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Tout corps plongé … de Lionel Fintoni

Editeur : Editions de l’Aube

Il semblerait que Lionel Fintoni ait choisi de prendre pour ses titres de livres des citations, ou du moins des phrases qui y ressemblent fort. Après Il ne faut jamais faire le mal à demi, son premier roman, voici Tout corps plongé … extrait d’une citation d’Archimède, le célèbre auteur du principe du même nom, celui grâce à qui nous bénéficions des bouées l’été à la mer.

Maxime Vial travaille dans une société de sécurité Med Data Consulting. Cette société est chargée de gérer la confidentialité de données que les gens comme vous et moi n’avons pas le droit de consulter. Maxime doit faire une présentation dans un congrès, et comme il est toujours en retard, il copie sa présentation sur une clé USB et fonce au Palais des Congrès. Il explique au régisseur quel fichier il doit prendre et assure sa prestation. Lors du cocktail qui suit, il rencontre une jeune femme, Clara, avec qui il va passer la nuit. Quand il se réveille, Clara a disparu avec sa clé USB et son ordinateur.

Chez MDC, Serge Lasseube, responsable de la cybersécurité, reçoit un message sur son téléphone portable. Quelqu’un a eu accès à un fichier ultra sensible présent sur la clé USB. Il appelle de suite le PDG Vincent Deluise pour cette affaire urgente.

La chef de section de la police judiciaire Marie-Ange Jeopardi est en train de relire les dossiers qui ornent son bureau. Ce matin, elle doit recevoir deux nouveaux : Alain Dormeuil et Maurice Bassague. Selon leur dossier, ce sont deux policiers compétents qui ont du mal à respecter les règles. Elle n’accepte pas la moindre entorse au règlement et va leur signifier, dans une entrevue musclée.

Au même moment, on leur signale le corps d’une jeune femme assassinée, dont on a retrouvé le corps dans un bras de la Marne. Le corps a été vidé ailleurs de son sang, et attaché à des branches dans une mise en scène littéraire : cela rappelle en effet Hamlet de Shakespeare et la mort d’Ophélie. Quand ils font quelques recherches, d’autres meurtres ont eu lieu avec des mises en scène en lien avec de l’eau.

Autant on aurait pu trouver le début de son premier roman un peu lent, et c’est ce que je pensais, autant on ne peut pas dire ça de ce roman-ci. Le bref résumé que je viens de vous concocter couvre à peine les 40 premières pages. Et je ne peux qu’être d’accord avec la phrase de l’éditeur en quatrième de couverture : “Ce polar, mené sur un rythme d’enfer, ne nous laisse aucun répit, pour notre plus grand plaisir.”

Ce roman, qui n’est que le deuxième de l’auteur, confirme qu’il aime les intrigues multiples et manipuler de nombreux personnages. Ici encore, nous allons suivre plusieurs personnages, qu’ils fassent partie de MDC, de la police ou même de petits truands receleurs, sans oublier bien entendu le Tueur de l’eau. Lionel Fintoni confirme son talent pour les rendre suffisamment marquants et ne pas nous perdre en chemin.

Enfin, et surtout, il y a ces chapitres courts, ces scènes qui s’enchaînent avec une célérité et une créativité qui font envie. Car, je vous le dis, une fois commencé, il est difficile d’arrêter sa lecture. Alors, Lionel Fintoni nous met en garde contre les hackers, capables de faire absolument tout ce qu’ils veulent avec nos ordinateurs. Mais c’est un sujet qui passe, en ce qui me concerne, bien en dessous de la qualité de l’intrigue et de la façon dont elle se déroule.

D’ailleurs, j’ai trouvé bien peu d’avis sur Internet à propos de ce roman, et c’est une réelle injustice, car c’est un excellent divertissement. Je vous le dis : Il y a beaucoup de jeunes talents en France, et Lionel Fintoni vient d’inscrire son nom parmi les jeunes auteurs dont il faut suivre les prochaines publications. Trop fort !

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Boccanera de Michèle Pedinielli

Editeur : Editions de l’Aube

Voilà un premier roman tout simplement impressionnant. Il démontre une nouvelle fois que les éditions de l’Aube ont le don de dénicher des auteurs surprenants, qui sont capables de créer un univers dès leur premier roman.

