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Il ne faut jamais faire le mal à demi de Lionel Fintoni

Editeur : Editions de l’Aube

Vous le savez si vous êtes un fidèle de mon blog, j’adore lire des premiers romans pour à la fois découvrir de nouveaux auteurs mais aussi pour découvrir derrière une intrigue la passion qui anime l’auteur. Le premier roman de Lionel Fintoni est surprenant et s’avère une grande réussite.

Livia et Georghe sont deux enfants Roms. Ils ont récupéré un beau butin dans le RER, grâce aux vols à l’arraché aux distributeurs de billets. Il ne reste plus qu’a rentrer au camp, rejoindre le clan. Soudain une voiture noire les course. Trois hommes les coincent. Les deux enfants assommés, ils font une piqure à Livia et la mettent dans le coffre. Puis l’un des hommes brise la nuque de Goerghe et le laisse dans les poubelles.

Malik Mahoudi est à la tête d’une société de transport créé par son père, Kamel. Originaire de Kabylie, Kamel est travailleur et a donné ce gout à son fils. Il a commencé par une épicerie, puis un garage, avant de se lancer dans le transport.

Sammy est photographe chez PhotoPro. Il n’est pas doué, fait des photos sans âmeque Charlotte Salmon, sa chef, arrive quand même à placer. Sammy sent qu’il va se faire virer. Alors il improvise et annonce à Charlotte qu’il prépare un gros reportage sur les mafias de l’Europe de l’Est.

Aïcha travaille pour des associations caritatives pour les Emirats Arabes Unies, et en particulier la promotion pour l’éducation des jeunes filles dans son pays. Elle débarque à Paris, en provenance de Dubaï. Elle doit subir une visite dans une clinique de chirurgie plastique, la clinique Bellefond, pour retrouver sa virginité perdue.

Didier était médecin légiste. Au bout du rouleau, il s’est orienté dans les œuvres humanitaires. Il demande à son ami Alain Dormeuil, capitaine de la PJ d’enquêter sur des disparitions d’enfants roms. Une enfant de 14 ans a été retrouvée morte, avec des cicatrices sur les cotés. A l’intérieur du corps, il manquait des organes.

Honnêtement, il faut s’accrocher un peu au début du livre, la raison en étant qu’il y a une dizaine de personnages sans liens apparents entre eux. De même, nous allons savoir dès le début que le fond de l’intrigue tourne autour de meurtres d’enfants roms afin de fournir des organes pour les transplantations. Alors, on se demande pourquoi continuer à suivre cette intrigue si nous savons tout depuis le début … Eh bien justement parce que ce roman s’avère plutôt une dénonciation de cette société amorale, inhumaine, sans limites, qui se permet tout au détriment des vies humaines. Au fur et à mesure de l’intrigue, l’intrigue va prendre de l’ampleur et les éléments du puzzle vont se mettre tout doucement en place, les personnages se rejoindre, et l’ensemble du roman va se construire et constituer un ensemble cohérent et époustouflant pour un premier roman.

Il y a dans ce roman beaucoup de personnages, et tous ont une psychologie avec une logique qui leur est propre. Il n’y a pas de bons ou de méchants, et tout le monde grenouille pour sa paroisse personnelle. Et finalement, le personnage principal de ce roman devient le contexte et la description de cette société communautariste avide d’argent, dans une ambiance lourde, noire et révoltante. Ce roman est d’une lucidité crue, d’une noirceur difficile à accepter, d’une cruauté rare, sans aucune effusion de sang ou scène gore.

Malgré les nombreux personnages, on ne va jamais être perdu, et les retrouver alternativement pour faire avancer cette intrigue où finalement la morale aura le dernier mot. Enfin, dernier mot, ce n’est pas sûr, car les derniers chapitres nous montrent, que si les plus dégueulasses ne s’en sortent pas, d’autres, tout aussi salauds, font de la manipulation leur fond de commerce et restent bien en place.

