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Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand

Editeur : Editions du Caïman

Parfois, quand je choisis des romans à lire, j’en laisse de coté sans aucune raison. Et puis, arrive alors le conseil d’un ami, en l’occurrence Richard le concierge masqué, qui insiste pour que je le lise. A tel point que ce cher monsieur amateur devant l’éternel de polar stylé l’a ajouté sur la présélection pour le Prix du Balai d’Or 2018. Ne ratez pas ce roman qui démontre une nouvelle fois la pertinence du choix des éditions du Caïman.

Alors qu’il vient de se faire larguer par sa petite amie après une année de vie commune, Grégorio Valmy, détective privé poitevin, décide d’accepter l’invitation de son ami Jean-Paul Sitruc à passer une semaine à Périgueux. D’autant plus que la ville va être en fait pour accueillir le Festival International du Mime. Logé chaleureusement par Gaëlle Sitruc, la femme de Jean-Paul, et les deux enfants bruyants Jacques et Rodolphe, il s’apprête à se changer les idées au calme.

Le lendemain, Valmy accompagne son ami journaliste au centre culturel de la visitation, pour un cocktail inaugural. A cette occasion, Valmy rencontre une superbe jeune femme, et lui fait un numéro de charme, avant d’apprendre qu’il s’agit du capitaine Saint-Martin, qui est arrivée à Périgueux un mois plus tôt. Puis Sitruc emmène son ami chez Laval Palindrome, un ami qui lui expliquera mieux que personne l’histoire de leur ville. Puis en fin de journée, ce fut le vernissage des photographies de Marc Sbolth à la terrasse du café du théâtre.

Le lendemain, Valmy eut droit à un réveil en fanfare. Les deux terreurs viennent lui apprendre la mort violente d’Axel Blancart, le conseiller artistique du Festival. Le corps a été trouvé dans le jardin du Thouin, et présente des traces de violence, des coups de couteau et des marques de strangulation. Valmy n’a pas du tout l’intention de s’en mêler, mais il finit par apprendre que Blancart est le frère du candidat socialiste aux prochaines élections, et qu’il était le petit fils d’un célèbre résistant local de la dernière guerre.

Si ce polar commence de façon tout à fait classique, il devient très rapidement attachant par la suite. Car Valmy va mettre une bonne centaine de pages à plonger dans cette enquête, plus intéressé dans un premier temps par l’histoire du Périgord, et en particulier le passé de ses habitants. Puis en divaguant sur ces interrogations et les noyaux de la résistance, Valmy va faire la connaissance de Palindrome, de Turlan et Wlad. Et comme ce sont de joyeux drilles, ils vont se lancer dans des répliques toutes plus droles les unes que les autres, jouer avec la langue française, cherchant des palindromes ou des anagrammes avec les noms de résistants, et nous donner des moments savoureux et hilarants à lire.

Et ce roman va aller au-delà du simple amusement en nous parlant des exactions avant, pendant et après la guerre, des groupes armés licites ou non, sanguinaires ou non, armés jusqu’aux dents. L’auteur va insérer dans son intrigue des chapitres écrits comme des biographies, dotés d’une véracité faisant penser des extraits de romans d’époque. Et là, on se rend compte de la qualité de la documentation.

Alors, vrai ou pas vrai ? Je répondrai comme les Normands : Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. L’auteur se permet de nous offrir un roman mélangeant les personnages véridiques au milieu d’autres inventés, créant une histoire qui veut montrer voire dénoncer comment sous le prétexte de combat anti-communiste, certains se sont permis toutes les exactions, pendant la dernière guerre mais aussi après.

On avait l’habitude de lire et apprécier des romans de ce type, qui appuient là où ça fait mal, qui font le travail de mémoire, juste pour rappeler à certains que cela a existé. C’est une partie de l’histoire périgourdine qui nous est dévoilée, et au-delà, l’histoire de la terrible BNA (Brigade Nord Africaine) qui a participé à des répressions sanglantes. On peut dire que cela faisait partie des dommages collatéraux de la guerre, mais que dire quand cela a continué bien après ?

Si le ton de ce roman se veut léger et déconneur au début, c’est pour mieux nous faire passer la pilule ensuite. Car les vérités d’un pays sont loin d’être roses, et la France comme beaucoup d’autres a bien des secrets à cacher. La seule différence, c’est qu’on a du mal à se regarder dans un miroir, à avoir le courage d’assumer notre passé. Ce roman comme quelques autres s’avère important à lire. L’auteur en tous cas se range fièrement aux cotés de Maurice Gouiran. Ne le ratez pas !

