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Cet été là de Lee Martin

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Il était clair pour moi que je devais lire ce roman, à partir du moment où il était indiqué sur la quatrième de couverture qu’il avait été finaliste pour le prix Pulitzer du meilleur roman. Je n’ai pas été déçu : ce roman est remarquablement écrit.

Dans une petite ville de l’Indiana. M.Dees nous raconte une histoire qui a eu lieu 30 ans auparavant : « Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter ».

Au mois de juillet, la petite Katie McKey, âgée de 9 ans, se fait réprimander par son père parce qu’elle pas rendu les livres qu’elle a empruntés à la bibliothèque. Elle les met dans le panier de son vélo, et part en direction de la ville. On ne l’a jamais revue. On a juste retrouvé son vélo, sur lequel la chaine avait déraillé.

Cette histoire va être contée par trois familles. Il y a bien entendu la famille McKey qui comprend les parents, le frère ainé Gilley et Katie. Il y a M.Dees, qui est un homme taciturne et solitaire, professeur de mathématiques, dont la vie est éminemment logique. M.Dees donne des cours de rattrapage en mathématiques à la petite Katie. Il y a Raymond R. Wright qui vit de petits boulots, comme installer un patio devant la maison de M.Dees. Il vit avec Clare, qui est une jeune veuve.

La vie de cette petite ville repose sur ces trois familles, qui vont avoir des liens les unes avec les autres. Tous sans exception vont être impactés par la disparition de la petite Katie. Et petit à petit, les souvenirs vont reconstruire ce qu’il s’est réellement passé, les secrets vont surgir, les psychologies des personnages vont s’affiner, s’affirmer, jusqu’à une conclusion qui va laisser le lecteur imaginer ce qui n’est pas écrit.

Ce roman nous propose plusieurs voix, comme un roman choral, faisant témoigner chacun des personnages avant d’alterner avec une narration plus classique à la troisième personne du singulier. Pour autant, on n’est pas perdu, puisque les titres des chapitres sont explicites, mais on a l’impression de voir un documentaire qui donne la parole aux différents témoins. Evidemment, chacun ne dit que ce qu’il a envie de dire, et garde bien au chaud ses propres avis ou vérités. Cela donne un roman où le lecteur est pleinement impliqué dans l’histoire cherchant à savoir ce qui s’est passé.

Surtout, cette forme de narration, alternant passé et présent, se rapproche d’un auteur comme Thomas H.Cook tout en s’en différentiant par la forme dont j’ai parlé juste au dessus. C’est aussi une excellente méthode pour décrire la vie tranquille des petites villes américaines, avec ce rythme calme et tranquille, et cette envie de bien paraitre vis-à-vis des voisins. Car qui connait vraiment ceux qui vivent juste à coté ?

Et c’est avec ce style calme et posé que nous nous est racontée cette histoire, qui va s’avérer terrible. On suit cette histoire en suivant le rythme imposé par ces phrases si poétiques, si empreintes du silence des forêts avoisinantes. Ce style remarquable a quelque chose d’hypnotique qui détourne l’attention du lecteur de ce qui est réellement important.

Quant à la conclusion, elle est terrible ! Posant ouvertement la responsabilité des gens dans ce genre d’affaires, cette volonté de se renfermer sur soi et d’ignorer les voisins, même quand ils ont besoin de vous. Tout au long du livre, j’avais la sensation de lire un très bon livre, le dernier chapitre m’a démontré que je venais de lire un grand livre.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan.

Oldies : Zig Zag de Ross Thomas

Editeur : Sonatine

Collection : Sonatine +

Traducteur : Patrick Raynal

J’aurais tendance à dire que dès que vous voyez un roman de cette collection Sonatine +, il faut que vous vous jetiez dessus. Encore une fois, ils nous proposent de lire un roman qui est un pur régal de lecture, à mi-chemin entre roman d’aventures et roman politique.

L’auteur :

Ross Thomas (né le 19 février 1926 à Oklahoma City – décédé le 18 décembre 1995 à Santa Monica) est un auteur américain de romans policiers, qui publie aussi sous le pseudonyme de Oliver Bleeck.