Ce roman est écrit dans un style simple, et il est surprenant d’y lire autant de maitrise. Les scènes vont faire avancer beaucoup d’intrigues en parallèle avant que le feu d’artifice final éclate, avec des chapitres courts qui accélèrent le rythme de l’intrigue. Ce roman est une grande réussite et le premier roman de Lionel Fintoni une belle découverte quant à l’ambition affichée et réussie de l’ensemble. Je suis sorti de ce roman époustouflé, impressionné. Car c’est bien la crédibilité de cette intrigue qui fait le plus mal au ventre, mal au cœur.

Ne ratez pas les avis de QuatreSansQuatre, de Nyctalopes et de l’incontournable Claude

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Naïri Nahapetian aux éditions de l’Aube

Cela faisait un moment que j’avais entassé les romans de Naïri Nahapetian alors que j’avais bien aimé ceux qu’elle avait publiés chez Liana Levi. Son nouveau cycle tourne autour de deux personnages :

Parviz est un agent secret à la vie très secrète. On le dit mort, tué par les Iraniens. On dit qu’il travaillait pour la CIA. Aujourd’hui, il est ce que j’appellerai un agent secret free lance, et c’est ce qui fait l’attrait pour ce personnage singulier. Il est au courant de tout, n’est jamais là où on le croit, et dénoue en sous-main des intrigues complexes.

Florence Nakash est d’origine iranienne et actuellement employée par la DGSE française. Elle est en charge de toute affaire qui peut être liée de près ou de loin avec l’Iran. Amie de Parviz, celui l’aide dans ses affaires, et elle a l’art et la subtilité de servir de lien entre la culture occidentale et la culture orientale.

Les trois romans que je vous propose ont des points communs, que ce soit dans la forme ou le fond. Du fait de l’embargo imposé à l’Iran, les gouvernements occidentaux sont à l’affut de toute technologie devenant accessible à un régime extrémiste. Dans les trois affaires dont parlent ces romans, la DGSE diligente Florence puisqu’elles concernent l’Iran, de près ou de loin. A chaque fois, on part d’une affaire simple, et petit à petit, l’intrigue se déploie comme un éventail mortel.

Si nous avons donc affaire à des romans d’espionnage, ce ne sont pas pour autant des romans d’action, mais plutôt des romans d’enquêtes. Les intrigues vont donc avancer avec des événements totalement logiques, et faisant preuve de beaucoup de créativité, mais aussi sur la base de discussions ou d’interrogatoires. Les dialogues sont d’une redoutables efficacité, ne dépassant pas une demi page, et faisant la place à des non-dits ou des sous-entendus, ce qui en fait une des qualités de l’écriture.

Les trois romans sont courts (moins de 200 pages) découpés en une quarantaine de chapitres. C’est une autre qualité de Naïri Nahapetian, cette faculté de dire en peu de mots ce que d’autres mettent quelques pages à exprimer. Chaque phrase est parfaitement pesée, très efficace et veut parfois dire plusieurs choses à la fois. De même, les personnages sont présentés en très peu de phrases et sont malgré cela parfaitement crédibles et vivants. C’est tout simplement du grand art dans l’efficacité, et je me disais à la lecture qu’il y a du Dominique Manotti dans cette écriture. Et quand vous savez mon adoration pour cette auteure, je n’ai pas besoin d’en rajouter des tonnes.

Je ne peux donc que vous conseiller d’acquérir rapidement un des romans de cette série, sachant qu’ils sont indépendants les uns des autres et peuvent être lus dans l’ordre que vous voulez. Je vous joins les quatrièmes de couverture pour avoir les sujets abordés.

Un agent nommé Parviz

Parviz est un être mystérieux. Les Iraniens le disent mort ; lui se plaît à raconter les circonstances dans lesquelles des hommes aux ordres de Khomeyni l’ont assassiné. Il travaillait alors pour la CIA, mais vend désormais son savoir-faire aux services secrets français. C’est ainsi que Kiana se retrouve à écouter sa confession dans un pavillon impersonnel de banlieue parisienne : il semblerait que son mari, Nasser, un scientifique iranien, ait des choses à cacher. Peu après, Florence Nakash, jeune recrue de la DGSE, est chargée d’une nouvelle enquête : son ami Parviz, celui-là même que l’on disait mort en 1979, a disparu…

Un roman subtil et efficace qui nous entraîne au cœur des secrets nucléaires iraniens et des manipulations des services secrets occidentaux pour ralentir l’avènement d’une « bombe islamique ».

