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Déstockage : Chaleur de Joseph Incardona

Editeur : Finitude (Grand Format), Pocket (Format poche)

Je n’ai lu que deux romans de Joseph Incardona, et à chaque fois, j’ai été impressionné par ses romans, que ce soient par les sujets ou par leur traitement. Une nouvelle fois, j’ai été époustouflé pour Chaleur !

La Finlande passe six mois de l’année dans le froid. Quand vient l’été, ils organisent donc des concours qui sont autant d’occasions de faire la fête. On y trouve pêle-mêle les championnats du monde de porter d’épouse, de football en marécage, de lancer de botte ou d’écrasement de moustiques. Nous sommes en 2010, pour l’organisation des championnats du monde de sauna, où il s’agit de rester le plus longtemps à une température humide de 110°C.

Cette année-là, 102 candidats sont inscrits dans la petite ville d’Heinola, au nord d’Helsinki. Tout le monde s’attend à un duel, comme l’année passée entre Niko Tanner et Igor Azarov. Niko est acteur professionnel de pornographie qui approche de la cinquantaine. Il est affublé d’une débutante dans le métier Loviisa Foxx et lutte contre les âges qui affaiblissent ses capacités sexuelles. Igor Azarov, âgé de 60 ans, est un marin à la retraite et considère ce championnat comme son dernier défi.

Aux cotés des deux prétendants à la victoire, on y trouve un révérend fortement attiré par la bagatelle, un Turc poilu et imposant ainsi qu’un outsider. Le concours comporte des qualifications, deux tours éliminatoires avant d’attaquer la demi-finale et la finale tant attendue. La compétition peut démarrer …

Même si ce roman se base sur un événement réel, le contexte de ce roman donne l’occasion à l’auteur de se pencher sur la motivation des compétiteurs qui participent à ce concours incroyable. Les deux principaux protagonistes sont des personnages très différents et en fin de vie : Niko sent que sa vie de hardeur touche à sa fin et Igor, à la retraite, veut briller pour une raison que vous découvrirez vers la fin du roman.

Les autres personnages servent de décor même si on sent bien que Joseph Incardona s’amuse beaucoup avec le révérend et le Turc. Autour de cet événement « sportif », on sent l’effervescence et la pression, augmentée par la présence des journalistes télévisés. Il ne faudra pas oublier Alexandra, la fille d’Igor, qui viendra ajouter un peu de piment à cette histoire.

On ne peut qu’être pris par l’enjeu, ébloui par la psychologie mais aussi enchanté par le style de l’auteur, à la fois minimaliste mais aussi pointilleux quand il s’agit de décrire un personnage par ses actes. Cela donnera quelques scènes chaudes qui, grâce à un certain recul dans la narration, viendront ajouter au suspense de ce roman, un suspense de haute volée pour un roman qui me confirme que Joseph Incardona est décidément très fort, un des meilleurs auteurs du Noir Contemporain.

Cette idée de lecture m’avait été inspirée de l’avis de Claude Le Nocher

Ce roman existe aussi en format poche chez Pocket

Victime 2117 de Jussi Adler Olsen

Editeur : Albin Michel

Traducteur : Caroline Berg

Les fidèles des enquêtes du Département V attendaient avec impatience que se lève le voile sur le passé d’Assad. A l’origine, Carl Mørck a pris la tête de ce service dédié aux affaires anciennes, et s’est retrouvé affublé de Rose, la secrétaire et d’Assad, originaire du Moyen Orient. Ce roman va raconter une partie du passé de l’énigmatique Assad.

Joan Aiguader est journaliste free-lance pour le Hores Del Dia. En manque d’argent, il voit à la télévision un reportage sur des immigrés sur une plage de Chypre, la plage d’Ayia Napa. Un compteur montre le nombre de corps rejetés par la Méditerranée. Ce matin, le nombre de morts était déjà de 2080. Alors, il vole l’argent de sa petite amie et vole vers Chypre pour décrocher un scoop.

Quand il arrive là-bas, le compteur en est à 2117. C’est le corps d’une vieille femme qui vient de s’échouer sur la plage. Il prend des photos et envoie son scoop. Cette photographie va faire le tour de l’Europe, mais pas pour la bonne raison. Lui qui pensait émouvoir les gens sur le sort se retrouve en fait avec une image d’une vielle femme assassinée. Il se retrouve ridiculisé et se lance dans une enquête pour savoir qui est la morte.

