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Les mannequins ne sont pas des filles modèles de Olivier Gay (Editions du masque)

Olivier Gay reprend son personnage de Fitz, avec qui nous avions fait connaissance dans Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, un premier roman pour lequel son auteur a remporté le prix du premier roman lors du festival de Beaune 2012.

Nous retrouvons donc avec grand plaisir nos trois compères, John-Fitzgerald dit Fitz notre noctambule dealer de drogue à la petite semaine, son ami Moussah consommateur de soleil (entendez par là cocaïne) et videur de boite de nuit, et Deborah enseignante et parasite comme eux. Le postulat de base est simple : Moussah est amoureux de Cerise Bonnétoile (ça ne s’invente pas !), une jeune femme mannequin de vingt cinq printemps, belle comme une fleur en fleur.

Moussah est donc tout heureux de présenter sa chérie à ses meilleurs amis, et compagnons de cocaïne dans un bar. Cerise, tout de suite à l’aise, se présente. Elle a vingt cinq ans, et va se présenter à un concours de beauté pour l’agence Podium. Tous sont d’accord pour l’accompagner, ce sera le week-end prochain qu’aura lieu la sélection des postulantes à la grande finale.

Je vous passe les détails de cette sélection, même si c’est l’occasion pour Fitz de draguer et d’observer les parents qui amènent leur progéniture, même si les jeunes filles sont prêtes à tout pour gagner. Il faut dire que cela peut rapporter un paquet d’argent pour quelques photos ! Bref, Cerise est qualifiée. Le problème, c’est que quelques jours plus tard, Cerise ne donne plus signe de vie. Après quelques recherches, nos amis se rendent compte qu’elle a reçu des messages de menace pour ne pas se présenter au concours, et doivent de rendre à l’évidence que leur Cerise a bel et bien été enlevée.

Si vous avez aimé Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, vous allez adorer celui-ci, et c’est mon cas ! Non pas que je sois passionné par les parasites de la nuit, les dealers à la petite semaine. Mais, il y règnent tout au long du livre une bonne humeur, une bonne dose d’autodérision qui ne peut laisser indifférent. Que cela soit clair : ce livre n’est pas sérieux, il est même dangereux, au sens où vous risquez d’en ressortir avec des crampes aux zygomatiques.

Moussah et Deborah ont quand même un rôle plus étoffé que dans le premier roman, et c’est tant mieux. Moussah apparait comme un gros bourru au cœur tendre, un peu perdu, fonçant tète baissée avant de réfléchir. Deborah est plus subtile, collée aux deux autres pour s’amuser, comme une merde sur une semelle de chaussure, mais c’est aussi une jeune femme en mal d’amour, fragile. Et puis Fitz, égal à lui-même, est un grand gaffeur, qui se rapproche de plus en plus d’un Gaston (Lagaffe bien sur), toujours à proposer des idées qui ne sont pas les bonnes, les événements allant toujours à l’inverse de ce qu’il a prévu.

On a aussi droit à des scènes hilarantes, des discussions abracadabrantes. Et par sa maitrise de certaines scènes comiques, on n’est pas loin de ce qu’aurait pu imaginer un Westlake, par la façon d’amener le gag mais de nous faire patienter pour que l’effet que l’on pressent gros le soit encore plus à la fin. En parlant de fin, elle vous réservera une belle surprise, car sous ses dehors de comédie, il y a tout de même un suspense pour savoir qui est qui, et je ne vous dis rien.

Et même si on peut y noter des incohérences ou des choses étranges (maintenant, nos trois compères ne sont pas complètement comme vous et moi …), je suis d’une grande indulgence devant la grosse dose de bonne humeur que m’a insufflée ce roman. Pour son deuxième roman, Olivier Gay a fait mieux que le premier, c’est une franche réussite, et cela promet pour le troisième ! A la prochaine Fitz !

Voici quelques billets des blogueurs amis (et que ceux que j’ai oublié me pardonnent) :

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/article-olivier-gay-les-mannequins-ne-sont-pas-des-filles-modeles-115316940.html

http://www.unwalkers.com/les-mannequins-ne-sont-pas-des-filles-modeles-dolivier-gay-le-masque-par-sweetie/

41 de Rogelio Guedea (Ombres noires)

Après Dans le ventre des mères de Marin Ledun, voici la deuxième sortie de la nouvelle maison d’édition de romans noirs Ombres Noires. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur a pris le parti de l’originalité.