Avant de publier des romans, Ross Thomas est journaliste au Daily Oklahoman, puis combat durant la Seconde Guerre mondiale aux Philippines. Démobilisé, il travaille dans les relations publiques (pour un syndicat agricole américain puis pour un chef nigérian), le journalisme (correspondant à Bonn) et la politique : il est même conseiller pour la présidence des États-Unis de 1964 à 1966.

Les romans de Ross Thomas ont un style aussi énergique que lapidaire, des dialogues pleins de punch, des intrigues solides et des personnages hauts en couleur. Spécialiste du thriller politique à ses débuts, son style s’affirme sur le tard. Ses personnages se font alors grinçants, ses intrigues se concentrent sur l’arnaque, ce qui emporte notamment l’adhésion de Jean-Patrick Manchette, qui traduira en français plusieurs de ses dernières œuvres.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Artie Wu et Quincy Durant se sont rencontrés enfants dans un orphelinat. Depuis, Artie le rusé et Quincy le colérique forment un duo de choc, passé maître dans les jeux de dupes, auquel le gouvernement américain fait parfois appel pour des missions loin d’être officielles.

Installés dans une luxueuse maison sur la côte californienne, nos deux hommes auraient peut-être pu prétendre à une existence tranquille si Artie ne s’était pas vautré un beau matin sur un pélican mort. Secouru par leur voisin, « l’homme aux six lévriers », un richissime homme d’affaires, Artie en profite pour lui faire une étonnante proposition qui pourrait leur permettre à tous de gagner beaucoup d’argent. Bien sûr, avec Artie et Quincy, le hasard n’en est jamais vraiment un. Et ce qui commençait comme une escroquerie savamment élaborée va bientôt prendre un tournant totalement inattendu et devenir une enquête entêtante sur le meurtre d’un sénateur américain.

Zigzag est un pur plaisir de lecture : des dialogues désopilants, une intrigue palpitante et aussi tordue que ses protagonistes, des héros férocement attachants et une ambiance délicieusement 70’s. Auteur culte du roman noir au même titre que Donald Westlake ou Elmore Leonard, la signature de Ross Thomas reste reconnaissable entre toutes.

Mon avis :

Si cette rubrique existe, c’est bien pour me permettre de découvrir des auteurs d’antan … bien qu’antan ne veuille pas dire d’une autre époque. Car cette lecture s’avère toute aussi géniale et intemporelle que les romans de Donald Westlake, Elmore Leonard ou James Ellroy. Si la structure de ce roman est classique, c’est-à-dire que chaque chapitre décrit une scène qui, en général, se déroule dans un lieu, on ne peut qu’être charmé devant les dialogues, qui sont tout le temps percutants et pleins d’humour.

De même, chaque personnage qui apparait dans l’histoire aura droit à sa biographie plus ou moins longue, de quelques paragraphes à quelques pages selon l’importance qu’il aura dans la suite de l’intrigue. C’est dans ces moments là que je me dis que les grands auteurs se reconnaissent à leur faculté à laisser aller leur imagination et leur créativité pour inventer des personnages virtuels à l’aide de scènes tantôt amusantes tantôt abracadabrantes, mais qui nous paraissent à nous lecteurs vraies.

Si on peut par moments trouver le roman un peu bavard, il n’en reste pas moins que l’intrigue est bien tortueuse et qu’elle aboutit à une fin surprenante et malgré tout fort bien trouvée. Et puis, on aura eu lieu à notre lot d’arnaqueurs, de beaux pourris, de politiques véreux, de mafieux manipulateurs, et Wu et Durant sauront tirer leur épingle du jeu comme des grands princes, sans être ni tous blancs ni tous noirs, le monde étant un gigantesque plateau de jeu où seuls les tricheurs et les arnaqueurs s’en sortent. Et on referme le roman en se disant qu’on vient de terminer un polar costaud, un putain de bon roman que l’on aura eu plaisir à lire.

Evanouies de Megan Miranda

Editeur : La Martinière

Traducteur : Pierre Brévignon

C’est la quatrième de couverture qui a motivé ma lecture et je dois dire que je n’ai pas été déçu. On a affaire à un roman psychologique essentiellement, mais aussi à un roman à énigmes. C’est un véritable page-turner, un très bon divertissement.