Nice, de nos jours. Ghjulia « Diou » Boccanera est détective privée et a rarement l’occasion de plonger dans des enquêtes passionnantes, puisqu’elle se contente d’affaires de mœurs et de retrouver des chiens volés. Quand Dorian Lasalle se présente chez elle, elle voit tout de suite son intérêt de sortir de la routine, sans compter que cela va redorer son compte en banque.

Dorian Lasalle vient demander à Diou d’enquêter sur la mort de son amant, Mauro Giannini, qui a été assassiné chez lui. La police en déduit qu’il s’agit d’un cambriolage qui a mal tourné puisque la villa a été retrouvée sens dessus dessous. Mauro était ingénieur en BTP et les deux amants devaient s’installer à New York où ils devaient se marier. Dorian ne croit à la version de la police et lui demande d’enquêter en lui versant plus de 5000 euros en liquide. Diou promet d’enquêter sans s’engager sur un résultat.

Après avoir récupéré la clé de la villa, elle fait sa propre visite mais ne trouve rien d’autre qu’une clé USB, glissée dans un casque de chantier. Il est tout de même surprenant que les tableaux originaux d’un peintre connu n’aient pas été emportés par les voleurs. Elle va tout de même voir son ancien amant Joseph Santucci, policier à la PJ de Nice. Les pistes ne manquent pas et Diou a du travail sur la planche.

Conseillé par Patrick Raynal, ce roman est impressionnant de maîtrise du début à la fin. Ce qui est impressionnant, c’est cette faculté à créer un personnage féminin fort, qui ne s’en laisse pas compter. Diou est clairement quelqu’un que l’on n’oubliera pas facilement, par ses facultés de déduction mais aussi par son caractère en acier bien trempé. Si les autres personnages sont au second plan, les vieux quartiers de Nice sont remarquablement bien peints et on aime se retrouver dans ses petites rues pentues.

L’auteur choisit, pour mener son intrigue, de multiplier les pistes quasiment dès le départ. Entre le vol et la possibilité d’un crime homophobe, ou même des raisons professionnelles, le lecteur va suivre Diou en « maîtresse de maison », en « chef d’orchestre » sans que jamais on ne remette en cause ses actions. Et même si Diou connait sa ville, elle nous montre des quartiers que les touristes ne visitent jamais.

On rencontrera tous les codes inhérents au genre, Diou se prendra quelques coups sur la figure, mais elle tiendra bon ! Elle rencontrera des hommes fatals (!), il y aura des scènes d’action, de sexe et un dénouement inattendu. Mais il y a dans ce roman et dans ce personnage ce petit quelque chose qui donne envie de la suivre au bout du monde. Vous l’avez compris, j’attends déjà avec impatience sa prochaine enquête. Et retenez ce nom, Michèle Pédinielli, car cette auteure va devenir une grande.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Pour donner la mort, tapez 1 d’Ahmed Tiab

Editeur : Editions de l’Aube

Après avoir écrit une trilogie mettant en scène le commissaire Kémal Fadil (Le Français de Roseville, Le désert ou la mer, Gymnopédie pour une disparue), Ahmed Tiab nous revient avec ce qui devrait être une nouvelle trilogie centrée sur la ville de Marseille.

Je tiens à remercier tout particulièrement mon ami du Sud La Petite Souris, qui, par ses questions a joué le rôle de catalyseur dans l’alchimie de mon cerveau quand je cherchais à rédiger cet avis.

Si la technologie a fait de grandes avancées, surtout dans le domaine de la communication et des réseaux sociaux, il n’en est pas de même dans les règles de la société ni dans les mises en garde pour nos bambins. Les extrémistes, eux, ont vite compris l’intérêt d’Internet et sa possibilité de toucher les masses par la diffusion de vidéos, montrant des assassinats en direct de mécréants.

C’est le cas des trois adolescents qui ouvrent ce roman, habitant dans les cités Nord de Marseille. Sofiane et Hocine traînent leur misère dans un pays qui ne veut pas d’eux. Quand ils retournent au pays, c’est la joie de participer à de grandes fêtes. Dès qu’ils reviennent en France, la grisaille et le racisme ambiant les plombent. Les vidéos sur Youtube leur donne l’idée de faire respecter la morale, leur morale. Ils vont donc réfléchir à faire aboutir leur idée avec leur copain de cité Benji.

