Archives du mot-clé Editions du Masque

Les guetteurs des Ian Rankin (Editions du Masque)

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman de Ian Rankin, l’auteur qui a immortalisé John Rebus. Depuis qu’il a mis son inspecteur fétiche entre parenthèses, il nous offre un nouveau personnage Malcolm Fox.

En Ecosse, la police des polices s’appelle le service des Plaintes. Malcom Fox est inspecteur dans ce service. On a pu le rencontrer dans Plaintes, paru l’année dernière aux Editions du Masque. C’est un homme solitaire, qui ne boit pas et qui a une vie tranquille, si ce n’est son père qui est à l’hôpital, ce qui fait qu’il doit gérer les reproches de sa sœur qui trouve qu’il ne passe pas assez de temps au chevet paternel.

Il débarque à Kirkcaldy, petit port proche d’Edimbourg, pour enquêter sur Paul Carter, un flic soupçonné d’avoir abusé de Teresa une prostituée pendant son service. Abus de position. Mais ce qui est bizarre, c’est que c’est son oncle qui l’a dénoncé. Peu après, l’oncle est retrouvé suicidé ou assassiné. L’affaire pourrait s’avérer simple mais d’autres meurtres vont suivre … Des papiers que Fox va retrouver chez les Carter vont lui donner des pistes vers des groupes révolutionnaires indépendantistes des années 70-80. Et cette affaire qui semblait si simple au départ va se révéler le début d’un secret qui n’a pas été ébruité depuis plus de 30 ans.

N’ayant pas lu la première enquête de Malcolm Fox, j’ai été très agréablement surpris de la façon dont l’auteur nous emporte dans cette ville, nous fait côtoyer les personnages. Il faut dire que Ian Rankin n’est pas n’importe qui, et que l’on sent du savoir faire. Car, avec un point de départ simple, il nous plonge dans les plus sombres heures de l’histoire contemporaine écossaise, à savoir les terroristes indépendantistes écossais, qui ont rêvé dans les années 70 faire comme leurs cousins irlandais, avec les mêmes moyens violents.

Si Ian Rankin ne nous assomme pas de descriptions ni de psychologies à outrance, je dois dire que c’est un roman policier costaud qui avance surtout grâce à ses dialogues fort bien faits … mais très longs. J’ai été surpris par cela car je ne me rappelais pas que les précédents romans de Rankin étaient écrits avec autant de dialogues.

C’est donc un roman qui se lit avec un grand plaisir, qui s’avale goulument, et qui montre que les jeunes révolutionnaires d’antan se révèlent aujourd’hui d’impitoyables nababs qui ont bien profité du capitalisme libéral, celui là même qu’ils combattaient alors. Et si le fond du sujet arrive bien tard dans le roman, ce qui peut donner l’impression que Rankin effleure son sujet plutôt que le traiter réellement, il n’empêche que le message frappe d’autant plus fort. Et si vous croyez que ce que je viens de dire vient de vous révéler le nom des auteurs des meurtres, c’est que vous ne connaissez pas Ian Rankin. Alors, lisez le donc !

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Oldies : L’instinct maternel de Barbara Abel (Masque poche)

Dans la rubrique Oldies de ce mois, voici un auteur qui écrit de très bons polars psychologiques. Quoi de mieux que de lire son premier roman, qui vient d’être réédité aux éditions du Masque dans la collection Masque Poche. Barbara Abel a récemment connu un beau succès avec son dernier roman en date Derrière la haine.

L’auteur :

Après des cours en théâtre suivis à 15 ans à l’Académie d’Etterbeek, elle étudie à l’Université libre de Bruxelles où elle obtient une licence en philologie romane. Elle s’inscrit ensuite à d’interprétation à l’École du Passage de Paris, puis exerce un temps le métier de comédienne et participe à des spectacles de rue.