Alors que Rose vit recluse chez elle, Assad vient lui rendre visite et découvre les murs de son appartement couverts de photos de presse. L’une d’elles attire son regard : celle d’une vieille femme, avec juste derrière deux femmes et un homme. Assad connait la vieille femme ; elle l’a aidé dans une autre vie. Les deux femmes ressemblent à sa propre femme et sa fille. Quant à l’homme, il est sûr qu’il s’agit d’Abdul Azim, dit Ghaalib, son ennemi qui a tenté de le tuer. Assad ne va pouvoir retenir sa soif de vengeance.

Contrairement aux autres enquêtes du Département V, ce roman va nous faire voyager dans plusieurs pays d’Europe, dont l’Allemagne. C’est une course poursuite entre Assad et Ghaalib, à laquelle vont participer un certain nombre de services policiers pour éviter un potentiel attentat. C’est donc, contrairement à ce que l’on pourrait croire, un roman rythmé et non l’histoire d’Assad. Certes, Assad va raconter son passé à Carl et Rose, mais cela se passe dans la première moitié du roman, et l’auteur a choisi de faire un roman de duel entre les deux ennemis.

Jussi Adler Olsen étant un auteur d’expérience, il va nous tenir en haleine passant d’un personnage à l’autre, avec beaucoup de savoir-faire. Les pages se tournent toutes seules, et il y ajoute la vie privée de Carl, quelque peu compliquée puisqu’il va bientôt être père à plus de cinquante ans. Bref, c’est un polar costaud, populaire, agréable à lire qui, pour autant m’a laissé un peu sur ma faim.

J’aurais aimé plus d’immersion dans les pays visités, Chypre en particulier, mais aussi l’Irak, lors des passages qui racontent le passé d’Assad. De même, certains personnages semblent faire de la figuration, et on ne comprend pas bien ce qu’ils font là, et en premier lieu, Joan le journaliste. Enfin, certains passages souffrent d’une traduction approximative, en particulier dans les conjugaisons.

Sans être aussi catastrophique que Selfies, que je n’avais pas du tout aimé car trop bordélique, ce roman est un bon passe-temps alors que j’en attendais tant. Je ne suis pas déçu, juste sorti avec une sensation de manque; je suis resté sur ma faim. Et puis, les premiers romans avaient une construction complexe, une sorte de passion dans l’écriture, et un humour bienvenu qui faisaient de ces enquêtes un excellent divertissement.

Alors je suis partagé entre la volonté de savoir comment le Département V va rebondir et le souhait que Jussi Adler Olsen tourne la page et se lance dans une nouvelle série. Soyons patients, l’avenir nous le dira.

Les polaroïds des éditions In8

Editeur : Editions In8

Depuis 2010, les éditions In8 mettent à l’honneur les novellas, ces mini romans de moins de 100 pages. C’est un exercice de style difficile de raconter une histoire et de plonger dans la psychologie de personnages avec aussi peu de mots. Quand 2 de mes auteurs favoris se lancent dans ce défi, je ne pouvais que vous en parler.

Le sorcier de Jérémy Bouquin :

Dans un petit village du Berry, un homme habite une maison isolée. On l’appelle le Sorcier, mais il s’appelle Raoul. Tout le monde le craint mais tout le monde a besoin de lui. Il fournit des potions, des crèmes pour guérir de maladies. En échange, on lui donne à manger et le « client » doit donner à Raoul un objet personnel, qu’il collectionne. Au marché hebdomadaire, il vend ses herbes, ses onguents, ses remèdes et tout le monde connait l’efficacité de ses médicaments. Quand la petite Margaux disparait, tout le monde est persuadé qu’il est le coupable, puisqu’il ne vit pas comme les autres.

Le principe de cette collection est de proposer des novellas, c’est-à-dire des romans de moins de 100 pages. Et Jérémy Bouquin se montre aussi efficace dans cet exercice qu’il l’est dans des nouvelles ou des romans. Avec son style direct, sans fioritures, il nous propose cette histoire rythmée par des chapitres courts et quelques dialogues uniquement quand ceux-ci sont utiles.

Il y a une constance dans ses romans : le décor tout d’abord, un village comme celui que l’on rencontre dans Les enfants de la Meute ; un personnage mystérieux, vivant isolé, en marge du village, habitant une maison sur une colline. Et derrière cette intrigue, on y trouve une illustration de la justice expéditive, où on accuse ceux qui ne rentrent pas dans le moule. C’est une belle occasion pour découvrir Jérémy Bouquin et son univers, son style et ses qualités de conteur.

Ne ratez pas l’avis d’Yves

Aucune bête de Marin Ledun :

Cela fait 8 ans que Vera n’a plus participé à une course officielle. Elle a été la championne des courses extrêmes avant de tomber pour un contrôle antidopage positif. Elle a eu des enfants, a rongé son frein à l’usine pour revenir, car la course, c’est sa vie. Entourée de sa famille, elle s’engage aux 24 heures non-stop. En face d’elle, elle retrouve l’Espagnole Michèle Colnago, qui est devenue la star de la discipline.

