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Je ne suis pas un monstre de Carme Chaparro

Editeur : Plon

Traductrice : Judith Vernant

J’ai bien hésité avant de lire ce livre, faute à la quatrième de couverture qui donne l’impression que l’on va lire un énième roman sur une disparition d’enfant. Il aura fallu l’avis de Jeanne Desaubry (http://jeanne.desaubry.over-blog.com/2019/10/vous-avez-dit-monstrueux.html) pour que je me décide. En fait de thriller bas de gamme, j’ai eu entre les mains un excellentissime roman choral. Et c’est un premier roman !

Inès est une journaliste pour une chaîne de télévision Canal Onze. Elle a un vrai don pour présenter des événements dramatiques et faire naître des émotions incroyables chez ses spectateurs. C’est pour cela qu’elle a eu un succès phénoménal quand elle a écrit son premier thriller, premier et unique pour le moment. Alors, son éditeur la pousse à se lancer dans l’écriture de son deuxième roman, mais elle ne tient pas le sujet. C’est lui qui lui propose d’assister à une réunion de thérapie de groupe. Là, elle entend un témoignage d’une femme prise dans une inondation avec ses enfants, obligée de sacrifier l’un de ses petits pour sauver les autres.

Ana Arén est inspectrice-chef à la brigade des mineurs de Madrid avec un dossier plus que parfait. Comme elle est physiquement superbe, elle attire forcément les convoitises. Ce matin-là, le commissaire Luis Bermudez convoque tout le monde : il leur annonce qu’il va y avoir du changement ; la direction lui demande de partir pour laisser la place à David Ruipérez, un homme à la réputation impitoyable. Au même moment, des appels téléphoniques font état de la disparition d’un petit garçon, Kike. Ana veut réussir cette enquête à tout prix. En effet, deux ans auparavant, un petit Nicolas a disparu au même endroit. On ne l’a jamais retrouvé, et c’est le seul échec d’Ana. La légende créée par les médias dit qu’il a été enlevé par Slender man.

Quand on commence la découverte d’un nouvel auteur (en l’occurrence une nouvelle auteure), il y a toujours une adaptation à faire quant au style ou à la construction du roman. C’est ce que j’ai ressenti lors des 2 premiers chapitres (soit 12 pages), étant surpris par le punch et la brutalité de l’écriture. Les phrases claquent, il n’y a pas de temps mort et je n’ai pas l’habitude de lire ça dans un roman psychologique.

Car si la quatrième de couverture peut nous faire croire à un thriller, c’est bien un roman psychologique que nous propose Carme Chaparro, avec un scénario d’enfer et une fin que je qualifierai d’anthologie. Si la construction est classique, proche d’un roman choral, ce roman se détache par son acuité à présenter les réactions des différents protagonistes aux événements dramatiques auxquels ils vont être confrontés.

Ana et Inès vont constituer le fil conducteur de cette histoire et donner l’occasion de présenter des problématiques telles que la guerre des polices, les influences des politiques dans une enquête, les relations conflictuelles avec les chefs, ou même le rôle des médias dans les résolutions des enquêtes. Dans chacun de ces thèmes, Carme Chaparro excelle car elle y place au centre un être humain avec ses sentiments, ses problèmes, ses réactions humaines (ou non).

Et je dois dire que j’ai été totalement bluffé par les émotions qui déferlent de ces pages malgré un style brut, la justesse des réactions et cette capacité à trouver les mots justes au bon moment. Je peux vous assurer qu’à certains moments, votre gorge va se serrer, ou vos yeux vont s’ouvrir devant l’horreur. Quant à la chute de ce roman, et chute est le bon terme, elle ouvre sur une dénonciation des monstres de notre société (et ce ne sont pas ceux que vous croyez, mais je ne peux vous en dire plus).

