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Pukhtu – Secundo de DOA

Editeur : Gallimard – Série Noire

J’avais été tellement impressionné par le premier tome, Pukhtu-Primo, que j’ai mis un peu de temps à ouvrir le deuxième, probablement par peur d’être déçu. Car le premier tome était tellement foisonnant, comportait tant de personnages et autant de fils narrateurs qu’il était difficile de ne pas être fasciné par l’ambition et la grandeur de ce roman qui montrait le bourbier du conflit Afghan en 2008.

Evidemment, je ne vais pas vous résumer le début de ce deuxième tome, sinon, je serais obligé de vous dévoiler une grande partie de l’intrigue du premier ! Sachez juste que ce deuxième tome débute par une dizaine de pages qui résument la situation du pays, et qui présentent de façon remarquablement claire les différents personnages et les différentes intrigues. De même, en fin de roman, nous avons droit à un glossaire et à une liste des personnages, dont la longueur montre la grandeur de ce roman.

Comme dans le précédent tome, nous retrouvons la société de mercenaires 6N, payée par les Américains ; nous sommes plongés au centre du trafic de drogue ; nous sommes enfermés dans des geôles sales dans l’attente d’un interrogatoire musclé ou d’une mort prochaine ; nous sommes invités dans les grands salons parisiens où les hommes politiques flirtent avec les espions, où les journalistes draguent des femmes fatales, où le destin du monde se jouent entre faux semblants et vrais mensonges ; nous sommes face à un panorama complet de la situation politique, en nous ouvrant les yeux sur des situations qui nous dépassent, en nous montrant comment tout un chacun cherche à profiter de son prochain, au détriment des populations civiles. Dommage collatéral, disent-ils ! Le gros changement va se situer au niveau de la situation financière, puisque nous allons être plongés en plein cœur de la crise financière de 2008-2009.

Dans ce deuxième roman, les passages sur le terrain se font plus rares mais ils sont toujours aussi impressionnants de réalité. C’est écrit avec crudité, cruauté, réalisme, et violence. La situation ne s’améliore pas pour les Afghans, mais on ne voit pas comment cela pourrait s’améliorer puisque personne ne travaille dans ce sens.

Dans ce deuxième roman, nous sommes plus immergés dans les salons des hommes politiques qui dirigent le monde, qui prennent les grandes décisions parce qu’ils ont les informations qui comptent. On voit surtout des hommes et des femmes qui cherchent à tirer leur épingle du jeu, parlant à demi-mot, mentant pour obtenir plus d’informations, décrétant une action pour avancer leur pion. Amel et Chloé ont la part la plus importante dans ce roman et vont fréquenter tout ce qui peut influencer les décisions du monde.

J’ai eu l’impression qu’il y avait moins de fils narrateurs, moins de personnages, dans ce roman. J’ai eu l’impression que ce deuxième tome avait un peu perdu de la richesse du premier, alors que l’auteur sait parfaitement où il veut nous emmener. J’ai donc trouvé ce deuxième tome un poil en dessous du premier, même s’il fait une suite logique au premier. Et puis, DOA se permet de relier ses personnages avec ceux de ses précédents romans, et ça c’est vraiment fort. Avec Pukhtu, il a créé le trait d’union qui manquait entre tous ses romans et démontre qu’il est en train de construire une œuvre : La situation géopolitique moderne. Impressionnant.

Ne ratez pas les avis de Charybde2, Yan et Jean-Marc

Le chouchou du mois de mars 2016

Ce mois de mars est à marquer d’une pierre blanche et je la garderai longtemps en mémoire, puisque c’est le mois où j’ai publié le premier avis de ma fille. Le papa gaga que je suis est forcément fier, heureux, et pour cette occasion, je me suis même permis de lire la première aventure des cousins Karlsson, appelée Espions et fantômes de Katarina Mazetti (Gaïa), puisqu’elle m’a harcelé.

C’est aussi l’occasion de rappeler que j’aurais décerné mon premier coup de cœur pour plusdeprobleme.com de Fabrice Pichon (Lajouanie). Ce roman que j’ai trouvé passionnant et impossible à lâcher, je voulais en faire mon chouchou. Mais avec le temps qui passait, je me suis aperçu que ses personnages revenaient régulièrement me hanter, un signe que je ne risque pas d’oublier ce roman de sitôt.

