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Mort à Florence de Marco Vichi

Editeur : Editions Philippe Rey

Traductrice : Nathalie Bauer

Parmi les auteurs italiens traduits chez nous, mes deux préférés sont incontestablement Carlo Lucarelli et Massimo Carlotto. Mais il y en a trois que je suis depuis quelque temps : Antonio Manzini, Valerio Varesi et Marco Vichi. Après Le commissaire Bordelli et Une sale affaire, voici donc le troisième tome des enquêtes de ce commissaire cinquantenaire dans les années 60, débonnaire, nostalgique, nonchalant et rigoureux.

En cette fin de mois d’octobre 1966, le commissaire Bordelli et son ami Ennio Botta, truand de son état,  vont cueillir des champignons dans les bois environnants de Florence. Bordelli aimant la bonne cuisine, Botta lui propose d’aller chercher des cèpes. Cela lui changera les idées, car Bordelli est occupé par la disparition d’un collégien de 13 ans, Giacomo Pellissari, qui après être sorti de l’école, n’est jamais arrivé chez lui.

La police se fait incendier par la presse, incapable de trouver la moindre piste sur la disparition du jeune garçon. Alors qu’il arrive au commissariat et retrouve son collaborateur Piras, fils d’un de ses amis d’enfance, Bordelli est informé d’un couple mort dans une voiture. Un suicide vraisemblablement. Diotivede le légiste lui annonce que la femme est morte deux heures après l’homme. Mais ce qui obsède Bordelli, c’est bien la disparition du petit Giacomo et la cuisine de Toto ne va rien y changer.

Sa soirée se termine chez Rosa, ancienne prostituée qui accepte de le recevoir pour lui prodiguer des massages qui ont le don de le détendre. Ce jour là, elle lui réserve une surprise en la visite d’Amélia, une cartomancienne. Elle lui prédit de trouver l’amour mais cela ne durera pas longtemps et qu’il trouvera le corps du petit Giacomo le lendemain. Et dès le lendemain, on réveille Bordelli pour lui annoncer qu’on vient de trouver le corps du petit, enterré non loin de là où il était allé chercher des champignons avec Botta. Refusant la superstition, il fouille autour de la scène et trouve à la fois un chaton et une facture en papier appartenant à un boucher nommé Panerai. Cela décuple la motivation de Bordelli d’autant plus que Diotivede lui apprend que le petit a été violé puis étranglé.

Voilà un roman sur lequel j’ai plein de choses à dire parce qu’il parle de beaucoup d’aspects de l’Italie. Comme ses précédents romans, le style s’avère calme, lent et nonchalant. Marco Vichi y ajoute de l’humour fort bienvenu surtout dans les dialogues, ce qui soulage l’aspect dramatique de l’intrigue. Il faut aussi signaler qu’il n’est pas utile de lire les précédents, puisque les trente premières pages vont nous présenter l’entourage du commissaire Bordelli, ce qui est un véritable tour de force.

Le roman peut se séparer en deux parties, puisqu’à la moitié du roman, la ville de Florence se retrouve envahie par les eaux, suite aux pluies qui ont déferlé pendant plusieurs jours. Alors que le début du roman parle de l’impuissance du commissaire pour trouver la moindre piste concernant le meurtre du petit Giacomo, l’inondation va transformer la ville en paysage de boue, créant une allégorie sur la saleté des dessous de Florence et la suite de l’enquête va en être une belle illustration.

Car outre la psychologie de Bordelli qui est bien détaillée, montrant un personnage écrasé par sa solitude et à la recherche de l’Amour, Marco Vichi insiste sur son obsession, ses incessants souvenirs de la guerre. Il ne passe pas pour un héros, loin de là, mais revient sans arrêt sur des événements qui l’ont marqué, à chaque fois qu’il déambule dans les rues de Florence. Il en vient même à se raccrocher aux prédictions d’une cartomancienne, qui lui promet une rencontre qui débouchera sur une relation forte qui ne durera pas longtemps. C’est donc un Bordelli totalement perdu qui erre au travers de ces pages.

Ce roman va dépasser le cadre de l’enquête ou des atermoiements de notre commissaire. Car c’est bien l’image d’un pays, se rêvant plus grand qu’il n’est que nous avons devant les yeux. L’Italie présentée ici a élu El Duce en regard aux illusions perdues d’antan, et ce dernier a joué cette carte à fond pour faire croire au peuple que leur pays allait retrouver les ors perdus. Marco Vichi nous montre qu’une grande partie de la société est nostalgique des chemises noires de l’Italie fasciste, qu’elle ne rêve que d’un chef qui la ramènerait sur le piédestal perdu.