Je ne suis pas un monstre s’avère au final une belle dénonciation de cette société avide de sensations, avide d’opportunités au nom de l’argent, avide de sang et surtout celui des autres. C’est aussi et surtout un premier roman impressionnant, époustouflant, émotionnellement très fort et qui ne peut que vous faire réagir. J’espère sincèrement que mon avis vous donnera envie de lire le livre et qu’il n’en a pas trop dit quant à l’intrigue …

Le livre des choses cachées de Francesco Dimitri

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Charles Recourse

Voilà un premier roman enthousiasmant, aussi étrange que son titre, qui est auréolé du prix Douglas Kennedy, ce qui promet un roman dénué de gore à tous les étages. C’est surtout la curiosité qui m’a poussé vers ce roman, grâce à la quatrième de couverture très bien faite.

Quatrième de couverture :

Ils sont quatre. Fabio, Tony, Mauro et Art. Quatre amis d’enfance qui, fidèles au Pacte qui les unit, se retrouvent une fois par an dans leur village natal du sud de l’Italie pour célébrer l’amitié, le temps qui passe et les rêves que l’on poursuit mieux à plusieurs.

Mais cette année, Art, le plus flamboyant d’entre eux, n’est pas au rendez-vous.

Art a disparu. De nouveau. Comme il y a vingt-deux ans, cette nuit d’été qui l’avait vu s’enfoncer, seul, dans une forêt d’oliviers. Il y avait eu un cri, puis le silence, puis le néant.

Personne n’a jamais su ce qui s’était passé à l’époque. Art était réapparu et la vie avait repris son cours.

Ses amis le pressentent : cette nouvelle disparition est liée à la première. Mais elle est aussi beaucoup plus inquiétante.

Car les années ont fait d’Art un homme à la fois solaire et mystérieux, aux relations troubles et aux passions déroutantes, arpentant en funambule le précipice qui sépare la raison de la folie, comme le révèle ce manuscrit retrouvé chez lui : Le livre des choses cachées.

Sous le soleil brûlant des Pouilles, où la mafia contrôle le moindre geste, où les traditions séculaires rythment encore le quotidien et où le surnaturel n’est jamais très loin, la disparition d’Art va confronter chacun à ses secrets, à ses trahisons et à ses fantômes.

Mon avis :

Présenté comme un roman choral où chacun des amis va prendre la parole pour dérouler l’intrigue, ce roman s’avère une très bonne surprise. Ecrit dans un style simple, entouré d’un mystère épais lié à la disparition de leur ami Art, le scénario est déroulé avec une excellente maîtrise, alternant juste quand il le faut entre présent et passé pour relancer l’intérêt du lecteur. De là à le classer parmi les thrillers, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Car si la narration est fluide, certains passages sont bavards et on est plus attirés par la résolution de la disparition d’Art que par des scènes époustouflantes. L’auteur va complexifier son intrigue plutôt que de nous emmener sur de fausses pistes. Ce qui fait qu’on est plus proche d’un roman flirtant avec le genre Fantastique que d’un polar avec ses codes, ses crimes et sa résolution.

Et je dois dire qu’il en résulte une lecture agréable, des personnages que l’on suit avec plaisir, et un final qui sans être explosif n’en reste pas moins surprenant. Francesco Dimitri nous montre avec ce roman beaucoup de choses, et on ne peut qu’être curieux et impatient de lire son prochain roman, pour voir où il veut nous emmener. Je ne peux que vous encourager à découvrir ce nouvel auteur qui pourrait bien vous étonner. Laissez-vous capter par l’appel du Livre des Choses Cachées.

L’arbre aux fées de B.Michael Radburn

Editeur : Seuil

Traducteur : Isabelle Troin

On n’a pas tous les jours l’occasion de lire des polars australiens. Quand en plus, on apprend que ce roman est le premier d’une série et qu’il se passe en Tasmanie, cela fait autant de raisons qui justifient que je m’y intéresse.

Taylor Bridges et sa femme Maggie ne se sont jamais remis de la disparition de leur fille Claire, un an plus tôt. D’autant plus que Taylor considère qu’il en porte une part de responsabilité. Leur couple déclinant, il décide d’accepter une mutation en Tasmanie, en tant que Rangers. Peut-être l’éloignement du lieu du drame va-t-il lui être bénéfique. Sa femme décide, elle, de ne pas le suivre.