Le corps d’une jeune femme est retrouvé dans un hangar désaffecté. Franck Massonnier est chargé de l’enquête. Son parcours personnel est particulier, puisqu’il est divorcé de Catherine et est tombé amoureux de Lotfi Benattar, un jeune enquêteur qui travaille dans son équipe. Pour couronner le tout, Maï la fille de Franck en en pleine adolescence difficile et s’adonne plus à fumer des pétards qu’à ses cours. La jeune femme assassinée a subi de graves coups à la tête, portés par un ou des objets contondants. Il semblerait qu’on l’ait couverte d’une cagoule avant de jouer à la pétanque avec sa tête en guise de cochonnet. Après enquête, des rumeurs qui circulent dans la cité la décrivent comme volage. Mais un sigle tagué sur un mur du hangar laisse envisager d’autres pistes.

Ahmed Tiab continue son exploration de la société française, ou plutôt la vision qu’il en a. Si la forme s’apparente à du polar, ce sont en premier lieu des romans sociétaux dont il ressort un malaise flagrant des maghrébins, par le fait que la nouvelle génération ne croit plus à une intégration dans une société conservatrice. A ce titre, ses trois premiers romans, ou du moins les deux que j’ai lus, étaient des livres précieux pour mieux comprendre et se comprendre. Ils mettaient en scène un commissaire Kamel Fedil dans trois situations qui parlaient de trois sujets différents liés à l’Algérie. Ce que j’avais adoré, c’est aussi cette façon de raconter une histoire de façon non linéaire et d’y insérer des personnages forts.

Dans ce dernier roman, on se sépare de notre commissaire pour trouver un autre personnage de poids : Marseille. Il semblerait en effet qu’Ahmed Tiab commence avec ce nouveau roman une nouvelle trilogie mettant en scène la cité Phocéenne. Nous avons donc à faire avec deux nouveaux flics Franck et Lotfi. S’ils sont (comme d’habitude) bien décrits, ils sont surtout là pour être au cœur de l’action et pour faire le contrepoids avec les trafiquants de drogue. Je m’explique :

Ce roman commence avec des jeunes des cités qui vont pencher du coté du djihadisme. Si la morale qu’ils veulent perpétrer est stricte, elle l’est moins vis-à-vis des trafiquants de drogue. Franck et Lotfi étant amants, donc homosexuels, ils s’attirent les foudres des croyants musulmans, ces derniers étant plus permissifs vis-à-vis des distributeurs de mort. C’est essentiellement cette contradiction qu’Ahmed Tiab veut mettre en avant, nous appelant tous à un peu plus de mesure, de recul et de lucidité.

Je dis essentiellement car les personnages secondaires vont apporter beaucoup d’autres thèmes, qui sont abordés et pas forcément creusés comme ils auraient dus l’être. Du danger des réseaux sociaux au racisme ambiant, des adolescents abandonnés à eux-mêmes à la vie de famille qui part en vrille, du djihadisme aux jeunes chômeurs désœuvrés, tous ces thèmes ont au moins en commun une analyse froide et factuelle de notre société, où la mesure et la morale ont depuis bien longtemps été laminées.

La seule chose que j’ajouterai, c’est qu’à aborder trop de thèmes, on perd la force du discours. Trop de thèmes tuent le discours. Ce qui fait que ce roman, bien qu’il soit passionnant, m’a paru touffu et s’égarer entre tous les sujets abordés. J’aurais probablement préféré une histoire moins complexe afin que le ou les messages soient plus martelés.

Ceci dit, les adeptes de romans policiers avec un fond sociétal seront enchantés, car cela reste du très bon polar, avec une fin bien noire, comme pour renvoyer tout le monde dos à dos. Car ce roman ne donne pas de leçon ou de solution, il semble juste nous dire que nous sommes différents et que nous devons vivre ensemble. En cela, c’est un bel exemple d’humanisme comme je les aime.