Colima, Mexique.  Un gamin est intrigué par une chevrolet rouge, garée depuis un certain temps dans la rue. Il s’aperçoit que du sang sort du coffre. Effectivement, la police découvre un cadavre dans le coffre. Il s’agit du corps de Ramiro Hernandez Montes, un homme connu pour être le frère du gouverneur de l’état de Colima. Donc, dans cette affaire, il est hors de question de remettre en cause les futures élections de son frère. Les choses se corsent quand la police découvre que Ramiro est connu pour être homosexuel. En outre, il a des penchants pédophiles notoires. Le commandant Obispo va prendre en charge cette affaire, aidé en cela des agents Sabino et Roman.

En parallèle de cette affaire criminelle, Alfonso Castro Bautista, un jeune homme qui se fait appeler Le Japonais ne fait rien de ses journées. Alors que ses parents, comme tant d’autres, vivent du trafic de drogue, lui arpente les salles de jeux et les bars. Il rencontre le Métallo, qui va l’initier au monde du sexe homosexuel.

On ne peut pas dire que ce roman soit facile à appréhender, tant le parti pris de l’auteur est particulier. Et la forme a tendance à prendre le pas sur le fond ce qui est bien dommage. Car la construction du roman est originale : En alternance, on va suivre le parcours du Japonais, jeune homme désœuvré, qui occupe son temps comme il peut. L’enquête, elle, va progresser au travers des procès verbaux de la police. Si cela donne de la véracité au récit, la forme s’avère, du moins en ce qui me concerne, amusante au début puis rapidement un peu longue.

Et il faut patienter jusqu’à la page 170 pour comprendre combien ce roman est véritablement subversif. Car, effectivement, c’est là que l’on se rend compte de ce que Rogelio Guedea veut dénoncer. Et la leçon est éloquente, et redoutablement frappante, car l’enquête s’avère bien secondaire, on n’en a rien à faire du nom de l’assassin, du fait qu’il ait tué cinq personnes homosexuelles à tendance pédophile. En réalité, tout est savamment orchestré par le pouvoir en place pour éviter que le gouverneur perde les élections.

De même, la vie du Japonais donne lieu à des scènes très dures, très difficile à lire, d’une violence sexuelle très explicite et choquante. D’une façon très naturelle, Rogelio nous montre la vie des Mexicains, pris entre politique et drogue, entre sexe et violence. C’est une peinture bien noire, bien désespérante aussi, et nul espoir ne transparait dans la conclusion de son roman.

Si l’on parle des policiers, on s’aperçoit vite qu’ils n’ont d’autres choix que de suivre les desiderata du procureur, et soit on suit les ordres soit on meurt. Sex, drugs and violence, c’est le menu de ce roman, et pour peu que l’on adhère à la forme, ce roman apparaitra comme un excellent roman noir mat. En tous cas, c’est un premier roman impressionnant qui donne une vision sans concession de la société mexicaine. Et ce qui finit de vous démolir le moral, c’est quand on lit au début du roman, que cette histoire est inspirée de faits réels.

Le monde à l’endroit de Ron Rash (Seuil)

Ma très chère petite souris,

Comme tu as eu la gentillesse de me prêter Le monde à l’endroit de Ron Rash, je ne pouvais que te parler de cette lecture bouleversante et qui marquera ma (petite) culture littéraire. Mais que puis-je, ou du moins que dois-je ajouter à ton article publié sur ton blog Passion-polar ? J’ai l’impression qu’il me suffirait de crier à la face du monde : Lisez Ron Rash !

Car dès Un pied au paradis, on sentait la patte d’un grand auteur. Quelle façon de maitriser son intrigue à plusieurs voix, de peindre une Amérique des petits, des insignifiants, de petit à petit dévoiler un drame qui de toute façon est inévitable. Et c’était son premier roman. Avec Serena, il frappait (à mon avis) encore plus fort, avec un personnage féminin incroyablement noir dans un environnement composé uniquement d’hommes, où on avait l’impression que le monde est animal et a engendré le mal, une formidable illustration de L’homme est un loup pour l’homme.

Le monde à l’endroit est sorti aux Etats Unis juste avant Serena. Et quand tu as sorti ton billet, tu m’as proposé de me le prêter. Et je ne peux que paraphraser ce que tu en as dit. Pourtant, tu sais bien que je n’aime pas répéter ce que les autres ont dit. Car ce roman est un grand moment, qui confirme que Ron Rash est un grand, un très grand auteur.

