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Serre-moi fort de Claire Favan (Robert Laffont – La Bête Noire)

Cela fait un petit moment que je lis les romans de Claire Favan. Même si ses romans seraient plutôt à classer dans la catégorie Thriller, ce que j’adore dans ses romans, c’est l’aspect psychologique de ses personnages, cette écriture si juste qui nous met à la place de ses protagonistes. Disons le tout de suite, et ne tournons pas autour du pot, ce roman est, à mon avis, son meilleur à ce jour.

Pour résumer mon ressenti, je vais juste faire une métaphore. Ce roman est construit en trois parties et je dois dire que chacune est différente de l’autre. Mais chacune m’a fait le même effet. Car avec la première partie, je me suis pris une belle baffe dans la gueule, une bien envoyée, une belle droite. Avec la deuxième partie, le démarrage fut plus lent, avant de m’en prendre une deuxième de baffe, une belle gauche, qui m’a donné envie de vomir. Mais comme je ne suis pas homme à me laisser abattre, j’ai attaqué la troisième partie et Claire Favan m’a achevé. Car c’est bien connu, quand on se prend deux baffes, il ne nous reste plus qu’à baisser la tête et attendre le couperet.

Je ne vais pas dévoiler l’intrigue, donc je ne parlerai pas de la troisième partie. Mais revenons sur la première : en scène, une famille américaine tout ce qu’il y a de plus normale, un couple, John et Gina Hoffman. Tout débute un soir d’aout 1994, quand la mère demande à son fils Nick s’il n’a pas vu sa sœur Lana. Elles devaient se donner rendez-vous dans un centre commercial pour faire les magasins. Lana n’est pas venue. Inquiétude … puis disparition. La police cherche, Nick observe, assiste impuissant à la déchéance de ses parents qui restent sans réponse. Sa mère s’abrutit de calmants, son père plonge dans l’alcoolisme, et Nick est obligé de tenir ou retenir une maison qui s’effondre. Avec des chapitres courts, un style plus épuré que jamais et d’une justesse impressionnante, cette partie écrite à la première personne avec Nick en narrateur est un pur joyau. C’est prenant, c’est impressionnant … jusqu’à la première baffe monumentale sur la dernière ligne de cette putain de première partie !

La deuxième partie démarre en mai 2014 en Alabama. Deux gamins Callum et Darren s’amusent à faire peur au petit frère de l’un d’eux, Sean. Malheureusement, Sean tombe dans une crevasse. Ils découvrent une grotte, dans laquelle sont allongés des dizaines de corps de jeunes femmes, un véritable charnier. La priorité pour Alan Gibson est de trouver l’identité de ces jeunes femmes dont le corps s’est remarquablement bien conservé grâce aux conditions de température et d’humidité de la grotte. Toutes ont été étranglées mais pas violées. Si on peut imaginer une enquête sur un Tueur en série classique, le personnage du flic Adam Gibson est plus complexe qu’il n’y parait. Sa femme vient de mourir d’un cancer, ses enfants adolescents lui en veulent d’avoir laissé mourir leur mère. Harcelé entre ses enfants et sa peine, il s’enferme dans son travail tout en essayant de respecter ses devoirs de père. Jusqu’à la deuxième baffe …

Ce qui est terrible dans ce roman, c’est que Claire Favan prend des gens comme vous et moi, et qu’elle les place dans des situations dramatiques qui ne peuvent que nous émouvoir. Pour autant l’auteure ne cherche pas à nous tirer les larmes, mais bien à s’amuser avec nos nerfs, après nous avoir gentiment décrit le contexte et caressé dans le sens du poil. L’effet est saisissant, impressionnant, presque vicieux, car en tant que lecteur, j’ai aimé ça, cette torture volontaire. Je dois être un grand malade, en fait.

Surtout, Claire Favan s’est surpassée dans ce roman, puisqu’elle a su être plus efficace, plus concise dans son style, tout en gardant ce talent de peindre de façon si juste les émotions humaines. Le résultat est sans appel : ce roman fait mouche. Et je trouve que c’est le meilleur roman de Claire Favan à ce jour, un roman immanquable, fort, qui ne peut que vous faire vibrer, trembler, m’a effaré, horrifié. Un thriller psychologique impeccable.

Lignes de fuite de Val McDermid (Flammarion)

Cela faisait un petit bout de temps que je n’avais pas lu de roman de Val McDermid. Et pourtant, quand on a lu le Chant des sirènes, La fureur dans le sang ou l’excellent Quatre garçons dans la nuit, on devrait sauter sur tous ses nouveaux romans. Dans mon cas, c’est probablement la taille de ses romans qui me fait hésiter. En ce qui concerne Lignes de fuite, mes collègues blogueurs en ont parlé en bien, en très bien même, et donc je me suis lancé. Et une nouvelle fois, je suis tombé sous le charme.