Ce n’est pas un roman que l’on va lire pour l’enquête, puisqu’elle passe au second plan, et avance grâce à des indices trouvés par des coïncidences ou de la chance. Ce roman est plutôt à aborder pour toutes les thématiques qu’il montre, et en cela, il devient un roman riche et fort intéressant, disséquant en détail ce que beaucoup d’Italiens (et d’autres habitants d’autres pays) pensaient alors dans les années 60 et pensent encore aujourd’hui. En cela, ce roman est important.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

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Ne me quitte pas de Mary Torjussen

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Benoit Domis

Il me semble que depuis quelque temps, les auteurs et plus particulièrement les auteures se penchent sur notre quotidien pour imaginer des intrigues dont le rebondissement apparait dans les toutes dernières pages. Et comme ces romans sont en général narrés à la première personne du singulier, rien de plus facile que de prendre le lecteur à rebours. Ce fut le cas de La fille du train de Paula Hawkins, et avant cela de Les apparences de Gillian Flynn. Plus récemment, le succès de Derrière les portes de BA.Paris, a donné lieu à plusieurs romans entrant dans la même catégorie, tels Mon amie Adèle de Sarah Pinborough, Sisters de Michelle Adams, ou Disparue de Darcey Bell. Alors, pour parler de ce roman, nous avons voulu avec Suzie, ma chroniqueuse invitée, faire une sorte de tennis du polar.

Bonjour Suzie, et bienvenue chez moi, mais tu connais déjà, n’est-ce pas ?

Bonjour chers lecteurs. Et, bonjour Pierre. Merci de m’inviter de nouveau. J’en profite pour sortir de ma chère cave et pour aller me chercher quelques provisions littéraires. Mais, surtout pour vous parler d’un nouveau bouquin que, entre nous, j’ai eu énormément de mal à lâcher. J’y pensais tout le temps et la fin …

Mais je vais laisser le maitre de maison lancer le débat.

Parlons un peu de cette nouvelle mode de situer les intrigues dans notre quotidien. D’un coté, avec un peu d’observation, il est facile de détourner des petits événements en grosses catastrophes. D’un autre coté, on risque de tourner un peu en rond. Dans le cas de ne me quitte pas de marie Torjussen, Hannah revient de Oxford où elle a réalisé une présentation remarquée. A tel point qu’on lui laisse envisager un poste de direction. Toute heureuse, elle rentre chez elle et là … Patatrac … L’homme de sa vie, Matthew a disparu. Plus fort encore, toutes ses affaires ont disparu, jusqu’aux tableaux qu’il avait accroché dans le couloir de l’entrée. Même ses mails, ses SMS ont disparu. Etonnant, non ? Cela m’inspire deux questions pour toi : Que penses-tu de cette mode ? Que penses-tu de ce début ? Et toc, retour en revers …

Je vais répondre à une question implicite qui est sous-jacente. Dans le domaine du fantastique, on peut considérer qu’un ouvrage appartient à cette catégorie lorsque le merveilleux fait une incursion dans le monde réel. En ce qui concerne les thrillers, on pourrait penser que ce type de situation est directement inspiré du fantastique. Excepté que lui substitue un événement traumatisant au lieu d’un événement fantastique. Enfin, il faut savoir qu’il existe de nombreuses disparitions pour lesquelles on n’a plus de nouvelles de la personne. Ces dernières ne sont pas aussi extrêmes que celle racontée dans cette histoire. Mais, cela reste perturbant. Je précise que je parle de disparition d’adultes.

En ce qui concerne ce que je pense de cette mode, rien n’est plus terrifiant que de se retrouver dans une situation qu’on ne pouvait pas anticiper. Et la disparition d’un membre de la famille proche voire de son compagnon ou de sa compagne entraîne un état de stress très important. D’ailleurs, le cerveau n’a plus la possibilité de se concentrer sur autre chose. Tout va donc se jouer au niveau psychologique. Pas besoin de rajouter des éléments horribles. Le cerveau les créée de manière implicite. Et, il n’y a rien de pire qu’un cerveau qui vous rend aveugle à tout le reste. Plus rien d’autre n’a d’importance? Vous passez en mode de résolution de problème avec un « pourquoi » inscrit en gros dans votre cerveau. Donc, c’est le meilleur moyen de faire peur à moindre frais. Encore faut-il savoir maîtriser cet environnement et entraîner le lecteur dans la direction choisie. Et, ça, c’est l’exercice le plus dur à faire. Tout va tenir dans le style de l’auteur.

Le début de cette histoire est assez hallucinant. On pourrait presque croire que l’auteur a poussé son personnage dans la série « la Quatrième Dimension ». La problématique est qu’elle ne retrouve aucune trace de son compagnon. Que les affaires de ce dernier est disparu, soit cela peut se comprendre. Mais que le protagoniste principal féminin ne retrouve plus de photo ou que ses affaires se situent exactement au même endroit, comme si de rien n’était, est machiavélique. Car, cela peut induire plusieurs choses : a-t-elle vécu dans un rêve éveillé pendant ces quelques années avec un traitement inapproprié ou il s’est vraiment passé quelque chose. De quoi faire tourner les lecteurs en bourrique.

Heureusement, il reste les autres personnages. D’ailleurs que penses-tu de l’héroïne et de sa meilleure amie?