Cela fait 10 ans que Nicolette Farrell a quitté sa petite ville de Cooley Ridge. Elle est devenue Psychologue dans un établissement scolaire et va bientôt se marier avec Everett, un avocat promis à un brillant avenir. Son frère Daniel l’appelle et lui demande un coup de main pour remettre en état la maison familiale afin de la vendre. En effet, leur père est atteint de la maladie d’Alzheimer et les frais hospitaliers leur reviennent trop chers. Peu enchantée de ce retour obligatoire dans ses terres natales, elle reçoit une lettre de son père qui lui écrit : « Je dois te parler. C’est cette fille. J’ai vu cette fille ».

La voilà partie pour neuf heures de route. Il y a dix ans, Corinne Prescott avait disparu sans laisser de traces. Corinne était brillante, enjouée, aimée de tous et détestée de beaucoup. Elle était surtout l’amie de Nicolette, qu’elle appelait Nic. Corinne était au centre du groupe d’adolescents de Cooley Ridge. Et elle a disparu juste à coté de la fête foraine. C’était un été magnifique, comme maintenant.

En arrivant, Daniel l’attend. Il est marié à Laura qui vient d’avoir un bébé. Et elle revoit ses anciens amis, dont Tyler, dont elle était amoureuse. Il n’a pas bougé, pas changé. Sauf que maintenant, il est avec Annaleise Carter, qui habite à coté. C’était la plus jeune du groupe. A l’évocation de ce nom, les souvenirs reviennent en masse. Quand elle rentre après une visite à son père, elle s’aperçoit que quelqu’un est venu sans rien déranger.

Le premier chapitre fait 50 pages et présente le contexte. Puis le roman va présenter les 15 jours qui suivent à rebours. C’est à partir de ce moment là que l’auteure va s’amuser avec nous et avec nos nerfs. Comme dans Memento, le film, l’intrigue se déroule à l’envers, sauf que dans le film, c’était justifié par le narrateur atteint d’amnésie. Ici, la forme du roman est utilisée pour garder le suspense puisque les principaux retournements de situation vont se dérouler juste après l’arrivée de Nicolette.

Du coup, la grosse moitié du livre est un roman psychologique, avec de vrais moments d’angoisse, très bien retranscrits, surtout quand il y a des bruits inquiétants dans la maison, ou des impressions d’être surveillé par quelqu’un qui se cache dans la forêt toute proche. Surtout, l’auteure s’amuse avec nos nerfs, et puisque c’est écrit à la première personne du singulier, il faut un peu s’accrocher pour s’y reconnaitre au début entre les différents ados du petit groupe d’amis.

Par contre la narration y est fluide et remarquablement efficace. Parce que l’on y trouve quantités d’indices sur ce qui s’est passé il y a 10 ans, et sur ce qui va se passer dans le passé ! Et les indices pourront être à la fois vrais et faux. Ce roman a mis à la fois mes nerfs à rude épreuve, et à la fois mon envie d’en découdre avec cette histoire, mon instinct logique à mal.

Je dois dire qu’au bout du compte, la forme prenant le pas sur le fond, on se retrouve avec un roman original dans sa construction et plutôt classique dans son histoire. L’ensemble en fait un excellent divertissement pour ceux qui cherchent des romans psychologiques, ou des romans faciles à lire. Et ne croyez pas que c’est un reproche quand je dis cela. Car ce roman est un terrible page-turner, et la fin vous surprendra alors que vous aviez tous les indices en main, tout en restant mystérieuse. C’est du très bon travail !

Ne ratez pas l’avis de Mylene

Kabukicho de Dominique Sylvain

Editeur : Viviane Hamy

Le dernier roman en date de Dominique Sylvain nous emmène au Japon, dans la ville de Tokyo et plus exactement dans un quartier peu visité par les touristes. Le quartier de Kabukicho est en effet un quartier « mal famé » où l’on trouve des bars à hôtesses, joliment appelés Love Hôtels. Dans ces bars, les clients viennent surtout pour parler avec de jolies femmes. Elles sont d’ailleurs là pour pousser à la consommation. Elles peuvent avoir des relations sexuelles avec leur client, mais cela est laissé à la discrétion de l’hôtesse.