D’une structure presqu’académique, cette novella est un modèle du genre, avec une présentation du contexte, le déroulement de la course et la chute finale. Trois parties bien distinctes qui remettent en cause nos certitudes, enfoncent petit à petit ses messages pour finalement nous mettre à mort à la fin. Car cette course est plus qu’une course, c’est la lutte entre la Femme et la Machine.

Vera est plus humaine que jamais, et se bat pour elle, contre elle. Ce type de course, c’est avant tout la capacité à battre son corps par son esprit, oublier les sauts, les pas, les coups. Michèle est une véritable mécanique, abattant les mètres, les kilomètres les uns après les autres. Mais la machine peut s’avérer plus fragile qu’elle ne parait, surtout quand elle va subir l’impensable de la part de son entraineur. Je ne vous en dis pas plus.

Mais j’en ai bien envie, tant Marin Ledun dénonce les images du sport, les icones que l’on monte en vedette au-delà du raisonnable, que l’on descend à la moindre performance. Il dénonce aussi ces femmes que l’on place sur un piédestal, uniquement pour avoir la photo la plus sexy qui permettra au buveur de bière libidineux de baver sur son canapé. Il dénonce l’inhumanité du sport au profit de l’image et de l’argent. Il dénonce l’impunité des hommes ignobles qui se croient tout permis. Tout ça en moins de 80 pages ! Chapeau, M.Ledun !

Ne ratez pas l’avis de mon ami le Souriceau du sud

La disparition d’Adèle Bedeau de Graeme MacRae Burnet

Editeur : Sonatine

Traductrice : Julie Sibony

Ayant raté son précédent roman L’accusé du Ross-Shire, qui est en fait son deuxième, je me rattrape avec La disparition d’Adèle Bedeau, qui vient de paraître et qui est son premier roman. Amateurs de romans psychologiques et d’ambiance, celui-ci est pour vous.

A Saint Louis, petit village proche de Mulhouse, le restaurant de la Cloche trône sur la place. Tous les midis, Manfred Bowman vient y manger, ainsi que le jeudi soir. Bowman est le directeur de la banque. C’est un personnage renfermé, mystérieux et discret. Il n’est pas marié, même pas en couple et on ne lui connait pas de liaison. Par contre, il aime regarder Adèle Bedeau, la serveuse, se déplacer se déplacer dans la salle, se pencher sur les tables pour les nettoyer. Il aime regarder son chemisier s’ouvrir légèrement pour apercevoir les bretelles de son soutien-gorge.

Un soir, Adèle a fini son service et Bowman sort juste après elle. Comme ils prennent la même direction, il la suit à quelques mètres de distance. Il s’imagine qu’elle va lui adresser la parole, qu’ils pourraient peut-être prendre un verre. Soudain, elle s’arrête à un coin de rue. Ils échangent quelques mots puis une moto débarque et un jeune homme l’embarque après lui avoir passé un casque. Le lendemain, Adèle ne vient pas au travail.

L’inspecteur Georges Gorski est en charge de cette enquête. D’un naturel plutôt débonnaire, il va interroger plusieurs personnes. En parallèle, des battues sont organisées pour retrouver la jeune femme. Quand il interroge Bowman, l’entrevue est cordiale et Bowman décide mentir quand on lui demande s’il a vu Adèle. Gorski fait montre d’une belle obsession, liée à une affaire qui date de 20 ans, où le corps d’une jeune femme a été retrouvé étranglé dans les bois autour de Saint Louis. La disparition d’Adèle remue de douloureux souvenirs et son incapacité à trouver le coupable.

Adeptes de romans d’action, passez votre chemin. Ce roman est un roman psychologique, qui va décrire dans le détail les réactions des deux personnages principaux, Bowman et Gorski. Pour chaque événement, somme toute banal, Bowman va s’inquiéter des interprétations des autres sur lui, de sa possible implication dans une disparition à propos de laquelle il n’y est pour rien. Gorski va lui se poser des questions sur ce qu’il est, sur ce qu’il fait et sur ce qu’il devrait faire, se dévalorisant tout le temps par rapport à ce que les autres attendent de lui.

Bowman est du genre à se glisser dans le trou d’une souris, du genre à ne pas vouloir faire de vague, du genre à vouloir qu’on l’oublie. Pour vivre heureux, vivons caché, serait sa maxime. Gorski porte sa croix depuis la condamnation d’un innocent lors d’une affaire qui date de 20 ans. Il ne se remet pas de cette affaire, et veut donc toutes les preuves avant d’avancer quoi que ce soit. Même sa femme, sa belle famille le considèrent comme un mauvais policier, alors que lui ne cherche pas la gloire mais juste redorer son blason, sa réputation, l’estime qu’il a de lui-même.