Taylor Bridges débarque à Glorys Bridge, une petite bourgade en bordure d’une rivière. Le débit de celle-ci a décidé le gouvernement à se lancer dans l’hydroélectricité. En conséquence, la rivière déborde, le niveau de l’eau monte et le petit village en passe de se retrouver sous les eaux. La plupart des habitants ont déjà quitté le village et le rôle de Taylor Bridges est d’assurer la sécurité des gens aux abords du parc côtoyant le lac.

Lors d’une de ses patrouilles, il rencontre une jeune fille de 10 ans, Drew qui traîne aux alentours d’un arbre à la forme bizarre. Elle l’appelle l’arbre aux fées et attend son ami qui va lui montrer les fées. Taylor Bridges décide de la ramener chez elle et rencontre sa mère qui élève sa fille seule. Le lendemain matin, il apprend par le shérif que la petite Drew a disparu dans la nuit. Cette disparition fait douloureusement écho avec son propre passé récent et Taylor va se mêler de l’enquête.

Voilà donc un nouvel auteur à épingler dans la liste des séries littéraires policières à suivre. Même si le sujet semble classique, si le personnage principal porte en lui des cicatrices, que l’on a déjà lu, si l’intrigue est menée avec beaucoup de logique et peu de rebondissements surprenants, il n’en reste pas moins que la fin est bien trouvée, et que l’on y décerne des qualités et des originalités intéressantes.

Après un début que j’ai trouvé poussif, surtout les 2 premiers chapitres, Taylor Bridges devient attachant par sa maladresse. Le fait que l’auteur n’en ai pas fait un policier mais qu’il l’ait placé en périphérie de l’enquête permet de le montrer dans toute sa maladresse. Et surtout, il veut résoudre cette affaire, retrouver Drew mais il agit sans méthode. Du coup, il en devient plus attachant et tout ce qui lui arrive va nous toucher profondément.

Autour de ce personnage principal, il y a le décor inédit de la Tasmanie, son climat rigoureux et ses paysages enchanteurs. Si l’on ajoute à cela l’eau qui monte et qui fait disparaître le village, si l’on ajoute les habitants habitués à passer leur vie dans leur maison à cause du climat, on se retrouve avec une ambiance remarquablement bien rendue et qui accompagne ce roman à la fin très bien trouvée.

Justement, parlons-en de la fin. Contrairement à beaucoup de romans inaugurant une série, la fin se positionne souvent avec des points de suspension, voire avec les A suivre … Ce n’est pas le cas ici, puisque l’auteur nous offre une vraie fin. Et comme on a pris un vrai plaisir à arpenter les collines de Tasmanie, on prendra plaisir à retrouver Taylor Bridges dans une prochaine aventure.

Après les chiens de Michèle Pedinielli

Editeur : Editions de l’Aube

Après Boccanera, son premier roman, il me fallait absolument lire la suite, et retrouver Diou, cette formidable détective privée, faite en béton armé. Si Bocannera était très bon, celui-ci m’a paru encore meilleur.

Ghjulia « Diou » Boccanera est toujours détective privée à Nice, et elle a décidé de prendre un peu plus soin de sa santé. Fini l’alcool, bonjour le sport … enfin, un petit footing le matin. Elle a accepté de garder le chien de ses amies Dagmar et Klara qui sont parties pour des vacances en famille en Suède. Et Scorsese la réveille tous les matins à 6 heures pour la promenade matinale ! Après un café expéditif, direction le mont Boron pour une escapade forestière au calme.

Sauf que ce n’est pas le calme que Diou va trouver mais un cadavre au détour d’un chemin. A première vue, il s’agit de toute évidence d’un étranger, un SDF, qui a été méchamment tabassé à tel point que son visage ne ressemble plus à rien. Malgré sa première tentation, elle appelle son ami et ex-amant le commandant Jo Santucci. Santucci ne se fait pas trop d’illusions, Diou va vouloir mettre son grain de sel dans cette affaire.

