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Oldies : Smoke de Donald Westlake

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Marie-Caroline Aubert

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, il fallait que j’insère un roman de Donald Westlake. J’adore cet auteur et pas seulement pour sa série Dortmunder. J’adore sa façon de regarder le quotidien de travers, sur un ton décalé. Et j’adore sa créativité dans ses scènes comiques.

L’auteur :

Donald Edwin Westlake, né le 12 juillet 1933 dans le district de Brooklyn, à New York et mort le 31 décembre 2008 à San Pancho au Mexique, est un écrivain et scénariste américain, également connu sous de nombreux pseudonymes (Richard Stark, Alan Marshall, Tucker Coe …). Auteur prolifique et polyvalent, il est notamment célèbre pour ses romans policiers humoristiques mettant en scène les aventures de John Dortmunder, Parker et Alan Grofield.

Westlake passe son enfance dans le quartier populaire de Brooklyn et complète ses études à l’Université d’État de New York à Binghamton. De 1954 à 1956, il accomplit son service militaire dans la US Air Force. De retour à la vie civile, il exerce plusieurs petits métiers. Il devient notamment rédacteur dans une agence de littérature. Cette fréquentation du milieu littéraire le décide à embrasser la carrière d’écrivain en 1958. Deux ans plus tard paraît son premier roman, Le Zèbre (The Mercenaries). La notoriété de l’auteur ne prend toutefois son envol qu’à partir de 1967, quand Divine Providence (God Save the Mark) décroche l’Edgar du meilleur roman policier de l’année.

Écrivain prolifique et éclectique, Westlake a écrit plus d’une centaine d’ouvrages, approchant bon nombre des genres de la littérature policière que ce soit le polar humoristique (son genre de prédilection), le roman policier, le roman noir, le thriller, le fantastique ou même la science-fiction. Il a remporté par trois fois le prix Edgar-Allan-Poe, et s’est vu décerner en 1993 le Grand Master Award par l’association des Mystery Writers of America.

Donald Westlake collabore à quelques scénarios ou les rédige seul : Flics et voyous (1973) par Aram Avakian, adaptation de son propre roman Gendarmes et voleurs (Cops and Robbers) ; Le Beau-père par Joseph Ruben, d’après une histoire originale de Westlake, écrite en collaboration avec Carolyn Lefcourt et Brian Garfield, et surtout Les Arnaqueurs, film de Stephen Frears, une adaptation du roman éponyme de Jim Thompson pour laquelle Westlake est nommé pour l’Oscar du meilleur scénario adapté en 1991.

En 2008, Westlake meurt d’une crise cardiaque la veille du Jour de l’an, alors qu’il séjourne au Mexique en compagnie de son épouse Abigail.

(Source Wikipedia adaptée par mes soins)

Quatrième de couverture :

Freddie Noon n’est pas un criminel endurci. Il se définirait plutôt comme  » semi-tendre « . Alors quand il choisit de cambrioler le laboratoire Loomis-Heimhocker, il envisage une petite effraction tranquille. Ce que Freddie ne sait pas, c’est que ce laboratoire est financé par les industriels du tabac et que si l’on y effectue des recherches sur le cancer, en aucun cas elles ne doivent aboutir à la conclusion que fumer pourrait… provoquer des maladies graves. Pour se garder de tomber par hasard (on ne sait jamais) sur des résultats gênants, les deux médecins qui dirigent le labo se sont intéressés au traitement du mélanome, et ils sont en passe de réussir ; ils ont mis au point deux formules qui ne demandent qu’un cobaye pour être testées. Freddie ne pouvait mieux tomber. Il y aura cependant des conséquences imprévues : il devient invisible, ce qui, même dans son métier, présente quelques inconvénients. Essayez donc de vous raser quand vous n’apercevez pas votre visage. Essayez de vous faire (bien) voir de votre femme. Comme le dit Freddie,  » être un homme invisible, c’est un job plutôt solitaire « . Westlake improvise brillamment sur le thème classique de l’invisibilité. Il en profite pour railler les travers de l’Amérique où l’anti-tabagisme prend des formes assez intolérantes et il prouve avec ce roman plein d’humour qu’il a toujours autant de souffle. Lire Westlake nuit gravement à la morosité.

Mon avis :

Donald Westlake a écrit tellement de romans, dans tous les genres, et sous différents noms, qu’il était bien difficile de faire un choix. Claude Mepslède a attiré mon attention sur celui-ci et c’est un pur plaisir de comédie. Et comme souvent chez Westlake, tout part d’un petit voleur, une profession qui devait être une passion pour cet auteur. Smoke est l’occasion de revisiter le mythe de l’homme invisible.