À 23 ans, elle écrit sa première pièce de théâtre, L’Esquimau qui jardinait, qui est montée avec succès sur des scènes bruxelloises et au Festival de théâtre de Spa. Elle se lance peu après dans l’écriture, publie quelques textes dans différentes revues et, en 2002, un premier roman policier, L’Instinct maternel, lauréat du Prix du roman policier du festival de Cognac. Elle fait ensuite paraître d’autres récits de suspense qui ont évoque souvent des milieux familiaux étouffants où germent délits et folie.

Elle assure également des chroniques culturelles diffusées sur Arte Belgique.

(Source Wikipedia)

4ème de couverture :

Richard et Jeanne Tavier jouent, depuis de nombreuses années, la comédie du bonheur parfait dans le milieu huppé qu’ils fréquentent. Leur agressivité et leur mépris sont renforcés par le fait qu’ils n’ont jamais pu avoir d’enfant. Edwige, la confidente de Jeanne, l’aide de son mieux en lui procurant conseils et tendresse. Un soir, celle-ci débarque chez elle et lui annonce que Richard s’est rompu le cou en tombant dans l’escalier. Edwige n’est pas dupe mais couvre son amie en l’assurant de son silence. À l’ouverture du testament, le notaire annonce à la veuve que Richard lègue sa fortune à une inconnue. Blessée et dépitée, Jeanne transforme son ressentiment en une boule de fiel qui lui fait perdre la raison. Décidée à retrouver la femme qui a hérité à sa place, elle a bien l’intention de la supprimer.

Mon avis :

Voilà un roman psychologique épatant. Découpé comme les neuf mois d’une grossesse, il va montrer la mécanique implacable d’un esprit totalement malade, celui de Jeanne, prête à n’importe quoi pour récupérer l’argent de l’héritage de son mari. Oscillant entre horreur et huis-clos, la magie du style de l’auteur nous entraine dans les bas-fonds de l’ame humaine, avec une maestria qui force le respect. Ce qui est remarquable, c’est la précision de l’écriture, cette obsession de la bonne expression, et la faculté de construire des décors très explicites.

Et si je regrette juste que tout le roman ne soit pas centré sur Jeanne, c’est un roman idéal pour rentrer dans l’univers de cette auteure qui sait à la fois construire une intrigue impeccable, mais en plus faire ressentir au lecteur les fortes émotions, en utilisant notre fibre humaine et sensible. Quand un esprit est incapable de ressentir le moindre sentiment, qu’il est renfermé sur lui-même, cela donne des scènes d’une force incroyable. Une lecture indubitablement forte et marquante à ne pas rater.

Envoûtée de Megan Abbott (Editions du Masque)

Quelle joie de lire le dernier roman en date de Megan Abbott, qui est en fait sorti en 2009 aux Etats Unis. Megan Abbott est en train de construire une œuvre noire de très haute qualité, et celui-ci ne dépareille pas par rapport à ses précédents romans.

Nous sommes en 1930. Le docteur Everett Seeley a trouvé un poste au Mexique, en plein marasme économique. Il va donc partir travailler là-bas, en espérant se défaire de son addiction à la morphine et laisser derrière lui sa femme Marion, qui logera dans un petit appartement de Phoenix, et travaillera comme secrétaire dans une clinique.

Rapidement, elle sympathise avec Ginny et Louise, une infirmière. La solitude lui pesant, elle va rapidement passer de folles soirées avec les deux amies, qui ne semblent pas avoir de soucis d’argent tant leurs invités leur apportent des présents qu’elles monnayent en les revendant à la boutique du coin.

Marion, qui est une jeune femme pure et innocente, va petit à petit découvrir un monde de la nuit qu’elle ne soupçonnait pas, tester de nombreuses drogues et les troubles de l’alcool, mais aussi s’encanailler avec Joe Lanigan, un homme très séduisant, mi homme politique mi truand, dont elle va tomber amoureuse.

Megan Abbott va s’emparer de l’affaire de la tueuse à la malle, où deux malles ont été trouvées à la gare de Los Angeles avec des corps humains à l’intérieur, pour bâtir un roman noir exemplaire, d’une finesse et d’une subtilité rares. Ceux qui ont aimé ses précédents romans vont adorer celui-ci qui se situe entre Adieu Gloria et la fin de l’innocence, soit mes deux romans préférés de cette auteure.