A l’aéroport de Chicago, Stephanie Harker vient passer des vacances avec son petit Jimmy. Elle doit passer les contrôles douaniers avant de prendre sa correspondance et espère que tout va bien se passer. Elle sait qu’elle va faire sonner le portique, car elle a une prothèse métallique dans la jambe. Elle demande donc à Jimmy de l’attendre, pendant que les douaniers lui demandent de passer en cabine. C’est là qu’elle voit un homme s’approcher de Jimmy, et l’emmener. Elle crie, prévient les hommes en uniforme qui ne l’écoutent pas, hurle tant et si bien que les douaniers sont obligés de la calmer au Taser.

Vivian McKuras fait partie du FBI mais vit mal sa mise à l’écart à l’aéroport de Chicago. Il est clair qu’il n’y a pas grand’chose de passionnant à y faire. Cette disparition d’enfant va lui permettre de se passionner pour cette mère de famille. Elle déclenche l’Alerte Amber (l’équivalent de l’Alerte Enlèvement chez nous) et va donc longuement interroger Stephanie Harker, pour essayer de trouver des pistes qui l’amèneraient à retrouver Jimmy sain et sauf.

Stephanie Harker est écrivain fantôme, c’est-à-dire qu’elle est payée pour écrire les biographies des personnages célèbres. Elle passe du temps avec ces stars pour mieux déterminer la façon dont elle doit présenter l’image publique que la star veut donner. Il y a 5 ans, elle a rencontré Scarlett Higgins, une pauvre fille devenue l’idole du peuple à la suite de son passage dans une émission de téléréalité. Petit à petit, Scarlett enceinte et Stephanie vont apprendre à mieux se connaitre et devenir amies.

Si les 50 premières pages peuvent laisser penser à une enquête à la recherche d’un enfant disparu, le ton change brutalement ensuite. D’ailleurs, la narration passe à la première personne du singulier, et on pénètre directement dans la psychologie de Stephanie, dont le métier est de découvrir ses clients stars mais aussi de déterminer la part de vérité et de mensonges dans ce qu’ils racontent. Et à partir de ce moment là, le roman devient plus psychologique que policier, et plus passionnant aussi.

Car avec l’histoire de Stephanie, sa vie privée, et ce qu’elle découvre dans la vie de Scarlett, on se retrouve avec un mystère bien plus grand que la disparition de Jimmy. Et c’est d’autant plus intéressant que Val McDermid nous montre le derrière du décor, des personnages qui peuvent avoir l’air honnête, mais qui, en fait, jouent tout le temps la comédie, même dans leur vie de tous les jours. Séparer le vrai du faux devient à ce moment là un véritable problème, et même nous, nous avons du mal à déterminer la part d’honnêteté dans les relations que l’on lit entre ces deux femmes.

Et puis, il y a ces relations avec la presse people, avec les medias en général. Car on retrouve des gens qui ont décidé de se mettre en lumière pour le meilleur et pour le pire. Le pire, c’est ce harcèlement constant dont ils font preuve. Je me dis qu’ils l’ont bien cherché, mais à travers quelques événements qui apparaissent par la suite, je n’ai pu m’empêcher de ressentir un malaise devant ces charognards, armés d’une caméra à l’épaule.

Et plus on enchaine les pages, plus le livre devient passionnant, à la fois par les événements que Val McDermid invente, même si certains m’ont semblé jusqu’auboutistes, à la fois par cette justesse dans la peinture des personnages. Et cela ne serait pas complet si je ne précisais pas un formidable revirement de situation qui remet à plat tout ce que vous aviez pu échafauder comme hypothèses. Une nouvelle fois, Val McDermid, en grande auteure de talent, a su construire un roman qui vous surprendra jusqu’à la dernière page. C’est du costaud, du roman psychologique comme on aimerait en lire plus souvent.

Missing : New York de Don Winslow (Seuil)

Don Winslow, c’est l’auteur du chef d’œuvre La griffe du chien. Et quand on a lu ce fantastique roman, on reste marqué à vie … et on devient fan de l’auteur. Alors, à chaque fois que sort un roman de Don Winslow, je me jette dessus. Certes, il y a en a de bons et de moins bons, ou du moins, des romans que j’apprécie et d’autres moins. Par exemple, Savages est un extraordinaire roman qui allie le sujet et le style totalement innovant à base de phrases ultra courtes. A coté de ça, je suis plus hermétique envers ses deux romans mettant en scène les surfers de la cote Est des Etats Unis (La patrouille de l’aube et L’heure des gentlemen).

Don Winslow a commencé sa carrière avec un personnage récurrent, Neal Carrey. Si je ne les ai pas tous lus (ou du moins je crois), je me rappelle lors d’une de ses enquêtes avoir passé un excellent moment de lecture. Il faudrait d’ailleurs que je les relise, pour voir. Avec Missing : New York, Don Winslow nous présente un nouveau personnage, Frank Decker, et on ne souhaite qu’une chose, c’est de le retrouver bientôt dans de nouvelles enquêtes. Car on y croit à fond, et on le suit les yeux fermés.