En ce qui concerne ma rubrique Oldies, j’ai découvert un roman rare : Une jolie fille comme ça de Alfred Hayes (Gallimard). Son écriture toute en finesse et subtilité est exceptionnelle et je me demande bien pourquoi cet auteur n’a pas été traduit plus tôt. En tout état de cause, le mal est réparé et nous pouvons enfin jouir de cette plume exceptionnelle.

Quand on parle de plume exceptionnelle, il fut aussi ajouter celle de Séverine Chevalier avec Clouer l’ouest de Séverine Chevalier (Manufacture de livres), un roman noir qui avec peu de mots arrive à dire tant de choses.

Quand on parle de polar, je ne peux que vous conseiller le deuxième tome des Visages de la vengeance, qui s’appelle T’es pas Dieu Petit bonhomme de Philippe Setbon (Caïman). Excellent de bout en bout, parce que simple mais tellement bien fait, ce roman monte encore un cran par rapport au précédent, à mon avis. Il y a aussi L’homme posthume de Jake Hinkson (Gallmeister) , deuxième roman de ce jeune auteur, (parfois) décrié sur le Net alors que son mélange de l’univers de David Lynch (Blue Velvet) et des frères Coen est des plus jouissif. C’est toujours aussi bien écrit et démontre que cet auteur est à suivre.

En ce qui concerne les auteurs que je suis, j’aurais publié mon avis sur la cinquième enquête de Charlie Parker, La maison des miroirs de John Connoly (Pocket), qui m’a paru bien en dessous des précédents de la série. J’aurais découvert un nouveau commissaire dans Piste noire de Antonio Manzini (Folio), que je vous engage à suivre car sa mauvaise humeur et son manque d’humilité sont littérairement jouissifs. La deuxième enquête du commissaire Bordelli se nomme Une sale affaire de Marco Vichi (Philippe Rey), elle se passe en 1964, elle est plus noire que la précédente mais c’est toujours aussi attachant, bien fait et passionnant. Enfin, j’aurais découvert l’univers de Amédée Mallock avec son dernier roman Le principe de parcimonie de Mallock (Fleuve noir)  , et je dois dire que c’est une sacrée découverte et je vous assure qu’on va en reparler !

Le titre du chouchou du mois revient donc à Pukhtu – Primo de DOA (Gallimard – Série Noire), pour la démesure de son intrigue, pour ses scènes de guerre extraordinaires, pour ses personnages si réels, pour ce qu’il montre, ce qu’il dit, ce qu’il tait.

Je vous donne rendez-vous le mois prochain et, en attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Pukhtu – Primo de DOA (Gallimard Série Noire)

DOA est un auteur qui écrit des romans à forte consonance politique. Je dois dire que je ne suis pas un fan de cet auteur, mais je reconnais qu’il écrit bien et que ses livres sont intéressants, costauds. Pukhtu m’a fait changer d’avis, Pukhtu est un grand livre. Pukhtu veut dire fierté en pachtoune. Pukhtu prend ses racines en Afghanistan en 2008, pays où eut lieu une succession de guerres, soutenues d’un coté par les Etats Unis, de l’autre par les Russes. Entre les forces de l’Alliance du Nord, les Talibans, les Pakistanais, et les divers groupuscules islamiques, la situation est complexe, violente, meurtrière.

Un peu d’histoire : De décembre 1979 à février 1989, la guerre d’Afghanistan opposa les moudjahiddins, soutenus par les États-Unis et des pays à majorité musulmane, au régime communiste afghan, soutenu par l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Après le retrait de l’Armée rouge, la guerre civile entre diverses factions n’a jamais cessé. La première partie de la guerre civile, qui se déroula de 1989 à 1992, aboutit à la chute du régime communiste en 1992. Le second épisode de la guerre civile vit la chute de l’Alliance du Nord en 1996 et la prise du pouvoir par les Talibans. Une troisième phase de la guerre civile eut lieu de 1996 à 2001. De 2001 à 2014, la guerre d’Afghanistan fut menée par la coalition occidentale et l’Alliance du Nord contre les Talibans, dans la campagne d’Afghanistan à partir d’octobre 2001, en représailles aux attentats du 11 septembre 2001. (Source Wikipedia)

Sher Ali Khan est pachtoune et petit trafiquant dans sa tribu. Il place au premier rang de ses valeurs la famille et l’honneur, celui de son village, celui de son clan. Quand un missile téléguidé par cible électronique vient détruire sa maison, quand dans l’explosion, il perd sa fille adorée, il bascule dans la résistance, dans la guérilla du coté des Talibans et emmène son clan dans la lutte contre l’envahisseur, les Etats Unis.