Freddie U. Noon (U comme Urbain, vous savez, le pape … et même les papes, il y en a eu plusieurs avec ce prénom ridicule, dixit Westlake) est donc un petit voleur et s’introduit dans la maison d’un couple de docteurs, qui font des recherches sur le cancer. Leur dernière trouvaille touche plutôt aux cancers de la peau, partant du principe qu’en gommant les pigments de la peau, on ne peut plus attraper le cancer. Ils en sont au stade de l’essai grandeur nature et obligent Freddie à prendre leur produit n°1, en mentant sur le fait que la fiole n°2 est un antidote. Freddie s’échappe et boit donc les 2 produits, devenant invisible.

Avec cette intrigue, Westlake décline son humour envers les chercheurs en médecine, mais aussi les avocats qui se font un fric monstre, leur rôle trouble en jouant sur tous les tableaux, et surtout l’industrie du tabac qui, en créant des sociétés derrière un écran de fumée ( !) paient des chercheurs pour démontrer que le tabac n’est pas nocif. Finalement, on s’aperçoit que les plus nocifs, les plus truands ne sont pas les petits voleurs mais bien les grands pontes, les légalistes et les scientifiques. Et le personnage le plus attachant s’avère être finalement le pauvre Freddie ! Un comble !

Donald Westlake disait que pour écrire un roman, il suffisait de partir d’une idée et de se laisser entraîner par l’intrigue, d’improviser. C’est totalement l’impression que l’on a en lisant ce roman. Car l’intrigue, qui suit plusieurs personnages de Freddie aux deux docteurs, en passant par les avocats ou les policiers, ne va jamais dans le sens où on pourrait le croire. On est tout le temps surpris et on se marre, voire on rit jaune quand Westlake nous sort une pique bien sentie envers une profession.

On retrouve tout le talent de Westlake dans ce roman pour construire ses scènes comiques : Les personnages sont décrits avec des termes et des comparaisons détournées ; les décors sont très détaillés et chaque détail prête à rire ; les scènes sont construites patiemment jusqu’à à arriver à une chute qui est bien souvent des chefs-d’œuvre de comique de situation. Il est grand temps de découvrir, lire et relire Donald Westlake, qui nous manque tant. Westlake, c’est de la lecture jouissive assurée.

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Oldies : La pomme de discorde de Donald Westlake

Editeur : Rivages

Traducteur : Denise May et Marc Boulet

Quand je ne sais pas quoi lire, je me tourne souvent vers les Grands du polar. Elmore Leonard, Donald Westlake, David Goodis, William Irish ou Lawrence Block sont quelques noms vers lesquels je me tourne. Donald Westlake pour moi est un incontournable.

L’auteur :

Donald Westlake (1933-2008) est né à Brooklyn. Écrivain prolifique et éclectique, il a écrit plus d’une centaine de livres, approchant bon nombre des genres de la littérature policière que ce soit le polar humoristique (son genre de prédilection), le roman policier, le roman noir, le thriller, le fantastique ou même la science-fiction.

Il a écrit sous divers pseudonymes, en particulier ceux de Richard Stark et Tucker Coe.

Spécialiste du roman de « casse », ses deux personnages préférés et récurrents sont John Dortmunder, cambrioleur professionnel aux aventures rocambolesques poursuivi par la poisse et Parker (sous le pseudonyme de Stark), jumeau sérieux de Dortmunder, un cambrioleur froid, cynique et efficace.

Il a remporté par trois fois le Edgar award, et a été désigné en 1993 Grand Master de l’association Mystery Writers of America.

Quatrième de couverture :

Depuis son renvoi de la police de New York, Mitch Tobin flirte avec la dépression nerveuse. Aussi, lorsqu’il est interné dans un établissement de soins psychiatriques, peut-on se demander s’il est là en tant qu’enquêteur privé ou en tant que patient…

Mon avis :

Donald Westlake a écrit plus d’une centaine de romans, balayant tous les genres. Il est certes connu et reconnu pour ses romans humoristiques (la série Dortmunder, Aztèques dansants …) mais aussi pour ses romans plus sociaux (Le contrat) mais aussi pour ses romans plus violents mettant en scène le tueur à gages Parker. Avec une telle quantité de romans à son actif, il serait faux pour moi d’affirmer que tous ses romans sont incontournables mais il y en a beaucoup.

Ce roman fait partie de la série Mitch Tobin, que Westlake avait écrit sous le pseudonyme de Tucker Coe. La pomme de discorde, publié en 1970, avait été traduit en France la même année sous le titre « Alerte aux dingues », à la Série Noire. Rivages a eu la bonne idée de ressortir ce roman, dans une traduction complétée, car c’est un drôle de roman d’enquête.