Frank Decker est un ancien soldat, revenu d’Irak, devenu policier à Lincoln. Quand il est appelé chez les Hansen, au départ, il ne s’agit qu’une affaire de disparition de plus. La petite Hailey, jouait dans le jardin. Le temps que sa mère aille chercher une cigarette dans la maison, la petite avait disparu.

Quelques heures. C’est le temps que les policiers ont pour la retrouver saine et sauve, selon les statistiques. Forcément, on soupçonne la mère, une engueulade qui a mal tourné. Mais la mère Cheryl semble accablée, inquiète. Et les policiers ne trouvent rien.

24 heures, c’est ce que les statistiques disent pour avoir plus de 50% de chances de la retrouver. On ne trouve rien dans le quartier, rien dans les environs. L’ancien mari de Cheryl semble écarté. Les policiers commencent à douter. Les battues dans les environs commencent. Rien, toujours rien.

Au bout de quelques mois, seul Frank Decker y croit encore. Il a donné sa parole à Cheryl. Il démissionne de la police et part avec ses économies, laissant derrière lui sa femme. Sa traque durera plus d’une année.

Quand un auteur sort un chef d’œuvre, on lui reste fidèle. En tous cas, c’est mon cas. Et ce nouveau roman fait partie des bons crus de Don Winslow, des très bons crus même. Il nous présente un nouveau personnage, et la mention en quatrième de couverture laisse augurer qu’il sera récurrent. Et je ne dirai qu’une chose : tant mieux ! Car c’est un personnage buté, obsédé, et droit. Il n’est pas tout blanc, loin de là, mais au moins, il s’est donné une ligne de conduite, il s’est fixé un objectif, et rien ne pourra se mettre en travers de son chemin.

Le fait que Frank Decker soit un ancien de la guerre d’Irak n’est pas un trait principal de ce roman. Certes il en parle, de temps en temps, mais cela lui sert plus comme expérience dans certaines situations que comme souvenir lancinant. En tous cas, l’auteur nous évite les écueils de nous seriner des images de cette guerre. Frank Decker est un obsédé, de ceux qui aiment le travail bien fait, et il va creuser toutes les pistes.

On pourrait trouver dans ce roman trois parties. La première est la recherche de Hailey, et ce compte à rebours déprimant, ces minutes qui passent, ces heures qui défilent et on ne retrouve toujours rien. La deuxième partie est la dérive de Frank, celle où il s’enfonce dans l’Amérique profonde, errant de village en station à essence, laissant désespérément des photos sur des sites internet spécialisés de personnes disparues. La troisième concerne l’arrivée de Frank à New York, la grosse pomme, pourrie pour l’occasion. D’ailleurs la ville n’a jamais aussi bien porté son nom, avec une peau immaculée, ne laissant pas voir les perversions qu’elle peut cacher.

Don Winslow aurait pu en faire des tonnes, nous abreuver de détails glauques et dégoutants. Il préfère utiliser un style efficace, et faire avancer son intrigue dans un style journalistique. Ainsi, la ville est décrite par une visite réalisée par un flic qui va aider Frank. Et ce qu’on va y apprendre n’est définitivement pas joli à voir. Mais aux Etats Unis, l’apparence prime sur tout le reste. La ville doit être belle et le coté sale se cache.

Vous ne saurez pas comment le roman se termine ; d’ailleurs il peut se terminer bien ou mal. En fait, Don Winslow se donne toutes les cartes en main, pour choisir au dernier moment comment il va tourner le fil de l’histoire. En tous cas, ce roman montre tout le talent de son auteur et ne nous donne qu’une envie, c’est de retrouver Frank Decker dans une prochaine enquête. Merci M. Don Winslow.

La ville des morts de Sara Gran (Editions du Masque)

Sara Gran est de retour en France, après deux romans remarqués, Dope et Viens plus près. J’avais bien aimé le premier, moins le deuxième. Pour ce roman, c’est une rencontre avec un nouveau personnage de détective à laquelle elle nous convie. Ne ratez pas ce roman, aussi bien pour son originalité que pour son personnage principal attachant.

Claire DeWitt est détective privée. Depuis qu’elle est toute petite, sa passion a toujours été de résoudre des mystères. Il était donc naturel qu’elle en fasse son métier. Ce matin là, un homme demande à la voir. Il s’appelle Leon Salvatore et lui demande de retrouver son oncle qui a disparu en même temps que l’ouragan Katrina, à la Nouvelle Orléans. Même s’ils ne communiquaient que par téléphone, Leon est inquiet.

Quand elle atterrit à la Nouvelle Orléans, sa première idée est de regarder les informations disponibles sur Internet. Vic Willing était en effet substitut du procureur depuis plus de vongt ans. C’est le genre de personne qui n’était pas géniale dans son travail, mais qui le faisait le mieux possible. Leon est forcément l’héritier et peut passer pour le suspect numéro 1. Mais dans cette ville ravagée, laissée à l’abandon, personne ne cherche les disparus.