Le rythme est lent, lancinant comme la vie des petits villages, où il ne se passe pas grand’chose. L’auteur va nous montrer finalement la vie normale des gens normaux, y ajoutant les angoisses des protagonistes. C’est une des forces de ce roman. On arrive à s’imprégner de l’ambiance d’un petit village, de suivre le rythme nonchalant et de se passionner par les réactions de Bowman ou Gorski. C’est cette grande qualité qui le rapproche des romans d’Albert Simenon.

Et ce n’est pas une référence jetée au hasard. On peut aussi y ajouter Claude Chabrol, cité dans la préface, par l’auteur lui-même. D’ailleurs, dans cette préface, l’auteur imagine la biographie imaginaire de Raymond Brunet qui aurait écrit ce roman en 1982, roman qui aurait été porté à l’écran en 1989 par Claude Chabrol. Ce roman est un bel hommage envers ces auteurs qui ont su recréer la vie des villages, sans esbroufe.

 

Ils ont voulu nous civiliser de Marin Ledun

Editeur : Flammarion

Marin Ledun fait partie des meilleurs auteurs français de polar social, du moins c’est mon avis, et ce n’est pas son dernier en date qui va me faire changer d’avis. Marin Ledun nous convie donc au pays basque pendant la tempête de 2009.

Thomas Ferrer est un escroc à la petite semaine, vivant de petits larcins. Il se contente de vols de volailles et les revend à Baxter pour quelques centaines d’euros. C’est sa façon à lui de survivre, surtout depuis qu’il est sorti de ses quelques mois de prison. Baxter est officiellement fournisseur de matériel de surf, sport pour lequel il voue une passion sans bornes. Ses activités de receleur lui permettent d’augmenter ses fonds. Ce jour-là, Ferrer rapporte des canards dérobés dans une ferme des environs. Baxter lui propose la moitié de l’argent qu’il avait promis. Ferrer devient furieux et laisse Baxter pour mort en emportant le contenu du tiroir de bureau de Baxter soit 112 000 euros dans une enveloppe.

Ferrer prend la fuite dans sa voiture pourrie, et a bien du mal à rester sur la route tant les vents sont violents. Il s’aperçoit un peu plus loin qu’il est suivi par Baxter, accompagné des deux frères Corral et Villeneuve, deux complices réputés pour être des tueurs sans pitié. La voiture de Ferrer finit dans le fossé quand celle de Baxter est écrasé par un arbre. Ferrer s’enfonce dans la forêt de pins et cherche refuge dans une maison isolée.

Cette maison perdue au fond des pinèdes est habitée par un vieil homme, bucheron de son état. Tout le monde l’appelle Alezan. Car il a fait la guerre d’Algérie, a connu l’horreur, la peur de tous les instants et en est venu à détester tout le monde. C’est pour cela qu’il ne sort jamais sans son pistolet et que son fusil est toujours à portée de main dans la cuisine. Ferrer et Alezan vont devoir s’allier pour faire face aux assauts de leurs poursuivants dans un décor d’apocalypse.

Ceux qui connaissent la plume de Marin Ledun ne seront pas surpris, tant le style s’avère sec et sans concession. Si je ne parlerai pas d’efficacité, il n’en reste pas moins qu’il y a une réelle volonté de n’écrire que ce qui est utile au propos. De ce coté là, on est en territoire connu et on retrouve le même plaisir à lire ce livre, puisque notre imagination remplit les vides que l’auteur ne veut pas remplir.

Par contre, là où d’habitude il place les personnages au devant de la scène, l’auteur prend son temps pour peindre son décor, un décor bien particulier puisque les forces de la nature se déchainent tout au long du livre. De ce point de vue là, le style minimaliste remplit son aoeuvre puisque l’on s’imagine les arbres tombés, les maisons transformées en ruine et un paysage dévasté.

Une nouvelle fois, les personnages sont très bien campés : outre Baxter et les frères qui sont les truands cinglés de l’histoire, il dessine Ferrer comme un marginal créé par la société et Alezan comme une victime collatérale de la guerre d’Algérie. De tout cela, on retrouve le thème cher à Marin Ledun qui est que la société maltraite les gens alors qu’elle devrait œuvrer pour leur bien. Pour autant, comme d’habitude, il ne prend pas position, laissant le lecteur se faire sa propre opinion.