Comme tu les dis, la disparition de Matthew va constituer le premier fait étrange de cette intrigue. Et Hannah va se retrouver à la recherche de repères, soit envers ses collègues de bureau, soit envers sa meilleure amie. Tous vont vouloir lui apporter leur soutien, mais à chaque fois, elle va être rattrapée par d’autres événements qui vont la perturber. Elle va en effet recevoir des SMS provenant d’un numéro inconnu qui laissent entendre que Matthew la surveille ou du moins qu’il est vivant. Cette première partie, sans vouloir dévoiler ce qui va se passer ensuite, est comme tu le dis une belle façon de faire monter le stress. Et c’est aussi un beau portrait psychologique d’une personne qui se retrouve du jour au lendemain seule. Elle perd ses ancrages envers sa vie quotidienne, ses repères. Et sa réussite professionnelle se retrouve reléguée au second plan. Une fois que Mary Torjussen a posé le décor qui entoure Hannah, elle va s’attarder sur la psychologie de Hannah qui va se renfermer sur elle-même car tout ce en quoi elle croyait vient de partir en poussière. Tu avoueras, Suzie, que ce que montre l’auteure, a de quoi effrayer, toutes ces possibilités de pirater des comptes, d’envoyer des SMS anonymes, de torturer à distance quelqu’un. Heureusement, tout ceci n’est que de la fiction …

De la fiction, de la fiction, c’est vite dit.

Si vous réfléchissez bien. Est ce que vous avez déjà vécu la situation où un mail ou un sms ont soudainement disparu de votre messagerie ou de votre téléphone? Et de vous retrouver en train de tourner en rond car vous le ne retrouvez plus? En ce qui me concerne, à chaque fois, je deviens chèvre. Et si vous élargissez cette situation à l’ensemble de votre messagerie, sms, profils de réseaux sociaux, etc, il y a de quoi devenir dingue.

En lisant l’actualité, on peut constater que le piratage est en train de devenir un danger au quotidien. A travers l’ouverture de mails ou de sms vérolés, vos données peuvent disparaître d’un seul clic, vous pouvez être pris en otage et vous ne pouvez, dans la plupart des cas, rien y faire.

En revanche, ce qui est perturbant, et qui est une forme de torture, c’est de recevoir des appels ou des sms anonymes. C’est d’ailleurs le fond de commerce de nombreux films d’horreur où le téléphone devient un ennemi visible et menaçant. On ne sait pas comment y faire face car il reste là, immobile à attendre. Une autre torture psychologique qui peut être utilisée est de vous faire douter de votre propre santé mentale par différents moyens dont le plus simple est le changement de place d’objets quotidiens. Cela vous est peut-être déjà arrivé de bouger certains objets et d’oublier par la suite de l’avoir fait. Dans certains cas, on pourra demander à un membre de la famille s’il est à l’initiative du fait. Dans d’autres cas, on ne pourra que s’accuser de posséder une mémoire de poisson rouge, voire avoir un double maléfique, une espèce de Mister Hyde si les faits persistent. De quoi douter de la réalité dans laquelle on vit.

Mais, revenons à nos lamas. Que pensez vous que mon très cher hôte pourrait vous dire sur les différentes intrigues de cette histoire?

Si nous abordons les différentes intrigues de cette histoire, je l’imagerais bien comme un arbre. Nous avons le tronc qui est le personnage de Hannah, qui sert de point central, et en cela, la forme de l’écriture est bien faite pour cela. C’est elle qui est au centre, c’est elle qui parle, c’est elle qui nous fait ressentir ses émotions. Du tronc, partent différentes branches, que l’on pourrait classer en trois catégories : Tout d’abord les amis proches Katie et son compagnon James qui sont toujours présents pour Hannah. La deuxième concerne l’environnement professionnel avec Sam, le collègue de travail ou Lucy l’assistante qui mettent inconsciemment et incontestablement une pression d’enfer. Enfin, il y a les voisins Sheila et Ray. Ce que j’ai apprécié c’est cette narration qui plonge le lecteur dans le personnage de Hannah, avec toute la subjectivité que cela implique. Comme nous ne voyons que par les yeux de Hannah, nous ne pouvons imaginer la réalité de ce qui est autour. Et d’ailleurs, je trouve que l’auteure joue beaucoup avec cette situation, jusqu’à nous concocter un final auquel nous ne pouvons pas nous y attendre. Chère Suzie, si tu devais argumenter pour que les visiteurs de mon blog se jettent dessus, quel serait ton avis ?

C’est une question dure, très cher Pierre. Bon, je vais me lancer. Revenons à la base de l’intrigue. Vous rentrez et les affaires de la personne avec qui vous vivez, ont disparu. Tout est revenu dans un état initial, comme si cette personne n’avait jamais existé que ce soit sa décoration, ses affaires proprement dites, ses photos, les SMS ou mails échangés. Plus rien n’existe. Il y a de quoi devenir fou. Ai-je tout inventé ou me joue-t-on un tour maléfique ? Avec ce postulat de départ, cela m’a tout simplement intrigué. Je me suis mise à la place de l’héroïne. Que ferais-je dans cette situation ? Qui préviendrais-je ? Déjà que lorsque j’égare un objet, c’est l’enfer pour le retrouver. Alors, si je devais me retrouver dans la même situation qu’Hannah, je n’ose même pas imaginer ma réaction. Rien que cet aspect de la quatrième de couverture intrigue. Et, si … De plus, le personnage d’Hannah comme l’expliquait notre cher hôte est l’ossature de l’intrigue : sa manière de réagir à la situation, au boulot, au stress que cela engendre. Cela est suffisamment cohérent pour s’identifier à la situation. Enfin, il y a la relation avec les autres protagonistes. On a l’impression que tout est clair, que la vie est un long fleuve tranquille. Et patatras, tout s’écroule alors qu’on pensait atteindre le sommet. Vous verrez que l’eau n’est pas aussi claire qu’on pourrait le penser. Mais, ce n’est pas tout. Il y a surtout l’ambiance psychologique et ce jeu avec la mémoire que ce soient des protagonistes ou des lecteurs. Combien de fois vous est-il arrivé de faire les choses machinalement et de ne plus vous en souvenir ? Tels que fermer la porte de votre appartement, maison ou de votre voiture, mettre ses lunettes de vue sur son nez, etc… Du coup, est-ce vous ou y a-t-il anguille sous roche ? L’auteur va vous mener par le bout du nez jusqu’au final. Et quel final inattendu. Vous ne pourriez même pas l’imaginer.

