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Derniers jours à Alep de Guillaume Ramezi

Editeur : French Pulp

Ce roman est un premier roman qui m’a été conseillé par mon ami Richard le concierge masqué et qui fait partie de la sélection pour le Balai de la Découverte 2018. A sa lecture, on ne peut qu’être impressionné par la maîtrise de la narration.

Paris. Mathias a perdu son père à l’âge de 6 ans, emporté par un cancer. Depuis il a voué sa vie à combattre cette maladie. Vingt-cinq ans plus tard, il est devenu médecin cancérologue et fait tout ce qui en son pouvoir pour soulager et soigner les malades. Ce jour-là, il vient de rendre visite à madame Lelong, mais sait qu’elle n’en a plus pour longtemps. Dans la salle de détente, la télévision est branchée sur une chaîne d’information en continu. Le reportage montre le portrait d’un terroriste recherché par toutes les polices, Youssef Al Mansour. Le visage de cet homme ne laisse aucun doute : ses traits lui laissent à penser que cet homme est son père. Il décide de contacter son amie Marie, journaliste, qui revient tout juste d’un reportage dans les pays de l’est.

Alep. Dans une cave, Youssef Al Mansour va rendre visite à un homme attaché sur une chaise. Al Mansour est propriétaire d’une des meilleures savonneries d’Alep. Il doit faire signer de force à son prisonnier la cession de sa savonnerie, devenant ainsi l’homme indispensable du savon d’Alep, réputé dans le monde. Ses hommes vont torturer le pauvre homme qui va céder aux demandes. Puis Youssef va demander à ses hommes d’enfermer Ali dans une cellule et de lui faire prendre une pilule. Youssef Al Mansour pourrait bien être à la tête d’un acte de terrorisme sans précédent.

Je ne suis pas à proprement parler fan de romans d’espionnage et si ce roman ne m’avait pas été conseillé par mon ami Richard, nul doute que je ne l’aurais pas lu. Et j’aurais eu bien tort, car il regorge de qualités. Ce roman est porté par les deux personnages principaux, chacun ayant droit à un chapitre qui se parlent et se répondent comme au ping-pong, ou devrais je dire comme au tennis. Car Guillaume Ramezi prend son temps pour développer son intrigue, nous décrivant la vie de Mathias et son quotidien d’un coté, Youssef et la mise au point de sa machination de l’autre.

Evidemment, on attend la rencontre entre les deux personnages, qui aura bien lieu, mais qui ne sera pas le point culminant du livre. Guillaume Ramezi préfère construire une intrigue hallucinante en faisant intervenir les services d’espionnage et jouer la carte du réalisme, tout cela sans esbroufe, sans événement sensationnel, sans violence inutile. Le ton s’y avère calme, posé, et met en avant cette intrigue remarquablement bien construite, et qui fait froid dans le dos.

Il y a aussi cette plume travaillé, précise, détaillée qui va nous détailler tout, des décors aux émotions, des situations aux décors, se plaçant là aux cotés d’un auteur comme John Le Carré plutôt que du coté d’une écriture efficace. Ceux qui cherchent une écriture à base de phrases courtes passeront leur chemin. Par contre, les adeptes de romans catastrophe mâtiné de roman d’espionnage, ceux qui veulent se faire peur par les conséquences que laisse entrevoir l’auteur sauteront dessus. Je vous le dis, Guillaume Ramezi est un auteur à suivre tant ce roman laisse envisager de belles promesses pour l’avenir.

Ne ratez pas l’interview de l’auteur sur le site du Concierge Masqué

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Ne dis rien à papa de François-Xavier Dillard

Editeur : Belfond

Voilà un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler, en bien. Ayant raté son précédent roman, Fais le pour maman, j’ai voulu tester son petit dernier en date. Le moins que je puisse dire, c’est que j’ai bien fait, parce que c’est un roman terriblement addictif, que je l’ai lu en deux jours. Vous êtes prévenu : si vous commencez ce roman, vous allez perdre quelques heures de sommeil.

