Archives du mot-clé Disparition

Vade Retro Satanas de Luc Fori

Editeur : Corsaire éditions

Collection : Pavillon Noir

Le sujet de ce roman est tellement casse-gueule que je n’aurais jamais osé l’ouvrir. Il a fallu que je lise les deux avis des amis Claude Le Nocher et L’Oncle Paul pour me décider. Il s’avère finalement que l’on rit beaucoup avec un sujet aussi grave. Pourquoi pas, après tout ? On y passe un bon moment de divertissement.

William Carvault fut flic en région parisienne, mais fut mis à pied quand il a tenté de faire rentrer des mots (maux ?) du dictionnaire dans la tête d’un skinhead. Alors, il s’est reconverti en détective privé, travail qui l’a vite lassé, puisqu’il était cantonné à surveiller des maris dans leurs affaires extraconjugales. Etant capable d’un talent certain de négociateur, il a finalement ouvert une agence immobilière dans la région de Bourges. Et finalement, c’est un métier qui lui va bien.

William, au début de ce roman, est un tout jeune papa. Dire qu’il est heureux serait exagéré puisqu’il se sent délaissé par sa compagne Heike Ziegler, commissaire de police à Bourges. Justement, Heike est aux prises avec une série d’assassinats de jeunes femmes, et elle risque d’être moins présente, de quoi donner du temps à William pour faire connaissance avec sa progéniture.

Alors qu’il vient de se faire démonter son rétroviseur, sa mauvaise humeur monte comme de la mayonnaise. Quand deux jeunes gens de type maghrébin s’approchent de sa voiture, il pense tenir les coupables. En fait, ils lui donnent le nom du coupable de délit de fuite, qu’ils ont poursuivi afin qu’il leur laisse son nom. Youssef est en fait son voisin et lui propose de lui monter son rétroviseur, quand il l’aura acheté.

Youssef l’invite chez lui, et lui présente son amie Djamila. Ils lui disent qu’ils savent qu’il a été détective auparavant, et lui demandent de retrouver Mourad, le frère de Djamila. Elle a peur qu’il soit parti en Syrie, rejoindre des camps d’entrainement des terroristes. Le mieux est encore de demander à leur père …

Il faut des couilles (excusez-moi pour l’expression) pour écrire un roman sur un sujet tel que celui-ci. Et peut-être faut-il passer par l’humour et la dérision pour dérider (justement !) le lecteur, et le faire sourire. C’est en tous cas ce que nous avons ici, puisque William Carvault est loin d’être au dessus de tout soupçon, et loin d’être un super-héros. C’est plutôt le genre idiot irresponsable, éternellement jeune dans sa tête.

Alors certes, il est trop con, raciste, misogyne mais il reste un enquêteur hors pair , et un descendeur d’alcool imbattable. C’est cette autodérision qui fait passer la pillule et sourire, voire rire. Par moments, on n’est pas loin de l’OSS117 créé par Jean Dujardin, tellement le trait est grossi. Au-delà de l’humour potache, on y trouve une enquête rondement menée qui s’avère passionnante à suivre, et des personnages fort bien dessinés (dont l’inénarrable Roger, plus souvent rond que carré).

Je ne peux m’empêcher de trouver dans ce roman un aspect fort intéressant, en particulier quand William visite une mosquée et qu’il est étonné du calme et de la sérénité qui y règne. Dans ces moments là, on a droit à de vrais moments de respect qui fotn chaud au cœur, comme si William faisait connaissance avec ses voisins qui sont finalement charmants. Bref, sous des dehors rustres, ce William mérite notre attention.

Ne ratez pas les avis de Claude Le Nocher et l’Oncle Paul

Disparue de Darcey Bell

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Claire Desserrey

Après avoir beaucoup apprécié Derrière la porte de BA.Paris, le précédent thriller paru aux éditions Hugo  Cie, j’étais curieux de tester leur petit dernier, d’autant plus qu’il est annoncé comme une parution simultanée avec sa sortie aux Etats Unis. En plus, c’est un premier roman … bref, toutes les raisons de voir de quoi il en retourne.

Stéphanie est une jeune maman qui élève seule son fils Miles, âgé de 5 ans. Elle tient un blog, où elle prodigue des conseils ou en demande à celles qui la suivent dans ses billets. Ce matin-là, Stéphanie lance un appel au secours : sa meilleure amie Emily, dont le fils Nicky est le meilleur copain de Miles, a disparu. Elle a demandé à Stéphanie de garder Nicky pour un déplacement professionnel. Depuis deux jours, Stéphanie n’a plus de nouvelles, ce qui commence à sérieusement l’inquiéter.