Yudai est un jeune homme très séduisant, qui a débarqué à Kabukicho parce qu’il trouvait ce lieu à la fois beau la nuit et amusant. Puis il est devenu le patron du Café Château et dirige le bar d’hôtes le plus prisé de ce quartier de Tokyo. Son quotidien est de jouer la comédie de l’amour avec des femmes qui ne demandent qu’à y croire. Après avoir passé du bon temps avec Akiko, il s’inquiète que Kate ne lui ait pas envoyé de mail. Kate avait débarqué au Café Château et l’avait séduit car elle parlait un Japonais parfait, ce qui est étonnant pour une étrangère et aussi très attirant.

Marie est la colocataire de Kate, et travaille dans le bar Club Gaïa. Depuis que Kate ne donne plus de nouvelles, elle s’est rapprochée de la patronne Sanae. Sanae s’inquiète du silence de Kate, car c’était la plus belle et la plus demandée de ses hôtesses. Marie adore Kate, lui envie son aisance, sa bonne humeur, sa beauté, son succès. Rentrée chez elle, elle se met au travail et continue à écrire son roman, La Cité Des Mensonges. Quand le téléphone sonne, c’est un homme s’exprimant en Anglais qui lui parle. Jason Sanders est le père de Kate. Il vient de recevoir une photo de Kate endormie sur son portable, avec un simple message en Japonais : « Elle dort ici ». Sur l’insistance de Jason, Marie va au commissariat pour signaler la disparition de Kate au capitaine Kentaro Yamada, avant que Jason ne débarque au Japon.

Dominique Sylvain nous entraine dans le quartier sulfureux de Tokyo avec beaucoup de subtilité, de respect et de tendresse. Elle arrive à nous faire ressentir cet esprit asiatique de retenue, de secret, de mystère à travers trois personnages principaux qui auront chacun leurs chapitres, en forme de roman choral ; en forme seulement puisque l’écriture est à la troisième personne du singulier.

Dominique Sylvain arrive à nous montrer ce quartier si paisible le jour, qui se transforme en monde des rêves et des lumières la nuit. Elle nous parle d’un monde où les gens viennent parler avec des inconnus, payés pour les écouter, et nous montre les envies de ces hôtes et hôtesses derrière leur masque. Elle nous montre aussi, derrière ce voile de secrets, leurs rêves, leur vie au quotidien.

Dominique Sylvain évite les scènes de sexe, préférant s’intéresser à la psychologie de ses personnages, à travers une histoire de disparition qui se terminera par une belle surprise, maitrisant de bout en bout son intrigue, laissant son écriture au service de son histoire. Et petit à petit, elle va lever le voile, révéler la violence sous-jacente, les rackets, la présence de la mafia, les envies et jalousies qui polluent la vie.

Dominique Sylvain nous livre un roman abouti, passionnant à plusieurs égards, pour une visite guidée dans une ville peu connue des occidentaux. Elle nous dévoile des pans particuliers sur la façon de penser et de vivre des Japonais. Avec ce roman, Dominique Sylvain nous partage son amour pour ce pays où elle y a vécu plusieurs années. Elle y a mis sa passion, son amour, son respect. Cité des mensonges ? Cité des secrets ? Cité des passions déçues. Superbe !

Je vous mets un lien vers deux billets que j’ai trouvé excellents : celui de Genevieve et celui de Polar Noir & Blanc , ainsi que l’interview du Concierge Masqué.

Le lagon noir d’Arnaldur Indridason

Editeur : Métaillié

Traducteur : Eric Boury

Depuis quelques romans, Arnaldur Indridason fait un retour sur le passé de son inspecteur fétiche et récurrent Erlendur Sveinsson. Le précédent épisode (Les nuits de Reykjavik) nous montrait un personnage d’Erlendur débutant, ne faisant pas encore partie de la police criminelle, mais réussissant tout de même à résoudre une affaire de meurtre d’un clochard. Trois ans plus tard, Erlendur a décidé de suivre le conseil de Marion Briem et de rejoindre la police criminelle. Le lagon noir raconte la première véritable enquête de Erlendur.

En compagnie de Marion, Erlendur est en plein interrogatoire avec les deux frères Ellert et Vignir, qui ont été placés en détention préventive. Suite à une dénonciation anonyme, la police a découvert plusieurs kilos de haschich et des litres de vodka américaine. Les deux frères nient être impliqués, affirment être des victimes d’un piège, alors qu’ils ont les cadenas de la remise où ont été trouvés ces produits.