Je vous joins quelques liens qui vont finir de vous décider :

http://quatresansquatre.com/article/chronique-livre-je-servirai-la-libert-en-silence-de-patrick-amand-1497796256

http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Loisirs/Livres-cd-dvd/n/Contenus/Articles/2017/07/08/Patrick-Amand-invite-l-histoire-dans-ses-polars-3160885

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Fourbi étourdi de Nick Gardel

Editeur : Editions du Caïman

Le petit dernier des éditions du Caïman fait place à un nouveau jeune auteur, Nick Gardel. C’est l’occasion de découvrir une nouvelle plume tout en humour décalé et en cynisme. A découvrir !

Jean-Edouard est un jeune homme quelque peu immature, qui vit sa vie comme elle vient. La seule chose à laquelle il croit est l’amitié. Quand son ami Paul l’appelle au secours, son sang ne fait qu’un tour : il doit voler à son secours. Doté d’un Système D développé, il arpente un parking souterrain et découvre une merveille : une DS Pallas. Pour Jed, c’est presque trop facile d’ouvrir et de démarrer la voiture. Et le voilà parti sur les routes de France comme un chevalier sauveur.

Entretenir sa foi, cela coute cher. Afin de pallier aux besoins du culte, le nouvel évêque a trouvé une bonne solution en faisant appel à une bonne âme, le député-maire René d’Orval. Avec un peu de persuasion et un soupçon de chantage, par exemple en laissant entendre que l’on soit au courant de ses détournements de fond. La somme demandée est importante et doit être apportée par les deux sbires du maire José et Gaspard … qui malheureusement pour le prêtre qui doit récupérer l’argent, font un peu de zèle. Un détail, une broutille, un grain de sable … Bref, Ils tuent le prêtre, stockent le corps du prêtre dans le coffre de la DS Pallas, et oublient le sac dans l’habitacle.

Vous l’aurez compris, nous allons assister à une course poursuite entre d’un coté un jeune homme et de l’autre deux abrutis. Lors du périple de ces deux parties, nous allons rencontrer des personnages qui valent leur pesant d’or. Et malgré le fait que l’intrigue tienne sur un post-it, le ton de ce roman, bourré d’humour, emporte l’adhésion.

En effet, Nick Gardel a pris le parti d’écrire de façon très littéraire, dans un style d’un autre temps, mais avec beaucoup d’ironie et de cynisme. C’est bien cet humour à froid, et les nombreuses situations chaudes, qui vont nous tenir en haleine, tout en nous marrant comme des baleines, alors que le sujet n’a rien à voir avec la mer.

Je ne peux que vous conseiller de rencontrer un bon nombre de personnages qui vont passer entre les pages, car cela va vous offrir de sacrés moments de rigolade. Tout cela n’est pas sérieux pour un sou, mais il laisse augurer d’un futur radieux aux cotés des romans de Frédéric Dard par exemple. En tous cas, j’attends avec impatience le prochain roman pour confirmer la bonne impression que m’a faite celui-ci.

 

Le vrai du faux et même pire de Martine Nougué

Editeur : Editions du Caïman

Nous avions laissé la lieutenante Pénélope Cissé en pleine affaire politicienne lors des Belges reconnaissants, et j’étais très curieux de lire son deuxième roman, ayant pour personnage principal la même Pénélope. Ce deuxième roman confirme tout le bien que j’ai pu ressentir à la lecture de son premier roman.

Armand Rouquette et Jocelyn Cabrol se réveillent enchainés dans une cave. Ils sont là depuis au moins vingt quatre heures, et leurs chaines les empêchent d’aller ne serait-ce qu’au fond de cet endroit sombre. Entre Armand et son bistrot qui fait aussi maison close, et Jocelyn qui possède la plus grosse exploitation d’ostréiculture à force de harceler ses concurrents, on ne peut pas dire que ces deux oiseaux-là soient innocents comme l’agneau qui vient de naitre. Ce que les deux gus ne comprennent pas, c’est pourquoi Jojo, le benêt du village, les a drogués puis enfermés là. Il y a forcément quelqu’un derrière ses actes ! Puis, le soir venu, c’est un troisième homme que Jojo amène, le fameux Louis Guidoni, le petit caïd local.