Cela fait trois jours que Stéphanie n’a plus de nouvelles. Elle tente d’appeler Sean, le mari d’Emily, mais celui-ci est en déplacement en Angleterre et n’a aucune idée d’où elle peut être. Mais son travail dans la mode l’oblige parfois à des périodes d’intense travail et Sean n’est pas inquiet plus que cela.

Dans son blog, Stéphanie raconte les événements dramatiques auxquels elle a eu à faire. Quand elle avait 18 ans, elle a perdu son père, et le jour de l’enterrement, elle a rencontré son demi-frère, Chris, dont elle ignorait l’existence. Après son mariage avec Davis, ils ont décidé de s’installer à la campagne. Quand Miles est né, la famille nageait dans le bonheur. Mais deux ans après, Chris et Davis se sont tués dans un accident de voiture. La voilà aux prises avec un nouvel événement dramatique …

Les premiers chapitres de ce roman sont des billets publiés sur le blog de Stéphanie. Je dois dire qu’ils sont bien faits, nous sommes en présence d’une mère courageuse, une mère parfaite qui donne des leçons aux autres … Je sais, tout cela peut sonner gnan gnan. Sauf que cela ne s’arrête pas là. La narration est ensuite donnée à Stéphanie et elle nous dit tout ce qu’elle ne peut pas écrire, une sorte de confession, et là, on a droit à une première surprise : La belle, la parfaite Stéphanie n’est peut-être pas aussi lisse qu’elle n’y parait … comme quoi les blogueurs ne sont pas totalement honnêtes aussi …

Le deuxième retournement de situation va intervenir vers la fin de la première partie, et au début de la deuxième. Et les questions vicieuses, gênantes que nous posait l’auteure dans la première partie se transforment en équilibrisme pour rendre son intrigue tangible. Car il y a bien quelques éléments qui clochent … malgré cela, on se laisse prendre par cette partie qui ne fait plus preuve de vice mais de cruauté envers le lecteur. La troisième partie, elle, m’a paru plus classique, et plus noire aussi, avec toujours cette envie de fouiller les psychologies de ses personnages.

Finalement, ce roman psychologique, qui bénéficie d’un bon scenario, est un bon premier roman. Ecrit de façon simple, il vous fera un bon moment. Pour autant, ce roman ne se positionnera pas comme la révolution dans le genre, mais vous fera passer un bon moment de distraction. Et surtout, on retiendra ce nom, car je pense que Darcey Bell va nous réserver de belles surprises à l’avenir.

Une disparition inquiétante de Dror Mishani

Editeur : Seuil (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Laurence Sendrowicz

Je dois rendre un hommage appuyé à mon ami Jean le Belge qui a écrit un superbe avis sur son blog, et qui a insisté pour que je lise ce roman. Et je suis d’accord avec lui, tout tient dans l’originalité de l’approche d’un roman policier. C’est aussi le premier polar israélien que je lis, et je dois dire que Dror Mishani a une façon très didactique de nous présenter son pays. Il le confirme d’ailleurs dans une interview qu’il a donnée au Nouvel Obs.

A Holon, petite banlieue de Tel-Aviv, on ne connait pas de délinquance. Tout se déroule en toute tranquillité. C’est pour cela qu’Avraham Avraham, commandant de police s’ennuie dans son bureau. Pour un passionné comme lui de romans policiers étrangers, d’un esprit redoutablement logique et d’un aspect débonnaire, la vie est très frustrante. Alors, quand débarque dans son bureau Hannah Sharabi, pour lui annoncer la disparition de son fils Ofer, sa réaction ne peut être que tranchée : Pourquoi on n’écrit pas de romans policiers chez nous ?