Donc pour résumer, c’est un livre à lire car il vous tiendra en haleine jusqu’au bout et il pourrait même vous surprendre. L’intrigue de départ est juste machiavélique. L’atmosphère mise en place par l’auteur risque de vous rendre dingue. Cela a été mon cas. Les protagonistes sont justes même si une fausse note devrait vous orienter. Enfin, pour la dernière phrase qui est juste à croquer.

C’est difficile de donner un avis sur ce type de roman sans vous en dévoiler trop. J’espère que j’ai suffisamment titillé votre curiosité pour que vous lisiez ce livre. Je me demande ce que donnera son prochain roman. Une chose est sûre, je le lirai.

Mais, que pense notre hôte sur le sujet ? Je lui laisse la parole. Balle de match

Je m’incline, tu as gagné notre match de tennis, chère Suzie. J’ai aussi été particulièrement impressionné par ce roman, qui exploite à fond la subjectivité des faits, en rédigeant ce roman à la première personne. Incontestablement, Hannah et donc nous lecteurs sommes intrigués et surpris par la situation. Le stress monte, les événements finissent par devenir harcèlement moral et on est en droit de se dire que quelqu’un veut la rendre folle ou bien elle l’est vraiment. C’est d’autant plus surprenant que c’est un premier roman et qu’il est remarquablement maitrisé. Je dois juste avouer que vers le milieu du roman, comme il ne se passe rien de nouveau, je l’ai trouvé un peu bavard. Mais les 100 dernières pages nous renversent comme une crêpe. Car l’auteure dévoile un final inattendu et je me suis aperçu qu’elle avait parsemé son livre d’indices que je n’avais pas vu. C’est le genre de roman où on se laisse prendre, on se laisse mener par le bout du nez, et c’est le genre de roman qu’on a envie de relire, rien que pour retrouver les indices qui sont cachés dans les pages précédentes. Et comme toi, je serai au rendez vous du prochain roman de Marie Torjussen. Je ne peux que te remercier pour ce petit match et j’espère que tu reviendras bientôt parmi nous pour parler polar stressant !

Merci très cher Pierre de m’avoir de nouveau invitée pour discuter thriller. Je m’en retourne dans ma cave lire d’autres merveilles. A bientôt.

A bientôt, Suzie. Quant à vous, lecteur fidèle ou simple visiteur occasionnel, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Et n’oubliez pas le principal, lisez !

Les corps brisés d’Elsa Marpeau

Editeur : Gallimard Série Noire

J’avais beaucoup aimé L’expatriée, son roman sorti en 2015. Et c’est mon ami Richard le Concierge Masqué qui a attiré mon attention sur ce roman en le sélectionnant pour le Grand Prix des Balais d’Or 2018. Effectivement, ce roman regorge de qualités.

Sarah est une championne de rallyes automobiles et est en avance dans la course au championnat du monde. Son principal adversaire Ralph Dichters la talonne de quelques points et si elle gagne cette course au Rallye de Monte Carlo, elle sera assurée du titre. Une seconde d’attention suffit à envoyer la voiture dans le ravin. Son copilote n’y survivra pas. Sarah connaîtra quelques semaines de coma, avant de se réveiller hémiplégique.

C’est son frère Nathan qui l’accompagne à la clinique, L’Herbe Bleue, perdue dans les bois vosgiens, dans laquelle elle va passer beaucoup de temps pour s’adapter à sa nouvelle condition d’handicapée. Elle va faire connaissance avec toute l’équipe médicale du Docteur Virgile Debonneuil, surnommé Docteur Lune à la psychologue, en passant par les infirmières ou le masseur. Heureusement, elle va avoir une voisine de chambre qui va l’aider à surmonter cette épreuve.

Mais petit à petit, des événements vont semer le doute dans son esprit. La malade qui l’a précédé dans son lit a mystérieusement disparue, certaines pièces sont fermées au public et les réactions de l’équipe médicale lui semblent bizarres. Quand sa voisine disparaît, sa paranoïa atteint des niveaux stressants difficiles à gérer.

Bâti en trois parties, ce roman relativement court d’environ 220 pages, est un roman à la construction implacable et plutôt classique. Dans la première partie (Le Paradis), d’une centaine de pages, on nous présente la clinique, en insistant bien sur la psychologie de Sarah. Dans la deuxième (Le Purgatoire), les événements étranges se succèdent avant d’aboutir en apothéose à des scènes d’horreur inimaginables. Je n’insisterai pas sur le fait que ce roman est basé sur des faits réels tant cela parait difficile à concevoir.