De cette histoire dramatique et noire, je n’en dirai qu’un mot : Travis Shelton, un jeune homme de 17 ans, va découvrir un plan de marijuana en allant à la pêche. Il va en voler quelques plans pour les vendre à Leonard, ancien professeur reconverti en dealer de drogue. Les vrais propriétaires sont les Carlton et ils vont piéger Travis et lui couper l’envie de recommencer en lui coupant le tendon d’Achille. Travis va se rétablir et s’installer chez Leonard, qui va le pousser à avoir son BAC.

Tu le sais, ma petite souris, qu’il y a des thèmes qui me touchent particulièrement. La relation Père-Fils fait partie de ceux-là. Travis en rupture avec sa famille va se trouver un nouveau mentor qui lui ouvre les yeux sur ses possibilités mais aussi sur ses conséquences. On ne peut pas sauver quelqu’un qui ne le veut pas. C’est aussi le poids du passé, l’influence des racines et leurs conséquences sur les hommes d’aujourd’hui. En effet, à Shelton Laurel pendant la guerre d’indépendance en 1863, eut lieu un massacre d’innocents uniquement sous prétexte qu’ils appartenaient à l’autre camp. Cet héritage ne s’efface jamais complètement, il y reste toujours des cicatrices.

Par contre, ma petite souris, il y a une chose que je n’aime pas beaucoup. Et je n’ai pas dit que c’est ce que tu fais. Certains mettent une étiquette de Nature Writing à Ron Rash, sous prétexte qu’il écrit et décrit des personnages et des situations qui se passent dans la campagne profonde, et mettant en scène des gens simples. Certes, la nature est omniprésente, dans sa dualité, belle et dangereuse, inégalable et mortelle. Mais Nature writing ou pas, c’est juste de la grande littérature. Et peut-être Ron Rash se pose-t-il la question suivante : L’homme est-il vraiment l’animal le plus évolué sur Terre ? Une question parmi tant d’autres, tant ce roman en regorge.

Enfin, chère petite souris, tu sais combien je suis attaché au style. C’est pour moi ce qui fait la différence entre un bon roman et un excellent roman. On n’y trouvera rien pour relever la tête du lecteur. Le style est brut voire brutal, sec, cherchant l’efficacité, le bon nom, l’adjectif juste ; bref, on est dans l’orfèvrerie, dans le pointillisme, l’obsession de la perfection. Par moment, il m’a fallu reprendre quelques phrases, je te l’avoue, mais dans l’ensemble, je suis époustouflé, impressionné, ébahi devant tant de talent. Tout cela pour te dire que je trouve que c’est une lecture qui se mérite.

Et moi qui n’aime pas mettre des étiquettes, je ne peux m’empêcher de rapprocher ce roman des meilleurs romans des grands auteurs américains. Et en particulier Père et fils de Larry Brown. D’ailleurs, je n’avais pas lu de roman aussi fort sur les pauvres gens depuis bien longtemps. Tu l’auras compris, j’ai adoré. Alors que puis-te dire ? Merci, un grand merci, un énorme merci ! Et comment puis je te remercier ? Ma foi, en publiant cette lettre, telle quelle, et en te dédiant ce billet. Petite souris, cette humble et misérable prose est pour toi, mon ami du Sud.

A bientôt. Pierre

Cool de Don Winslow (Seuil)

Rappelez vous ! Il y a deux ans, Savages débarquait sur les rayons des libraires. Avec un titre comme ça, peu de chances d’attirer les foules. Le scenario ? Simple. Par contre, dès que vous l’aviez ouvert, BIM BAM BOUM, Don Winslow inventait un style à base de baffes dans la gueule, et ça marchait tellement bien que même les messages sur la façon dont se passe le trafic de drogue aux Etats Unis étaient clairs et bien assimilés.

Difficile de faire une suite à Savages, mais pourquoi ne pas en écrire le prequel, ou pour ceux qui ne comprennent pas l’Anglais, une histoire qui se déroule avant Savages. Et là, pareil ! Don Winslow nous matraque la tête, à la façon d’un boxeur dans son punching ball, ne nous laissant aucun répit. Cela peut sembler facile, mais il faut un sacré talent pour montrer en quelques phrases, en quelques mots un personnage.