Je ne connaissais pas Donald Westlake dans ce registre, moitié roman psychologique, moitié Whodunit. Mitch Tobin a été durement atteint par la mort de son partenaire de la police. N’étant pas encore détective privé, il accepte d’enquêter sur des actes de malveillance dans un asile, ou plutôt dans une maison de repos, qui renferme des doux dingues. Et Mitch va avoir fort à faire …

C’est un roman psychologique bien fait, qui allie la description des lieux avec les difficultés de Mitch Tobin. Il est d’ailleurs amusant de voir Mitch s’enfermer pour résoudre cette affaire. Et c’est un roman d’enquête fort bien mené, que Agatha Christie n’aurait pas renié. D’une rigueur à toute épreuve, Westlake va nous amener vers une solution que l’on n’aurait pas vu venir !

Dire que c’est un des meilleurs romans de Westlake serait un mensonge. C’est un bon polar qui révèle une nouvelle facette de cet auteur aux multiples facettes, qui a une nouvelle fois su me captiver.

Monstre sacré de Donald Westlake (Rivages)

Un nouveau Westlake, c’est un petit bonheur malgré sa disparition fin 2008, c’est l’assurance de lire un bon polar avec de l’humour noir et de l’ironie au programme. Celui-ci ne fait pas exception à la règle.

Jack Pine est une vieille star du show business. Il se réveille difficilement d’une soirée particulièrement alcoolisée et s’aperçoit qu’il doit respecter ses engagements vis-à-vis de la presse, à savoir répondre à un reporter du magazine People Michael O’Connor. Allongé au bord de sa piscine dans sa propriété de Bel Air, ébloui par le soleil agressif, il va se rappeler sa vie, par des flash-backs successifs.

De sa jeunesse, où il a perdu sa virginité dans les bras d’une vieille gloire du théâtre, occasionnant même sa mort lors d’une partie de jambes en l’air à l’arrière d’une voiture, jusqu’au point culminant de sa carrière avec la remise d’un oscar, puis sa chute, la vie de Jack Pine est indissociable de son ami d’enfance Buddy Pal.

Ce roman fait partie de ce que j’appellerais les romans orphelins. Point de Dortmunder, ni de Parker dans ce roman, mais un personnage de star du cinéma que l’on va adorer détester. Si le début peut surprendre par le sérieux de l’intrigue, le naturel de Donald Westlake revient bien vite au galop. Et je dois dire que l’on a encore droit à de formidables scènes comiques, comme seul Donald Westlake savait les inventer.

Il faut dire qu’il nous a créé un sacré personnage de salaud, prêt à tout pour réussir, dans un monde qui le vaut bien. La critique est acerbe, le ton est plus qu’ironique, franchement cynique. L’intrigue flirte avec la ligne blanche, on se demande comment il va s’en sortir, et c’est à ce moment là que le génie de l’auteur entre en jeu pour nous offrir de superbes pirouettes.

Je ne classerai pas ce roman parmi ses meilleurs, et ce n’est pas non plus par celui-ci qu’il faut découvrir cet auteur. Par contre, les fans vont prendre leur pied, et les autres y trouveront de quoi se divertir. Car, au final, on passe quand même un très bon moment de lecture. Et puis, la fin qui est excellente nous rappelle tout de même que c’est un polar, et que Westlake était un formidable auteur.

Surveille tes arrières ! de Donald Westlake (Rivages)

Dans le milieu du roman noir, il était un personnage à part. Donald Westlake était un comique prolifique génial. Voici donc le dernier roman paru à ce jour qui est une aventure de Dortmunder.

Arnie Albright, receleur de son état et… relation ‘professionnelle’ de John Dortmunder. Personne ne le supporte, et lui-même ne se supporte plus, à tel point que « quand il se rase, il tourne le dos au miroir ». Poussé par ses proches, Arnie fait donc une cure au Club Med, pour se changer. Et ça marche ! Il devient plus sympathique. Dès son retour, il contacte John Dortmunder pour une affaire dont il a eu l’idée pendant sa cure.

Pendant sa cure, Arnie a fait connaissance avec Preston FareWeather, un personnage encore plus odieux que lui : il a divorcé de cinq femmes et ne veut rien leur laisser. Elles se ont donc liguées contre lui pour qu’il ne lui reste rien, d’où son exil au Club Med dans les Caraïbes. Arinie le fait parler et apprend qu’il a un appartement à New York avec plein d’œuvres d’art. Comme il est en exil, l’appartement est vide et libre sauf deux fois par mois, lors de la tournée d’une société de sécurité et lors d’une société de nettoyage.

