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Vous prendrez bien une tasse de thé ? de Claude Keller (Plon) et Au pays des kangourous de Gilles Paris (Don Quichotte)

Je continue mon petit voyage dans le wagon de la littérature blanche, dans le cadre du meilleur roman français de http://www.confidentielles.com avec deux romans qui ont beaucoup de choses en commun, dont les personnages principaux qui sont des enfants ou des adolescents.

Vous prendrez bien une tasse de thé ?de  Claude Keller (Plon)

tasse de thé

4ème de couverture : Les beaux quartiers de Lyon, immeubles de pierre de taille, appartements sombres où l’on rencontre des choses bizarres, des familles à secrets : Francine Kennedy, une gentille grand-mère qui peine à refréner ses pulsions meurtrières ; Isabelle Vital-Ronget, la dame catéchiste qui entretient une liaison clandestine ; Aurélie, seize ans, qui couche avec Etienne de la Salle, l’écrivain raté du grenier ; et Marie-Cécile, la mère d’Aurélie, qui ignore tant de choses.

Et puis, cachés quelque part, il y a ces deux amoureux en rupture de ban. Fille de psy, Dora, quinze ans, vient de fuguer sur un coup de tête. Enfant de personne, Ben est un petit voyou qui croit en l’impossible. Ils s’aiment mais autour d’eux le monde s’agite férocement et les bouscule.

Mon avis : Si les deux personnages principaux sont bien Dora et Ben, ils sont entourés d’une pléiade de caractères tous aussi vivants les uns que les autres. Et si Claude Keller nous donne l’impression d’une intrigue un peu décousue, elle s’avère vite débridée et anarchique, à l’image du bordel (excusez la grossièreté) qu’ils vont mettre dans un petit immeuble de la rue d’Auvergne. Le livre pourrait perdre le lecteur, mais le plaisir de la lecture est au rendez vous avec un style sautillant, léger et débridé, fait de petite phrases, de mots et de bons mots qui donnent le sourire. Car finalement, le but n’est pas de passer un message, mais bien de divertir. Et en l’occurrence, la mission est remplie.

Au pays des kangourous de Gilles Paris (Don Quichotte)

Au pays des kangourous

4ème de couverture : « Ce matin, j’ai trouvé papa dans le lave-vaisselle. En entrant dans la cuisine, j’ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d’hier soir. J’ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. Il m’a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers. Il était tout replié sur lui-même. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand mon papa. »

Simon, neuf ans, vit avec son père Paul et sa mère Carole dans un vaste appartement parisien. En fait, le couple n’en est plus un depuis longtemps, la faute au métier de Carole, qui l’accapare. Paul est écrivain, il écrit pour les autres. Carole est une femme d’affaires, elle passe sa vie en Australie, loin d’un mari qu’elle n’admire plus et d’un enfant qu’elle ne sait pas aimer. Le jour où Paul est interné pour dépression, Simon voit son quotidien bouleversé. L’enfant sans mère est recueilli par Lola, grand-mère fantasque et jamais mariée, adepte des séances de spiritisme avec ses amies « les sorcières », et prête à tout pour le protéger. Mais il rencontre aussi l’évanescente Lily, enfant autiste aux yeux violets, que les couloirs trop blancs de l’hôpital font paraître irréelle et qui semble pourtant résolue à lui offrir son aide. Porté par l’amour de Lily, perdu dans un univers dont le sens lui résiste, Simon va tâcher, au travers des songes qu’il s’invente en fermant les yeux, de mettre des mots sur la maladie de son père, jusqu’à toucher du doigt une vérité que l’on croyait indicible.

Mon avis : Ce roman est une vraie découverte pour moi, un roman empli de tendresse qui va rejoindre les livres dont je relis souvent des passages. Le parti-pris de l’auteur est de raconter par la voix de Simon sa vie alors que son père subit une dépression. Gilles Paris utilise le vocabulaire d’un enfant de 9 ans, et surtout, face aux petits moments de la vie quotidienne, nous glisse sa logique. Le coup de force de l’auteur, c’est bien de tenir la distance, d’en faire un roman passionnant au long duquel on rit, on sourit, et surtout on fond d’amour pour ce gamin. C’est un roman rempli de tendresse, d’humour, d’optimisme, pour lequel on peut que craquer. N’hésitez plus, lisez ce roman qui est une vraie réussite.

