Archives du mot-clé Duel

Le diable en personne de Peter Farris

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

N’ayant pas lu Dernier appel pour les vivants, le précédent roman de Peter Farris, paru aussi chez Gallmeister, ce roman est donc pour moi une découverte. Et comme tous les étés, Gallmeister a le don de nous dégotter d’excellents romans noirs.

Maya est une jeune prostituée, enfermée dans un coffre de voiture. Deux hommes sont au volant, deux brutes épaisses dont le boulot est de faire disparaitre Maya. Elle est attachée mais arrive à se défaire de ses liens. Elle entend leur conversation, est secouée dans tous les sens quand la voiture s’arrête. Elle va tout faire pour se défendre, et va dans un premier temps faire semblant d’être inanimée.

Quand ils sortent Maya de la voiture, ils veulent en profiter un peu avant de la tuer. Mais elle réussit à leur échapper et s’enfuit dans les bois. Malheureusement, ils la rattrapent. Alors qu’elle est assommée, un homme vient la sauver in extremis, tue le premier et laisse partir le deuxième homme. Puis il ramène Maya chez lui, une petite cabane perdue en plein milieu des bois. Cet homme s’appelle Leonard Moye.

Leonard Moye est connu dans la ville de Trickum pour être un marginal. Bien qu’il vive seul, il a un mannequin en plastique dans sa cuisine, élégamment habillé, qu’il appelle Marjean, et qu’il considère comme sa femme. Il explique à Maya que personne ne vient fouler ses terres sans son autorisation. D’ailleurs, son premier travail consiste à faire disparaitre les traces du mort. Maya lui explique qu’elle travaille pour un proxénète nommé Mexico, et qu’elle connait des secrets compromettant le Maire.

Voilà un roman de petite taille dont l’intrigue est relativement simple. L’auteur aurait pu entrer plus dans les détails en ce qui concerne la corruption du Maire, ou les développements des différents trafics. Il va en fait se contenter de rester dans la bonne tradition du roman américain, en faisant de son roman presque un western classique, où Leonard Moye jouerait le rôle de la diligence encerclée par les Indiens. Car les mafieux vont tenter de pénétrer sur les terres de Leonard pour éliminer Maya.

Dans ce roman noir, on n’y trouve aucun personnage « bon », au sens où tous sont des cinglés, des pourris, et où la morale n’existe plus. Tous les coups sont permis, ce qui donne une image pessimiste des Etats Unis, ce que l’on a l’habitude de lire dans les romans américains actuels. Tout le monde s’octroie le droit d’avoir une arme et de l’utiliser. Et comme les trafiquants corrompent ceux qui sont censés faire la loi ou la faire respecter, tout y est permis.

Malgré le ton désespérant du livre, certaines scènes humoristiques viennent soulager l’ensemble, comme quand Leonard Moye descend en ville pour acheter des tampons hygiéniques, accompagné de sa femme mannequin Marjean. Mais c’est surtout le style ébouriffant qui frappe dans ce livre. La plume de Peter Farris est tout bonnement fascinante, tant elle est simple, concise, et imagée. On a vraiment l’impression d’être plongé dans un décor de petite ville sans qu’il y ait de descriptions bavarde.

Le seul bémol que je mettrais concernant ce roman, c’est qu’à force de lire ces nouveaux auteurs américains, j’ai l’impression de lire la même intrigue traitée différemment. Dans le cas présent, ce roman m’a beaucoup fait penser à En mémoire de Fred de Clayton Lindemuth. Et si certaines pages de ce roman m’ont tout simplement époustouflé, si sa fin est extraordinaire, je dois bien avouer que la lassitude de lire des romans sur le même sujet est proche.

Claude a mis un coup de coeur à ce roman. Yan et Jean-Marc ont beaucoup aimé, entre autres.

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Les Anges de la Nuit de John Connoly

Editeur : Presses de la cité (Grand format) ; Pocket (Format Poche)

Traducteur : Jacques MARTINACHE

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec ma huitième lecture. Après un épisode franchement emballant, ce roman m’a surpris, m’a pris à revers. La liste de mes billets sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Quand les trahisons se paient au prix fort…

On les surnomme les Faucheurs, et ils sont l’élite des tueurs. Des hommes si terrifiants qu’on ose à peine prononcer leur nom. Louis, l’ami du détective Charlie Parker, a été formé par cette armée de l’ombre avant de tirer un trait sur son passé. Mais aujourd’hui il est la cible des Faucheurs, et plus particulièrement de Bliss, le tueur des tueurs. Charlie Parker, que Louis a souvent tiré de mauvaises passes, parviendra-t-il à le sauver ?