Du début (ou du moins à partir du deuxième chapitre) jusqu’à la fin, tout est fait pour faire ressentir un profond malaise autour de la situation de Sarah. D’ailleurs, Sarah est le personnage principal de cette histoire et ce sont ses réactions, ses pensées qui vont faire avancer l’intrigue. Tout le talent de l’auteure réside justement dans le fait qu’elle nous décrit une personne battante, une championne qui ne s’avoue jamais vaincue. D’ailleurs, sa décision est très claire : soit elle parvient à remarcher, soit elle se suicide. Il est inimaginable pour elle de passer sa vie dans un fauteuil roulant.

Ce roman est bouleversant en même temps qu’il est profondément dérangeant. Cela est du aussi au fait qu’il est remarquablement réussi. On se bat aux cotés de Sarah, on assiste à ses moments de déprime, on est heureux de ses réussites. Et on participe à sa paranoïa naissante en même temps que le stress monte. Et là où le roman s’avère particulièrement vicieux et fort, c’est que chaque petite victoire de Sarah qui lui procure une once d’espoir est immédiatement suivie par une défaite, une grande claque dans la figure. Cela donne une lecture éprouvante psychologiquement en même temps qu’un roman incroyablement noir.

Ce roman est incontestablement une incontestable réussite et une expérience qui vous fait passer par beaucoup de sentiments. J’ai déjà dit par le passé que les auteures féminins sont capables d’écrire des romans terriblement forts et noirs parce qu’elles ont justement le talent de toucher des sentiments profondément humains. C’est une nouvelle fois le cas ici, et je vous conseille avant d’attaquer ce roman, d’avoir un moral d’acier.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Par le vent pleuré de Ron Rash

Editeur : Seuil

Traducteur : Isabelle Reinharez

C’est un fait, depuis Un pied au paradis, je n’arrête pas d’être surpris et enchanté par la plume de Ron Rash, par ses sujets, bref, par ses romans. Avec Par le vent pleuré, dont le titre est un extrait d’un romans de Thomas Wolfe (Rassurez vous, je n’ai pas la science infuse, c’est expliqué dans la roman !), Ron Rash m’a une nouvelle fois ébahi.

Eugène, aujourd’hui âgé de soixante ans, a passé toute sa vie à Sylva, en Caroline du Nord. Un corps vient d’être déterré par les eaux de la rivière. Il semble qu’il soit resté très longtemps enfoui. Alors, Eugène se rappelle sa jeunesse, et en particulier cette année 1969, où il a rencontré cette jeune fille venue de la grande ville, et au nom à la fois étrange et envoutant : Ligeia.

Eugène avait 16 ans, son frère Bill, 21 ans. Après le repas dominical chez le grand-père, qui était le médecin de Sylva. Cet après-midi là, Eugène et Bill étaient partis pêcher à Panther Creek. Dans un lac situé en contrebas, ils aperçurent une jeune fille nue qui se baignait. Eugène crut voir une sirène aux cheveux roux. Le temps de se remettre de leurs émotions, elle avait disparu.

Le dimanche suivant, ils revinrent et c’est elle qui fit le premier pas. Elle s’appelait Ligeia Mosely, et habitait chez son oncle Hiram, car elle avait fugué pour rejoindre des hippies à Daytona. Eugène et Bill n’avaient pas entendu parler de la Flower Power, ni des drogues, ni du sexe. Ils découvrirent cette année là de nouveaux horizons, qui se termina par une disparition inexpliquée encore aujourd’hui. Apparemment, on allait bientôt savoir où Ligeia avait fini sa vie.

On peut dire que Ron Rash aime la diversité dans les sujets qu’il traite. Je ne vais pas vous citer tout ce qu’il a écrit, il vous suffira de cliquer sur les liens en fin de billet pour cela. Ceci dit, on avait plutôt l’habitude de le voir dans un registre lié à la nature, à une exception près, et on se retrouve ici avec une histoire familiale. Ne me faites pas dire que ce changement radical est raté, c’est tout l’inverse. Psychologiquement c’est fort, très fort.

Eugène et Bill sont deux jeunes gens en 1969. Ils ont très tôt perdu leur père, et ont donc été élevés par leur mère, bien aidée financièrement par leur grand-père. Eugène étant le petit dernier, voit son frère comme un modèle, mais il est à l’âge où il veut faire sa place. Si le personnage de la mère est en retrait, c’est bien parce que le grand-père dirige tout, de façon autoritaire voire tyrannique. Les deux jeunes gens grandissent donc avec une éducation religieuse et morale, et l’arrivée de Ligeia va tout bouleverser.

Ligeia est une fugueuse, qui a été élevée à la ville. Elle a connu les hippies, et cette vague qui leur laisse croire qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Le fait qu’elle vienne de la ville lui octroie une incontestable aura de nouveauté, de liberté, d’exemple pour les deux jeunes qui veulent s’émanciper. Le roman va donc se construire sur deux axes, qui sont les secrets familiaux et le mystère de la disparition de Ligeia.

Incontestablement, ce roman est à classer aux cotés des meilleurs Thomas H.Cook. Et ce n’en est pas une pâle copie mais une déclinaison avec le style propre à l’auteur. Dire que ce roman est un pur plaisir de lecture est une évidence, tant la subtilité du style de Thomas H.Cook est remplacée par l’efficacité et l’âpreté de celui de Ron Rash. Avec des allers-retours entre le passé et le présent, il va nous montrer la fascination des deux jeunes gens pour cette génération hippie, mais aussi l’importance de l’éducation et de l’ouverture vers d’autres horizons. Ce roman est tout simplement magnifique.