Et puis, les phrases n’existent plus … D’ailleurs, le monde tel qu’il existait n’existe plus. C’est la foire aux mots, les rafales partent tout le temps, à droite, à gauche. Il y a tout juste une phrase pour décrire un lieu que la scène suivante débarque. Ça peut sembler un peu anarchique, un peu foutraque, mais c’est bigrement efficace … pourvu que l’on y adhère.

Bref, on retrouve Ben, l’idéaliste pacifiste et créateur de génie en matière d’OGM, Chon, la teigne du groupe dont la religion est de sauver les amis, et O, dite Ophelie, la perle immaculée du groupe. Alors que Chon, soldat, doit repartir en Irak, Ben est contacté par un mystérieux vieil homme, affublé d’un T-shirt Les Vieux Règnent, qui lui fait du chantage pour racheter leur commerce de drogue.

En parallèle de cette histoire, nous allons rencontrer les parents de nos trois compères, dans les années 70, 80 puis 90. Cela va donner la possibilité à Don Winslow, de non seulement parler de la drogue (sa croisade personnelle), mais de montrer aussi l’évolution de la société depuis les hippies jusqu’au capitalisme libéral. Et là, il fait fort. Que ce soit l’intrigue ou la démonstration, tout est d’une limpidité effarante, et le message d’autant plus frappant. Il se permet donc, en plus de son style explosé et explosant, de nous asséner quelques vérités, telles celle-ci :

« Qu’est-il arrivé ?

Altamont, Charles Manson, Sharon Tate, Le fils de Sam, Mark Chapman, nous avons vu un rêve se transformer en cauchemar, nous avons vu love and peace, l’amour et la paix, se changer en guerre et violence sans fin, notre idéalisme en réalisme, notre réalisme en cynisme, notre cynisme en apathie, notre apathie en égoïsme, notre égoïsme en cupidité et puis la cupidité est devenue agréable et nous

Avons eu des bébés. »

A la fois très semblable mais aussi très différent de Savages, Cool démontre que l’on peut faire du polar intelligemment, que l’on peut dire des choses crument, que l’on peut encore inventer des choses en littérature. Si vous n’avez pas peur des claques, lisez donc Savages d’abord (qui vient de ressortir au Livre de Poche) puis attaquez ce Cool, qui l’est beaucoup moins que son titre.

Ne ratez pas sur le net les avis des copains et copines : Le Parisien , Unwalkers  , Jean Marc , et Jeanne .

Le jour du fléau de Karim Madani (Gallimard série noire)

De Karim Madani, j’avais été époustouflé par l’ambition de Cauchemar périphérique, découvert grâce à Polar SNCF. Impossible par conséquent de rater son nouveau roman Le jour du Fléau. Un roman noir dans la plus pure tradition du genre.

Paco Rivera est flic à Arkestra. Il entre à la brigade des mineurs, après avoir travaillé à la brigade des stupéfiants. En fait, il a changé de boulot, car il vient d’échouer dans une précédente enquête qui s’est terminée par son informatrice, Katia. Cette jeune droguée a en effet été torturée, puis droguée par ceux que Paco poursuivait. Toute la scène a été filmée en direct, puis envoyé à son adresse.

Changer de service ne veut pas dire que le travail va être plus facile, loin de là. Le métier de flic à Arkestra veut dire côtoyer la fange de l’humanité, les bas-fonds de l’âme : entre fréquenter les shootés overdosés et les victimes de violence enfantine, le résultat est le même : rencontrer le pire dans ce l’homme est capable de créer.

Paco fait donc équipe avec Gina, une lesbienne noire, efficace et professionnelle et leur équipe fait des merveilles. Ce jour-là, on les charge de retrouver Pauline, une jeune fille de seize ans. Cette enquête minutieuse va les mener sur la trace d’un mystérieux personnage qui se fait appeler le Photographe, et l’intrigue va mettre à jour une organisation à faire froid dans le dos.

Quand j’ai rencontré Karim Madani à Lyon, nous avons discuté de son livre et des différences que j’allais y trouver par rapport au précédent. Il m’a dit alors cette phrase dont je me rappelle encore aujourd’hui : Construire une histoire dans une ville imaginaire, cela laisse plus de liberté. A la lecture de ce Jour du fléau, l’impression (double) que cela me laisse, c’est une noirceur totale et le plaisir que l’auteur a eu à écrire cette histoire.