Tableau d’un monde crépusculaire où tout n’est que corruption, où les crimes demeurent impunis mais où les trahisons se paient au prix fort, Les Anges de la nuit fascine et glace le sang.

Mon avis :

Après un épisode noir et qui avait, me semble-t-il relancé la série, John Connoly décide de creuser ses personnages. Entre Louis et Angel, il a choisi Angel. C’est donc l’histoire d’Angel que nous allons lire, avec en parallèle une course poursuite, sorte de duel entre tueurs, un peu comme Highlander. Louis, a été élevé par un groupe de tueurs. L’un d’eux, Bliss, veut à tout prix le tuer pour se venger du passé, puisque Louis l’a brulé plusieurs années auparavant.

Certes cet épisode est glauque, car John Connoly arrive à nous montrer un univers parallèle, dont nous n’avons pas idée. C’est aussi l’occasion de nous offrir encore une fois des scènes incroyablement visuelles, mais j’y ai trouvé peu de scènes d’angoisse. Par contre, entre deux moments de tension, on rigole beaucoup, puisque Louis et Angel nous offrent des dialogues truculents voire inénarrables.

Il faut juste savoir que Charlie Parker n’apparait que très peu dans cet épisode, puisqu’il entre vraiment en scène qu’à partir des deux tiers du roman. Donc la narration n’est pas à la première personne et cela m’a créé comme une distance par rapport aux précédents opus. Par contre, cela m’a donné envie d’en relire un autre tout de suite, parce que je n’ai pas eu ma dose de Charlie Parker.

Liste des épisodes précédents :

Nuit de Bernard Minier

Editeur : XO Editions

Comme beaucoup, je suis fan de Bernard Minier. Le fait que Glacé ait été adapté en série télévisée a relancé l’intérêt de ces romans mettant en scène le duel entre Martin Servaz, commandant à la Police Judiciaire de Toulouse et Julian Hirtmann, tueur en série manipulateur sans limites. Et je ne peux que vous conseiller de lire les précédents romans mettant en scène Servaz, à savoir Le cercle et N’éteins pas la lumière.

Bergen, Norvège. L’inspectrice Kirsten Nigaard est appelée à la cathédrale, car le corps d’une femme vient d’être découvert, mis en scène sur l’autel, tendu comme si le corps avait reçu une décharge électrique. Si le policier, Kasper Strand, a fait appel à elle, c’est parce qu’il a trouvé sur le corps de la morte un morceau de papier avec le nom de Kirsten. Le corps est vite identifié ; il s’agit de Inger Paulsen. Celle-ci travaille sur une plate-forme pétrolière.

Toulouse, France. Martin Servaz est en intervention avec son collègue et ami, Vincent Esperandieu. Ils vont interroger Florian Jensen pour une affaire de viols, sachant que ce dernier a déjà été condamné pour ces crimes. Apparemment, il a un alibi. Mais en voyant un chat sous le buffet, Servaz se rappelle d’une affaire de meurtre un peu plus ancienne. Quand il évoque le chat, l’homme s’enfuit. La course poursuite les conduit dans une gare de triage où l’homme tire sur Servaz avant de se faire électrisé sur un wagon.

Kirsten Nigaard et Kasper Strand débarquent sur la plateforme pétrolière en pleine tempête. Le responsable de la plateforme leur indique que la morte était en permission. Ils vont visiter sa chambre mais ne trouvent rien. Quand ils demandent à voir les chambres de ceux qui sont en permission, ils tombent sur des photos montrant le commandant Servaz, ainsi qu’une photo d’un enfant, avec inscrit au dos : Gustav.

La balle de l’homme a transpercé le cœur de Servaz. Il se retrouve entre la vie et la mort. Après avoir passé plusieurs jours dans le coma, Servaz retourne au travail, ne pouvant se résoudre à rester sans rien faire. Kirsten Nigaard débarque et lui fait part de ce qu’elle a trouvé sur la plateforme pétrolière. Elle lui montre aussi des videos prises sur la plateforme où apparait sans aucun doute possible Julian Hirtmann. Ceci explique pourquoi Hirtmann avait réussi à disparaitre des radars pendant cinq ans.

Bernard Minier est trop fort. En situant son intrigue à deux endroits différents, il s’empare de l’attention du lecteur pour ne plus la lâcher jusqu’à la fin. C’est dans ce début du roman que l’on voit l’étendue du talent de cet auteur, finalement tout jeune puisqu’il ne s’agit que de son cinquième roman, mais dont je savoure chaque production. Ceux qui ont découvert la série sur M6 devront à mon avis lire les précédents romans, les autres étant en terrain connu. Car oui, je vous le dis, ce roman est grand par ses scènes mais aussi par son intrigue retorse.