Quand elle se décide enfin à aller visiter la maison de Vic Willing, elle y trouve une maison en désordre, et des empreintes qu’elle relève elle-même, ainsi qu’un perroquet vert. Vic aimait beaucoup les animaux, plus que les humains semble-t-il. Après avoir fait appel à un de ses amis, Claire découvre que quelques empreintes appartiennent à Andray Fairview, un truand enfermé en prison. Enfin, elle tient une piste pour démarrer son enquête.

Quand on démarre un roman, et qu’il s’agit d’une nouvelle série, le premier roman cherche surtout à présenter le personnage du (ou de la) détective. Parfois, cela est réussi, parfois cela est long, moyen. Ici, c’est une franche réussite car Sara Gran cherche à nous présenter Claire de la façon la plus intime possible. Et, en fouillant son passé et ses racines, je me suis beaucoup attaché à elle, et c’est franchement passionnant.

Il semblerait que Claire soit poursuivie par des disparitions. Cela commence par son enfance, quand avec ses amies, Kelly et Tracy, elle cherche à résoudre des énigmes … jusqu’à ce que Tracy disparaisse sans laisser de traces. De ce mystère jamais résolu, Claire en ressortit abandonnée par Kelly et, à partir de ce moment, irrémédiablement seule. Elle trouva par la suite du travail chez une autre détective, Constance Darling, la cinquantaine, qui l’éleva et lui montra tout ce qu’on doit savoir sur le métier. Est-ce une sorte d’image de la mère, ou juste un passage de témoin ? On n’en saura pas plus dans cet épisode, tout juste que Constance a tragiquement disparu, assassinée.

Si je suis si long dans la description, c’est bien parce que le personnage de Claire DeWitt est une des pierres fondatrice de ce roman. C’est parce que ce personnage, qui ne se laisse pas dépasser par ses émotions, ou du moins ne le montre-t-elle pas car c’est écrit à la première personne du singulier, a des réactions ou des remarques qui sont profondément humaines. Alors l’auteur alterne les chapitres entre le passé et le présent, principe archi connu, mais avec une subtilité qui me font penser à des transitions cinématographiques géniales.

Oui, j’ai adoré Claire, mais j’ai aussi adoré Jacques Silette. Vous allez me dire : Mais qui c’est celui là ? C’est un vrai détective privé qui a écrit un recueil qui s’appelle Détection et qui est le livre de chevet de Claire. A chaque pas de l’enquête, Claire se réfère à ce livre, introuvable depuis longtemps. Ce qui m’a fait fondre, c’est quand Claire raconte, sans émotion, que cet homme qui donne des leçons, qui donne les clés du bon détective, fut incapable de retrouver sa fille Belle quand celle-ci a disparu. Et c’est raconté avec tant de distance qu’on sent bien que cela la touche, Claire …

Et puis, il y a la Nouvelle Orléans, meurtrie à la suite de cet ouragan meurtrier. Certes, j’avais été marqué par les descriptions de James Lee Burke, mais la façon dont c’est écrit ici ne peuvent que toucher même le plus dur des lecteurs. Encore une fois, on n’a droit à aucune émotion, juste des petits passages qui sonnent remarquablement juste, comme si Claire ne notait que ce qui lui faisait mal, à elle, l’humaniste.

Alors elle cherche à s’éloigner, à oublier le présent, son quotidien si lourd de son passé chargé. Elle boit, elle fume, elle prend de la drogue. Et elle oscille entre rêves et réalité, entre passé et présent, entre fantômes et témoins jusqu’à un final qui n’en est pas un, si ce n’est qu’il confirme tout le cœur que cette petite bonne femme garde caché, enfoui tout eu fond d’elle. Vous l’avez compris, j’ai adoré Claire.

Un dernier petit mot sur ce livre concernant la couverture. Celle-ci peut vous étonner, vous arrêter, vous rebuter. Peu importe, sachez qu’elle est justifiée et qu’elle comporte une partie de l’énigme à résoudre. Rassurez vous, je ne vous dévoile rien en disant cela, mais elle m’a interpelé.

Un dernier petit mot : Quand j’adore des livres, je ne peux pas m’arrêter d’en parler. Alors, voilà, j’ai été un peu long, mais Claire m’a ému, fasciné, touché, fait rire, outré, révolté, montré, mené par le bout du nez, pour finalement me faire regretter d’avoir tourné la dernière page. Dis-moi, Claire, quand reviens-tu ?

 Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude ici

L’auréole des condamnés de Lionel Behra (Rebelle)

Deuxième roman de Lionel Behra, L’auréole des condamnés s’avère une très bonne surprise. A travers une intrigue relativement simple, avec quelques personnages, l’auteur se permet de nous surprendre à chaque chapitre.

Nous sommes le 2 avril, dans les environs de Nancy. Ludovic Bergerac est un professeur de droit pénal à l’université. Avec les nombreux exemples qu’il donne, il arrive à passionner ses élèves. Dans sa classe, on y trouve en particulier Stéphanie Louvière, fille de bonne famille, Aurélie Martin, la meilleure amie de Stéphanie, et Jordan Carnot, un jeune garçon toujours mal habillé mais remarquablement doué, à l’attitude dédaigneuse et hautaine.