Le mage de l’hôtel Royal

Un prestidigitateur iranien, le mage Farzadi, est assassiné dans un grand hôtel au bord du lac Léman.

Il a, peu avant sa mort, reçu dans sa chambre un mystérieux journaliste persan ainsi qu’une jeune Irano-Américaine aux très érotiques cuissardes…

Farzadi a-t-il été victime de dissensions internes au régime islamique ? Ou bien a-t-il été liquidé par la CIA ?

L’enquête est confiée à la DGSE et Florence Nakash, persuadée qu’une partie de la réponse se trouve dans un traité d’alchimie, aura besoin de l’aide d’un vieil ami nommé Parviz.

De Paris, il lui faudra aller jusqu’à Téhéran pour démêler le vrai du faux et retracer le parcours de cet étonnant mage aux multiples existences.

Une enquête rondement menée, efficace et subtile.

Jadis, Romina Wagner

Romina Wagner a toujours fait l’objet de rumeurs plus ou moins farfelues. Aussi, quand elle évoque auprès de son psychanalyste une drôle d’ambiance sur son lieu de travail, celui-ci n’y prête que peu d’attention.

« Qui pourrait en vouloir à cette belle femme d’origine roumaine, ingénieure au sein de Microreva, une entreprise de haute technologie ? » se dit Moïni, un Iranien qui pratique des thérapies alternatives pour la clientèle huppée du quartier de la Butte-aux-Cailles, à Paris.

Jusqu’à ce que l’étrange Parviz lui dérobe le dossier de sa patiente. Romina, bientôt accusée d’espionnage industriel pour le compte de puissances étrangères, plonge dans un cauchemar paranoïaque et ne peut plus faire confiance à personne, et surtout pas à son mari…

C’est Florence Nakash, de la DGSE, qui a pour mission de tirer cette affaire au clair.

Sous la terre des Maoris de Carl Nixon

Editeur : Editions de l’Aube

Traducteur : Benoîte Dauvergne

Encore une fois, les éditions de l’Aube nous ont dégotté un roman pas comme les autres, venant d’une contrée dont on commence à parler, la Nouvelle Zélande. Sous la terre des maoris est le premier roman de Carl Nixon à être traduit en France. La simplicité de sa plume devrait encourager les éditions de l’Aube à continuer. Ce roman est décomposé en cinq parties, chacune posant le personnage principal dans une situation différente.

Un vieil homme grimpe sur la colline qui surplombe sa maison, au sommet de laquelle trône un arbre. La silhouette qu’il aperçoit de loin lui fait penser à un épouvantail. Il pense alors que les jeunes ont encore une fois voulu faire une plaisanterie. Mais plus il s’approche, plus il se rend compte qu’il s’agit d’un jeune homme qui s’est pendu. Il lui faudra bien des efforts pour grimper sur la clôture et détacher le corps.

Box Saxton fut un entrepreneur qui a toujours beaucoup travaillé pour construire sa vie de famille. La crise de 2009 a eu raison de son entreprise et il s’est retrouvé au bord de la faillite. Alors, il a tout recommencé, redevenant un simple ouvrier. Ce jour-là, il retape la toiture d’une école quand les nuages s’amoncellent à l’horizon. En quelques minutes, l’orage éclate, le forçant à arrêter son travail. Sa femme l’appelle alors et lui annonce la terrible nouvelle : leur fils Mark s’est suicidé.

Box va alors rejoindre sa femme, animé d’une colère froide, contre le temps, contre le monde, contre les autres, contre lui, contre son fils aussi. Il n’a rien vu venir. Et tout le monde dans l’avion du retour le regarde de travers. Même dans sa ville, les gens lui présentent leur condoléances mais ne font qu’attiser sa colère. Tipene, le père biologique de Mark, vient rendre hommage à son fils défunt, alors qu’il l’a abandonné deux ans après sa naissance. Il va même jusqu’à demander sa dépouille pour l’enterrer selon les rites des Maoris.