Bernard Minier n’est pas un adepte du thriller qui va à 100 à l’heure. Et ce n’est pas avec ce roman là qu’il va changer. Mais il nous offre une intrigue comme un labyrinthe, avec plusieurs entrées et une seule sortie … quoiqu’au fur et à mesure de la lecture on peut imaginer plusieurs fins. Et la fluidité du style, l’évidence de la narration, la justesse des mots font que ce roman est du pur plaisir de lecture. Ce roman, ce sont aussi des scènes incroyablement visuelles, de celles que l’on n’oublie pas : je citerai évidemment la plateforme pétrolière, mais aussi la scène du chalet de montagne, la poursuite de Jensen par Servaz sous des trombes d’eau, jusqu’à la scène finale en forme de duel à la John Woo.

Et il ne faut pas oublier Servaz, qui au sortir de son coma, se retrouve changé, en plein doute sur les émotions qu’il ressent. Il se trouve troublé dans les relations avec Margot, qui revient du Canada pour le soutenir. Servaz a aussi affaire à une beauté scandinave, froide comme la glace mais redoutablement efficace, malgré le fait qu’elle ne parle pas français. Et puis, il y a ce duel en plusieurs actes avec Hirtmann, que j’ai trouvé plus effrayant au début du roman, quand il fait peser une menace sans être présent.

Car on passe par tous les sentiments dans ce roman, mais c’est surtout l’angoisse que j’ai ressenti, attendant comme un gamin la confrontation entre Servaz et Hirtmann. Et cette attente est remarquablement orchestrée, laissant planer une menace constante, même pendant la recherche du petit Gustav. Vous l’aurez compris, ce roman est une excellente suite aux enquêtes de Servaz et j’en redemande !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan

Le duel de Arnaldur Indridason (Métaillié Noir)

Depuis quelque temps, Arnaldur Indridason s’accorde le droit de délaisser son personnage principal récurrent pour fouiller la psychologie de ceux qui entourent Erlendur. Cette fois-ci, c’est au tour de Marion Briem d’être la vedette de ce roman qui nous fait revenir en 1972. Et à la lecture de ce roman, je ne me suis dit qu’une seule chose : « Qu’il est fort, Arnaldur Indridason ! »

Prenez un contexte. 1972, le duel dans le championnat du monde des échecs entre Bobby Fischer et Boris Spassky. C’est une partie d’échecs dépassée par l’ambiance de guerre froide qui régit le monde depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Or, le domaine des échecs est, depuis de nombreuses années, réservé aux Russes. L’arrivée de Fischer ressemble à un cheveu dans la soupe. D’un naturel arrogant, irrespectueux au possible, il dénote dans un paysage plutôt paisible. Un exemple : il refuse de prendre l’avion qu’on lui a affrété pour rejoindre l’Islande, sans s’excuser et sans donner la date à laquelle il envisage d’arriver. A cet égard, lisez donc l’article de Wikipedia consacré à ce combat ici.

Prenez un meurtre : Ici, le corps d’un jeune homme est découvert dans un cinéma, poignardé par deux fois, en plein cœur. Dans une salle obscure, il est impossible de savoir qui a perpétré le crime. Marion Briem se retrouve en charge de l’enquête et s’aperçoit que le jeune homme en question, Ragnar, est passionné de cinéma et utilisait un enregistreur à cassettes pour conserver une trace des films qu’il admirait. Quand Marion aperçoit un paquet de cigarettes russe à l’extérieur du cinéma, la piste se dirige vers des mobiles politiques qui vont vite la dépasser. En parallèle, ce roman montre la jeunesse de Marion, et ses difficultés de santé, en particulier quand elle a été atteinte de tuberculose, et qu’elle a été internée dans un hôpital du Danemark. Ce sont lors de ces passages que marion va lier connaissance avec une jeune fille de son âge Katryn.

Ce roman nous montre la grandeur d’Arnaldur Indridason. Avec un contexte lourd et une enquête des plus simples (du moins au début), il arrive à nous bâtir une intrigue passionnante. Son savoir faire n’est plus à démontrer. D’ailleurs, tous ceux qui ont lu une enquête de Erlendur le considèrent presque comme un voisin, tant Indridason arrive à créer une proximité, une intimité entre ses personnages et ses lecteurs.