Pénélope Cissé débarque de Dakar avec sa fille, Lisa-Fatouh, 11 ans. Elles débarquent chez Luigi, un homme débonnaire et bouquiniste qui a une librairie dans le centre de Sète. Luigi a accepté de s’occupé de la petite fille pendant que Pénélope retourne au travail. Elle a la « joie » d’y trouver un couple de consultants, experts en management, qui doit améliorer l’efficacité du commissariat. Pour commencer cette affaire des trois disparus, Pénélope décide d’aller voir la mamie du coin, Marceline Dangelo, 80 ans bien tapés.

Même si Pénélope tient un peu plus le devant de la scène que dans le premier, Martine Nougué nous sert la même méthode que pour son premier roman, à savoir mettre les gens au centre de l’intrigue. Je peux donc dire sans trop me tromper que c’est là sa marque de fabrique. Et je peux vous dire que c’est avec un énorme plaisir que l’on parcourt les alentours de l’étang de Thau, et en particulier le quartier de la Pointe, que l’on s’installe à la terrasse d’un café pour écouter les gens du cru deviser des événements. L’immersion en est impressionnante et la façon de faire impeccable. Pour vous en rendre compte, j’ai lu ce roman en une journée (240 pages tout de même !).

Concernant Pénélope, que tout lecteur va très vite adorer, on en sait guère plus sur son passé, et on peut penser que ce mystère se lèvera tout doucement en temps voulu. Reste que le couple (façon de parler) formé par Luigi et Lisa-Fatouh a tout pour faire craquer même les plus durs et que l’intrigue, même si elle est simple, s’avère tout de même à la fois fort bien pensée et fort bien amenée.

Voilà donc un deuxième roman, en forme de confirmation d’un nouveau talent pour le roman policier français. Car tout tient dans les personnages, et pour entendre de belles histoires, il suffit d’écouter les gens. C’est ce que propose Martine Nougué, et de bien belle façon. Et comme cela se passe en été, on a hâte que les températures remontent pour aller visiter ce coin si chaleureux.

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Genevieve

Un avant-gout des anges de Philippe Setbon

Editeur : Editions du Caïman

Attention, coup de cœur !

Philippe Setbon clôt d’une formidable façon sa trilogie « Les trois visages de la vengeance ». Auparavant, nous avions déjà lu de formidables polars avec Cécile et le monsieur d’à côté et T’es pas Dieu, petit bonhomme. Avec ce polar là, Philipe Setbon a écrit ce qui pourrait s’apparenter à un chef d’œuvre, un parfait condensé de polar noir. En fait, j’ai pris mon pied, lisant ces 190 pages en une journée, et je n’ai rien à lui reprocher. Pour tout vous dire, je n’avais pas été autant secoué depuis Le dramaturge de Ken Bruen ou Hyenae de Gilles Vincent.

Je voudrais juste faire un aparté : A chaque fois que je lis une trilogie, je suis enchanté par le dernier tome. Peut-être que je devrais faire une psychanalyse pour comprendre pourquoi ? Ou peut-être que les auteurs se lâchent sur leur dernier opus ? Voilà de quoi réflechir sur des sujets finalement pas intéressants pour vous, mais pour moi ?

C’est l’histoire d’un SDF qui se fait tabasser sur les quais de Seine à Paris. C’est l’histoire d’une femme qui appelle les flics et les pompiers pour lui sauver la vie. C’est finalement une scène que l’on peut voir de nos jours …

Le SDF se retrouve à l’hôpital, se rappelant de la présence d’un ange à sas cotés. Il s’appelle Bruno Fabrizio, et depuis qu’il a quitté la police, ce capitaine de police a descendu toutes les marches jusqu’en enfer. Son ange vient le voir. Cette jeune femme s’appelle France Norman. Elle semble timide, humaine, et lui propose de l’héberger. En effet, elle a hérité d’un appartement de sa mère défunte et a besoin de quelqu’un pour le retaper. Pendant tout le temps des travaux, elle lui propose d’occuper l’appartement.

Puis c’est son collègue le lieutenant Alex Nowak qui vient le voir. Plus jeune, il est complètement impliqué dans sa mission, celle d’arrêter les assassins. Il ne comprend pas comment un grand capitaine a pu tomber aussi bas. Alors, poussé par son instinct et sa curiosité, il va aller voir l’ancienne collègue de Bruno et découvrir l’horreur, celle de la dernière affaire du capitaine Fabrizio.