C’est un roman sur le deuil que nous propose Carl Nixon, et sur la réaction d’un père, blessé dans sa chair. De ce fait, c’est un roman qui va doucement, et ceux qui recherchent de l’action vont devoir passer leur chemin. Par contre, ceux qui veulent découvrir un nouvel auteur, dont la plume est toute en simplicité, toute en description de ce qui entoure Box, vont être comblés.

Car cette lecture donne une impression particulière au fur et à mesure de l’avancement. On a l’impression que Box a une caméra qui zoome uniquement sur lui, et que le monde s’est arrêté, qu’il est le seul à se rebeller contre l’injustice qui le frappe. Avec ce parti-pris de narration, très descriptif sans en avoir l’air, l’ambiance est plombante, et il vaut mieux avoir le moral avant d’attaquer le roman. Car c’est immensément triste sans être larmoyant.

Je dois avouer que l’auteur sait bien mener son histoire, qu’il sait mettre des dialogues quand il le faut, et cela démontre un grand savoir-faire. Mais j’aurais aimé qu’il soit plus explicite quant au sujet, tout juste abordé, de chocs des cultures. J’aurais aimé une confrontation entre Box et Tipene, même si on adroit à quelques scènes fort bien faites qui montrent les tensions entre les deux cultures.

Sur un sujet proche, Le Chant de la Tamassee de Ron Rash m’a bien plus impressionné. Et malgré cela, avec son air de ne pas en parler, ce roman laissera en moi des souvenirs tristes, des traces de larmes. Carl Nixon est un auteur à suivre, assurément.

Le chouchou du mois de février 2017

En ce mois de février, j’ai inauguré une nouvelle rubrique : Espace BD. J’ai en effet eu l’occasion de lire deux adaptations des romans de HG.Wells, scénarisées par Dobbs. Si j’ai apprécié l’unité des dessins alors que ce sont deux dessinateurs différents qui ont signé les 2 volumes, le format BD m’a paru court pour La machine à explorer le temps, alors que La guerre des mondes m’a vraiment plu, du moins le premier tome sorti. C’est Glénat qui édite ces Bandes Dessinées.

J’ai continué aussi de lire des novellas, en regardant du coté de La Manufacture de livres. Vagabond de Franck Bouysse (Manufacture de livres) est stylistiquement parfait, et Albuquerque de Dominique Forma (Manufacture de livres) est de facture plus classique et on prend beaucoup de plaisir à arpenter la Route 66.

Trois de mes auteurs favoris sont passés à l’autopsie ce mois : Brutale de Jacques-Olivier Bosco (Robert Laffont-La Bête noire) est un pur roman d’action comme sait les faire. La voix secrète Michaël Mention (10/18) est peut-être une réédition, mais j’ai eu l’impression de lire un autre livre, plus complet, plus prenant, plus réussi. Enfin, avec Dans l’ombre d’Arnaldur Indridason (Métaillé), on est plongé en pleine deuxième guerre mondiale pendant l’occupation de l’Islande par les Britanniques puis les Américains. C’est une nouvelle réussite, très éloignée des enquêtes d’Erlendur.

Ce qui marquera ce mois de février, ce sera l’originalité de traitement dans les intrigues. Avec Le vrai du faux et même pire de Martine Nougué (Editions du Caïman), cette auteure confirme son talent de peindre des ambiances en s’intéressant aux gens, qui font avancer l’intrigue. American requiem de Jean Christophe Buchot (Editions La Renverse) est un livre attachant qui part du principe que JFK nous parle de lui et c’est passionnant. Derrière les portes de BA.Paris (Hugo & Cie) est un thriller qui peut paraitre simple mais c’est cette simplicité qui fait mouche, qui sonne vrai. Duel de faussaires de Bradford Morrow (Seuil) nous plonge dans l’univers des faussaires, et délivre un beau message d’amour des livres.  Irezumi de Akimitsu Takagi (Denoel) enfin, est un pur roman policier qui date de 1948 et qui nous dévoile le Japon, ses traditions, sa philosophie et tout le mystère qui entoure les tatouages, véritables œuvres d’art.

