de Jérôme qui a du mal à sortir du cauchemar de la guerre d’Algérie aux parents d’Edith qui cherchent à se raccrocher à une vérité, de Forelong qui court après le développement de l’industrie du divertissement aux adolescents fascinés par les jeux de rôles et qui sont confrontés à une réalité tout autant sordide.

Le roman va alterner les personnages, les points de vue et faire avancer les intrigues avec à chaque fois un seul objectif : mélanger les perspectives de vue du monde. Antoine Chainas déroule son roman comme un microscope, nous montrant des coléoptères cherchant à survivre puis en prenant du recul, nous donne une vision macroscopique de ce qui dirige le monde, à savoir, le fric, le fric et le fric. Entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, il y a l’Homme, et il n’œuvre pas que pour le Bien.

Avec une plume précise et moins extrémiste que dans certains de ses romans, Antoine Chainas nous emmène dans son monde, dans sa vision du monde. Et on ne peut qu’être emporté par sa vision, par son ambition, par sa passion. Il ne se retourne jamais en arrière pour voir si quelqu’un le suit, et poursuit son œuvre. Et Empire des chimères est, à mon avis, un de ses meilleurs romans, avec Versus. C’est indéniablement l’un des romans à ne pas rater en cette fin 2018. ENORME !

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