Je pourrais conclure ce billet en vous disant que comme d’habitude, le nouveau Marin Ledun est formidable, s’il n’y avait cette thématique de fond, qui n’arrête pas de me hanter. Marin Ledun confronte ses personnages fous furieux à la folie de la nature. Il n’y aura pas de gagnant, que des perdants, mais il restera de cette lecture une question : Est-ce la nature qui rend les hommes fous ou les hommes qui la rendent folle ? Ils ont voulu nous civiliser est une nouvelle fois une grande réussite.

Ne ratez pas l’avis des amis Claude, Yan,  et Fred

La reine noire de Pascal Martin

Editeur : Jigal

Bien que Pascal Martin soit connu dans le milieu du polar, je n’avais lu un de ses romans auparavant. L’erreur est maintenant réparée et j’ai découvert un super polar, exemplaire à tous points de vue.

Avec son nom qui rappelle des champs fleuris, on pourrait croire que la petite ville de Chanterelle est idyllique. Hélas, comme beaucoup de villes de l’Est de la France, elle a subi la crise économique et la fermeture de son usine principale, la raffinerie de sucre, a engagé son déclin. Le seul vestiges qui demeure est cette gigantesque cheminée qui trône sur les ruines de l’usine et que tout le monde appelle La Reine Noire, comme une malédiction, comme pour rappeler aux habitants leur malheur de tous les jours.

Un homme au volant de sa BMW débarque en conduisant comme un fou. Il est habillé tout de noir et porte des lunettes de soleil opaques à travers lesquelles on ne peut voir son regard. Il s’attable au Bar du Centre et demande une boisson. Puis, il demande à Amandine, la serveuse s’il n’y aurait pas une maison à louer dans le coin. Elle l’oriente vers une agence de Bar-Le-Duc qui lui propose une petite maison isolée que tout le monde appelle La Maison du Fada. Il n’en faut pas plus pour que les discussions aillent bon train avec l’arrivée d’un homme qui ressemble à La Faucheuse.

Le même jour, un deuxième homme, moins énigmatique mais tout aussi inconnu débarque. Il ne cherche pas une  maison à louer mais une chambre qu’il trouve à l’auberge de Joe. D’un aspect amène, il pue l’eau de toilette pour homme et se dit psychiatre, ce qui lui permet de s’intéresser à beaucoup de gens.

En réalité les deux hommes se connaissent : l’homme en noir se nomme Toto Wotjeck et est tueur à gages pour le compte d’un Indonésien. Le deuxième se nomme Michel Durand et est flic. Il est chargé de surveiller Wotjeck. Les deux ont grandi à Chanterelle avant de suivre chacun leur parcours, l’un en Indonésie, l’autre dans la police. Quand des larcins sont perpétrés et que quelques corps sont retrouvés, la ville endormie de Chanterelle se réveille.

Malgré un début que j’ai trouvé maladroit, au moins pour les deux premiers chapitres, que j’aurais aimés plus descriptif pour que l’on entre directement dans le décor, ce polar arrive à captiver par l’efficacité du style et l’économie des descriptions. Pour tout dire, dès le troisième chapitre, j’étais pris, embringué dans cette histoire où, tout du long, on se demande où l’auteur veut en venir, sans pouvoir lacher le livre, pour finalement arriver à un final renversant, formidable.

Nous allons donc suivre l’itinéraire de deux hommes, en parallèle, qui vont débarquer dans une petite ville calme en apparence, mais où règne un ressentiment fataliste envers ceux qui ont fermé la raffinerie. L’auteur arrive à nous plonger dans ce décor, arrive à nous immerger dans des discussions de bistrot, et à nous présenter les âmes de cette ville abîmées par ce drame économique. L’ambiance y est noire, triste, et tout le monde y cherche un bouc émissaire, que les alcooliques du dimanche trouvent en Wotjeck puisqu’il n’est pas comme eux.

Puis l’histoire se construit, et on découvre que les deux hommes, Wotjeck et Durand se sont connus dans leur enfance, qu’ils ont grandi ensemble, mais du même coté de la barrière. L’un était le fils du directeur de l’usine, l’autre le fils d’un ouvrier. De ces deux personnages, l’auteur image une lutte des classes sous le refrain de la vengeance est un plat qui se mange froid comme la mort. Sans vouloir donner de leçons, ni être revendicateur outre mesure, il construit en toute simplicité un roman qui, personnellement, m’a impressionné justement par son apparente simplicité.

Et c’est sans compter la fin, qui évidemment et comme le reste du livre, est étonnante et renversante, mais sans aucune esbroufe, et avec beaucoup de créativité, d’ingéniosité et de malice. Décidément, ce roman s’avère surprenant du début à la fin, à tous points de vue et se place juste à coté des romans de Pascal Garnier, auteur que j’adore.