« Parce que chez nous on ne commet pas de tels crimes. Chez nous, il n’y a pas de tueurs en série, pas d’enlèvements et quasiment pas de violeurs qui agressent les femmes dans la rue. Chez nous, Si quelqu’un est assassiné, c’est en général le fait du voisin, de l’oncle ou du grand-père, pas besoin d’une enquête compliquée pour découvrir le coupable et dissiper le mystère. Oui chez nous il n’y a pas de vraies énigmes et la solution est toujours très simple. »

Il lui conseille donc de laisser passer quelques jours, car il est sur que son adolescent de fils a fait une fugue et qu’il réapparaitra rapidement. Mais le lendemain et le surlendemain, Ofer est toujours absent. Avraham Avraham est bien obligé d’ouvrir une enquête pour Disparition inquiétante et rend visite à la famille Sharabi, dont le père est en voyage pour son travail. Il apprend que Hannah élève sa fille, atteinte d’une légère déficience mentale. Dans l’escalier de l’immeuble, il croise Zeev Avni, un professeur d’Anglais qui a donné des cours particuliers à Ofer et qui a des choses à lui dire.

Ce roman policier est remarquable en tous points. Et pour le premier roman mettant en scène un personnage récurrent, je dois dire que je suis ébahi par la maîtrise de son auteur. Il faut dire que Dror Mishani est universitaire israélien spécialisé dans l’histoire du roman policier, critique littéraire et éditeur de polars. Ce roman s’adresse donc à tous les fans de romans policiers et est une réflexion intéressante sur les notions de culpabilité et d’innocence et sur les doutes d’un enquêteur.

En effet, ce roman se veut la pierre fondatrice de la psychologie de Avraham Avraham, car c’est une enquête qui va le marquer toute sa vie. Le commandant est quelqu’un de débonnaire, calme et timide, ce qui est un comble pour un enquêteur. Il rappelle en cela ses illustres prédécesseurs d’Hercule Poirot à Maigret, en passant par Erlendur. C’est aussi quelqu’un qui est très respectueux d’autrui, et qui est très renfermé dans ses réflexions, très introverti, jusqu’à ce qu’il ait suffisamment de convictions pour porter ses accusations.

L’enquête policière est donc classique, l’auteur parsemant des indices que seul Avraham Avraham arrivera à assembler pour avoir un tableau final satisfaisant. Dans sa démarche de considérer tout le monde innocent (à l’inverse de ses illustres prédécesseurs), il est donc constamment proie au doute. Il faut donc s’attendre à un rythme lent, donnant une large part à la psychologie et à la déduction.

Avec tous ces arguments, vous allez en conclure que c’est un roman policier classique, parmi les centaines qui sortent chaque année. Que nenni ! La fin du roman est remarquable et illustre toute l’intelligence de cette intrigue, redoutablement retorse. Alors qu’Avraham Avraham a trouvé le coupable, une de ses collègues lui propose une autre alternative, laissant entendre qu’il pourrait avoir tort. Et c’est là où le roman atteint des sommets en termes de réflexion sur le roman policier en général et sur la psychologie du commandant d’autre part. Une disparition inquiétante est définitivement un roman à ne pas rater.

Cassandra de Todd Robinson

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

Alors que je m’apprêtais à lire Une affaire d’hommes, le petit dernier de Todd Robinson, Marie-France que j’avais rencontré aux Quais du Polar m’a conseillé de commencer par Cassandra, son premier roman. Et comme il venait de sortir en format poche, l’occasion faisait le larron.

Quatrième de couverture :

Boo et Junior ne se sont pas quittés depuis l’orphelinat. Aujourd’hui adultes, ils sont videurs dans un club de Boston. Avec leurs deux cent quinze kilos de muscles et leurs dix mille dollars de tatouages, ça leur va plutôt bien de jouer les durs. Mais quand on leur demande de rechercher la fille du procureur de Boston qui a disparu, ils vont devoir recourir à autre chose qu’à leurs biceps. Que la gamine fasse une fugue, soit. Il faut bien que jeunesse se passe. Mais quand elle se retrouve sous l’emprise de ses mauvaises fréquentations, c’est une autre histoire.

Mon avis :

Ah, que j’aime les polars de détectives. Encore plus, quand il s’agit de purs amateurs ! Boo et Junior se sont connus dans un orphelinat et ne se sont plus quittés. Boo, qui est le narrateur de cette histoire, ne cache rien quant à ses états d’âme. Pour eux deux, le mot d’ordre est amitié et loyauté à tout prix. Ce couple de gros bras a créé une entreprise de videurs appelée 4PC, Plans Pourris Pour Pas Chers (hommage à Dirty Deeds Done Dirt Cheap de AC/DC). Et pur arrondir leur fins de mois, ils acceptent de rendre service et de résoudre des affaires.