Avec de petites touches, Megan Abbott nous plonge dans cette époque des années folles qui finissent mal, et nous brosse le portrait d’une jeune femme qui va en quelques mois changer du tout au tout, comme si son mari l’avait empêcher de vivre auparavant. C’est une femme libre, mais surtout sans limites et on sait que dans ces cas là, cela se termine mal. Mais c’est aussi le portrait d’une femme forte, parfois plus forte que les hommes, ce qui est une constance chez Megan Abbott, qui semble prendre une intrigue typée masculine pour l’inverser et l’adapter aux femmes.

C’est donc un fabuleux portrait psychologique que j’ai pris énormément de plaisir à lire. Et si le rythme est lent, la fin s’avale à une vitesse incroyable avec un changement de rythme qui, personnellement m’a fait regretter que le roman n’ait pas quelques dizaines de pages de plus. Et puis, je peux vous garantir que la fin est formidable et que vous ne la devinerez pas, une fin bien cynique et amorale. Ce suspense psychologique est encore une belle réussite de la part de cette auteure qui écrit des polars noirs et intemporels.

L’avis de l’ami Claude est ici

Les mannequins ne sont pas des filles modèles de Olivier Gay (Editions du masque)

Olivier Gay reprend son personnage de Fitz, avec qui nous avions fait connaissance dans Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, un premier roman pour lequel son auteur a remporté le prix du premier roman lors du festival de Beaune 2012.

Nous retrouvons donc avec grand plaisir nos trois compères, John-Fitzgerald dit Fitz notre noctambule dealer de drogue à la petite semaine, son ami Moussah consommateur de soleil (entendez par là cocaïne) et videur de boite de nuit, et Deborah enseignante et parasite comme eux. Le postulat de base est simple : Moussah est amoureux de Cerise Bonnétoile (ça ne s’invente pas !), une jeune femme mannequin de vingt cinq printemps, belle comme une fleur en fleur.

Moussah est donc tout heureux de présenter sa chérie à ses meilleurs amis, et compagnons de cocaïne dans un bar. Cerise, tout de suite à l’aise, se présente. Elle a vingt cinq ans, et va se présenter à un concours de beauté pour l’agence Podium. Tous sont d’accord pour l’accompagner, ce sera le week-end prochain qu’aura lieu la sélection des postulantes à la grande finale.

Je vous passe les détails de cette sélection, même si c’est l’occasion pour Fitz de draguer et d’observer les parents qui amènent leur progéniture, même si les jeunes filles sont prêtes à tout pour gagner. Il faut dire que cela peut rapporter un paquet d’argent pour quelques photos ! Bref, Cerise est qualifiée. Le problème, c’est que quelques jours plus tard, Cerise ne donne plus signe de vie. Après quelques recherches, nos amis se rendent compte qu’elle a reçu des messages de menace pour ne pas se présenter au concours, et doivent de rendre à l’évidence que leur Cerise a bel et bien été enlevée.

Si vous avez aimé Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, vous allez adorer celui-ci, et c’est mon cas ! Non pas que je sois passionné par les parasites de la nuit, les dealers à la petite semaine. Mais, il y règnent tout au long du livre une bonne humeur, une bonne dose d’autodérision qui ne peut laisser indifférent. Que cela soit clair : ce livre n’est pas sérieux, il est même dangereux, au sens où vous risquez d’en ressortir avec des crampes aux zygomatiques.

Moussah et Deborah ont quand même un rôle plus étoffé que dans le premier roman, et c’est tant mieux. Moussah apparait comme un gros bourru au cœur tendre, un peu perdu, fonçant tète baissée avant de réfléchir. Deborah est plus subtile, collée aux deux autres pour s’amuser, comme une merde sur une semelle de chaussure, mais c’est aussi une jeune femme en mal d’amour, fragile. Et puis Fitz, égal à lui-même, est un grand gaffeur, qui se rapproche de plus en plus d’un Gaston (Lagaffe bien sur), toujours à proposer des idées qui ne sont pas les bonnes, les événements allant toujours à l’inverse de ce qu’il a prévu.