Ne ratez pas les avis de Yan, Jean Marc et Claude Le Nocher

Les romans chroniqués sur Black Novel sont :

Un pied au paradis ;

Serena ;

Le monde à l’endroit ;

Une terre d’ombre ;

Le chant de la Tamassee ;

La nuit des corbeaux de John Connolly

Editeur : Presses de la cité (Grand Format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa onzième enquête. Il semblerait que nous rentrions dans une série d’enquêtes plus classiques, ce qui est le cas pour ce roman. La liste des billets sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Dans les profondes forêts du Maine, les corbeaux attendent, comme toujours, dans le sillage des prédateurs…

À Pastor’s Bay, Randall Haight tente de refaire sa vie. Enfant, il a assassiné une fillette, mais dix-huit ans de prison n’ont pas effacé sa faute. Les lettres anonymes s’amoncellent depuis son retour. Engagé pour en trouver l’auteur, le privé Charlie Parker découvre un client trouble et une ville livrée à ses démons. Une jeune fille vient en effet de disparaître. Et le coupable semble tout trouvé…

Mon avis :

Pour cette 11ème enquête, John Connolly abandonne l’aspect fantastique qui est présent dans les précédentes, pour nous offrir une enquête policière classique. Enfin, classique, c’est vite dit. Parce que si le roman s’ouvre avec la disparition d’Anna Kore dans un centre commercial de Pastor’s Bay, le nombre de fils conducteurs du roman va rapidement se multiplier. Puis c’est Aimée Price qui propose de trouver qui envoie des lettres de menace à son client Randall Haight, un homme qui a passé plusieurs années sous les barreaux pour avoir tué une jeune fille noire de 14 ans quand il était adolescent. Puis vient l’apparition de deux tueurs avec qui il vaut mieux ne pas discuter …

On a droit au début du roman à un repas entre Rachel et Charlie, et je dois dire que John Connolly est très fort pour écrire des scènes intimistes poignantes, surtout quand il fait parler Samantha, leur fille. Une fois passée cette scène, nous attaquons l’enquête avec tout le coté inquiétant de cette disparition. Mais ce qui permet de relâcher la tension, ce sont ces dialogues à l’humour hilarant, en particulier entre Louis et Angel. Et je donnerai une mention particulière à ceux entre Martin Dempsey et Francis Ryan, deux tueurs inquiétants et impitoyables à l’humour noir comme il faut.

John Connolly n’est jamais aussi fort que quand il invente l’histoire d’une ville, construit des personnages de zéro, comme s’il prenait une feuille blanche pour y poser quelques traits. Il est aussi passer maître dans l’art de faire monter la tension à travers des scènes incroyablement visuelles. Si ce roman n’est pas pour moi le meilleur de la série, il est tout de même un excellent roman policier mené avec brio jusqu’à un dénouement qui va relier tous les fils épars qu’il aura semé au début.

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel sont :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit

L’empreinte des amants

Les murmures

Comme de longs échos d’Elena Piacentini

Editeur : Fleuve Noir

Elena Piacentini démarre une nouvelle aventure dans une nouvelle maison d’édition avec un nouveau personnage. Un personnage ? Que nenni ! C’est tout un commissariat qui va vivre dans les pages de ce roman, dans une intrigue totalement dingue. En fin de billet, vous aurez droit à une petite interview qui va compléter celle de l’ami Yvan.

Vincent Dussart vient voir sa femme Chloé et son fils Quentin. Elle a décidé de prendre du recul, de faire un break et de déménager dans une petite maison. Il n’a rien dit, a juste fait un simple geste, une caresse amoureuse en l’apprenant. Quand il arrive, des billets pour un week-end à Londres en poche, le chat vient le surprendre. Ce week-end, c’est sa chance de reprendre leur vie commune. Puis c’est une scène horrible qui l’attend … Sa femme a été assassinée d’une balle dans la tête et son fils a disparu.

Mathilde Sénéchal a accepté une mutation dans le groupe du commandant Albert Lazaret de la police judiciaire de Lille. L’accueil a été froid, en particulier de la part de Sylvie Muller. Toutes les équipes de police envahissent la cité Franchomme. Il faut retrouver le petit, seulement âgé de trois mois, et le temps presse. Vincent Dussart, lui, est en état de choc traumatique. La course contre le temps commence, chaque seconde compte. Le commandant Lazaret demande une perquisition chez Vincent Dussart.

C’est le lieutenant Damien Delage qui s’en occupe. Il fait tous les prélèvements possibles, récupère les papiers, les pièces d’identité, interroge les voisins, la gardienne. A 51 ans, il sait que la situation est critique. Lui qui se retrouve seul après le départ de sa femme, il plaint les jeunes comme son collègue Sqalli, car ils ne savent pas ce qui les attend. Après sa perquisition, Delage ne sait quoi penser de Dussart.

C’est un roman de course poursuite que nous offre Elena Piacentini avec ce nouveau roman, et du rythme, il va y en avoir. D’ailleurs, le nouveau style de cette auteure convient bien à des intrigues au rythme élevé, puisque depuis son passage chez la maison Au-delà du raisonnable, son écriture est devenue plus efficace, plus sèche aussi. Avec ses chapitres ultra-courts n’excédant que rarement 6 pages, cela donne une forme du roman qui convient parfaitement à son sujet.