Le cas qui se présente à eux est la disparition de la fille du procureur, Cassandra, âgée de 14 ans. Si nos deux amis sont de grosses brutes, ils ont aussi un cœur quand on leur promet un chèque avec beaucoup de zéros dessus. Ils ont aussi un sens de la moralité qui, allié à une envie de rentrer dans le tas, fait des dégâts. Et quand nos deux compères découvrent que la petite Cassandra a tourné un film porno, ils voient rouge !

Les couples de détectives, ça marche bien à partir du moment où on y croit. Avec Todd Robinson, on n’a pas le temps de réfléchir, ça fonce, ça bastonne, ça boit de l’alcool et ça nous malmène comme un film d’action. Le but n’est pas de revendiquer quoi que ce soit, mais bien de faire passer un bon moment de divertissement. Et grace aux dialogues nombreux et bourrés d’humour, ce roman se lit comme du petit lait. On rigole beaucoup, on en oublie que l’intrigue avance par à-coups, et on a même droit à quelques rebondissements qui font que l’on classera ce roman parmi les bons souvenirs.

Vous l’aurez compris, un roman d’action de série B pendant lequel on s’amuse beaucoup, c’est bien. Mais quand il s’agit de les regarder foutre des beignes à des gens qui le méritent, ça peut être jouissif. Et puis, franchement, j’adore quand Boo et Junior sont devant une porte en train de discuter de leur plan pour entrer. Boo demande si Junior a un plan. Non ? Bon, alors on fonce ! Fendard !

Cet été là de Lee Martin

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Il était clair pour moi que je devais lire ce roman, à partir du moment où il était indiqué sur la quatrième de couverture qu’il avait été finaliste pour le prix Pulitzer du meilleur roman. Je n’ai pas été déçu : ce roman est remarquablement écrit.

Dans une petite ville de l’Indiana. M.Dees nous raconte une histoire qui a eu lieu 30 ans auparavant : « Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter ».

Au mois de juillet, la petite Katie McKey, âgée de 9 ans, se fait réprimander par son père parce qu’elle pas rendu les livres qu’elle a empruntés à la bibliothèque. Elle les met dans le panier de son vélo, et part en direction de la ville. On ne l’a jamais revue. On a juste retrouvé son vélo, sur lequel la chaine avait déraillé.

Cette histoire va être contée par trois familles. Il y a bien entendu la famille McKey qui comprend les parents, le frère ainé Gilley et Katie. Il y a M.Dees, qui est un homme taciturne et solitaire, professeur de mathématiques, dont la vie est éminemment logique. M.Dees donne des cours de rattrapage en mathématiques à la petite Katie. Il y a Raymond R. Wright qui vit de petits boulots, comme installer un patio devant la maison de M.Dees. Il vit avec Clare, qui est une jeune veuve.

La vie de cette petite ville repose sur ces trois familles, qui vont avoir des liens les unes avec les autres. Tous sans exception vont être impactés par la disparition de la petite Katie. Et petit à petit, les souvenirs vont reconstruire ce qu’il s’est réellement passé, les secrets vont surgir, les psychologies des personnages vont s’affiner, s’affirmer, jusqu’à une conclusion qui va laisser le lecteur imaginer ce qui n’est pas écrit.

Ce roman nous propose plusieurs voix, comme un roman choral, faisant témoigner chacun des personnages avant d’alterner avec une narration plus classique à la troisième personne du singulier. Pour autant, on n’est pas perdu, puisque les titres des chapitres sont explicites, mais on a l’impression de voir un documentaire qui donne la parole aux différents témoins. Evidemment, chacun ne dit que ce qu’il a envie de dire, et garde bien au chaud ses propres avis ou vérités. Cela donne un roman où le lecteur est pleinement impliqué dans l’histoire cherchant à savoir ce qui s’est passé.

Surtout, cette forme de narration, alternant passé et présent, se rapproche d’un auteur comme Thomas H.Cook tout en s’en différentiant par la forme dont j’ai parlé juste au dessus. C’est aussi une excellente méthode pour décrire la vie tranquille des petites villes américaines, avec ce rythme calme et tranquille, et cette envie de bien paraitre vis-à-vis des voisins. Car qui connait vraiment ceux qui vivent juste à coté ?

Et c’est avec ce style calme et posé que nous nous est racontée cette histoire, qui va s’avérer terrible. On suit cette histoire en suivant le rythme imposé par ces phrases si poétiques, si empreintes du silence des forêts avoisinantes. Ce style remarquable a quelque chose d’hypnotique qui détourne l’attention du lecteur de ce qui est réellement important.