C’est alors que l’on vient annoncer à Marion que l’on vient de découvrir un cadavre dans un lagon, près de la centrale géothermique de Svartsengi. C’est une jeune femme qui l’a découvert, en prenant un bain pour calmer son psoriasis, sur les conseils de son dermatologue. Son visage est en bouillie ; A croire qu’il a été battu … ou bien que le mort est tombé d’une grande hauteur comme s’il s’était suicidé. Mais alors pourquoi a-t-on retrouvé le corps dans ce lagon ? Et puis, le corps portait des bottes américaines …

En parallèle des ces deux affaires, Erlendur est obsédé par la disparition d’une jeune adolescente Dagbjört. Un matin comme un autre, il y a vingt cinq ans de cela, elle sort de chez elle pour aller au collège. Personne ne l’a jamais revue. Cette disparition devient une obsession pour Erlendur et il va se forcer à trouver une explication pour la famille qui vit dans l’incertitude.

Je ne vais pas en rajouter avec Arnaldur Indridason, parce que vous le connaissez tous et toutes, et qu’il a un succès largement mérité. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il prend le temps d’installer son intrigue et ses personnages et que son écriture est emplie d’humanisme et de respect, de sensibilité et d’émotions. C’est pour toutes ces raisons que j’adore cet auteur et que je ne rate aucun de ses romans.

Comme je le disais ci-dessus, cette enquête est la première, ou l’une des premières de Erlendur, et on sent qu’il a déjà cette fibre sensible, cet intérêt pour les autres qui fera sa grande force par la suite. On le découvre aussi maladroit dans certains de ses interrogatoires ou questionnements, mais on sent qu’il va tirer les leçons de ses erreurs. Même après 11 romans policiers dont 8 avec la présence de Erlendur, Arnaldur Indridason arrive à me surprendre par la finesse psychologique qu’il démontre.

Evidemment, le rythme est lent, comme dans tous ses romans, et le déroulement de l’enquête est d’une évidence qui en ferait pâlir beaucoup. Indridason va nous parler de la présence des troupes américaines sur le sol islandais pendant la guerre froide. Il ne va jamais prendre position, et sortir d’ailleurs Erlendur du sujet en lui faisant dire qu’il n’aime pas toutes les guerres. Par contre, il va montrer les Américains dans toute leur arrogance, allant même jusqu’à avoir des attitudes de Maîtres du Monde, et avoir des réactions d’envahisseurs. Indridason nous dit aussi que ce sont les Américains qui ont apporté le crime, la drogue, l’alcool, dans un pays qui ne voulait que vivre tranquillement sans embêter les autres. Une nouvelle fois, c’est un coup de maître que ce nouveau polar qui nous étonne et nous démontre une nouvelle fois qu’Arnaldur Indridason a encore beaucoup de choses à nous dire.

Ne ratez pas l’avis de Wollanup sur l’excellent site Nyctalopes

Disparu de Didier Jung

Editeur : Editions Territoires Témoins

Plus je lis de romans de cette maison d’éditions, et plus je l’aime. Que ce soient Léo tout faux de Claude Charles ou bien Amnésie de Serge Radochévitch, on y retrouve des façons d’aborder une intrigue toujours originales. Sous des couverts d’enquête classique, ce roman ne sort pas de cette règle.

2 juillet 1993, La défense. Carole assiste en tant qu’ingénieur à une réunion réunissant les sociétés qui participent à la construction d’une centrale à Hong Kong. L’homme qui entre dans la salle de réunion ne lui est pas inconnu : c’est son ancien petit ami, Alain Rocher. Ils se sont perdus de vue il y a 16 ans.

Depuis ils ont fait leur vie, avec pas forcément avec de la réussite. Alain est père de deux enfants et divorcé. Carole s’est mariée aussi mais son mari Jean-Marc a disparu trois ans auparavant. Alors qu’il travaillait pour une banque à Strasbourg, il a brusquement démissionné et disparu sans laisser de trace.