Le soir même, Jordan attend dans le froid devant la gigantesque demeure des Louvière. Il se régale à l’avance à l’idée de passer la nuit avec Stéphanie mais attend que les Louvière partent pour une soirée. Jordan est sur qu’elle va avoir du plaisir, qu’elle le veuille ou non. Les parents s’en vont et Jordan pénètre dans la maison par une fenêtre. Le lendemain, Stéphanie a disparu.

Laura Maréchal est lieutenant de police. Son travail lui fait faire des cauchemars, qui lui rappelle son passé, et en particulier la mort de son compagnon, tué d’une balle lors d’une affaire. Elle arrive au commissariat et est confrontée aux Louvière qui viennent déclarer la disparition de leur fille. C’est le troisième cas de disparition de jeunes filles en peu de temps. Les deux autres ont été découvertes tuées.

Ce roman se déroule sur 8 jours, qui constituent chacun un chapitre. Et chaque chapitre est décomposé en passages de trois pages maximum. C’est dire que la volonté de l’auteur est d’offrir un livre qui va vite … et ça va vite. Pour autant, j’ai plus eu l’impression de lire un roman policier qu’un thriller. Mais comme je n’aime pas poser des étiquettes, je dirai donc que c’est un polar speedé.

J’ai été franchement emballé par le début du roman. Car, en présentant les personnages principaux de cette intrigue, l’auteur termine chacun de ses passages par une surprise, qui remet en cause toutes nos certitudes. En cela, j’ai retrouvé une volonté proche de certains romans de Hervé Commère, celle de partir d’une intrigue simple, et d’imaginer de nombreux rebondissements. Et c’est bigrement agréable.

La deuxième partie m’a paru plus classique, et on a même droit à l’identité du tueur (ou de la tueuse, je ne vais quand même pas tout vous dire) quelques dizaines de pages avant la fin. Certes, les dernières pages montrent comment il (ou elle) a mené en bateau tout le monde. Sachez juste que, comme le roman fait 200 pages environ, vous aurez vite envie de savoir de quoi il en retourne.

Finalement, pour un deuxième roman, c’est quand même très bon, car l’auteur arrive à tenir son suspense et son mystère jusqu’au bout. Et comme le style est très simple lui aussi, ce roman s’avère un bon divertissement. Par contre, les amateurs de Whodunit seront déçus, ceux qui cherchent du gore aussi. Sachez juste qu’il n’y a pas de violence inutile et que ce livre remplit son rôle de nous proposer une bonne histoire à tiroirs. A vous de déterminer qui ouvre les tiroirs ?

L’appel du mal de Lisa Unger (Toucan noir)

Quand j’avais lu Les voix du crépuscule, j’avais été époustouflé par le talent de cette jeune auteure (elle est née en 1970) et qui compte à son actif une trentaine de romans (!!!). J’avais raté le roman suivant, l’île des ombres, mais je tenais à lire son petit dernier.

Lana Granger est une jeune femme qui a connu un drame de jeunesse : sa mère a été assassinée par son père. Ce dernier est d’ailleurs emprisonné dans le couloir de la mort. Ses appels ont été rejetés et il attend son issue fatale. Lana, quant à elle, a coupé les ponts avec son père, et elle garde de sa mère des souvenirs formidables. Sa mère voulait qu’elle soit utile aux autres, qu’elle les aide. C’est pour cela qu’elle a choisi de faire des études de psychologie, spécialisé dans les cas difficiles de psychopathes.

Dans son héritage, Lana touche une pension qui diminue avec le temps. Elle doit donc se trouver un travail pour compléter son niveau de vie. Le professeur Langdon Hewes, son professeur, conseiller et mentor lui propose de devenir baby-sitter. Et comme il a une offre, il la lui propose naturellement. En effet, Rachel Kahn veut faire garder son fils Luke, âgé de 11 ans et pensionnaire du professeur Hewes. Lana va donc voir Rachel et devient la baby-sitter de Luke, qui s’avère violent et très manipulateur.

La colocataire de Lana s’appelle Rebecca. Autant Lana est renfermée et abhorre les contacts physiques, autant Beck (le surnom de Rebecca) est extravertie. Elle a de nombreuses aventures aussi bien avec des filles que des garçons et a l’habitude de fuguer pendant quelques jours. Sauf que Lana et Beck se disputent à la bibliothèque et que Beck disparait, sans donner de signes de vie pendant plusieurs jours. La police enquête sur cette disparition, d’autant plus que quelques mois plus tôt, Elisabeth, une amie de Lana a aussi disparue et que son corps a été retrouvé en bas des marches de l’école.

A l’intérieur de ce scenario implacable, sont insérés des chapitres de journal intime d’une jeune femme. Celle-ci vient d’avoir un bébé, elle est en plein baby blues. Son mari est souvent absent, alors elle doit gérer ce petit enfant qui semble ne réagir à aucun sentiment. Mais on ne saura qu’à la fin le lien de ces chapitres avec toute l’histoire.