Pourtant, Diou va être occupée par une autre affaire : Colette, la patronne du restaurant Aux Travailleurs lui annonce que quelqu’un a besoin de ses services. La fille de Marina, qui tient le salon de thé rue de la Boucherie a disparue depuis quatre jours. La police ne peut rien faire, la disparition de Mélodie Feuillant n’est pas prioritaire puisqu’elle est majeure. Les affaires reprennent pour Diou.

Même si Après les chiens constitue la deuxième enquête de Diou, on peut lire cette enquête indépendamment de la précédente. Jamais je n’ai ressenti le besoin de me rappeler ce qui s’était passé précédemment. Par contre, dès les premières pages, on est emporté par le rythme et la vivacité du personnage principal, Diou, qui tient cette intrigue à bout de bras. Cette femme forte, blindée, mène ses enquêtes et sa vie à un rythme d’enfer et ne s’en laisse pas conter. Et ce n’est pas parce qu’elle est d’apparence forte qu’elle n’a pas aussi ses faiblesses, ses cicatrices qu’elle trimbale comme un sac poubelle derrière elle.

Ce roman, s’il comporte tous les ingrédients d’un polar, va lorgner du coté des migrants et de ceux qui ont font la chasse, sous le prétexte de conserver un pays propre. Entre nazillons et racistes de tous poils, Michèle Pedinielli va aborder ce thème social fort sans être lourdingue, en positionnant ce thème en tant que contexte. C’est d’une remarquable intelligence. D’autant plus qu’elle fait un parallèle avec l’exode de juifs pendant la deuxième guerre mondiale, pour montrer que ces gens ne veulent rien d’autre qu’essayer de vivre un peu plus longtemps. Et qui est assez inhumains pour leur refuser ça ?

Mais il y aura aussi d’autres sujets qui vont parcourir ce roman comme ceux qui font les trafics d’animaux et leur maltraitance, comme des pistes qui peuvent sembler fausses mais qui vont chacune ajouter une pièce au puzzle d’ensemble. Et ce roman va devenir un roman foisonnant où on accepte de suivre Diou dans ses affaires pour son énergie inépuisable, mais aussi parce qu’on a l’impression de suivre une intrigue improvisée, de la même façon que Diou mène sa vie.

Encore une fois, on va se balader dans les quartiers de Nice, en évitant les quartiers touristiques pour s’attarder dans ces rues au charme du Sud. Encore une fois, on va avoir droit à des portraits de personnages secondaires formidables. Encore une fois, l’émotion va nous serrer la gorge alors que le style est plutôt « Rentre-Dedans ». Encore une fois, c’est une très grande réussite, et comme je l’ai déjà dit : Je suis prêt à suivre Diou au bout du monde !

Ne ratez pas l’avis de Psycho-Pat

Les enchainés de Jean-Yves Martinez

Editeur : Seuil

On n’avait pas de nouvelles de Jean-Yves Martinez depuis 2008 et Le fruit de nos entrailles. Plus de dix ans après, voici un roman original autant que mystérieux, qui propose sans imposer plusieurs sujets de réflexion.

David Sedar Ndong débarque dans un petit village du Vercors, Hauterives. On n’a pas l’habitude de voir débarquer des noirs dans ce coin là, et Sedar est Sénégalais. Il entre dans le bar du village et demande après Denis Vignal. On le regarde de travers, on lui demande ce qu’il leur veut, aux Vignal. David Sedar Ndong leur répond qu’il doit rapporter à Denis Vignal un pendentif qu’il lui a confié quand il était là-bas.

La maison des Vignal est isolée du village, placée sur une colline, juste à coté d’un étang. C’est Diane qui accueille Sedar, la femme de Denis. Quand il demande après lui, elle lui annonce que Denis a disparu. Mais avec la température négative, la neige qui recouvre les sols et le peu de vêtements qu’il a sur le dos, elle lui propose d’entrer se réchauffer. Commence alors une quête : celle de comprendre où est Denis, ou peut-être s’agit-il de savoir qui est Denis ?