Ne ratez pas l’avis de Claude et de l’Oncle Paul

Enfants de la Meute de Jérémy Bouquin

Editeur : Rouergue

Depuis que les éditions Ska m’ont permis de découvrir Jérémy Bouquin, j’essaie de suivre ses publications, ce qui n’est pas forcément évident puisque le bonhomme est prolifique. Ce que j’aime chez Jérémy Bouquin, c’est son style rentre-dedans et ses intrigues originales.

Il roule à bord de son AUDI intérieur cuir sans regarder en arrière. Il s’appelle Garry Lazare. Avec, lui, sur le siège arrière, il y a un enfant Yannis, âgé de 8 ans. Il s’arrête sur une aire d’autoroute, pour une pause pipi, et pour faire un petit ravitaillement. C’est alors que Yannis demande où est son papa. C’est vrai que c’est l’excuse qu’il lui a donnée : on va rejoindre ton papa.

Quand ils arrivent dans le Jura, la route commence à serpenter. Garry n’a pas trouvé mieux que d’emmener le petit chez son propre grand-père, que Garry a toujours détesté. Son frère et lui y passaient leurs vacances d’été et ils avaient du mal à supporter les humeurs de ce vieil alcoolique raciste. Mais il n’y a pas mieux comme planque que la baraque de ce vieux con, perdue dans les bois jurassiens.

Dans les virages boueux menant à la baraque du vieux, le petit vomit sur les sièges intérieur cuir. Garry arrive à garder son calme. Quand il arrive, le grand-père pose des questions auxquelles Garry ne répond pas. Il est officiellement venu passer quelques jours avec Yannis qui n’est pas son fils. Yannis est en effet le fils de Joe, son ami de cœur, son frère de sang. Joe est en prison, et doit bientôt s’en évader. Mais tout ne va pas se passer comme il était prévu.

Malgré sa forme relativement courte, il va se passer beaucoup de choses dans ce roman, qui montre une nouvelle tout l’art de Jérémy Bouquin de partir d’une situation simple et d’en faire un excellent polar uniquement grâce à sa créativité et son style. L’histoire tout d’abord se résume en un duel, même si cela commence comme un enlèvement d’enfant. Car le roman est construit en deux parties, une consacrée à Garry et une à son poursuivant. Vous comprendrez bien que je ne peux pas vous révéler son identité sous peine de vous révéler la chute du roman qui est génialement trouvée.

Le style est direct, il claque comme un coup de feu dans les bois jurassiens. Jérémy Bouquin démontre une nouvelle fois qu’il est inutile d’en faire des tonnes pour raconter une bonne histoire, histoire qui va se révéler plein de surprises : c’est indubitablement noir et sans remords. L’univers y est dur et on est en face de gens sans pitié. Mais l’auteur arrive par la magie de certaines scènes à nous insuffler de belles émotions de tendresse, en particulier les passages où le grand-père part avec Yannis dans la forêt.

Ne me demandez pas si cela va se terminer bien, ni si la morale est respectée. Le fond de cette histoire se passe dans le milieu de la drogue et donc la trame se révèle violente, même si elle n’est pas explicite et étalée sur les pages blanches. Il en ressort une sensation de stress insufflé uniquement par les actions des personnages.

Enfin, ne ratez pas la fin, qui a lieu après le duel (tant attendu et liquidé en deux phrases). Non, la surprise a lieu juste après, avec un retournement de situation qui fait montre d’un bel humour noir et qui surtout nous reconstruit toute l’histoire, comme quand on vient mettre les quelques dernières pièces d’un puzzle bien agencé. Avec ce roman, Jérémy a construit un polar efficace dans la plus pure tradition du noir.

Ne ratez pas l’avis de Claude entre autres …

Une assemblée de chacals de S.Craig Zahler

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Allez savoir pourquoi, je n’aime pas les westerns, en littérature. J’ai du lire un roman se déroulant dans le Far-West et j’ai du trouver cela mauvais pour ne pas m’en rappeler ni d’ailleurs avoir envie de tenter à nouveau ma chance. Et pourtant j’ai lu Une assemblée de chacals, sans doute parce qu’il est édité par les éditions Gallmeister, mais surtout parce qu’Olivia Castillon a insisté pour que je le lise. Eh bien, je remise mes aprioris au placard, ce roman est fantastique, à tous points de vue.

On pourrait penser qu’Oswell Danford est un simple fermier de Virginie, qu’il se contente de vivre une vie tranquille, entouré de sa femme et de ses deux enfants. Quand Elinore lui annonça qu’un télégramme venait d’arriver du Montana, il ne pouvait se douter de sa teneur. Le message vient de James Lingham, un fantôme du passé, et lui annonce qu’il va épouser Béatrice Jeffries. La fin du message est sans équivoque : « Toutes les vieilles connaissances seront présentes ».