Dans ce genre de roman psychologique, il faut attirer l’attention du lecteur très tôt, et alimenter l’intrigue par de nombreux événements pour relancer l’intérêt. C’est largement le cas ici, et ce roman, bien qu’il soit lent, car c’est raconté par Lana, est psychologiquement passionnant de bout en bout. A tel point que l’on se laisse prendre par les filets de l’intrigue et qu’on se laisse mener par le bout du nez. Quel plaisir !

Lana étant très renfermée, elle est forcément très bavarde (dans le bon sens du terme), et elle déverse toutes ses émotions. Comme on ne voit que son point de vue, on en vient à ressentir de la sympathie et on en vient à soupçonner tout le monde. Car Lisa Unger nous pousse à déterminer ce qui se passe. On en vient à soupçonner Luke, psychopathe manipulateur en puissance, ou bien sa mère Rachel. Mais cela pourrait être aussi le père de Lana à distance, le professeur Langdon Hewes, la psychologue particulière de Lana, les amies de Lana ou même la police …

Que de pistes pour un scenario fantastique ! Car, au bout du compte, vous ne trouverez pas le bout du bout de cette intrigue, qui est un scenario qui s’avère bigrement vicieux et surtout remarquablement mené. Si le style n’a pas la fluidité et la subtilité d’un Thomas H.Cook ou d’une Megan Abbott, ce roman est clairement un excellent roman psychologique, et je ne peux que vous encourager à vous laisser prendre dans cette toile d’araignée implacable et redoutable.

Niceville de Carsten Stroud (Points)

Je continue mon exploration des titres sélectionnés pour le prix Meilleurpolar.com organisé par les éditions Points, avec ce titre de Carsten Stroud, premier roman d’une trilogie. Attendez-vous à un voyage bien particulier à Niceville. Je vous mets le résumé qu’avait concocté Seuil car je le trouve bien fait.

Quatrième de couverture :

Tout droit sortie de la tradition du Southern Gothic, Niceville incarne le Sud, avec ses propriétés somptueuses, ses chênes festonnés de mousse espagnole et sa moiteur soporifique. Le seul problème, c’est que le Mal y vit beaucoup plus longtemps que les hommes. Plusieurs disparitions inexpliquées entachent la réputation du lieu, à commencer par celle du jeune Rainey Teague, littéralement volatilisé en plein jour devant la vitrine d’un antiquaire de la rue principale. C’est aussi le territoire où sévissent des flics peu scrupuleux qui braquent des banques et descendent froidement leurs collègues au fusil à lunette…

Quand Nick Kavanaugh, policier hanté par ses combats en Irak, et son épouse Kate, élégante avocate issue d’une des vieilles familles de la ville, décident de tirer tout cela au clair, ils n’imaginent pas dans quel enfer ils ont mis le pied.

Niceville est un polar mutant qui donne la chair de poule, une saga toxique où la violence contemporaine alterne avec des scènes troublantes dont les acteurs ne sont pas forcément de chair et d’os.

Vous n’avez jamais rien lu de tel.

Mon avis :

Ce polar est étonnant, car il se situe à la frontière du polar, du roman policier et du roman fantastique. Il prend le parti pris de faire vivre une ville, et nous présente donc plus d’une dizaine de personnages qui vont interagir les uns avec les autres. Si cela peut faire peur a priori, ils sont suffisamment bien présentés pour que l’on arrive à suivre les intrigues sans problèmes.

En fait d’intrigues, il y en a plusieurs dont la disparition du jeune Rainey que l’on retrouve dans un cimetière ; il y a un hold-up qui tourne au massacre et l’on suit les truands qui veulent récupérer leur butin ; il y a un mystérieux miroir, sorte de passage entre un monde irréel et aujourd’hui ; il y a une étrange mare, la Fosse du Cratère, dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle est sans fond ; mais elles sont toutes suffisamment simples pour ne pas se perdre en route.

Et c’est d’ailleurs une des limites de ce roman. Je trouve que pour débuter une trilogie, l’auteur aurait du faire plus simple, plutôt que de faire un roman aussi touffu. Et comme le style m’a paru plat, j’ai parfois trouvé ce roman trop long, avec des chapitres inutiles. Pour autant, je l’aurais lu jusqu’au bout puisque je voulais connaitre le dénouement (quelque peu décevant lui aussi). En fait j’aurais préféré que l’auteur fouille plus l’aspect fantastique, car il a le don de créer des ambiances angoissantes. Quant à l’aspect polar, c’est beaucoup moins convaincant. Reste donc à lire le deuxième tome, Retour à Niceville, qui vient de sortir aux éditions Seuil.