Ne ratez pas l’avis de Claude

Il ne faut jamais faire le mal à demi de Lionel Fintoni

Editeur : Editions de l’Aube

Vous le savez si vous êtes un fidèle de mon blog, j’adore lire des premiers romans pour à la fois découvrir de nouveaux auteurs mais aussi pour découvrir derrière une intrigue la passion qui anime l’auteur. Le premier roman de Lionel Fintoni est surprenant et s’avère une grande réussite.

Livia et Georghe sont deux enfants Roms. Ils ont récupéré un beau butin dans le RER, grâce aux vols à l’arraché aux distributeurs de billets. Il ne reste plus qu’a rentrer au camp, rejoindre le clan. Soudain une voiture noire les course. Trois hommes les coincent. Les deux enfants assommés, ils font une piqure à Livia et la mettent dans le coffre. Puis l’un des hommes brise la nuque de Goerghe et le laisse dans les poubelles.

Malik Mahoudi est à la tête d’une société de transport créé par son père, Kamel. Originaire de Kabylie, Kamel est travailleur et a donné ce gout à son fils. Il a commencé par une épicerie, puis un garage, avant de se lancer dans le transport.

Sammy est photographe chez PhotoPro. Il n’est pas doué, fait des photos sans âmeque Charlotte Salmon, sa chef, arrive quand même à placer. Sammy sent qu’il va se faire virer. Alors il improvise et annonce à Charlotte qu’il prépare un gros reportage sur les mafias de l’Europe de l’Est.

Aïcha travaille pour des associations caritatives pour les Emirats Arabes Unies, et en particulier la promotion pour l’éducation des jeunes filles dans son pays. Elle débarque à Paris, en provenance de Dubaï. Elle doit subir une visite dans une clinique de chirurgie plastique, la clinique Bellefond, pour retrouver sa virginité perdue.

Didier était médecin légiste. Au bout du rouleau, il s’est orienté dans les œuvres humanitaires. Il demande à son ami Alain Dormeuil, capitaine de la PJ d’enquêter sur des disparitions d’enfants roms. Une enfant de 14 ans a été retrouvée morte, avec des cicatrices sur les cotés. A l’intérieur du corps, il manquait des organes.

Honnêtement, il faut s’accrocher un peu au début du livre, la raison en étant qu’il y a une dizaine de personnages sans liens apparents entre eux. De même, nous allons savoir dès le début que le fond de l’intrigue tourne autour de meurtres d’enfants roms afin de fournir des organes pour les transplantations. Alors, on se demande pourquoi continuer à suivre cette intrigue si nous savons tout depuis le début … Eh bien justement parce que ce roman s’avère plutôt une dénonciation de cette société amorale, inhumaine, sans limites, qui se permet tout au détriment des vies humaines. Au fur et à mesure de l’intrigue, l’intrigue va prendre de l’ampleur et les éléments du puzzle vont se mettre tout doucement en place, les personnages se rejoindre, et l’ensemble du roman va se construire et constituer un ensemble cohérent et époustouflant pour un premier roman.

Il y a dans ce roman beaucoup de personnages, et tous ont une psychologie avec une logique qui leur est propre. Il n’y a pas de bons ou de méchants, et tout le monde grenouille pour sa paroisse personnelle. Et finalement, le personnage principal de ce roman devient le contexte et la description de cette société communautariste avide d’argent, dans une ambiance lourde, noire et révoltante. Ce roman est d’une lucidité crue, d’une noirceur difficile à accepter, d’une cruauté rare, sans aucune effusion de sang ou scène gore.

Malgré les nombreux personnages, on ne va jamais être perdu, et les retrouver alternativement pour faire avancer cette intrigue où finalement la morale aura le dernier mot. Enfin, dernier mot, ce n’est pas sûr, car les derniers chapitres nous montrent, que si les plus dégueulasses ne s’en sortent pas, d’autres, tout aussi salauds, font de la manipulation leur fond de commerce et restent bien en place.

Ce roman est écrit dans un style simple, et il est surprenant d’y lire autant de maitrise. Les scènes vont faire avancer beaucoup d’intrigues en parallèle avant que le feu d’artifice final éclate, avec des chapitres courts qui accélèrent le rythme de l’intrigue. Ce roman est une grande réussite et le premier roman de Lionel Fintoni une belle découverte quant à l’ambition affichée et réussie de l’ensemble. Je suis sorti de ce roman époustouflé, impressionné. Car c’est bien la crédibilité de cette intrigue qui fait le plus mal au ventre, mal au cœur.