Il est allongé. Il se réveille et ne se souvient de rien. Il a du mal à respirer, il semble être dans une boite, ou du moins dans un espace confiné. Le bruit de la terre qui tombe sur la boite l’obsède. On l’enterre vivant ? Au secours !

Fanny est une femme heureuse en famille. Elle vit avec Mickael et les deux jumeaux Arno et Victor. Depuis qu’elle a écrit un livre à succès, sur comment décorer sa maison avec des fleurs, sa boutique a du succès. La cinquantaine apaisée, elle apprécie sa vie de couple au milieu des peintures de Mickael. Tout juste est-elle inquiète de Victor, et son envie de faire souffrir son frère. Il semble avoir une envie de faire du mal.

Le commissaire divisionnaire Dubois est au cimetière. Il déteste ça, mais il est forcé de rester là puisque c’est sa mère qu’on enterre. Il vient de recevoir un SMS : Le professeur Jacques Jakubovitch, le chirurgien esthétique des stars vient d’être retrouvé assassiné, et l’assassin a fait preuve d’imagination.

Elle est étudiante en deuxième année de médecine à Paris VII. Elle a toujours eu un penchant pour l’alcool, buvant à en oublier sa vie, son stress, à s’en rendre malade. Ce soir là, saoule comme d’habitude, elle a accepté de prendre les pilules proposées par Marc. Puis, ils sont devenus plusieurs. Puis ils l’ont emmenée dans un coin. Puis ils l’ont violée. Tous. Les uns après les autres.

Après la lecture de ce roman, je comprends pourquoi François-Xavier Dillard reçoit autant de compliments pour ses romans. On a en effet affaire à un thriller costaud, plutôt classique dans la forme et parfaitement maitrisé. Ce roman est construit comme un puzzle. On a vraiment l’impression de se retrouver devant ce type de jeu. On est face à plusiuers pièces, n’ayant aucun rapport les unes avec les autres. Certaines ont des couleurs qui se ressemblent, les formes sont différentes, et on n’a aucune idée de l’ensemble.

Nous allons donc passer d’un personnage à l’autre, sans aucune notion de temps ou d’espace. Malgré cela, on n’est jamais perdu et c’est la grande force de ce roman. Chaque scène est minutieusement décrite, les scènes sont d’une justesse incroyable, ce qui rend les chapitres fascinants. Même les scènes de tous les jours, qui peuvent paraitre habituelles, faisant part d’une certaine routine deviennent passionnante par cette minutie apportée dans l’écriture. Et si on a l’impression d’être transporté d’une scène à l’autre, on est passionné par ces chapitres qui s’accumulent.

François-Xavier Dillard évite aussi les longues descriptions. Ses phrases son courtes, font mouche à tous coups. Et ses chapitres ne dépassent pas 5 à 6 pages, ce qui donne un rythme à la lecture et une certaine frénésie dans l’esprit du lecteur qui veut en découdre avec cette intrigue tortueuse. Toutes ces qualités font que l’on n’a pas envie de lâcher ce roman avant la dernière page.

Si j’ai déjà lu des thrillers traitant de ce sujet, il n’en reste pas moins que la forme de ce roman et le talent de l’auteur en font un roman réellement passionnant. Comme je l’ai dit, l’écriture arrive à nous rendre fascinantes toutes les scènes ce qui rend la lecture de ce roman addictif, impossible à lâcher. Cela en fait un roman hautement recommandable et un excellent divertissement procurant un plaisir difficilement oubliable.

911 de Shannon Burke (Sonatine)

Attention, coup de cœur !

Voilà un roman qui va vous secouer, et à propos duquel j’aurais pu décerner un coup de cœur … Il n’est pas passé loin, je vous l’assure, au sens où ce roman est comme une pince chauffée à blanc, qui va prendre vos tripes une à une et les torturer en bonne et due forme. Quand vous allez lire le sujet, vous allez naturellement que cela a déjà été vu ou lu. Il y a même des séries télévisées à propos de services urgentistes. Sauf qu’ici, on affaire à quelqu’un qui connait le milieu, puisqu’il a été lui-même ambulancier urgentiste.