Si l’intrigue tient sur un post-it, la façon de le traiter est bien originale, toute en finesse et en suggestions. Entre l’ambiance bien particulière imposée par un décor de moyenne montagne enneigée, au milieu des forêts sombres et inquiétantes, il n’est pas sur que la maison de Diane soit le refuge idéal.

Et la question que se posent les personnages reste la même tout au long du roman : Où est Denis ? Qui est-il ? Puis, petit à petit, par les réactions de Sedar et Diane, on se demande qui ment ? Qui manipule qui ? C’est le genre de roman à propos duquel on pourrait imaginer un millier de fins mais certainement pas celle que nous propose Jean-Yves Martinez, après qu’il nous ait franchement mis mal à l’aise.

Et puis, il évoque, plus qu’il creuse, les thèmes du racisme des gens du village qui n’ont jamais vu un étranger, mais aussi les ONG, les volontaires qui, à force de côtoyer la misère, se posent la question de l’utilité du don de leur temps et de leur vie, voire même l’honnêteté intellectuelle de chacun, et donc de leur hypocrisie.

Je ne suis pas sur d’avoir bien compris là où voulait en venir l’auteur, mais il tire quelques traits sur sa toile, nous laissant y réfléchir sans donner de clés, tout en concoctant une fin inattendu, dans un roman original de bout en bout. On aime ou on n’aime pas.

Ne ratez pas les avis de Nyctalopes, Claude Le Nocher et Jean Marc qui n’a pas aimé.

Escalier B, Paris 12 de Pierre Lunère

Editeur : Harper & Collins

En été, certains cherchent de la lecture facile, de quoi se divertir sans se prendre la tête. Ce roman m’est arrivé entre les mains presque par hasard et je l’ai lu au bon moment, c’est-à-dire que je cherchais un livre drôle. Bonne pioche !

Pierre est concierge dans un immeuble du douzième arrondissement de Paris, près du boulevard Soult, qui comporte 2 bâtiments (entendez deux escaliers). Il est affublé d’un Pékinois albinos et vit en colocation avec Danny. En ce dimanche, une personne fait des allers-retours dans l’escalier en jogging et en faisant du bruit. Evidemment, tous les habitants viennent se plaindre auprès de Pierre, d’autant plus qu’après les montées et descentes  d’escaliers s’ajoute un bruit incessant.

Quand il sonne, il se retrouve face à la nouvelle locataire de l’immeuble, Marion-Lara. Il se propose de l’aider à monter ses meubles avant de découvrir qu’elle est lieutenant de police. Comme elle le trouve sympathique, elle lui propose de l’accompagner à un mariage. Mais pendant la fête qui suit la cérémonie, au petit matin, une petite fille a disparu : elle se nomme Myrtille, une nièce de Marion-Lara.

Or Pierre a un don pour arrondir ses fins de mois : il est voyant et tireur de cartes. Il est donc fin observateur, fin psychologue et il entend une petite voix qui lui susurre parfois des mots qui peuvent aider. Il accepte d’aider Marion-Lara et de regarder les photos du mariage, car le couple avait installé un photomaton derrière le château. En regardant les photos de poche, Pierre arrive à donner quelques pistes à Marion-Lara.

Et ce n’est que le début des aventures de nos deux comparses tant ils vont avoir à résoudre un grand nombre de mystères, de la présence de prostituées dans l’immeuble à la disparition de l’une d’elle, d’un envoûtement chinois à la prolifération de tuyaux de plomb, d’un mystérieux suicide à des enlèvements.

Ce roman est foisonnant d’intrigues, aidé en cela par des personnages hauts en couleurs. Entre les femmes qui entourent Pierre, de sa colocataire et l’actrice qui fait tout pour décrocher un rôle, entre les emmerdeurs (Madame Dijoub qui fait signer des pétitions à tout va) à ceux qui veulent faire déguerpir les étrangers, on s’amuse beaucoup.