Ce roman est une bonne synthèse de roman noir. Tous les ingrédients (d’aucuns diront les clichés) sont présents, du flic désespéré alcoolique et drogué au sirop contre la toux, des tueurs en série mystérieux, des flics véreux. Tout y est, et tout est assimilé, intégré dans une intrigue que l’on suit avec plaisir, pour peu que l’on aime le roman noir (et j’adore), car le ton y est définitivement noir.

Les quartiers sont crades, les personnages en voie de désespoir final, le ton est glauque. Bref, ne comptez pas sur ce livre pour vous remonter le moral. A la lecture, on a l’impression de revivre et revoir Blade Runner, le film je veux dire, avec cette absence de lumière et cette pluie incessante, déprimante. Et si Arkestra est complètement imaginaire, Karim Madani insère dans son livre des détails, des marques qui nous rappellent que la réalité n’est jamais très loin. On y retrouvera aussi de nombreuses références à la musique ou aux auteurs de romans noirs. Un livre en forme d’hommage ? Pas seulement.

Un pur roman noir, dans le plus pur style du genre, écrit et décrit avec célérité, comme si on était sous amphétamines, voilà ce à quoi il faut s’attendre. Les grognons diront qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Les amateurs aimeront ce roman, justement pour ce ton sans espoir, glauque, humide, noir mat. Le ton et le personnage principal donnent un roman très convaincant, et le sous-titre du roman (Les chroniques d’Arkestra) nous donne à espérer qu’il y aura d’autres intrigues dans cette ville en décomposition, ce que je souhaite de tout mon cœur.

Triple crossing de Sebastian Rotella (Liana Levi)

Ce roman m’a été fortement conseillé par Coco, alors, du coup j’en profite pour passer un message personnel : merci pour tes conseils, merci pour les bouquins que tu me donnes et merci pour m’avoir poussé à lire cet excellent roman.

Ils sont deux, deux hommes, chacun d’un coté de la frontière américano-mexicaine. Le premier s’appelle Valentin Pescatore, d’origine italienne, et travaille dans la police frontalière étatsunienne ; le deuxième s’appelle Mendez, flic mexicain incorruptible, à la tête du groupe Diogène, sorte d’équipe de terrain qui lutte contre le trafic de drogue. Entre les deux, la superbe Isabel Puente, agente américaine, va se servir d’eux et tirer les ficelles de cette histoire.

Le rôle de la police frontalière est de récupérer tous les migrants illégaux qui passent la frontière. De plus en plus Valentin récupère des AQM (Autres Que Mexicains), ce qui lui occasionne plus de paperasse. Alors que ses collègues profitent de la détresse de ces gens pour laisser libre cours à leurs instincts bestiaux, Valentin est un gentil, pris d’empathie envers ces gens qui espèrent sortir de leur misère. Alors qu’il course Pulpo, un passeur, il passe la frontière ce qui passe pour un acte illégal.

Mendez va interroger valentin et souhaite l’inculper, car il pense que Valentin est un pourri qui cache son jeu. Isabel Puente va récupérer Valentin et l’obliger à infiltrer le gang de son chef Garrison, soupçonné d’être en affaire avec les gangs qui détiennent le trafic de la Triple Frontière (Brésil, Paraguay, Argentine).

Quoi ? Triple crossing est un premier roman ? Alors, permettez-moi de tirer mon chapeau à Sebastian Rotella. Car vous trouverez ici de quoi vous passionner du début à la fin de ce livre, dont le seul reproche que je pourrais faire (si c’en est un) est parfois son coté enquête et investigation qui prend le pas sur la fiction. Mais sans doute est-ce du au métier de l’auteur, car il est journaliste et nous dévoile une connaissance aussi étonnante qu’ébouriffante sur les cartels de la drogue et la situation effarante des trafics de la drogue à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique et leurs conséquences jusqu’au plus haut point des états.

La construction est efficace et connue : passer d’un personnage à l’autre à chaque chapitre. Et c’est d’autant plus prenant que cela nous permet de voir les deux cotés de la frontière : d’un coté, la police mexicaine embourbée dans ses problèmes de corruption généralisée (voire plus), de l’autre l’organisation sans faille des narcotrafiquants du plus bas de l’échelle jusqu’aux plus hautes instances dirigeantes. La loi n’a plus voix au chapitre, c’est juste « tu te soumets ou tu meurs ». Les scènes d’assassinat sont d’ailleurs un autre des points forts de ce roman, arrivant sans prévenir, décrite succinctement pour avoir plus d’impact.