Quant à la conclusion, elle est terrible ! Posant ouvertement la responsabilité des gens dans ce genre d’affaires, cette volonté de se renfermer sur soi et d’ignorer les voisins, même quand ils ont besoin de vous. Tout au long du livre, j’avais la sensation de lire un très bon livre, le dernier chapitre m’a démontré que je venais de lire un grand livre.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan.

Oldies : Zig Zag de Ross Thomas

Editeur : Sonatine

Collection : Sonatine +

Traducteur : Patrick Raynal

J’aurais tendance à dire que dès que vous voyez un roman de cette collection Sonatine +, il faut que vous vous jetiez dessus. Encore une fois, ils nous proposent de lire un roman qui est un pur régal de lecture, à mi-chemin entre roman d’aventures et roman politique.

L’auteur :

Ross Thomas (né le 19 février 1926 à Oklahoma City – décédé le 18 décembre 1995 à Santa Monica) est un auteur américain de romans policiers, qui publie aussi sous le pseudonyme de Oliver Bleeck.

Avant de publier des romans, Ross Thomas est journaliste au Daily Oklahoman, puis combat durant la Seconde Guerre mondiale aux Philippines. Démobilisé, il travaille dans les relations publiques (pour un syndicat agricole américain puis pour un chef nigérian), le journalisme (correspondant à Bonn) et la politique : il est même conseiller pour la présidence des États-Unis de 1964 à 1966.

Les romans de Ross Thomas ont un style aussi énergique que lapidaire, des dialogues pleins de punch, des intrigues solides et des personnages hauts en couleur. Spécialiste du thriller politique à ses débuts, son style s’affirme sur le tard. Ses personnages se font alors grinçants, ses intrigues se concentrent sur l’arnaque, ce qui emporte notamment l’adhésion de Jean-Patrick Manchette, qui traduira en français plusieurs de ses dernières œuvres.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Artie Wu et Quincy Durant se sont rencontrés enfants dans un orphelinat. Depuis, Artie le rusé et Quincy le colérique forment un duo de choc, passé maître dans les jeux de dupes, auquel le gouvernement américain fait parfois appel pour des missions loin d’être officielles.

Installés dans une luxueuse maison sur la côte californienne, nos deux hommes auraient peut-être pu prétendre à une existence tranquille si Artie ne s’était pas vautré un beau matin sur un pélican mort. Secouru par leur voisin, « l’homme aux six lévriers », un richissime homme d’affaires, Artie en profite pour lui faire une étonnante proposition qui pourrait leur permettre à tous de gagner beaucoup d’argent. Bien sûr, avec Artie et Quincy, le hasard n’en est jamais vraiment un. Et ce qui commençait comme une escroquerie savamment élaborée va bientôt prendre un tournant totalement inattendu et devenir une enquête entêtante sur le meurtre d’un sénateur américain.

Zigzag est un pur plaisir de lecture : des dialogues désopilants, une intrigue palpitante et aussi tordue que ses protagonistes, des héros férocement attachants et une ambiance délicieusement 70’s. Auteur culte du roman noir au même titre que Donald Westlake ou Elmore Leonard, la signature de Ross Thomas reste reconnaissable entre toutes.

Mon avis :

Si cette rubrique existe, c’est bien pour me permettre de découvrir des auteurs d’antan … bien qu’antan ne veuille pas dire d’une autre époque. Car cette lecture s’avère toute aussi géniale et intemporelle que les romans de Donald Westlake, Elmore Leonard ou James Ellroy. Si la structure de ce roman est classique, c’est-à-dire que chaque chapitre décrit une scène qui, en général, se déroule dans un lieu, on ne peut qu’être charmé devant les dialogues, qui sont tout le temps percutants et pleins d’humour.

De même, chaque personnage qui apparait dans l’histoire aura droit à sa biographie plus ou moins longue, de quelques paragraphes à quelques pages selon l’importance qu’il aura dans la suite de l’intrigue. C’est dans ces moments là que je me dis que les grands auteurs se reconnaissent à leur faculté à laisser aller leur imagination et leur créativité pour inventer des personnages virtuels à l’aide de scènes tantôt amusantes tantôt abracadabrantes, mais qui nous paraissent à nous lecteurs vraies.