L’hiver des enfants volés de Maurice Gouiran (Jigal)

Voici le dernier roman en date de Maurice Gouiran, et avez-vous vu le bandeau ? Je suis fier, oui, mais aussi heureux qu les éditions Jigal mettent en avant les blogs de passionnés de polar. Alors, un grand merc monsieur Gallier pour cette couverture et un grand merci Monsieur Gouiran pour ce roman

Clovis est un journaliste free-lance à la retraite. Quand il voit arriver Samia, il sait qu’il ne pourra rien lui refuser. Il l’a rencontrée il y a plus de trente ans. A l’époque, il était jeune, et avait François pour ami. Clovis et François se sont rencontrés pendant les massacres de Sabra et Chatilla. C’est là-bas qu’ils ont recueilli Samia, dont la famille a été exterminée. Elle venait de subir plusieurs viols. Entre pitié, compassion et amour, les deux hommes l’ont aidée à se reconstruire. Evidemment, ils étaient tous les deux amoureux d’elle, et elle a choisi François. Aujourd’hui, ils vivent près de Niort.

Quand Samia frappe à sa porte, Clovis sait que quelque chose est arrivé. François est parti enquêter sur la disparition de deux personnes qui, de près ou de loin, se renseignaient sur la béatification d’une religieuse, Sœur Encarnation. Clovis va donc s’embarquer pour Barcelone, avec les notes de François, que celui-ci a stocké sur un site internet. Il débarque donc à Barcelone et commence par des gens qui ont découvert sur le tard qu’ils ont été adoptés.

Et voilà Maurice Gouiran qui nous présente le scandale des bébés vendus du franquisme. Il faut savoir que l’église espagnole a commencé par vendre des orphelins aux Franquistes avant d’organiser un véritable commerce de nouveaux nés, et ce jusque dans les années 80, soit bien après la mort de Franco. Sur internet, on parle de 300 000 bébés volés et revendus pour des sommes indécentes. Cette affaire, bien qu’elle soit peu connue de ce coté ci des Pyrénées, rappelle aussi ce que firent les nazis avec les lebensborn.

Rien que pour ça, le roman de Maurice Gouiran vaut sa lecture, car cet auteur a à cœur de remuer des seaux de merde, où il ne fait pas bon mettre le nez. Chacun de ses romans vaut de l’or à une époque où on veut oublier et faire oublier, où on veut éviter que les gens pensent, où on veut que les gens fassent là où on leur dit de faire, où on nous met sur les têtes de linéaire les livres que l’on doit lire. Mais je m’égare …

Je vais vous dire pourquoi j’aime Maurice Gouiran : Il ne se formalise pas de détails, ses romans vont droit au but (c’est normal, il est de Marseille), ça va vite, on n’a pas le temps de s’apitoyer. Par contre, les intrigues sont toujours tirées au cordeau, les personnages sont formidables, et les sujets toujours aussi dérangeants. Les romans de Maurice Gouiran sont là pour nous rappeler des événements que l’on veut faire oublier.

Et ce roman va encore un peu plus loin. Car à faire des allers-retours entre l’enquête de Clovis, le journal écrit par François ou les anecdotes du passé de nos trois protagonistes, l’ensemble donne une impression d’improvisation. En fait, tout est fait pour que l’on s’attache à eux, pour qu’on les comprenne, qu’on adopte leur position. Et c’est quand on a tranquillement tourné les pages, que Maurice Gouiran nous assène sa dernière page. Nom de Dieu ! Les trois dernières lignes font mal !

Seuls les vautours de Nicolas Zeimet (Toucan)

Vous aimez Stephen King ? Pas quand il fait des livres d’épouvante, mais quand il prend le temps de regarder, de décrire la vie des gens normaux. Eh bien, ce roman est pour vous, car ce roman est tout simplement époustouflant.

Cela se passe en 1985, dans une petite ville américaine Duncan’s Creek. La petite Shawna Twitchell agée de 5 ans a disparu sans laisser de traces, pendant cette soirée du 18 juin. Sa mère Mandy était en train de s’occuper de la maison, et quand elle est revenue dans le jardin, elle n’était plus là. Comme dans toute petite ville, tout le monde va se sentir concerné. De nombreuses battues vont être organisées pour la retrouver, et tous les habitants du village vont y participer.

La police va aussi enquêter. En effet, il y a 6 mois, son mari Rory a disparu sans laisser de traces. Mandy est-elle coupable ? Ses beaux parents l’ont-ils enlevée ? A-t-elle été victime des indiens dont certains membres collectionnent des pierres magiques ? Ou bien le vieux fou Arlin l’a-t-il tuée et enterrée ? Ou bien, La faille du Diable fait-il peser une malédiction sur Duncan’s creek ?

Nicolas Zeimet va semer les pistes, en nous présentant la vie des petites villes américaines au travers de la réaction de ses habitants. Il va prendre le temps de passer en revue plus d’une dizaine de personnages, tous formidablement dessinés. Il va prendre le temps de nous montrer ce qu’était la vie avant les portables, les analyses ADN et le culte de l’argent à tout prix. L’histoire est simple, le dénouement aussi, mais on sera passé par différentes émotions pour y arriver, de l’angoisse pure à la tristesse, de la tristesse à la tendresse quand le groupe d’enfants s’amuse à se raconter des histoires d’horreur qu’ils ont eux même créées.