Ne ratez pas les avis de QuatreSansQuatre, de Nyctalopes et de l’incontournable Claude

Naïri Nahapetian aux éditions de l’Aube

Cela faisait un moment que j’avais entassé les romans de Naïri Nahapetian alors que j’avais bien aimé ceux qu’elle avait publiés chez Liana Levi. Son nouveau cycle tourne autour de deux personnages :

Parviz est un agent secret à la vie très secrète. On le dit mort, tué par les Iraniens. On dit qu’il travaillait pour la CIA. Aujourd’hui, il est ce que j’appellerai un agent secret free lance, et c’est ce qui fait l’attrait pour ce personnage singulier. Il est au courant de tout, n’est jamais là où on le croit, et dénoue en sous-main des intrigues complexes.

Florence Nakash est d’origine iranienne et actuellement employée par la DGSE française. Elle est en charge de toute affaire qui peut être liée de près ou de loin avec l’Iran. Amie de Parviz, celui l’aide dans ses affaires, et elle a l’art et la subtilité de servir de lien entre la culture occidentale et la culture orientale.

Les trois romans que je vous propose ont des points communs, que ce soit dans la forme ou le fond. Du fait de l’embargo imposé à l’Iran, les gouvernements occidentaux sont à l’affut de toute technologie devenant accessible à un régime extrémiste. Dans les trois affaires dont parlent ces romans, la DGSE diligente Florence puisqu’elles concernent l’Iran, de près ou de loin. A chaque fois, on part d’une affaire simple, et petit à petit, l’intrigue se déploie comme un éventail mortel.

Si nous avons donc affaire à des romans d’espionnage, ce ne sont pas pour autant des romans d’action, mais plutôt des romans d’enquêtes. Les intrigues vont donc avancer avec des événements totalement logiques, et faisant preuve de beaucoup de créativité, mais aussi sur la base de discussions ou d’interrogatoires. Les dialogues sont d’une redoutables efficacité, ne dépassant pas une demi page, et faisant la place à des non-dits ou des sous-entendus, ce qui en fait une des qualités de l’écriture.

Les trois romans sont courts (moins de 200 pages) découpés en une quarantaine de chapitres. C’est une autre qualité de Naïri Nahapetian, cette faculté de dire en peu de mots ce que d’autres mettent quelques pages à exprimer. Chaque phrase est parfaitement pesée, très efficace et veut parfois dire plusieurs choses à la fois. De même, les personnages sont présentés en très peu de phrases et sont malgré cela parfaitement crédibles et vivants. C’est tout simplement du grand art dans l’efficacité, et je me disais à la lecture qu’il y a du Dominique Manotti dans cette écriture. Et quand vous savez mon adoration pour cette auteure, je n’ai pas besoin d’en rajouter des tonnes.

Je ne peux donc que vous conseiller d’acquérir rapidement un des romans de cette série, sachant qu’ils sont indépendants les uns des autres et peuvent être lus dans l’ordre que vous voulez. Je vous joins les quatrièmes de couverture pour avoir les sujets abordés.

Un agent nommé Parviz

Parviz est un être mystérieux. Les Iraniens le disent mort ; lui se plaît à raconter les circonstances dans lesquelles des hommes aux ordres de Khomeyni l’ont assassiné. Il travaillait alors pour la CIA, mais vend désormais son savoir-faire aux services secrets français. C’est ainsi que Kiana se retrouve à écouter sa confession dans un pavillon impersonnel de banlieue parisienne : il semblerait que son mari, Nasser, un scientifique iranien, ait des choses à cacher. Peu après, Florence Nakash, jeune recrue de la DGSE, est chargée d’une nouvelle enquête : son ami Parviz, celui-là même que l’on disait mort en 1979, a disparu…

Un roman subtil et efficace qui nous entraîne au cœur des secrets nucléaires iraniens et des manipulations des services secrets occidentaux pour ralentir l’avènement d’une « bombe islamique ».

Le mage de l’hôtel Royal

Un prestidigitateur iranien, le mage Farzadi, est assassiné dans un grand hôtel au bord du lac Léman.