Bruno est sorti de l’hôpital et emménage chez France. Son nom est un heureux hasard, puisqu’ils aiment tous les deux Norman Mailer. Bruno met quelques semaines à se remettre de son tabassage, et commence les travaux. Dans un renfoncement, il trouve une liste de 5 hommes et leurs photos. La carte de visite d’un détective privé est agrafée aux photos. Le drame se met doucement en place …

Créativité : Le propre d’un polar, c’est avant tout de mettre en place une intrigue à l’aide de scènes qui, sans être complexes, finissent par former un tout … tout en laissant une part de mystère. Philippe Setbon excelle à construire son intrigue.

Noirceur : La couleur de ce polar est indéniablement noire, le contexte, les personnages, l’ambiance. Il n’y a pas une page, pas une ligne pour sortir la tête du seau. Quoique, quelques belles envolées, quand Bruno croit qu’il peut s’en sortir nous laissent un peu d’espoir. Mais c’est pour retomber encore plus bas.

Valeurs humaines : Cette noirceur est volontaire pour mieux faire ressortir les hommes et les femmes qui peuplent ce roman. Comment peut-on supporter un tel monde quand on est raisonnablement humain ? Philippe Setbon nous créé de formidables personnages malmenés par une société dont les faits divers se révèlent plus horribles les uns que les autres. A partir de là, tout est possible, même le pire, surtout le pire. On aime ces personnages par ce qu’ils vivent, pour ce qu’ils vivent.

Précision : Sans que l’on ait l’impression que c’est écrit, tout m’a semblé juste, précis, à un tel point qu’on est ébahi devant tant de simplicité. C’est du pur plaisir à lire, aussi bien dans les descriptions des scènes que dans les dialogues, qui ne dépassent que rarement une phrase et qui claquent comme il faut.

Concision : cela aboutit à un polar de 190 pages où tout est dit et bien dit, où on ne nous montre que ce qui est strictement nécessaire. Ce roman est une véritable démonstration de ce qu’il faut faire et démontre que sans en faire des tonnes, on peut créer et faire ressentir des émotions fortes et inoubliables.

Pour moi, Philippe Setbon a écrit le polar parfait ; c’est un coup de cœur, évidemment !

Ne ratez pas l’avis de Jean Le Belge

Nozze Nere [2] de Jérôme Sublon

Editeur : Les éditions du Caïman

Mais pourquoi donc ai-je attendu si longtemps avant de lire la deuxième partie de Nozze Nere ? Je vais vous le dire pourquoi : Je suis un pur imbécile ! Si dans le premier épisode, nous avions droit à une enquête palpitante et bien écrite, cette deuxième partie est un véritable feu d’artifice. Inutile de vous préciser que je vous conseille très fortement de lire le premier avant d’attaquer le deuxième. Car même si on a droit à une liste des personnages du premier tome, ce que vous n’êtes pas obligé de lire, les deux personnages de flics Francesco Falcone et Aglaëe Boulu sont de retour et l’auteur part du principe que les lecteurs les connaissent déjà. Bref, achetez directement les deux romans, et de préférence sur le site de l’éditeur.

Dans le premier épisode, la mort du plus jeune sénateur de France pendant son mariage a fait grand bruit. Francesco Falcone et Aglaëe Boulu ont fait équipe pour trouver un coupable … qui a réussi à s’évader. Aglaëe retourne donc en métropole, amère, mais supervisera la traque. Mais elle est obligée de revenir sur l’île.

Pendant ce temps là, Séréna Mandiloni discute avec son témoin et meilleure amie Solène pendant le mariage de celle-ci. Georges Durou est chargé de surveiller Séréna mais se laisse distraire par une jeune femme. Soudain, il s’aperçoit qu’elle a disparu et la retrouve dans le parc, morte. Sur son corps, on découvre une montre à gousset. Peu de temps après, on découvre qu’elle a été empoisonnée avec le même poison que le défunt sénateur.

Lors de la fouille de l’appartement, Falcone et Aglaëe découvrent un dossier épais et une photo. Séréna était la fille de Francis Mandiloni, un célèbre flic qui avait réussi à déjouer le casse des frères Nonni au casino de Cannes. Les jumeaux Nonni étaient recherchés pour de nombreux casses et Francis avait une information en or. Malheureusement, lors du casse, l’un des frères est tué, et le deuxième se vengea en abattant Francis Mandiloni dans un parking.