Alors, certes, ce roman n’a pas le souffle épique de La griffe du chien de Don Winslow, ou les envolées lyriques de Tijuana Straits de Kem Nunn. Mais le coté reportage ne peut que nous faire froid dans le dos, et les personnages sont bien attachants. Et puis, n’oublions pas que c’est un premier roman, et en cela, c’est un roman à ne pas rater, c’est bien plus efficace et mieux fait qu’un reportage d’Envoyé Spécial.

Les talons hauts rapprochent les filles du ciel de Olivier Gay (Editions du Masque)

Quelle bonne idée j’ai eue de prendre ce roman ! Car en terme de distraction, c’est un excellent choix, en même temps que la découverte d’un jeune auteur qu’il va falloir suivre. Je vous le dis, On va en reparler de Olivier Gay.

Il s’appelle John-Fitzgerald ! La faute à ses parents, qui croyaient sûrement qu’il suivrait les traces de l’illustre homonyme, sans les balles fatales bien sur. Dans son microcosme, on le surnomme Fitz. C’est bien plus présentable pour quelqu’un qui passe sa vie à écumer les boites de nuit de luxe. Car Fitz est un parasite, vivant la nuit dans les carrés VIP, à vendre ses doses de cocaïne pour les stars de la télévision, les sportifs de tous poils ou les hommes politiques qui veulent se faire voir et bien voir.

Il passe sa semaine à boire, se droguer ou draguer de jeunes femmes pour passer le temps, rentre chez lui pour jouer aux jeux vidéo en ligne et dort le jour. Une petite vie bien réglée, qui ne gêne personne, jusqu’au jour où une de ses ex-compagne le contacte. Jessica est une commissaire de police, en charge d’une affaire bien sombre : un serial killer tue et découpe de jeunes femmes chez elles, et le seul point commun entre elles, c’est qu’elles vivent la nuit comme Fitz. Fitz est bien obligé de l’aider, sinon Jessica donnera une photographie où on le voit vendre un sachet de drogue. Voilà notre homme, anti-héros par excellence, maladroit et nonchalant, en train de mener une enquête contre son gré.

Au début, je m’attendais à un roman plein d’humour, que j’imaginais décalé, pour que l’on s’attache à ce personnage qui n’est rien d’autre qu’une sangsue qui vit aux basques des nantis inutiles de notre société. Ce n’est pas tout à fait le cas, même si le ton n’est pas sérieux. L’auteur nous fait rentrer dans la peau de Fitz, en suivant ses pérégrinations dans un Paris illuminé, détaillant par le menu la vie d’un homme comme un autre.

Ce qui est formidable dans ce roman, outre son personnage et les décors détaillés de la vie nocturne, c’est l’intrigue, menée de main de maître, rebondissant de façon fort réaliste, et fort passionnante. Je vous garantis qu’une fois ouvert, vous ne lâcherez plus ce livre. Et on comprend bien pourquoi il a reçu le Prix de premier roman du festival de Beaune, tant l’ensemble est incroyablement maîtrisé. Et on y prend un plaisir dingue à lire les aventures de Fitz et de ses amis.

Dans la catégorie polar populaire, de ceux qui vous racontent une très bonne histoire, avec des personnages consistants, et un suspense constant, cette lecture est obligatoire. Aussi à l’aise dans les bagarres que dans les dialogues, sans psychologie bavarde et superflue, ce roman est un excellent divertissement. Je vous le dis, Olivier Gay est un auteur à suivre de près. Et puis, je vais vous dire : Quand j’ai tourné la dernière page, pas celle du roman mais la couverture, je suis tombé sur le prix. C’est marqué : 6,60 euros. A ce prix là, cela donne un rapport plaisir / prix exceptionnel.

Samedi 14 de Jean Bernard Pouy (Editions de la Branche)

Je connais les éditions de la Branche pour leur collection suite noire, dirigée par Jean Bernard Pouy, qui était un hommage à la série noire d’antan, et qui comportait 36 volumes. Voici une nouvelle collection dirigée par Patrick Raynal, qui s’appelle Vendredi 13, et dont le principe est de situer un polar un vendredi 13, justement. Et quoi de mieux que de l’initialiser par Monsieur Jean Bernard Pouy lui-même ?