Godfrey son frère ainé approcha et il a reçu aussi le même télégramme. Ils se sentent obligés d’aller à ce mariage, et ils vont récupérer Richard Sterling dit Dicky le troisième de la bande. Godfrey tient tout de même à se rassurer et demande si Oswell a toujours son arsenal. Il est effectivement là, enterré sous le porche. Ils peuvent donc se mettre en route pour assister à ce mariage même si cela ressemble plus à un voyage vers l’enfer.

Pendant le voyage, Oswell tient à rédiger ses mémoires, pour laisser une trace pour sa femme et ses enfants. Il va raconter comment Godfrey, Dicky et Oswell ont rencontré Lingham, comment ils ont formé le Gang du Grand Boxeur, un gang de voleurs de grands chemins, jusqu’à ce qu’ils rencontrent Quinlan, un Irlandais complètement cinglé, assoiffé de sang, qui leur a montré à quoi ressemblait l’enfer.

Construit en trois parties, ce roman peut sembler à tout égard classique. Tout d’abord, il y a le voyage jusqu’au Montana, puis les préparatifs du mariage, et enfin la confrontation finale. C’est dans la première partie que tout se joue, où on s’attache aux personnages et où les mémoires d’Oswell sonnent remarquablement juste. Il y a dans ces passages une simplicité et une honnêteté qui nous font adhérer à l’histoire.

Puis vient la deuxième partie, où nous nous trouvons dans une ville peuplée de gens honnêtes, attachants, et où la menace est constante et ne fait que monter. Avec des phrases minutieusement choisies, le stress de la présence de Quinlan se fait sentir alors qu’on ne le voit pas. Et c’est d’autant plus intenable que l’on sait de quoi il est capable. En contrepartie, la préparation du mariage montre des gens heureux, des décorations joyeuses, alors que l’on sait que cela va virer au cauchemar.

Puis vient la confrontation finale, qui dure plus de cent pages. Et là, c’est un véritable festival, une vision apocalyptique et violente pendant un moment qui ne devrait laisser augurer que de doux sentiments. Et là encore, le style de l’auteur fait mouche, avec cette façon si imagée de décrire les scènes, opposant les familles heureuses avec une violence venue d’ailleurs.

Si les psychologies sont remarquablement décrites, si les scènes sont remarquablement enchaînées, ce roman vire dans une jouissance totale, nous faisant revivre les meilleurs westerns cinématographiques, tels Sergio Leone ou Tarantino. Il y a dans cette histoire une volonté de montrer des personnages extrêmes dans des décors sentant bon le Far West, mais pas celui policés de beaucoup de westerns, plutôt celui dur et âpre du sable qui fouette les visages et la chaleur qui assèche les bouches. Et cette idée d’avoir situé l’église en dehors de la ville, au milieu du désert est l’une des clés de la réussite de cette fin.

Attendez-vous à prendre une belle claque avec ce western réaliste et violent, peuplé de personnages à la limite de la caricature. C’est un voyage que vous n’oublierez pas de sitôt. Quant à moi, je remise au placard mes aprioris car ce roman m’a époustouflé.

Ne ratez pas l’avis de Yan

Le diable en personne de Peter Farris

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

N’ayant pas lu Dernier appel pour les vivants, le précédent roman de Peter Farris, paru aussi chez Gallmeister, ce roman est donc pour moi une découverte. Et comme tous les étés, Gallmeister a le don de nous dégotter d’excellents romans noirs.

Maya est une jeune prostituée, enfermée dans un coffre de voiture. Deux hommes sont au volant, deux brutes épaisses dont le boulot est de faire disparaitre Maya. Elle est attachée mais arrive à se défaire de ses liens. Elle entend leur conversation, est secouée dans tous les sens quand la voiture s’arrête. Elle va tout faire pour se défendre, et va dans un premier temps faire semblant d’être inanimée.

Quand ils sortent Maya de la voiture, ils veulent en profiter un peu avant de la tuer. Mais elle réussit à leur échapper et s’enfuit dans les bois. Malheureusement, ils la rattrapent. Alors qu’elle est assommée, un homme vient la sauver in extremis, tue le premier et laisse partir le deuxième homme. Puis il ramène Maya chez lui, une petite cabane perdue en plein milieu des bois. Cet homme s’appelle Leonard Moye.

Leonard Moye est connu dans la ville de Trickum pour être un marginal. Bien qu’il vive seul, il a un mannequin en plastique dans sa cuisine, élégamment habillé, qu’il appelle Marjean, et qu’il considère comme sa femme. Il explique à Maya que personne ne vient fouler ses terres sans son autorisation. D’ailleurs, son premier travail consiste à faire disparaitre les traces du mort. Maya lui explique qu’elle travaille pour un proxénète nommé Mexico, et qu’elle connait des secrets compromettant le Maire.