Pour le titre de chouchou du mois, j’aurais pu choisir un auteur que j’adore. J’ai préféré mettre en avant un jeune auteur qui écrit des romans policiers en abordant des thèmes importants, tout en gardant une originalité dans le traitement. Gymnopédie pour une disparue d’Ahmed Tiab (Editions de l’Aube) nous parle des racines, et de leur importance dans la vie que nous nous construisons. C’est aussi pour cette thématique et sa subtilité de traitement qu’il fait un beau chouchou du mois, estampillé Black Novel.

J’espère que vous trouverez votre bonheur de lecture parmi ces avis. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal : lisez !

 

Gymnopédie pour une disparue de Ahmed Tiab

Editeur : Editions de l’Aube

Découvert avec Le Français de Roseville, je dois dire que cet auteur m’interpelle par sa façon de construire ses intrigues et par son style très personnel. Avec ce roman, il confirme qu’il est un auteur à part et surtout un auteur à ne pas rater.

Boualem est un jeune homme qui veut faire business man pour s’en sortir. Sa première affaire, c’était la vente d’une paire de basket qu’il avait trouvée dans le hall d’un immeuble. Alors que l’Algérie s’enfonce dans les émeutes, le quartier d’Oran où il habite reste encore calme. Mais il se rend bien compte qu’il va devoir rejoindre la France pour pourquivre sa carrière.

Boris habite un petit appartement à Paris qu’il a hérité de Tante Rose, une amie de sa mère. Laure Sieger, sa mère, l’a abandonné alors qu’il avait 8 ans, et aujourd’hui en 2013, il s’en sort grâce à son emploi à la mairie. Il n’a pas de contacts avec les autres, si ce n’est une liaison avec Gino, le fils de la gardienne. Par hasard, il rencontre Oussama, qui lui montre une photographie de jeunes gens djihadistes, partis s’entrainer en Syrie. Sur la Photo, l’un des jeunes semble être le sosie de Boris. Serait-il son frère caché ?

Aujourd’hui, Kemal Fadil est chef de la police d’un quartier d’Oran. Son affaire en cours porte sur une série de meurtres dont les corps sont étrangement disposés. Quand on découvre le cadavre d’une femme supposée d’adonner à la sorcellerie, il suit la piste de rituels ancestraux, depuis longtemps abandonnés dans cette société qui s’est donnée toute entière à la modernité.

Indéniablement, Ahmed Tiab fait partie de ces tous nouveaux auteurs dont il faut suivre la trace. Car tout, dans ses romans, est fait avec originalité. Il y apporte sa propre touche aussi bien dans la construction que dans le style. Et il nous permet aussi d’approcher les difficultés de l’Algérie balancée entre modernité et histoire, entre politique et terrorisme. Mais tout cela n’est pas fait avec de gros sabots, et n’a pas pour but d’écrire des brulots. Ahmed Tiab préfère prendre les faits et exposer une situation comme le ferait le meilleur des journalistes. S’il aborde le sujet du Djihadisme, ce n’est pas le sujet principal du livre, qui nous parle plutôt de la recherche de ses racines et des questions que tout un chacun se pose sur ses origines.

Ce que j’aime c’est Ahmed Tiab, c’est cette façon, l’air de rien, de construire ses personnages, et de ne jamais les juger. Il les présente dans leurs faits de tous les jours et avec une telle tendresse que l’on finit par non seulement adhérer, mais aussi s’attacher à eux. Ces trois personnages vont former une histoire qui va se culminer vers une fin non pas dramatique mais qui va répondre à bien des questions.

D’ailleurs, la construction aussi est originale. D’autres auteurs auraient alterné les chapitres passant de l’un à l’autre. Ici, Boualem aura droit à une première partie, Boris à deux parties puis nous finirons par Kemal avant d’aboutir à la conclusion. On peut avoir l’impression de lire trois histoires différentes, trois nouvelles accolées. Mais c’est sans compter sur le talent de l’auteur qui réunit le tout dans un ensemble parfaitement cohérent.