Maurice Lenoir est un cinquantenaire qui vit tranquillement de sa retraite dans un petit village de la Creuse. Petite maison, petit jardin, petite vie tranquille peinarde. Tout se gâte le jour où les CRS débarquent. Mais ils n’ont rien contre Maurice, ils ont été chargés de protéger ses voisins, les Kowa, dont le fils a été nommé ministre de l’intérieur la veille, un vendredi 13. Il semblerait que cette journée porte malheur à Maurice.

Les CRS donc vont sécuriser la zone proche des Kowa, et fouiller consciencieusement la maison de Maurice. Ils vont découvrir dans son jardin des plants de cannabis et vont l’emmener au poste. Mais les gendarmes oublient de fermer la cellule à clé et Maurice va rentrer chez lui, avant de prendre la poudre d’escampette par mesure de prévention.

Dormeaux, fonctionnaire de la DCRI, va assister à ce fiasco. Maurice Lenoir s’avère être en fait Maxime Gerland, le célèbre chef du groupe terroriste Van Gogh. Ce groupuscule dont deux membres sont en prison coupait une oreille à des dirigeants de grandes entreprises. Alors que Dormeaux va subir la pression de sa supérieure Yvonne Berthier, Gerland va fomenter sa vengeance.

Du grand Pouy ! Pas le meilleur, à mon avis, mais un très bon cru. Quand on demande à monsieur Pouy de partir du sujet suivant : « écrire un polar se déroulant le vendredi 13 », il écrit un polar se déroulant le samedi 14. On peut appeler cela l’esprit de contradiction, ou la volonté d’être rebelle.

Il n’empêche que le roman se lit avec beaucoup de plaisir, avec de bons mots, des tournures de phrases qui portent à sourire, et la démonstration que dans cette histoire, à partir d’un grain de sable dans les rouages, les autorités de l’état se mettent à trembler devant un paisible retraité.

Il n’y a pas de psychologie interminable, la règle étant que les actes et les paroles suffisent à décrire un personnage. Les gentils ne sont pas tous gentils, les méchants ne sont pas tous méchants, et quand tout le monde se prend une bonne claque dans la figure, j’avale les pages à la vitesse du son en me disant : Voilà un bon polar comme j’aimerai en lire souvent.

Lili de Chinatown de Philip Corré (Juste Pour Lire)

Deuxième lecture pour les éditions Juste Pour Lire, après Meth in France de Marc Wilhem, qui était une plongée dans le monde la BAC. Voici un sujet plus classique de polar, avec tueur, policiers et mafia chinoise. Une fois n’est pas coutume, voici la quatrième de couverture :

Cameron Valls, « contractuel » auprès de la Grande Faucheuse, n’apprécie pas du tout qu’on lui fasse le coup du 3ème ou du 4ème tueur, comme à n’importe quel baltringue du genre Lee Harvey Oswald. Il n’aura de cesse de comprendre qui le double sur chacun de ses contrats. D’autant plus que les victimes figurent parmi les plus grosses fortunes de la planète. Et Cameron Valls s’inquiétera vraiment quand il s’apercevra que tout part du Chinatown parisien où règne la mystérieuse princesse Chizun.

La machine s’accélère quand entrent dans la danse Salem, le poulbot à embrouilles, un flic mal luné que la belle Lucie a du mal à maîtriser, un secret dont dépend l’avenir de la planète et d’inquiétants Américains…

Dire que ce roman est plein de qualités est un euphémisme. Tout d’abord, on entre directement dans l’action, pas le temps de souffler, Cameron cherche à tuer un homme riche mais un homme cagoulé le fait à sa place et il assiste au meurtre depuis son viseur de fusil. Lui, le meilleur tueur à gages, se fait doubler et voire même manipuler. Il va donc faire alliance avec Lucie, inspecteur de la police criminelle, qui est mise sur la touche car cette affaire touche les 100 plus grandes fortunes mondiales. D’ailleurs, ils se font assassiner les uns après les autres. Tout cela en 50 pages.