Tout va donc très vite dans ce roman, et l’intrigue va rapidement se centrer sur le personnage de Vincent Dussart, qui a semble-t-il des choses à cacher. Comme chaque seconde compte et comme le coupable le plus probable dans ce genre d’affaires se situe dans l’entourage proche des victimes, la Police Judiciaire va donc concentrer ses efforts sur lui. Le trouble autour de ce personnage va être remarquablement fait, créant un certain malaise chez le lecteur, qui tantôt va vouloir ressentir de la sympathie pour lui, tantôt le détester pour ce qu’il pourrait avoir fait, sans en connaitre ses mobiles.

Le rythme des chapitres ne va pas oublier la psychologie des personnages. Sur le devant de la scène, on trouve évidemment Mathilde Sénéchal, formidable inspectrice dont on ne connaitra pas les cicatrices. Mais il y a aussi tous les autres, Sqalli, Sylvie Muller ou même Lazaret qui vont prendre la vedette dans certains chapitres, qui vont être aussi présents dans l’esprit du lecteur. C’est incroyable comment Elena Piacentini arrive à faire vivre autant de personnages en même temps, comment elle arrive à créer tout un commissariat, avec des policiers plus vrais que nature. Il ne faut pas oublier Pierre Orsalhièr, un flic à la retraite qui va aider à faire avancer cette enquête et même fournir les pistes pour résoudre cette affaire. Après avoir lu ce roman, on n’a plus qu’une seule envie : les retrouver tous pour découvrir ce qui n’a pas été dévoilé ici, quant à leur passé.

Si ces policiers sont tous plongés au cœur de cette affaire hallucinante, la note de l’auteure en fin de roman est aussi remarquable que le livre lui-même. Partant d’un fait divers réel, Elena Piacentini a construit son intrigue en allant plus loin, juste par le pouvoir de l’imagination. Il n’en reste pas moins que le fait divers réel est proprement incroyable, et qu’on retrouve là une constante dans l’œuvre de cette auteure : le monde devient fou, les limites entre le bien et le mal deviennent floues et on ne peut qu’être inquiet face à un avenir de plus en plus noir.

Ce deuxième cycle, en parallèle des enquêtes du commandant Leoni, démarre en fanfare avec les mêmes qualités, aussi bien dans les intrigues, les psychologies des personnages ou le style efficace. Des romans comme ça, j’en redemande tous les jours. En ce qui me concerne, c’est un des romans à ne pas rater en cette rentrée littéraire 2017.

Il est à noter que la première enquête du commandant Pierre-Arsène Leoni vient de ressortir aux éditions Au-delà du raisonnable après avoir été remaniée par l’auteure, avec la même intrigue, mais en resserrant le style et en enlevant les longueurs superflues. Tous les adjectifs que je viens de citer sur Comme de longs échos s’appliquent à ce roman.

Enfin, car je suis un peu long, je vous encourage à nouveau à lire l’interview de l’ami Yvan. Et comme je suis verni, j’ai la chance d’avoir pu poser quelques questions supplémentaires à Elena Piacentini dont je vous livre ici les réponses :

Black Novel : Bonjour Elena et merci de te prêter à ce petit jeu des Questions / Réponses.Cette histoire aurait pu convenir à Leoni. Pourquoi avoir créé un nouveau personnage ?

Elena : Le défi était précisément dans le fait de créer un nouveau personnage, une femme qui plus est. Et de faire naître, dans le sillage de Mathilde Sénéchal, une atmosphère et une galerie de caractères différents. Il nous arrive ce qui nous ressemble… C’est l’enquête menée par le capitaine Mathilde Sénéchal, avec ses spécificités propres, que je voulais écrire. Un roman olfactif et rempli de correspondances.

Black Novel : J’ai cru comprendre que tu resterais fidèle à Au delà du raisonnable avec Leoni. Est-ce à dire qu’il y aura 2 cycles en parallèle ?

Elena : Oui ! Leoni continuera d’exister dans une dimension Au-delà du raisonnable et nous avons toujours le projet, avec Véronique de l’emmener plus loin. Quant à Mathilde Sénéchal, elle reviendra pour éclaircir son mystère personnel. Pour la suite, nous verrons. L’idée d’une collaboration en parallèle, c’est d’aller explorer d’autres pistes littéraires et de bénéficier d’une visibilité élargie. Tout reste ouvert.

Black Novel : J’ai été très impressionné par tes personnages. Mais au delà de cela, tu arrives à les rendre tous crédibles. Est-ce une volonté de les mettre tous sur un pied d’égalité ?

Elena : Ils ne sont pas tous sur un pied d’égalité sur le plan de la narration. Il y a les héros et ceux qui gravitent autour d’eux. Ceci étant, quand mes personnages viennent à la vie, ils sont égaux en termes de consistance. Pour qu’ils puissent exister dans mon imaginaire et y jouer leur partition sans fausse note, j’ai besoin qu’ils soient crédibles et animés. Tu as donc raison, j’accorde le même soin à la construction psychologique de mes personnages qu’ils soient « grands » ou « petits ». Tous les personnages naissent libres et égaux… On en rêve dans la vraie vie.