De l’autre coté, on trouve un groupuscule de mercenaires, travaillant pour une entreprise privée Longhouse, qui est un sous-traitant de la CIA. Fox, Ghost, Voodoo, Tiny, ils ont tous des surnoms puisqu’ils n’ont plus d’identité officielle. Ils sont chargés de préparer les frappes dites chirurgicales, poser des cibles électroniques, donner des renseignements sur les mouvements de troupes, réaliser des assauts contre les ennemis, ou même gérer des camps d’entrainement. Ils ont bien compris qu’ils ont la possibilité de faire leur propre trafic de drogue afin d’assurer leur retraite, car leur métier ne peut durer éternellement.

Il y a aussi Amel, une jeune reporter française, ou Peter Dang le canadien, qui récupère des informations pour faire un compte-rendu le plus proche possible du terrain, mais qui se doutent que ce conflit cache autre chose. Il y a aussi beaucoup d’autres personnages situés aux Etats Unis, en Chine, en France, qui sont tous impliqués dans un conflit qui peut leur rapporter beaucoup. Et dans le désert de roches, il y a des hommes et des femmes qui subissent, qui tentent de survivre ou qui meurent …

Dans ce roman foisonnant, on va trouver de tout. Et il serait faux de croire que c’est un foutoir sans nom. C’est tout l’inverse. D’une situation à haut risque, d’un pays en complète anarchie, où personne ne sait qui est qui, DOA prend une multitude de personnages et déroule neuf mois de cette année 2008 pour nous décrire la trajectoire de deux axes parallèles qui malgré tout vont se rejoindre. Ce roman va tout nous montrer, des scènes de guerre pure, violente, ahurissantes de bruit et de lumières, de sang et de pleurs. On y trouve aussi des scènes intimes, des scènes d’amour, de sexe, de famille, de tradition. On y trouve des extraits de journaux, des rapports militaires, des drones qui survolent au dessus de vos têtes, des cocktails dans des salons confortables à Paris, des politiques qui ferment leurs yeux, de fausses informations, des vraies …

C’est un véritable feu d’artifice, qui mérite aussi que l’on fasse un effort. Car avec tous ces personnages, tous ces villages, toutes ces familles, on a parfois tendance à s’y perdre. Reste que l’auteur nous ramène rapidement dans l’action, dans le message qu’il nous assène à coups de poing vicieux. Je n’ai jamais rencontré une telle sensation d’être plongé en plein cœur d’une guérilla, j’ai rarement lu des scènes intimes aussi justes, j’ai rarement pris autant de plaisir à lire un roman aussi long, prenant du début à la fin. 650 pages de fureur, de cris … Nom de dieu !

Le seul roman qui puisse se rapprocher de ce roman, parmi ceux que je connais, c’est le gigantesque La griffe du chien de Don Winslow. Eh bien, je vais vous dire que ce roman tient la comparaison par moments. Impressionnant. A ne rater sous aucun prétexte

L’honorable société de Dominique Manotti & DOA (Série Noire Gallimard)

Ça y est, je m’attaque enfin à ce roman tant attendu, issu de la rencontre entre deux grands auteurs français de romans noirs. Le résultat est à la hauteur de l’attente, c’est un très bon roman.

Nous sommes en pleines élections présidentielles. Trois jeunes gens piratent le microordinateur de Benoît Soubise à distance. Ils ont accès à son contenu ainsi et visualisent son appartement via la webcam. Soubise doit rejoindre sa maîtresse, quitte son appartement, mais il a un accident de voiture sur le trajet. Il revient chez lui et surprend des voleurs chez lui. L’affrontement aboutit au meurtre de Soubise et les trois jeunes assistent à l’événement en direct. Ils l’enregistrent sur une clé USB et décident de disparaître.

La brigade criminelle, sous la férule de Pétrus Pâris, constate que l’ordinateur de Soubise a disparu. Ils s’aperçoivent que Soubise, officiellement ingénieur pour un sous-traitant d’AREVA, est en fait officier de police aux Renseignements Généraux. De même, la maîtresse de Soubise, s’avère être la directrice juridique de PRG, le numéro un mondial du BTP. Cette première place lui a été facilitée grâce aux contrats dans le domaine nucléaire.