Arnie qui est en train de devenir un personnage fréquentable propose ce cambriolage à Dortmunder et son équipe. Vider un duplex vide situé sur la cinquième avenue ne parait pas compliqué, d’autant plus qu’il est desservi par un ascenseur particulier et que l’alarme est un modèle usuel. Récupérer un camion, le garer dans le garage où est rangée une BMW et vider l’appartement en une nuit, on ne voit pas comment Dortmunder peut rater ce coup là.

Seulement, voilà ! Le bar dans lequel ils préparent tous leurs coups, le O.J. Bar & Grill est tombé entre les mains de la pègre. Les mafiosi utilisent les crédits du bar pour acheter des affaires (caisses enregistreuses, bouteilles…) pour ensuite tout déménager et ainsi mettre en faillite le bar. Dortmunder ne peut pas laisser faire cela, et il va devoir gérer cette affaire en parallèle de son cambriolage.

On retrouve tout ce qui fait la force dans ce roman : Un style limpide et simple, des personnages toujours aussi bien décrits et réalistes, des situations loufoques amenées doucement pour que le lecteur image bien la scène, des dialogues hilarants, une histoire vraisemblable et délirante.

Et, à la limite, je n’ai pas envie de rajouter quelque chose. C’est drôle, enlevé, ça se lit très vite et on sourit ou on rit à toutes les pages. Si vous cherchez un livre sérieux ou noir, passez votre chemin. Ici tout est fait pour passer du bon temps. C’est bien fait, c’est tout simplement à lire.

A noter à la fin du livre une liste de toutes les aventures de Dortmunder que je vous conseille de lire pour passer un excellent moment de rigolade. Et vous n’êtes pas obligé de les lire dans l’ordre, mais tous sont indispensables. Enfin, Rivages vient de sortir deux romans de Donald Westlake que sont Argent facile et le génialissime Mort de trouille. Lisez Donald Westlake.

Envoyez les couleurs de Donald Westlake (Rivages Thriller)

C’est un roman que j’ai lu quand il est sorti (donc en début d’année) car je lis des Westlake dès que je le peux.
Le jeune Olivier Abbott vient d’être nommé professeur d’anglais à l’école de Colfax que dirige son père. Mais dès le premier jour de classe, les élèves – 87 % sont des Noirs – se mettent en grève, lui reprochant d’avoir pris la place d’un professeur de race noire. Bravant cette contestation dirigée contre lui et son père, Olivier obtient la protection d’une ravissante collègue, Leona, qui appartient au groupe modéré des contestataires noirs. Mieux : il entreprend de la séduire, et Leona succombe peu à peu au charme du professeur, ce qui provoque la panique du père d’Olivier et la fureur de la communauté noire…
Donald Westlake est un GRAND, était un grand. Dans ce roman, il aborde le sujet du racisme, sujet oh combien ! difficle. Comme toujours, il part d’une situation classique, et déroule l’histoire avec logique. Et comme toujours, cela se suit avec beaucoup de plaisir. Son écriture est limpide, les descriptions simples et les dialogues brillants.
Les deux personnages, Olivier et Leona, sont immédiatement sympathiques et on ressent beaucoup de compassion envers ce qui leur arrive. Et on poursuit la lecture avec avidité en espérant que tout se finisse bien, parce qu’avec Westlake, on ne sait jamais. Il y a aussi un coté daté dans ce livre écrit en 1969 (cette édition a été re-traduite dans le cadre d’une ré-édition des oeuvres du maître). C’est pllutot agréable, on a l’impression de voir un film américain des années 50, comme le dit justement Actu du noir là.
Contrairement aux autres romans de Westlake, l’humour est moins présent (ou du moins je l’ai moins senti / ressenti). Il y a bien quelques passages hilarants mais ils sont situés vers le début du bouquin. J’ai eu l’impression que Westlake était un peu écrasé par la gravité du sujet, qu’il n’avait pas le détachement que l’on peut trouver dans ses autres romans. Par contre, il renvoie les deux parties dos à dos comme si on était dans un match de football (américain), que le match se terminait avec un score nul, pour montrer qu’au bout du compte c’est l’éducation qui compte et pas la couleur de la peau. La leçon de morale de la fin est tout de même un peu trop « premier degré » à mon gout.
Ce roman ne restera pas dans mes annales comme le meilleur de Westlake. Essayez donc les aventures de Dortmunder, ou même Un jumeau singulier ou Mort de trouille ou Aztèques dansants. Là, je vous garantis des éclats de rire à en avoir mal aux maxilaires.