Si on peut par moments trouver le roman un peu bavard, il n’en reste pas moins que l’intrigue est bien tortueuse et qu’elle aboutit à une fin surprenante et malgré tout fort bien trouvée. Et puis, on aura eu lieu à notre lot d’arnaqueurs, de beaux pourris, de politiques véreux, de mafieux manipulateurs, et Wu et Durant sauront tirer leur épingle du jeu comme des grands princes, sans être ni tous blancs ni tous noirs, le monde étant un gigantesque plateau de jeu où seuls les tricheurs et les arnaqueurs s’en sortent. Et on referme le roman en se disant qu’on vient de terminer un polar costaud, un putain de bon roman que l’on aura eu plaisir à lire.

Evanouies de Megan Miranda

Editeur : La Martinière

Traducteur : Pierre Brévignon

C’est la quatrième de couverture qui a motivé ma lecture et je dois dire que je n’ai pas été déçu. On a affaire à un roman psychologique essentiellement, mais aussi à un roman à énigmes. C’est un véritable page-turner, un très bon divertissement.

Cela fait 10 ans que Nicolette Farrell a quitté sa petite ville de Cooley Ridge. Elle est devenue Psychologue dans un établissement scolaire et va bientôt se marier avec Everett, un avocat promis à un brillant avenir. Son frère Daniel l’appelle et lui demande un coup de main pour remettre en état la maison familiale afin de la vendre. En effet, leur père est atteint de la maladie d’Alzheimer et les frais hospitaliers leur reviennent trop chers. Peu enchantée de ce retour obligatoire dans ses terres natales, elle reçoit une lettre de son père qui lui écrit : « Je dois te parler. C’est cette fille. J’ai vu cette fille ».

La voilà partie pour neuf heures de route. Il y a dix ans, Corinne Prescott avait disparu sans laisser de traces. Corinne était brillante, enjouée, aimée de tous et détestée de beaucoup. Elle était surtout l’amie de Nicolette, qu’elle appelait Nic. Corinne était au centre du groupe d’adolescents de Cooley Ridge. Et elle a disparu juste à coté de la fête foraine. C’était un été magnifique, comme maintenant.

En arrivant, Daniel l’attend. Il est marié à Laura qui vient d’avoir un bébé. Et elle revoit ses anciens amis, dont Tyler, dont elle était amoureuse. Il n’a pas bougé, pas changé. Sauf que maintenant, il est avec Annaleise Carter, qui habite à coté. C’était la plus jeune du groupe. A l’évocation de ce nom, les souvenirs reviennent en masse. Quand elle rentre après une visite à son père, elle s’aperçoit que quelqu’un est venu sans rien déranger.

Le premier chapitre fait 50 pages et présente le contexte. Puis le roman va présenter les 15 jours qui suivent à rebours. C’est à partir de ce moment là que l’auteure va s’amuser avec nous et avec nos nerfs. Comme dans Memento, le film, l’intrigue se déroule à l’envers, sauf que dans le film, c’était justifié par le narrateur atteint d’amnésie. Ici, la forme du roman est utilisée pour garder le suspense puisque les principaux retournements de situation vont se dérouler juste après l’arrivée de Nicolette.

Du coup, la grosse moitié du livre est un roman psychologique, avec de vrais moments d’angoisse, très bien retranscrits, surtout quand il y a des bruits inquiétants dans la maison, ou des impressions d’être surveillé par quelqu’un qui se cache dans la forêt toute proche. Surtout, l’auteure s’amuse avec nos nerfs, et puisque c’est écrit à la première personne du singulier, il faut un peu s’accrocher pour s’y reconnaitre au début entre les différents ados du petit groupe d’amis.

Par contre la narration y est fluide et remarquablement efficace. Parce que l’on y trouve quantités d’indices sur ce qui s’est passé il y a 10 ans, et sur ce qui va se passer dans le passé ! Et les indices pourront être à la fois vrais et faux. Ce roman a mis à la fois mes nerfs à rude épreuve, et à la fois mon envie d’en découdre avec cette histoire, mon instinct logique à mal.

Je dois dire qu’au bout du compte, la forme prenant le pas sur le fond, on se retrouve avec un roman original dans sa construction et plutôt classique dans son histoire. L’ensemble en fait un excellent divertissement pour ceux qui cherchent des romans psychologiques, ou des romans faciles à lire. Et ne croyez pas que c’est un reproche quand je dis cela. Car ce roman est un terrible page-turner, et la fin vous surprendra alors que vous aviez tous les indices en main, tout en restant mystérieuse. C’est du très bon travail !

Ne ratez pas l’avis de Mylene