Retenez bien ce que je vais dire. Ce résumé couvre les 30 premières pages, seulement. C’est vous dire la vitesse à laquelle va se dérouler ce roman, avec sans arrêt, des événements, des retournements de situation, des morts à tous les coins de rue, sans aucune logique apparente, jusqu’à ce que la solution se dévoile avec une logique implacable qui fait froid dans le dos.

Mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus !

J’ai retrouvé toutes les qualités que j’avais aimé dans le premier : une maitrise totale de l’intrigue … et pourtant elle est compliquée et il y a des dizaines de personnages dans cette histoire. Des dialogues percutants et d’une efficacité incroyable. Et une histoire qui, si elle n’est pas vraie, nous montre un pan de cette île et du code d’honneur et de fierté des Corses. Ajoutez à cela des paysages magnifiques qui servent de décor et vous aurez un cocktail non seulement détonnant mais explosif !

Je tiens juste à signaler que l’auteur a pris le parti dans son roman de laisser la parole à des personnages secondaires, racontant des événements du passé et que je suis resté ébahi de la maitrise et de la facilité avec laquelle ces « mini nouvelles » étaient insérées dans l’histoire globale mais aussi du fait qu’elles pouvaient former une histoire à part entière. Bref, c’est de la belle ouvrage et un roman bigrement passionnant !

T’es pas Dieu petit bonhomme de Philippe Setbon (Editions du Caïman)

Ce cycle s’appelle les trois visages de la vengeance. Le premier visage s’appelait Cécile et le monsieur d’à coté et c’était un polar impeccable. Le deuxième visage s’appelle T’es pas Dieu petit bonhomme et il est encore mieux.

Dans un quartier du 17ème arrondissement de Paris, il existe une petite impasse avec quelques maisons individuelles. Frédéric Jouvé, qui habite dans cette impasse, croise le clochard habituel, un dénommé Jean Pierre, puis il rentre avec son sac de courses. Le soir même, un homme affublé d’une capuche demande à Jean Pierre comment il s’appelle. Après en avoir eu la confirmation, il arrose le clochard d’un liquide inflammable et jette une allumette enflammée.

Lynda Fragonnard, policière de son état, est chargée d’interroger le voisinage. Quand elle pose la question à Frédéric, il semble plus surpris que peiné, comme quand on apprend qu’une de nos connaissances meurt. Ce qui est le cas. Mais le lendemain, c’est l’épicier du coin, Youssef, qui est agressé et brulé. D’ailleurs, l’immeuble part en flammes. Lynda décide de retourner voir ce cinquantenaire qu’elle a rencontré la veille.

Si vous ne lisez pas ce polar, c’est que soit je n’ai pas su vous convaincre, soit vous n’aimez pas le polar. Car ce polar est un modèle du genre, et malgré le fait que l’on annonce une vengeance sur la couverture, il vous sera bien difficile de deviner qui a fait quoi. Car l’intrigue est fort bien menée et plus tortueuse qu’on ne le croit, tout simplement parce que l’auteur nous montre une créativité folle dans les différentes situations mais aussi une logique qui fait que Philippe Setbon emporte tout sur son passage.

Et une intrigue, c’est bien, mais quand on a une alternance parfaite entre description et dialogues, quand on a un style d’une simplicité effarante et malgré cela, une efficacité impressionnante, on affaire là à du pur plaisir de lecture. On sent qu’il y a de la maitrise, et surtout du plaisir à écrire cette histoire. Et Philippe Setbon nous fait partager son plaisir tant et si bien qu’on n’a pas envie de l’arrêter. Le seul reproche que l’on pourrait faire, c’est que c’est trop court, mais le plaisir est aussi à ce prix : C’est court mais qu’est-ce que c’est bon !

Et puis, il y a ces personnages ! Imaginer un Max Von Sydow, l’acteur de l’Exorciste par exemple, être auteur de polars, vivre dans une impasse, séparé de sa femme, vivant avec une chatte nommée Barb, comme dans un James Bomb. Ou bien Lynda policière trentenaire malheureuse en amours à la fois naïve et réaliste. Ou bien le voisin Ben qui donne une superbe idée de polar à Frédéric en retranscrivant les meurtres en série qui se passent dans leur quartier. En fait, on trouve plein de petites idées, qui mises bout à bout, se retrouvent former un tout inlâchable. Une petite pépite de polar en somme !