Le but de ce roman n’est pas de faire un roman reportage, où on s’attarde comme dans des reportages « réalité » à la dure réalité des urgentistes dans les quartiers défavorisés. Ce n’est pas non plus un roman gore où on étale sur chaque page des litres en des litres d’hémoglobine, pour le plaisir de lecteurs en mal de sang coulant en rigoles. Le but de ce roman, je pense, est de s’intéresser à ces personnages dont la vocation est de sauver les gens. Et si, avant d’attaquer ce roman, je me posais vraiment la question sur ce qui peut motiver ces soldats de la vie (l’expression est de moi), je dois dire qu’après avoir tourné la dernière page, j’ai éprouvé un sentiment de satisfaction car j’y ai trouvé les réponses que je cherchais. Et pour cela, il va vous falloir plonger dans la tête de cette équipe d’ambulanciers urgentistes en charge du quartier de Harlem.

L’histoire tient en deux lignes : au début des années 90, Oliver Cross vient de rater le concours d’entrée pour devenir médecin. Alors qu’il est sur de sa vocation, il postule à un poste d’ambulancier urgentiste, poste qu’il envisage d’occuper pendant une année en attendant le prochain concours. Il choisit même le quartier de Harlem de façon à être confronté à ce qu’on peut trouver de pire. Mais il est loin d’imaginer ce qu’il va rencontrer …

Alors, oui, on y rencontre des scènes crues, des descriptions succinctes difficiles à supporter, mais le but n’est pas de faire dans l’outrance : cela est fait de façon très directe, avec un style que l’on peut qualifier de froid, mais aussi de médical, factuel. Lors des différentes interventions, ces scènes ne font l’objet d’aucune émotion, les urgentistes se contentant de réaliser le premier diagnostic, les premiers soins avant l’arrivée de la cavalerie, que ce soient les pompiers ou les ambulanciers.

C’est bien la psychologie des ambulanciers que l’auteur nous montre, de la même façon qu’il nous peint ses scènes. Cela est fait par petites touches, par des dialogues courts, par des réactions brutales. Pour un roman américain, c’est bigrement subtil ! Je vous avouerai que le début est brutal, mais l’auteur a décidé de nous mettre la tête dans le seau rempli de merde. On y trouve des gens drogués, des victimes par balles, ou juste des personnes âgées tombées dans leur escalier ou des suicidés.

C’est dur pour ces personnages de supporter cela et chacun le fait à sa manière. TOUS les portraits sont d’une justesse incroyable. TOUS nous font vibrer à leur niveau. TOUS ont des réactions vraisemblables. Et TOUS vont vous émouvoir. Car au fur et à mesure de cette lecture, aussi dure soit-elle, on finit par les connaitre, par les apprécier, par les comprendre surtout ; et c’est là une des grandes réussites de ce roman. Ce n’est plus Oliver Cross qui nous raconte son histoire, c’est nous, lecteur, qui courons avec lui, c’est nous qui posons les perfusions, c’est nous qui faisons les diagnostics. Et quand il s’agit de prendre une décision qui peut remettre en cause une vie humaine, l’auteur nous réveille en nous assénant de belles claques dans la gueule, en nous rappelant que c’est ça la vraie vie !

Vous l’aurez compris, il faut du courage pour lire ce livre, mais on est récompensé au bout du compte. Car devant la pauvreté, devant le sort des drogués, nous finissons par ne plus les juger mais par devenir aussi analytique que ces ambulanciers doivent être pour bien faire leur travail. A la fin du bouquin, on en ressort autant horrifié que satisfait d’avoir fait son travail, et on en sort comme d’un cauchemar, soulagé d’avoir échappé à l’horreur et conscient d’avoir parcouru un grand moment de littérature.

Et même si la dernière page veut laisser une once d’espoir, je l’ai plutôt interprété comme un happy-end malheureux, comme une auto analyse de l’auteur lui-même pour ne pas péter un plomb. Ce qui est sur, c’est que ce livre est de ceux que l’on n’oublie pas, comme on n’en lis peu dans une année. Coup de cœur !