Alors, comme pour tous les précédents romans, le rythme est lent … mais cela prend du temps de regarder les gens et de les comprendre. Comme d’habitude, l’enquête est très bien menée, la fin est fort bien amenée et encore une fois surprenante, le contexte sans être envahissant est formidablement reproduit, et c’est une nouvelle fois un sans-faute. J’ai même trouvé ce roman plus passionnant que ceux qu’il avait consacré aux collègues d’Erlendur, tant ce personnage de Marion est torturé et n’a confiance en personne. Il est par conséquent peu étonnant de voir cette femme solitaire se trouver des points communs avec un jeune policier qui débarque en fin de roman et qui s’appelle … Erlendur.

Ce qui est extraordinaire avec Indridason, c’est qu’on a l’impression qu’il peut écrire n’importe quoi et que, nous, lecteurs, sommes prêts à le suivre les yeux fermés (enfin, un peu ouverts quand même pour pouvoir lire). Car encore une fois, les personnages sont placés au premier plan ; il ressort de ses intrigues une telle humanité, un tel fond de vérité et il nous montre des gens comme vous et moi dans toute leur simplicité, avec leurs qualités et leurs défauts. Indridason est décidément trop fort.

Le dernier tigre rouge de Jérémie Guez (10/18)

Jérémie Guez, nous sommes quelques uns à le suivre depuis ses débuts, depuis Paris la nuit, tant ce roman était une évidence, tant il nous promettait la découverte d’un nouveau talent du polar français. Puis ce fut Balancé dans les cordes, un roman extraordinaire (et coup de cœur Black Novel), et Du vide plein les yeux qui cloturait la trilogie consacrée à Paris. C’est à un changement de décor que Jérémie Guez nous convie avec ce Dernier tigre rouge, dans la jungle indochinoise.

Le père de Charles Bareuil était légionnaire, lui aussi l’est devenu, mais pas pour faire comme lui. Pendant la deuxième guerre mondiale, la position trouble des communistes envers les nazis font qu’il a préféré immigrer en Yougoslavie pour combattre les Allemands. A la mort de sa femme Elena en Croatie, il décida de s’engager dans la légion étrangère. Et comme il est excellent tireur, il est devenu tireur d’élite, l’un des meilleurs d’ailleurs.

Il débarque en Indochine, dans une compagnie qui comporte des énergumènes de toute nationalité, et sa troupe est dirigée par un ancien nazi. Mais dans la légion, on laisse son pays au vestiaire. Bareuil découvre un pays où les gens sont passifs mais les ennemis partout. Entre les villageois et la jungle, il est difficile de savoir ce qui est le plus dangereux. Les légionnaires sont envoyés sur les fronts, là où on a besoin d’eux.

Alors qu’ils peuvent passer plusieurs jours sans altercations, les embuscades sont soudaines et très meurtrières. C’est lors de l’une d’elles que sa compagnie est décimée dans la jungle. Il rencontre alors un homme blanc qui combat aux cotés des Viet-Minh et lui laisse la vie sauve. Il va alors chercher à savoir qui est cet homme blanc qui combat aux cotés des Vietnamiens.

Il y a à la fois des changements et des similitudes entre ce roman et les précédents. Les changements, ce sont évidemment le décor, cette guerre dans un pays inconnu, ce danger permanent dans un paysage inconnu, cette impression que tous les habitants sont des ennemis. Et puis, il y a la guerre, ces moments d’attente, de stress dans l’attente d’une attaque, car même si les légionnaires sont les « envahisseurs », ils sont plus en situation de défense face à un danger qu’ils ne voient pas mais qu’ils redoutent.

Les similitudes, ce sont surtout dans les portraits d’hommes, dont Charles Bareuil, cette façon qu’a Jérémie Guez de détailler sans lourdeur la psychologie humaine. Il y a un excellent équilibre entre les scènes de bataille et les moments plus calmes et ils sont tous aussi réussis les uns que les autres. C’est un roman qui m’a beaucoup fait penser à des films tant le style est visuel, plus direct, moins poétique.

Vous ne pouvez pas vous imaginer ma joie de lire ce roman, de me dire que je dois continuer à vanter les talents de cet auteur. Car ce roman est une franche réussite avec ses personnages formidables, ses scènes de bataille fulgurantes et ses moments de calme stressants. Un inédit au format poche, quand, en plus, c’est signé Jérémie Guez, ça ne se rate pas !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude :

http://action-suspense.over-blog.com/2014/03/jeremie-guez-le-dernier-tigre-rouge-10-18-ed-2014.html

http://action-suspense.over-blog.com/2014/02/j%C3%A9r%C3%A9mie-guez-publie-chez-10-18-%E2%80%9Cle-dernier-tigre-rouge%E2%80%9D-avril-2014.html

Ainsi que celui de Velda : http://leblogdupolar.blogspot.fr/2014/06/jeremie-guez-le-dernier-tigre-rouge-la.html