Evidemment, les deux candidats sont impliqués dans cette affaire, plus ou moins directement. Guérin, le candidat de la droite, a fait de grosses promesses aux industries du BTP en cas de succès aux présidentielles. Quant à Schneider, le challenger, il a par le passé eu des contacts avec les milieux écologistes. Pâris va devoir démêler cette affaire quitte à fourrer son nez là où il ne faut pas.

Écrire un roman à quatre mains n’est pas chose aisée. Il y a un risque de voir des dissonances dans l’intrigue, des passages écrits avec un style différents, des aberrations. Mais comme les sujets traités par Dominique Manotti et DOA sont proches, le livre a une cohérence qui fait que les quatre mains n’en deviennent plus que deux.

Aux analyses des luttes pour le pouvoir apportées par Dominique Manotti, vient s’ajouter l’art de DOA pour décrire les sous marins, ceux qui oeuvrent sans qu’on le sache. Il y ajoute un certain sens du rythme, là où Manotti excelle dans les dialogues qui claquent. Ne venez pas chercher dans ce roman des descriptions de lieux ou de personnages longues de plusieurs paragraphes. Ici, une phrase suffit. Le mot d’ordre, c’est l’efficacité.

Et ça marche super bien. L’intrigue se lit très rapidement, on suit les personnages un par un sans difficulté (et il y en a beaucoup !), et on se prend à penser que le sujet est des plus plausibles, voire on se demande si tout n’est pas vrai. Parfois, on se dit que certains fils de l’intrigue sont faciles, mais on est vite repris dans le rythme par la suite. Pour ceux qui ne connaissent pas le monde de ces deux auteurs, ce roman en est une excellente introduction, pour les autres, ils auront l’impression d’être dans un domaine connu et comme toujours c’est de la belle ouvrage.

DOA : Le serpent aux mille coupures (Gallimard Folio)

J’ai plein de copains qui n’arrêtent pas de me dire que DOA, c’est génial. Alors, l’année dernière, je m’étais essayé à Citoyens clandestins, dont j’adorais le titre. Ca tombait bien, c’était pendant les vacances, et je me réserve toujours le lourd pour ces périodes de repos. Au final, c’était bien, mais c’était tout. Je trouvais que les copains exagéraient un peu. Pas dégoutté pour un sou, je récidive, pour ne pas rester sur une impression mitigée.

Moissac, Sud Ouest de la France. En plein milieu des vignes, un règlement de comptes entre trafiquants de drogue et un mystérieux motard donne lieu à une déferlante de meurtres. Dont la torture dite du « Serpent aux mille coupures » qui vient de Chine. La police évidemment entre en jeu, toujours en retard et un peu dépassée. Seul le lieutenant colonel Massé du Réaux arrive à comprendre et à suivre le rythme.

Dans ce petit roman (200 pages), il y a une multitude de personnages (une quinzaine) et une multitude de sujets (le trafic de drogue, le racisme, le fonctionnement de la police, la politique …) Bref, ça part dans tous les sens, ça bouge, ça tire, ça tue, ça va vite. Et je dois dire que la facilité de la lecture aide beaucoup. Le style de DAO se marie très bien avec l’action, c’est très imagé avec peu de dialogues mais il faut dire que les protagonistes tuent avant de parler et que dans les petits villages, on n’aime pas parler aux inconnus.

Mais à part ça, je dois reconnaître que je suis resté sur ma fin. Il y a tant de sujets abordés mais pas traités, entre le trafic de drogue des Colombiens qui veulent s’implanter en Europe, l’impuissance des moyens de la police face à ce fléau, ou le racisme des villageois envers les non-blancs. Pourquoi ne pas avoir fait un roman de 400 ou 500 pages, de prendre le temps de placer les personnages, et de parler de ces thèmes forts.

Alors, oui, je reste sur ma fin. En voulant faire court comme un coup de poing à l’estomac, la psychologie des personnages reste au second plan, laissant la place à l’action. Le sujet est au final trop complexe ou les thèmes trop nombreux pour être traités aussi vite. J’ai surtout l’impression que l’auteur a voulu écrire une petite histoire de film d’action (facilement scénarisable) alors que pour le coup, il pouvait faire quelque chose de monumental.

Voilà : je reste sur ma fin. D’ailleurs, c’est la fin de mon article … pour faire un peu d’humour. Je suis curieux d’avoir d’autres avis à ce sujet.