Leviathan – La chute de Lionel Davoust (Don Quichotte)

Allez savoir pourquoi, ce roman ne me disait rien. J’avais peur probablement d’un roman interminable sur la mer, avec des descriptions sur des vagues en furie, et une lutte d’un homme contre les éléments. La couverture ne m’a pas aidé non plus, un bateau dans les soubresauts de vagues géantes, un mélange de couleurs argent, et rouge que je trouve moyen. Pour finir, cette phrase qui tue tout : « Il est des révélations auxquelles l’esprit humain ne saurait se frotter sans chanceler ».

Bref, je trouvais que cela n’avait rien d’engageant. Eh bien, j’avais tort, énormément tort. Car dès les premières pages, j’ai été pris dans les filets de cette intrigue, par la qualité de la présentation des personnages. Dans cette première partie, on y trouve une soirée organisée par Michael Petersen, zoologiste, juste avant son départ pour une expédition scientifique en Antarctique.

Lui qui a une phobie de la mer, depuis la mort de ses parents alors qu’il avait seulement 7 ans, il a été choisi parmi de nombreux volontaires pour mener à bien cette mission biologique. Et il va devoir aussi braver sa peur intime, réunir ses forces et se montrer courageux pour surmonter sa peur panique. Il va laisser derrière lui sa femme Megan, et son enfant Eric pour braver l’inconnu.

Mais il n’a pas tout à fait été choisi par hasard. Deux factions, implantées au plus haut des instances internationales, se livrent bataille. Ils se nomment La main gauche et La main droite. Qui sont-ils ? Que veulent ils ? Pourquoi Michael a été choisi par eux ? Pourquoi veulent ils l’empêcher de mener à bien sa mission ? Qui est cette mystérieuse Masha et de quel coté est-elle ?

Si le thème du bien et du mal ainsi que leur lutte incessante fait partie des classiques de la littérature d’aventures ou bien du thriller, Lionel Davoust oppose ici La main droite, adepte de l’ordre absolu, de l’ultra rigorisme pour gérer la destinée de l’homme, et La main gauche adepte de la liberté individuelle par la connaissance et le savoir. La lutte entre les deux factions est bien entendu un jeu mortel, celui du pouvoir absolu, pour le contrôle du monde.

Comment résister à ce roman, tant Lionel Davoust est doué à présenter ses personnages, à aller de belles phrases à des dialogues formidables, tout cela au nom de l’efficacité. Le plaisir de la lecture est à son summum car on a l’impression de vivre à coté d’eux, grâce à une psychologie souvent subtile et bien trouvée, sans compter des scènes de suspense très prenante et d’une simplicité étonnante.

La construction quant à elle est assez classique, alternant entre Michael, mari modèle, père modèle mais homme torturé. Beau portrait que cet homme qui doit se prouver qu’il existe au-delà de son drame personnel. Masha, enquêtrice russe, apporte quant à elle l’aspect mystérieux et donne au livre les scènes de tension et d’action. Enfin, les trois autres participants à cette aventure sont plus en retrait pour ménager le suspense.

Qu’est-ce que je disais ? Ah oui, donc Michael se retrouve au Chili pour prendre le bateau. Quoi ? Déjà deux cents pages ? Pfiou ! Je ne les ai pas vues passer ! Alors, le mystère s’épaissit, il est question de complot, et je suis intrigué et ébahi devant l’inventivité de l’auteur. Si la présentation des personnages m’a conquis, ce coup ci, je suis carrément ferré : impossible de détacher mes yeux de ce livre. Je suis à nouveau époustouflé par la façon de créer la tension dans des scènes simples comme un parking mal éclairé ou juste un repas avec un des pontes du Comité.

Bon ! Je ne vais pas vous parler de la fin, parce que sinon, vous n’allez pas lire ce roman, qui est un bon mélange entre roman d’aventures, thriller, roman d’action et roman populaire. Populaire, il devrait d’ailleurs l’être à plusieurs titres, et comme c’est une trilogie, je suis déjà impatient de lire la suite pour voir si Lionel Davoust va tenir la route, à l’image d’un Dan Simmons avec son Echiquier du mal. Je n’ai pas peur des comparaisons, ce livre m’a enchanté et j’espère bien qu’il en fera de même pour vous.