Il a, peu avant sa mort, reçu dans sa chambre un mystérieux journaliste persan ainsi qu’une jeune Irano-Américaine aux très érotiques cuissardes…

Farzadi a-t-il été victime de dissensions internes au régime islamique ? Ou bien a-t-il été liquidé par la CIA ?

L’enquête est confiée à la DGSE et Florence Nakash, persuadée qu’une partie de la réponse se trouve dans un traité d’alchimie, aura besoin de l’aide d’un vieil ami nommé Parviz.

De Paris, il lui faudra aller jusqu’à Téhéran pour démêler le vrai du faux et retracer le parcours de cet étonnant mage aux multiples existences.

Une enquête rondement menée, efficace et subtile.

Jadis, Romina Wagner

Romina Wagner a toujours fait l’objet de rumeurs plus ou moins farfelues. Aussi, quand elle évoque auprès de son psychanalyste une drôle d’ambiance sur son lieu de travail, celui-ci n’y prête que peu d’attention.

« Qui pourrait en vouloir à cette belle femme d’origine roumaine, ingénieure au sein de Microreva, une entreprise de haute technologie ? » se dit Moïni, un Iranien qui pratique des thérapies alternatives pour la clientèle huppée du quartier de la Butte-aux-Cailles, à Paris.

Jusqu’à ce que l’étrange Parviz lui dérobe le dossier de sa patiente. Romina, bientôt accusée d’espionnage industriel pour le compte de puissances étrangères, plonge dans un cauchemar paranoïaque et ne peut plus faire confiance à personne, et surtout pas à son mari…

C’est Florence Nakash, de la DGSE, qui a pour mission de tirer cette affaire au clair.

Sous la terre des Maoris de Carl Nixon

Editeur : Editions de l’Aube

Traducteur : Benoîte Dauvergne

Encore une fois, les éditions de l’Aube nous ont dégotté un roman pas comme les autres, venant d’une contrée dont on commence à parler, la Nouvelle Zélande. Sous la terre des maoris est le premier roman de Carl Nixon à être traduit en France. La simplicité de sa plume devrait encourager les éditions de l’Aube à continuer. Ce roman est décomposé en cinq parties, chacune posant le personnage principal dans une situation différente.

Un vieil homme grimpe sur la colline qui surplombe sa maison, au sommet de laquelle trône un arbre. La silhouette qu’il aperçoit de loin lui fait penser à un épouvantail. Il pense alors que les jeunes ont encore une fois voulu faire une plaisanterie. Mais plus il s’approche, plus il se rend compte qu’il s’agit d’un jeune homme qui s’est pendu. Il lui faudra bien des efforts pour grimper sur la clôture et détacher le corps.

Box Saxton fut un entrepreneur qui a toujours beaucoup travaillé pour construire sa vie de famille. La crise de 2009 a eu raison de son entreprise et il s’est retrouvé au bord de la faillite. Alors, il a tout recommencé, redevenant un simple ouvrier. Ce jour-là, il retape la toiture d’une école quand les nuages s’amoncellent à l’horizon. En quelques minutes, l’orage éclate, le forçant à arrêter son travail. Sa femme l’appelle alors et lui annonce la terrible nouvelle : leur fils Mark s’est suicidé.

Box va alors rejoindre sa femme, animé d’une colère froide, contre le temps, contre le monde, contre les autres, contre lui, contre son fils aussi. Il n’a rien vu venir. Et tout le monde dans l’avion du retour le regarde de travers. Même dans sa ville, les gens lui présentent leur condoléances mais ne font qu’attiser sa colère. Tipene, le père biologique de Mark, vient rendre hommage à son fils défunt, alors qu’il l’a abandonné deux ans après sa naissance. Il va même jusqu’à demander sa dépouille pour l’enterrer selon les rites des Maoris.

C’est un roman sur le deuil que nous propose Carl Nixon, et sur la réaction d’un père, blessé dans sa chair. De ce fait, c’est un roman qui va doucement, et ceux qui recherchent de l’action vont devoir passer leur chemin. Par contre, ceux qui veulent découvrir un nouvel auteur, dont la plume est toute en simplicité, toute en description de ce qui entoure Box, vont être comblés.