Voilà un roman de petite taille dont l’intrigue est relativement simple. L’auteur aurait pu entrer plus dans les détails en ce qui concerne la corruption du Maire, ou les développements des différents trafics. Il va en fait se contenter de rester dans la bonne tradition du roman américain, en faisant de son roman presque un western classique, où Leonard Moye jouerait le rôle de la diligence encerclée par les Indiens. Car les mafieux vont tenter de pénétrer sur les terres de Leonard pour éliminer Maya.

Dans ce roman noir, on n’y trouve aucun personnage « bon », au sens où tous sont des cinglés, des pourris, et où la morale n’existe plus. Tous les coups sont permis, ce qui donne une image pessimiste des Etats Unis, ce que l’on a l’habitude de lire dans les romans américains actuels. Tout le monde s’octroie le droit d’avoir une arme et de l’utiliser. Et comme les trafiquants corrompent ceux qui sont censés faire la loi ou la faire respecter, tout y est permis.

Malgré le ton désespérant du livre, certaines scènes humoristiques viennent soulager l’ensemble, comme quand Leonard Moye descend en ville pour acheter des tampons hygiéniques, accompagné de sa femme mannequin Marjean. Mais c’est surtout le style ébouriffant qui frappe dans ce livre. La plume de Peter Farris est tout bonnement fascinante, tant elle est simple, concise, et imagée. On a vraiment l’impression d’être plongé dans un décor de petite ville sans qu’il y ait de descriptions bavarde.

Le seul bémol que je mettrais concernant ce roman, c’est qu’à force de lire ces nouveaux auteurs américains, j’ai l’impression de lire la même intrigue traitée différemment. Dans le cas présent, ce roman m’a beaucoup fait penser à En mémoire de Fred de Clayton Lindemuth. Et si certaines pages de ce roman m’ont tout simplement époustouflé, si sa fin est extraordinaire, je dois bien avouer que la lassitude de lire des romans sur le même sujet est proche.

Claude a mis un coup de coeur à ce roman. Yan et Jean-Marc ont beaucoup aimé, entre autres.

Les Anges de la Nuit de John Connolly

Editeur : Presses de la cité (Grand format) ; Pocket (Format Poche)

Traducteur : Jacques MARTINACHE

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec ma huitième lecture. Après un épisode franchement emballant, ce roman m’a surpris, m’a pris à revers. La liste de mes billets sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Quand les trahisons se paient au prix fort…

On les surnomme les Faucheurs, et ils sont l’élite des tueurs. Des hommes si terrifiants qu’on ose à peine prononcer leur nom. Louis, l’ami du détective Charlie Parker, a été formé par cette armée de l’ombre avant de tirer un trait sur son passé. Mais aujourd’hui il est la cible des Faucheurs, et plus particulièrement de Bliss, le tueur des tueurs. Charlie Parker, que Louis a souvent tiré de mauvaises passes, parviendra-t-il à le sauver ?

Tableau d’un monde crépusculaire où tout n’est que corruption, où les crimes demeurent impunis mais où les trahisons se paient au prix fort, Les Anges de la nuit fascine et glace le sang.

Mon avis :

Après un épisode noir et qui avait, me semble-t-il relancé la série, John Connoly décide de creuser ses personnages. Entre Louis et Angel, il a choisi Angel. C’est donc l’histoire d’Angel que nous allons lire, avec en parallèle une course poursuite, sorte de duel entre tueurs, un peu comme Highlander. Louis, a été élevé par un groupe de tueurs. L’un d’eux, Bliss, veut à tout prix le tuer pour se venger du passé, puisque Louis l’a brulé plusieurs années auparavant.

Certes cet épisode est glauque, car John Connoly arrive à nous montrer un univers parallèle, dont nous n’avons pas idée. C’est aussi l’occasion de nous offrir encore une fois des scènes incroyablement visuelles, mais j’y ai trouvé peu de scènes d’angoisse. Par contre, entre deux moments de tension, on rigole beaucoup, puisque Louis et Angel nous offrent des dialogues truculents voire inénarrables.

Il faut juste savoir que Charlie Parker n’apparait que très peu dans cet épisode, puisqu’il entre vraiment en scène qu’à partir des deux tiers du roman. Donc la narration n’est pas à la première personne et cela m’a créé comme une distance par rapport aux précédents opus. Par contre, cela m’a donné envie d’en relire un autre tout de suite, parce que je n’ai pas eu ma dose de Charlie Parker.

Liste des épisodes précédents :