Pour autant, on ne pourrait y voir qu’une pâle copie du maître. Et pourtant, Nicolas Zeimet se lance dans son défi, à corps perdu et nous plonge au milieu de cette communauté, et on a vraiment l’impression de passer quelques jours en leur compagnie. Et puis, comme chez Stephen King, au détour d’une scène, il a cette faculté rare de nous sortir LA phrase qui va faire monter la pression, créer une sourde angoisse et nous bousculer dans nos certitudes.

Alors bien sur, il y a bien quelques scènes que j’ai trouvées bateau, trop faciles, mais elles ne sont pas plus de quatre ou cinq sur 470 pages. Alors, je lui pardonne ces quelques facilités et surtout, j’ai envie de tirer mon chapeau à un auteur qui a un talent fou, qui est capable de nous plonger dans les années 80, à 10 000 lieues de chez nous, et de nous donner envie de ne pas lâcher son livre, grâce à son style hypnotique.

Les éditions du Toucan ont dégotté là un auteur fantastique et je ne peux que vous encourager à le découvrir tant son roman est passionnant tant pour la psychologie des personnages que pour l’ambiance qu’il a su créer. C’est du grand art, c’est son deuxième roman, et je m’incline devant le talent de monsieur Zeimet. Merci !

Filles de Frederick Busch (Folio Policier)

Le choix de ce roman tient à deux personnes : Une amie de mon dealer de livres Coco qui n’arrêtait pas de lui demander quand je me mettrais à découvrir l’univers de cet auteur … à la limite du harcèlement littéraire ! Je lui fais tout de même de gros bisous, à Sophie, et je lui dédie ce billet. La deuxième personne est l’excellent Yan, de l’excellent blog Encoredunoir, qui a écrit un excellent billet ici.

L’auteur :

Frederick Busch est un écrivain américain né le 1er août 1941 à Brooklyn et décédé le 23 février 2006 à Manhattan.

Busch est diplômé du Muhlenberg College et obtient sa maitrise à l’Université Columbia. Il est professeur de littérature à l’Université de Colgate, à Hamilton , New York de 1966 à 2003[1].
Il remporte de nombreux prix, y compris l’American Academy of Arts and Letters Fiction Award en 1986 et le PEN / Malamud Award en 1991.

Il est le père de l’acteur Benjamin Busch .

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Parce que sa vie lui échappe, parce que sa petite fille de quelques mois est morte et que son couple se désagrège, parce qu’il va mal, Jack, ancien flic devenu vigile à l’université, accepte d’enquêter sur la disparition d’une adolescente, Janice Tanner.

Quelque temps plus tard, une autre fillette disparaît… Autour de Jack, s’étend l’interminable hiver nord-américain, la neige qui recouvre tout et étouffe tous les bruits, la terre si dure qu’on n’enterre pas les morts.

« Filles, roman d’amour, roman du désir et roman de la déliquescence, de la bassesse humaine, est un livre-choc. Ces Filles-là fouaillent nos tripes, dégraissent notre conscience. Chantent un hymne à l’amour quand il n’y a que le désamour. » Martine Laval, Télérama

Mon avis :

Quand on commence ce roman, on entre dans un univers, à la fois littéraire et psychologique. D’emblée, on est plongé dans la tête de Jack, un homme malade, dont il ne reste que quelques ruines, de par son passé que l’on va découvrir plus tard. On y retrouve une abondance de petits détails, sur tous les petits gestes qui font notre quotidien, car Jack ne vit plus, il erre comme un fantôme, essayant de sauver ce qui peut l’être dans sa misérable vie.

Jack est marié à Fanny. Depuis qu’ils ont perdu leur enfant en bas âge, leur vie n’est plus la même. S’ils continuent à survivre, ils passent leur temps à supporter leur quotidien fait de routine. Alors, Jack regarde les autres et s’intéresse à leur va et vient. La disparition de cette jeune adolescence va lui donner un objectif, et lui permettre de chercher une rédemption envers les autres, mais surtout aussi envers lui-même. De même, il regarde les femmes, les jeunes filles, et ressent du désir ; il arrive à se prouver qu’il est encore vivant, malgré le fait que son esprit soit mort en même temps que l’enterrement de sa fille.

Ce roman est littérairement impeccable, irréprochable, et c’est passionnant d’un point de vue psychologique. L’enquête n’est ici qu’un prétexte pour fouiller le mental de cet homme à la dérive, et cela pourra en rebuter certains, de la même façon que d’autres y verront un roman culte. Inutile de vous dire qu’en lisant ce roman, j’ai eu l’impression de découvrir un énorme auteur, malheureusement injustement reconnu et trop peu traduit en France. Je ne peux que vous recommander cette lecture incroyablement forte et vraie, pour peu que vous aimiez les romans psychologiques.