Car cette lecture donne une impression particulière au fur et à mesure de l’avancement. On a l’impression que Box a une caméra qui zoome uniquement sur lui, et que le monde s’est arrêté, qu’il est le seul à se rebeller contre l’injustice qui le frappe. Avec ce parti-pris de narration, très descriptif sans en avoir l’air, l’ambiance est plombante, et il vaut mieux avoir le moral avant d’attaquer le roman. Car c’est immensément triste sans être larmoyant.

Je dois avouer que l’auteur sait bien mener son histoire, qu’il sait mettre des dialogues quand il le faut, et cela démontre un grand savoir-faire. Mais j’aurais aimé qu’il soit plus explicite quant au sujet, tout juste abordé, de chocs des cultures. J’aurais aimé une confrontation entre Box et Tipene, même si on adroit à quelques scènes fort bien faites qui montrent les tensions entre les deux cultures.

Sur un sujet proche, Le Chant de la Tamassee de Ron Rash m’a bien plus impressionné. Et malgré cela, avec son air de ne pas en parler, ce roman laissera en moi des souvenirs tristes, des traces de larmes. Carl Nixon est un auteur à suivre, assurément.

Le chouchou du mois de février 2017

En ce mois de février, j’ai inauguré une nouvelle rubrique : Espace BD. J’ai en effet eu l’occasion de lire deux adaptations des romans de HG.Wells, scénarisées par Dobbs. Si j’ai apprécié l’unité des dessins alors que ce sont deux dessinateurs différents qui ont signé les 2 volumes, le format BD m’a paru court pour La machine à explorer le temps, alors que La guerre des mondes m’a vraiment plu, du moins le premier tome sorti. C’est Glénat qui édite ces Bandes Dessinées.

J’ai continué aussi de lire des novellas, en regardant du coté de La Manufacture de livres. Vagabond de Franck Bouysse (Manufacture de livres) est stylistiquement parfait, et Albuquerque de Dominique Forma (Manufacture de livres) est de facture plus classique et on prend beaucoup de plaisir à arpenter la Route 66.

Trois de mes auteurs favoris sont passés à l’autopsie ce mois : Brutale de Jacques-Olivier Bosco (Robert Laffont-La Bête noire) est un pur roman d’action comme sait les faire. La voix secrète Michaël Mention (10/18) est peut-être une réédition, mais j’ai eu l’impression de lire un autre livre, plus complet, plus prenant, plus réussi. Enfin, avec Dans l’ombre d’Arnaldur Indridason (Métaillé), on est plongé en pleine deuxième guerre mondiale pendant l’occupation de l’Islande par les Britanniques puis les Américains. C’est une nouvelle réussite, très éloignée des enquêtes d’Erlendur.

Ce qui marquera ce mois de février, ce sera l’originalité de traitement dans les intrigues. Avec Le vrai du faux et même pire de Martine Nougué (Editions du Caïman), cette auteure confirme son talent de peindre des ambiances en s’intéressant aux gens, qui font avancer l’intrigue. American requiem de Jean Christophe Buchot (Editions La Renverse) est un livre attachant qui part du principe que JFK nous parle de lui et c’est passionnant. Derrière les portes de BA.Paris (Hugo & Cie) est un thriller qui peut paraitre simple mais c’est cette simplicité qui fait mouche, qui sonne vrai. Duel de faussaires de Bradford Morrow (Seuil) nous plonge dans l’univers des faussaires, et délivre un beau message d’amour des livres.  Irezumi de Akimitsu Takagi (Denoel) enfin, est un pur roman policier qui date de 1948 et qui nous dévoile le Japon, ses traditions, sa philosophie et tout le mystère qui entoure les tatouages, véritables œuvres d’art.

Pour le titre de chouchou du mois, j’aurais pu choisir un auteur que j’adore. J’ai préféré mettre en avant un jeune auteur qui écrit des romans policiers en abordant des thèmes importants, tout en gardant une originalité dans le traitement. Gymnopédie pour une disparue d’Ahmed Tiab (Editions de l’Aube) nous parle des racines, et de leur importance dans la vie que nous nous construisons. C’est aussi pour cette thématique et sa subtilité de traitement qu’il fait un beau chouchou du mois, estampillé Black Novel.

J’espère que vous trouverez votre bonheur de lecture parmi ces avis. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal : lisez !