Black Novel : Le personnage de Mathilde Sénéchal est attiré par des figures paternelles. Comment t’est venue cette idée qui sert de fondation à sa psychologie ?

Elena : J’ai adoré tisser la relation entre Mathilde et Albert. Un vieux flic usé et en bout de course, une femme sèche et dure au mal qui veut conserver la maîtrise. L’amour que Mathilde porte à Lazaret est teinté de respect et d’admiration, mais il est plus un mentor qu’un père. Celui de Lazaret a le goût d’un rendez-vous manqué. Sous leurs dehors austères, ils prennent soin l’un de l’autre avec beaucoup de générosité et de tendresse réciproques car tous les deux ont peur d’aimer.

Black Novel : Ton roman est très découpé en courtes scènes ce qui donne un rythme élevé à l’intrigue. En quoi l’écriture de scénario (pour la télévision) a influencé ton écriture ?

Elena :En réalité, Comme de longs échos a préexisté à l’écriture de Tensions sur le Cap Corse. Mais le roman n’était pas finalisé et je souhaitais le retravailler en profondeur. J’en profite pour souligner ici la qualité de l’accompagnement éditorial dont j’ai bénéficié de la part de Valérie Miguel-Kraak. Comme de longs échos, c’est aussi le résultat d’une étroite collaboration avec une amoureuse des textes. Le magazine Transfuge, en décernant à ce roman le prix du meilleur polar français, a reconnu ce travail comme l’exigence qui nous a guidées et j’en suis très heureuse. Ceci étant, c’est vrai que, dans la phase de finalisation, ce que j’ai appris de l’écriture scénaristique a enrichi mon regard. Ah ! Les correspondances…

Merci de t’être prêtée à ce petit jeu et continue à nous écrire des polars comme ça !

Vade Retro Satanas de Luc Fori

Editeur : Corsaire éditions

Collection : Pavillon Noir

Le sujet de ce roman est tellement casse-gueule que je n’aurais jamais osé l’ouvrir. Il a fallu que je lise les deux avis des amis Claude Le Nocher et L’Oncle Paul pour me décider. Il s’avère finalement que l’on rit beaucoup avec un sujet aussi grave. Pourquoi pas, après tout ? On y passe un bon moment de divertissement.

William Carvault fut flic en région parisienne, mais fut mis à pied quand il a tenté de faire rentrer des mots (maux ?) du dictionnaire dans la tête d’un skinhead. Alors, il s’est reconverti en détective privé, travail qui l’a vite lassé, puisqu’il était cantonné à surveiller des maris dans leurs affaires extraconjugales. Etant capable d’un talent certain de négociateur, il a finalement ouvert une agence immobilière dans la région de Bourges. Et finalement, c’est un métier qui lui va bien.

William, au début de ce roman, est un tout jeune papa. Dire qu’il est heureux serait exagéré puisqu’il se sent délaissé par sa compagne Heike Ziegler, commissaire de police à Bourges. Justement, Heike est aux prises avec une série d’assassinats de jeunes femmes, et elle risque d’être moins présente, de quoi donner du temps à William pour faire connaissance avec sa progéniture.

Alors qu’il vient de se faire démonter son rétroviseur, sa mauvaise humeur monte comme de la mayonnaise. Quand deux jeunes gens de type maghrébin s’approchent de sa voiture, il pense tenir les coupables. En fait, ils lui donnent le nom du coupable de délit de fuite, qu’ils ont poursuivi afin qu’il leur laisse son nom. Youssef est en fait son voisin et lui propose de lui monter son rétroviseur, quand il l’aura acheté.

Youssef l’invite chez lui, et lui présente son amie Djamila. Ils lui disent qu’ils savent qu’il a été détective auparavant, et lui demandent de retrouver Mourad, le frère de Djamila. Elle a peur qu’il soit parti en Syrie, rejoindre des camps d’entrainement des terroristes. Le mieux est encore de demander à leur père …

Il faut des couilles (excusez-moi pour l’expression) pour écrire un roman sur un sujet tel que celui-ci. Et peut-être faut-il passer par l’humour et la dérision pour dérider (justement !) le lecteur, et le faire sourire. C’est en tous cas ce que nous avons ici, puisque William Carvault est loin d’être au dessus de tout soupçon, et loin d’être un super-héros. C’est plutôt le genre idiot irresponsable, éternellement jeune dans sa tête.

Alors certes, il est trop con, raciste, misogyne mais il reste un enquêteur hors pair , et un descendeur d’alcool imbattable. C’est cette autodérision qui fait passer la pillule et sourire, voire rire. Par moments, on n’est pas loin de l’OSS117 créé par Jean Dujardin, tellement le trait est grossi. Au-delà de l’humour potache, on y trouve une enquête rondement menée qui s’avère passionnante à suivre, et des personnages fort bien dessinés (dont l’inénarrable Roger, plus souvent rond que carré).

Je ne peux m’empêcher de trouver dans ce roman un aspect fort intéressant, en particulier quand William visite une mosquée et qu’il est étonné du calme et de la sérénité qui y règne. Dans ces moments là, on a droit à de vrais moments de respect qui fotn chaud au cœur, comme si William faisait connaissance avec ses voisins qui sont finalement charmants. Bref, sous des dehors rustres, ce William mérite notre attention.

Ne ratez pas les avis de Claude Le Nocher et l’Oncle Paul