Quand je vous dis que cet auteur, vraiment à part, est à suivre, c’est aussi avec ce rythme de la narration, qui pourrait laisser penser à de la nonchalance. Mais après quelques pages, cela en devient hypnotique et on devient accroché à cette plume réellement unique et d’une simplicité que beaucoup peuvent lui envier. Je suis sur qu’après ce roman, Ahmed Tiab va nous sortir un grand livre et qu’il sera enfin reconnu. Je ne suis pas pressé, je suis patient !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude.

Le Français de Roseville de Ahmed Tiab

Editeur : Editions de l’Aube

Voici un nouveau venu sur la scène du roman policier qui va nous donner l’occasion de suivre un nouveau personnage de commissaire Kémal Fadil. Pour un premier roman, c’est une franche réussite, à tel point que j’ai hâte de lire sa seconde enquête.

Oran, 2013. Dans le vieux quartier espagnol, la rénovation des immeubles bat son plein. Sur un chantier de la rue des Bougainvilliers, le grutier remarque des os. Il arrête tout de suite son travail et se trouve effectivement en présence d’os humains. Le commissaire Kémal Fadil va être chargé de cette affaire. Le médecin légiste Moss confirme que c’est le corps d’un petit garçon et qu’il a du être enterré plusieurs dizaines d’années auparavant. Entre la pression de la hiérarchie pour cette affaire non prioritaire et celle des promoteurs immobiliers, Kémal va avoir fort à faire. Dès le départ, il trouve un bijou en forme de crucifix en or avec les initiales A C. Puis, c’est un deuxième squelette qui fait son apparition. A priori, un homme et un enfant ont été enterrés là.

Kémal est célibataire et vit avec sa mère, Léna, handicapée suite à un accident de la route qui a vu la mort de son père. Il a bien une femme dans sa vie, Fatou, d’origine nigériane, mais il ne peut vivre avec elle car elle et sa mère ne s’entendent pas. Léna était dans les années 60 interprète et traduisait des discours officiels en espagnol lors de réunions politiques. C’est là qu’elle a rencontré l’amour de sa vie …

Années 50. Arthur Guillot est un Français travaillant en Algérie. Il est comptable, et ses déboires sentimentaux vont le faire plonger dans la délinquance au moment où il rencontre Roméro, un truand notoire.

Ce premier roman est époustouflant par son ambition. Il arrive, par des allers-retours passé présent à différentes époques, à nous présenter à la fois Kémal et ses parents, la situation de l’Algérie avant, pendant et après l’indépendance. Et tout cela est fait à travers des personnages, de façon parfaitement subtile, tout en ne prenant jamais partie pour qui que ce soit. En cela, je trouve que ce roman est à la fois intelligent et instructif.

Il ne faut pas attendre de ce roman beaucoup d’action. On a à faire avec un roman policier du type Cold Case (référence à une série télévisée que j’aime beaucoup) voire même aux premiers romans d’Arnaldur Indridason. On y trouve la même volonté de décrire les ambiances, les couleurs, les sons, et cette force d’inventer des personnages secondaires aussi forts que celui de Kémal lui-même.

Vers le milieu du roman, un nouveau personnage fait son entrée, Arthur Guillot. On se doute bien qu’il a quelque chose à voir avec cette affaire. C’est encore une fois l’occasion pour l’auteur d’évoquer l’Algérie avant l’indépendance. Mais cela a aussi pour conséquence de gâcher le suspense final ou du moins une partie.

Vous l’aurez compris, ce roman m’a impressionner. Cela m’a donné l’occasion d’apprendre plein de choses, qui sont évoquées par petites touches. Ma seule envie, c’est maintenant de pourquivre cette série pour en apprendre encore plus. Pour votre information, le deuxième tome des enquêtes de Kémal vient de sortir aux éditions de l’Aube et s’appelle Le désert ou la mer.

Eté rouge de Daniel Quiros (Editions de l’Aube)

Cela faisait un bout de temps que j’avais envie de découvrir cet auteur. C’est donc plus la curiosité qui m’a poussé, motivé, et il faut dire que la littérature sud-américaine me réussit bien en ce moment. Voici donc un premier roman pas mal du tout.