Claude Le Nocher a aussi mis un coup de cœur à ce roman ici

Le 7ème péché de Olivier Kourilsky (Éditions Glyphe)

Sept comme le nombre de romans policiers écrits par le professeur K, alias Olivier Kourilsky. Sept comme l’annonce le titre : Le 7ème péché. D’ailleurs, l’auteur l’annonce en préambule de son roman, le titre se veut plus un rappel du nombre de romans sortis qu’une mention des péchés.

Le personnage principal se nomme Christian Arribeau, et est un spécialiste des maladies rénales. Dévoré par une ambition sans bornes, il a choisi cette spécialité en étant sur qu’il aurait bien peu de concurrence. En fait, la seule chose qui le passionne est de monter en grade. Alors qu’il est professeur, il vise désormais un haut poste à la faculté, dont le doyen n’est autre que le père de sa femme Céline.

Il vient d’ailleurs de passer le grand oral, ce qui devrait lui assurer la gloire suprême, tant cela s’est bien passé. Emporté par une euphorie légitime, il envisage de passer chez sa meilleure amie et ancienne amante Delphine Valleur. Celle-ci a connu un malheureux accident et s’est retrouvé en fauteuil roulant ; malgré cela ils ont gardé d’excellents contacts.

Après quelques verres de champagne, il rentre enfin chez lui. Il pleut à verse, on n’y voit pas à 1à mètres. Dans une rue non loin de là, un homme traverse devant ses roues. Christian ne peut pas l’éviter et l’écrase. Après avoir écarté le corps dans le caniveau, il reprend sa route, conscient des risques qu’il prend, quand il a un deuxième accident au rond point suivant : sa voiture vient d’être heurtée par des cambrioleurs poursuivis par la police. Cet accident arrive au bon moment pour lui pour justifier des traces sur sa voiture … jusqu’à ce qu’une photo le montrant en train de bouger le corps ne lui arrive par la poste.

Ce roman est bigrement prenant. Et si on n’arrive pas à le lâcher, c’est bien parce que la psychologie des personnages est impeccable. De Arribeau, on retiendra surtout que c’est un personnage ignoble, d’abord facile, adoré surtout par les gens qui ne le connaissent pas. Car dès qu’on le fréquente un peu, sa vraie nature fait surface. C’est en fait un personnage bouffé par l’ambition, qui tuerait père et mère pour grimper dans la hiérarchie, et d’une attitude hautaine et dédaigneuse à souhait. Sa seule faiblesse est l’amour qu’il porte à Delphine … et encore, car je me demande s’il ne lui porte pas cet amour parce qu’elle est la seule à connaitre la seule erreur qu’il a commise dans sa vie professionnelle.

Vous allez me dire qu’un personnage ne suffit pas à tenir un roman. Non, évidemment, mais il est tellement vrai qu’il joue pour beaucoup dans l’intérêt de la lecture. Ensuite vient le style de l’auteur que je qualifierai de simple, mais surtout de bigrement efficace. Olivier Kourilsky a une façon de dessiner des scènes qui font qu’elles s’impriment immédiatement derrière nos rétines, alors qu’il se passe de grandes descriptions. Il y a aussi ces rebondissements dans l’intrigue, qui la rendent à la fois passionnante et pleine de suspense, relançant sans cesse l’intérêt de la lecture.

La seule chose sur laquelle je me pose des questions, est l’alternance entre la première personne du singulier pour Arribeau et la troisième personne du singulier pour l’enquête faite par les policiers. Ce changement de narration me fait me demander pourquoi l’auteur a choisi de faire parler Arribeau, alors que cela aurait pu passer autrement. Vous avouerez que c’est un bien petit reproche, surtout que c’est un roman policier qui sous ses atours classiques d’enquête, s’avère être une bien belle surprise … jusqu’à la dernière page. En tout cas, pour ma part, je l’ai lu en une journée, tant j’ai trouvé ça entrainant, et la couverture est aussi belle que l’intrigue est passionnante.