Et puis, l’écriture, si elle n’est pas extraordinaire, est fluide et drôle. Le ton est virevoltant, pas cynique ou méchant pour un poil, juste distrayant et léger comme il faut. La quatrième de couverture fait un rapprochement avec la saga Malaussène de Daniel Pennac. J’y rajouterai Gilles Legardinier, période Demain j’arrête. Bref, comme je vous l’ai dit plus haut, il ne faut pas chercher dans ce roman un livre inoubliable mais juste une lecture distrayante qui remplit son rôle parfaitement.

Oldies : Cirque à Piccadilly de Don Winslow

Editeur : Gallimard – Série Noire

Traducteur : Philippe Loubat-Delranc

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède

Quand j’ai créé cette rubrique, j’avais aussi dans l’idée de lire les premiers romans de mes auteurs favoris. C’est une façon de voir le chemin parcouru et pour moi, la possibilité de me rassurer sur mes goûts. Place donc au premier roman de Don Winslow, qui date de 1991, et qui est le premier d’une série mettant en scène Neal Carey, un jeune étudiant barbouze.

L’auteur :

Don Winslow, né le 31 octobre 1953 à New York, est un écrivain américain spécialisé dans le roman policier.

Né en 1953 à New York, Don Winslow a été comédien, metteur en scène, détective privé et guide de safari. Il est l’auteur de nombreux romans traduits en seize langues, dont plusieurs ont été adaptés par Hollywood. Après avoir vécu dans le Nebraska et à Londres, Don Winslow s’est établi à San Diego, paradis du surf et théâtre de certains de ses romans.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Les choses auraient été trop simples si Neal avait pu rester à New York avec Diane et passer son examen sur Tobias Smollett. Mais la sonnerie du téléphone laissait présager une mauvaise nouvelle. Cette fois, P’pa l’envoie courir la campagne anglaise aux trousses de la fille d’un sénateur qui s’est fait la belle. D’après la photo, la fugueuse vaut bien le détour mais on n’a quand même pas idée de faire avaler des scones à la crème à un enfant de Broadway !

Mon avis :

Neal Carey a du s’en sortir seul : sa mère était une junkie, son père parti sous d’autres cieux. Alors il est devenu voleur à la courre (entendez, il pique un portefeuille et court vite). Sauf qu’il est tombé sur Graham, qui l’a pris sur le fait. Dès lors, Graham l’a formé à devenir espion-barbouze-détective privé-étudiant. Graham travaille pour Levine qui lui-même travaille pour les Amis de la Famille. Est-ce la mafia ou des banques surpuissantes ?

La fille d’un sénateur a fait une fugue. En tant que tel, ce n’est pas une information de première primeur. Mais quand celui-ci doit briguer l’investiture pour les élections présidentielles, il vaut mieux que toute la famille soit derrière lui. Pour les Amis de la Famille, il y a aussi beaucoup d’argent à se faire. Neal Carey va donc être chargé de retrouver puis de ramener la gamine, que l’on a identifiée à Londres avec un groupe de drogués.

Avant d’écrire son chef d’œuvre, La griffe du chien, Don Winslow a commencé comme auteur de polars standards. Entendez par là un personnage atypique, de l’action, de l’humour et une intrigue bien faite. Un tiers du livre est consacrée à l’éducation de Neal Carey, un tiers à son passage à Londres et le dernier tiers à la conclusion finale. C’est fait de façon très académique, très appliquée et agréable à lire.

Si on est loin du style que cet auteur adoptera par la suite, on retrouve tout de même une grande qualité dans les dialogues, et cet humour froid et cinglant qui relève la lecture. Ce roman ne restera donc pas dans mes annales, si ce n’est que je ne suis pas du tout déçu de sa lecture en tant qu’objet de curiosité et qu’il m’a fait passer un bon moment de divertissement. Un bon polar, en somme.