Alain recevait parfois des coups de fil de Jean-Marc puisqu’ils étaient amis. Il réalise qu’une expression de celui-ci lui donne une piste pour le retrouver. En effet, il lui a dit « vouloir prendre le maquis » et Alain a tout de suite l’idée qu’il est allé se cacher en Corse. Et comme il connait quelqu’un qui est allé prendre sa retraite là bas, il convint Carole de tenter sa chance de le retrouver. Alain appelle donc l’ancien commissaire Morazzani.

C’est un polar classique auquel nous avons à faire avec ce roman de Didier Jung. Et malgré qu’il s’y passe pas mal de choses, le format est court, puisqu’il ne fait que 150 pages. Et comme ce n’est pas le premier roman de l’auteur, loin de là, l’ensemble respire la sérénité avec une belle efficacité dans le style et les dialogues.

Par moments, nous allons revenir voir Carole et Alain, dans des scènes qui vont jeter le doute dans nos esprits. Finalement, cette affaire n’est peut-être pas aussi simple qu’il n’y parait … Carole se contredit, Alain a des doutes, voire en dit bien peu … Tout le suspense est dans le non-dit qui alterne avec l’enquête de Morazzani, sorte de détective privé du cru.

Et d’ailleurs, ces chapitres là nous font voyager en Corse. Et ces passages là sont remarquables. Clairement, l’auteur nous fait aimer cette ile et ses habitants, en étant remarquablement juste mais aussi en écrivant des descriptions qui font tout simplement rêver. Et comme Morazzani est doué, il arrive à faire parler des gens plutôt réputés pour respecter la loi du silence. Assurément, ce roman fait office de belle publicité pour l’île de beauté. Et ce roman se réserve même le droit de nous surprendre avec un dernier chapitre qui nous prend à revers. Une lecture bien agréable en somme, au moment de préparer ses vacances.

 

L’ange noir de John Connoly

Editeur : Presses de la cité. Format poche : Pocket

Traducteur : Jacques MARTINACHE

Je continue ma découverte de l’univers de Charlie Parker, le personnage récurrent de John Connoly avec sa sixième aventure.

Quatrième de couverture :

Hanté par l’assassinat de sa femme et de sa fille, Charlie Parker a quitté son métier de flic pour devenir détective privé.

Quand disparait Alice, jeune prostituée toxicomane, il se sent obliger d’enquêter, car elle est liée par le sang à Louis, son bras droit, et celui-ci remuerait ciel et terre pour retrouver celle qu’il s’était de protéger.

Bientôt leur enquête les mène sur les traces d’un mystérieux Mexicain, sculpteur sur os, et d’un obèse goitreux des plus inquiétants. Très vite, Parker est précipité dans un atroce cauchemar qui le conduira jusqu’en Europe. Pourtant il avait juré de ne plus s’approcher du Mal. Mais qui pouvait prévoir que le Mal s’approcherait de lui?

Une intrigue forte dans une atmosphère très noire, un héros bouleversant qui nous mène jusqu’au bout de la nuit. Un grand John Connolly.

Mon avis :

Alors que Charlie Parker devrait être joyeux, puisqu’il prépare le baptême de sa fille, il est de plus en plus harcelé par les esprits de sa femme et de sa fille. En plus, ses relations avec Rachel se refroidissent, puisqu’elle ressent le Mal roder autour de Charlie. Quand la tante de Louis lui demande de retrouver sa fille, Charlie sait qu’il doit faire preuve de loyauté envers son ami, mais qu’il va encore une fois être confronté au Mal, et que cela ve encore l’éloigner de sa femme.

Si le début du roman est emballant, j’ai été surpris par la tournure que celui-ci prend par la suite. A lire la quatrième de couverture, je pensais que l’auteur prendrait des distances avec Charlie Parker pour nous en dévoiler un peu plus sur Louis. Mais on se retrouve avec une enquête dans les bas-fonds de Portland, qui ressemble à une application de ce qui a fait le succès de la série jusque là.

Quand, en plus, les méchants ne sont pas si effrayants que cela, même si certaines scènes sont redoutablement réussies, et que la nièce en question meure au milieu du livre, j’ai eu l’impression que l’intrigue s’étirait en longueur, et que la liaison avec une ville maléfique d’Europe de l’est était capillo-tractée (tirée par les cheveux). Au final, c’est plutôt un épisode de plus qu’une enquête qui fait avancer la série.