Quatrième de couverture :

Côte du Pacifique, Costa Rica. Un Éden où les pinèdes sont massacrées afin de permettre la construction de villas luxueuses pour des investisseurs étrangers… et des caïds de la drogue. Un Éden où il fait terriblement chaud, où l’alcool ne peut faire oublier le sable, la poussière et le vent.

C’est là, dans un tranquille village de pêcheurs, qu’est découvert sur la plage le cadavre d’une femme, surnommée l’Argentine.

Don Chepe, ancien guérillero qui a lutté aux côtés des sandinistes, décide de retrouver l’assassin de son amie. Une enquête qui le conduit à découvrir les liens obscurs entre passé et présent, utopie et désenchantement… et à revisiter l’histoire de son pays.

Entre torpeur et violence, ce livre nous colle à la peau.

Mon avis :

Il s’agit d’un polar dans la plus classique de ses formes que nous propose Daniel Quiros, avec son été rouge. Nous avons affaire à un détective privé, et l’intrigue démarre lentement avec l’assassinat d’une de ses amie, surnommée L’Argentine, qui a été exécutée sur une plage. Tous les indices semblent indiquer que le mobile n’est pas le vol. Puis, un notaire le contacte pour lui donner une enveloppe et des biens personnels que lui a laissés l’Argentine. A partir de ce moment, Don Chepe va mener l’enquête et être plongé dans le passé, son passé, celui de la guérilla sandiniste.

Clairement, l’intrigue, bien que linéaire, se suit de façon impeccable. Et ce qui retient l’attention, ce sont bien l’ambiance et les détails de la vie au Costa Rica, ces gens qui connaissent des gens qui connaissent des gens … et cette atmosphère étouffante liée à la fois à la température ambiante très chaude mais aussi au degré d’implication des personnages dans les magouilles sans que le lecteur ne sache mettre une étiquette sur chacun d’eux. En fait, on oscille en se demandant qui est pourri de qui ne l’est pas.

Pour un premier roman, je dois dire que Daniel Quiros montre ce qu’il a à dire et rappeler avec ses tripes. On sent que le sujet lui tient à cœur, et même si par moment, le style est bavard, si parfois certaines phrases nous semblent bizarrement tournées (Du à la traduction ?), il n’en reste pas moins que ce polar nous montre une fois de plus qu’il est le genre idéal pour rappeler des passages de l’histoire que beaucoup veulent nous faire oublier. Et cela m’a permis d’apprendre plein de choses.

Un dernier mot à propos de ce roman : Il est amusant que Don Chepe rencontre autant de femmes dans son enquête. Quoique, cela fait partie des codes du polar. Sauf que les femmes qu’il rencontre ne sont pas des blondes plantureuses et dangereuses, ce qui est une variation intéressante.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Vincent, remarquablement bien écrit

A noter la sortie du petit dernier Pluie des ombres dont la quatrième de couverture nous annonce :

Pluie des ombres

Costa Rica. Le corps d’un jeune homme est retrouvé, ­mutilé, au bord d’une route à quelques mètres d’une école. La ­police en fait peu de cas car c’est un Nica, un immigré du ­Nicaragua, et il y a de la drogue dans le ventre du cadavre…

Ce devait être encore un narcotrafiquant. Sauf que.

Sauf que Don Chepe connaissait le garçon, et qu’il n’était certainement pas un dealer. Épaulé de son fidèle Gato, l’ex-guérillero devenu détective à ses heures se lance à la poursuite des coupables. D’orangeraies à d’immenses complexes touristiques, de la prostitution à la haute société, c’est un véritable panorama du Costa Rica que nous révèle ce livre. Levant le voile sur le trafic de toutes sortes, sur les enjeux énormes du tourisme pour le pays, pointant du doigt la misère, le racisme et la xénophobie qui font rage, Daniel Quirós réussit le tour de force de mêler étroitement une enquête à couper le souffle et un portrait sans complaisance de la société costaricienne. Impressionnant.