L’auteur est un homme pressé, découpant son roman en chapitres, faits d’action et de dialogues qui vont à l’essentiel. Tous les ingrédients sont là : Des hommes riches, de belles femmes, un méchant qui cherche à comprendre, une flic qui enquête envers et contre toute sa hiérarchie, un homme mystérieux. Ça passe d’un personnage à l’autre, de Cameron à Indriss, de Julie à Lili, avec très peu de descriptions, et des dialogues fort bien faits et efficaces. On n’a jamais le temps de s’ennuyer, les cadavres tombent, et le mystère s’épaissit. On pense d’abord à un roman sur la mafia, puis on passe à une enquête plus classique, et le mystère de Mister V demeure.

Car chaque chapitre est séparé par un passage en italique qui concerne quatre écrivains scénaristes aux prises avec un individu qui s’appelle Mister V. Mais qui est donc ce personnage ? Que vient-il faire dans cette histoire de meurtres des hommes les plus riches du monde. Toute cette toile d’araignée va se tisser tranquillement tout au long de ces 400 pages.

C’est donc un bon polar, agréable à lire auquel on pourra peut-être reprocher le manque de quelques scènes chocs pour en faire un grand livre. C’est parfois longuet, parfois fourre tout, mais sa lecture s’avère fort agréable, idéale pour éviter de se prendre la tête et pour se laisser mener par le bout du nez.

Meth in France de Marc Wilhem (Juste pour lire)

Les éditions Juste pour lire veulent remettre au gout du jour la littérature populaire, pour le plaisir de la lecture, ce qui est louable en soi. Voici l’un des titres sorti pour cet été, Meth in France de Marc Wilhem.

Prison d’Apanteos, San Salvador. Oscar de La Cruz, dit Truchita pour sa petite taille est en train de vivre ses dernières journées en prison. Il fait partie des chefs d’une bande de trafiquants de drogue nommée MS13. Alors qu’il est dans la cour, un jeune de la bande insulte sa mère. Il organise une rixe entre bandes et en profite pour poignarder celui qui s’est permis de salir le nom de sa mère. Le mardi suivant, Guerrilla lui demande de partir en France monter un trafic de méthamphétamine, afin de développer les activités du gang.

Tokyo, Japon. Reijiro Kumagaya est un chef de bande de la mafia japonaise. Bien que les parrains n’aient rien à lui reprocher, son attitude n’est pas assez respectueuse envers les anciens et les règles des Yakuzas. Ichikawa, son mentor et ami, lui propose de monter un commerce de méthamphétamine en France. On lui octroie l’aide d’une dizaine d’hommes et l’appui de M.Makimure qui a la possibilité de faire du chantage sur des industriels de renom.

Porte Montmartre, Paris. Léopold Villiers dit Léo est capitaine à la Brigade de Répression du Banditisme. Il y a 3 groupes, les 10, les 20 et les 30. Léo fait partie des 20. Après une interpellation à succès, Léo est promus à la tête du groupe des 30. Mais il doit se faire des indics pour trouver des affaires, et sa première filature se termine mal. Alors, il va se faire aider par les autres chefs de groupe, puis lors d’une fête dans un bar va tomber sur les Salvadoriens.

Ce roman, assez court car il ne fait que 230 pages, est surtout intéressant pour l’action qu’il développe et par son aspect documentaire. En effet, on va suivre l’activité d’une équipe de la Brigade de Répression du Banditisme dans le détail et s’apercevoir que si une interpellation dure cinq minutes, les filatures pour arriver à un résultat peuvent durer plusieurs jours voire plusieurs semaines. On s’aperçoit aussi que sans indic, les flics ne peuvent rien faire, et que la chance est pour beaucoup dans la résolution de cette affaire.

L’auteur a choisi de nous faire suivre cette histoire à la première personne de singulier, avec quelques passages à l’intérieur des gangs. C’est efficace pour décrire et les actions et les difficultés de leur travail sans compter le manque d’unité de la police en général pour lutter contre le grand banditisme. Mais le sujet n’est pas là : avant tout, c’est une histoire policière que nous suivons.

J’ai trouvé original de décrire une filature au travers de discussions par radio. Parfois c’est un peu long, mais le procédé est efficace et donne une impression de stress tant on est pris par le personnage de Léo. La seule chose qui m’a manqué, c’est la vie de Léo en dehors de son travail. Certes, on sait qu’il est 3 fois divorcé, mais sinon, on ne sait rien d’autre et c’est dommage. Ceci dit, c’est un roman bien agréable, très bien écrit qui m’a fait passé un bon moment.