Les ombres innocentes de Guillaume Audru (Editions du Caïman)

Il faut dire que Guillaume Audru a frappé fort avec son premier roman, L’île des hommes déchus. On y retrouvait dans ce roman choral la maitrise d’un grand auteur. L’attente était donc grande pour son deuxième roman.

2013, Massif central. Héléna Roussillon est infirmière à la clinique psychiatrique des Dômes. Lucie, une patiente qui n’arrête pas de se lacérer vient encore de crier. Elle abandonne ses mots croisés et se dirige vers sa chambre. Elle a encore réussi à se détacher. Héléna, qui ne croit pas aux médicaments, arrive à la calmer à force de caresse sur les cheveux. En sortant, Karine Palmal, la doyenne des aides-soignantes la convoque et lui annonce que la situation a assez duré. Elle sera convoquée chez le directeur.

Elie Sarrabé profite de sa retraite de flic et lit comme chaque matin les faits divers. Un article attire son attention. Un vieil homme, Marcel Chauffour, a disparu de chez lui et a été découvert en bord de route, vraisemblablement tabassé. Ce nom lui rappelle de lointains souvenirs. Quinze ans déjà, Eygurande. Il doit se bouger. Il commence par prendre contact avec le journaliste, un dénommé Matthieu Géniès.

Nicolas Jansac, comme chaque semaine vient rendre visite à sa vieille mère, qui habite une ferme isolée. Il aperçoit quelques gouttes de sang sur le sable, et l’inquiétude grandit. Il suit les traces jusqu’à la grange. Quand il ouvre la porte, sa mère est pendue à un croc de boucher, le ventre ouvert. Le lieutenant Serge Limantour, accompagné de la jeune Samira Boulmerka arrivent sur les lieux. Ils n’ont aucune idée de l’affaire dans laquelle ils mettent les pieds.

Si je peux vous donner un conseil, ne lisez pas la note aux lecteurs, que l’auteur nous offre en fin de roman ; sinon, vous allez avoir une idée du sujet proprement scandaleux que Guillaume Audru aborde dans ce sujet. Je ne le dirai jamais assez : Le polar est un genre, pour ne pas dire, LE genre le plus apte pour anborder des sujets difficiles, pour dénoncer des scandales, pour faire un effort de mémoire, pour que les gens n’oublient pas … et demandent justice.

Avant d’en arriver là, il faudra lire les 260 pages de ce roman écrit comme un roman policier. Mais c’est un roman policier que l’on croirait écrit par un auteur qui a déjà une dizaine de romans derrière lui. Que nenni ! Guillaume Audru nous livre là son deuxième roman est c’est, après L’île des hommes déchus, une nouvelle réussite. Nous avons en effet quatre personnages qui vont converger vers le centre de l’Affaire :

D’un coté, Helena est une aide soignante dévouée, dénigrée par sa hiérarchie. Puis, nous avons Elie Sarrabé, un ancien flic qui s’ennuie, qui décide de faire un retour en arrière, comme pour se sentir moins vieux, plus vivant. Nous avons le journaliste Matthieu Géniès qui est tout le contraire d’un vautour à la recherche de scoop, un homme honnête dans sa vie comme dans son travail et que l’on aimerait rencontrer. Enfin, le couple de flics Limantour et Boulmerka sont étranges dans leur relation, comme s’ils vivaient cote à cote sans se marcher sur les pieds, totalement complémentaires.

Le déroulement de l’intrigue est impressionnant de maitrise et on passe d’un personnage à l’autre sans aucun souci. Et tous les points cardinaux de ce roman vont petit à petit converger vers le sujet central qui vaut le détour, je ne vous dit que ça ! Allez, je vais tout de même vous dire que certains dialogues m’ont paru sonner faux, mais c’est vraiment pour vous expliquer pourquoi ce roman n’a pas obtenu un coup de cœur.

Je terminerai par un message personnel : M.Audru, j’adore votre façon d’écrire et votre façon de tisser vos intrigues. Je serai au rendez vous de votre prochain roman.

Ne ratez pas l’avis de Vincent et Loley

N’oubliez pas que pour commander le livre, il vaut mieux passer par le site des éditions du Caïman