On a aussi droit à des scènes hilarantes, des discussions abracadabrantes. Et par sa maitrise de certaines scènes comiques, on n’est pas loin de ce qu’aurait pu imaginer un Westlake, par la façon d’amener le gag mais de nous faire patienter pour que l’effet que l’on pressent gros le soit encore plus à la fin. En parlant de fin, elle vous réservera une belle surprise, car sous ses dehors de comédie, il y a tout de même un suspense pour savoir qui est qui, et je ne vous dis rien.

Et même si on peut y noter des incohérences ou des choses étranges (maintenant, nos trois compères ne sont pas complètement comme vous et moi …), je suis d’une grande indulgence devant la grosse dose de bonne humeur que m’a insufflée ce roman. Pour son deuxième roman, Olivier Gay a fait mieux que le premier, c’est une franche réussite, et cela promet pour le troisième ! A la prochaine Fitz !

Voici quelques billets des blogueurs amis (et que ceux que j’ai oublié me pardonnent) :

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/article-olivier-gay-les-mannequins-ne-sont-pas-des-filles-modeles-115316940.html

http://www.unwalkers.com/les-mannequins-ne-sont-pas-des-filles-modeles-dolivier-gay-le-masque-par-sweetie/

Vert-de-gris de Philip Kerr (Editions du Masque)

Chaque nouveau roman de Philip Kerr est un événement et l’une des grosses ventes de livres. Il faut dire que cet auteur sait allier les intrigues solides avec un contexte historique rigoureux et même impressionnant. Le cycle de Bernie Gunther en est le parfait exemple, à un tel point que l’on a l’impression de lire une biographie, écoutant sans se lasser l’histoire de ce personnage hors du commun.

Alors que Philip Kerr nous donnait l’impression de choisir une date correspondant à un fait historique connu et de construire son intrigue autour, ce nouveau roman passerait plutôt pour être la suite du précédent, Hôtel Adlon, qui sort d’ailleurs au Livre de poche. L’histoire de ce roman débute donc à Cuba, en 1954, et Bernie Gunther, qui  a un passeport argentin doit amener Chica à Haïti.

Bernie se retrouve donc à amener Chica, une jeune prostituée travaillant dans une maison close de Cuba à Haïti pour qu’elle échappe à la police. Tout se passe bien, transport en bateau compris jusqu’à que la police maritime américaine les arrête en pleine mer. Lors de cet accostage, Chica, qui transportait un pistolet, descend un policier. Tout l’équipage se fait arrêter.

Bernie est donc ramené à Cuba, puis à la suite d’un interrogatoire, est emmené à New York. Les questions tournent autour de ses activités pendant la deuxième guerre mondiale. Finalement, Bernie est envoyé en Allemagne, dans le camp de Landsberg à Berlin. Les agents (FBI ou CIA ?) vont s’intéresser à ses relations avec Erich Mielke, le chef de la Stasi. Cela donne l’occasion à Bernie de revenir sur certaines zones d’ombre.

Comme tous les romans de Philip Kerr, la qualité de l’écriture est telle que cela se laisse lire très facilement. La différence avec les autres épisodes de cette saga, c’est que, comme c’est un interrogatoire, il y a plus de dialogues. Et donc, par voie de conséquence, il y a moins de descriptions de lieux, et moins d’imprégnation dans cette époque trouble. C’est plus un témoignage sur certaines dates sensibles qu’une enquête.

Ceux qui connaissent Bernie Gunther (et je ne saurais que vous conseiller de lire la trilogie berlinoise) vont se jeter sur ce nouvel opus, car il faut bien convenir que Philip Kerr a construit une véritable saga sur un personnage qui, au fur et à mesure de ses enquêtes s’avère moins drôle, amusant, et plus humain voire inhumain. La personne de Bernie Gunther après la lecture de Vert-de-gris n’est pas plus claire pour moi, Philip Kerr de contente de lever quelques passages de son personnage.

Je regrette tout de même qu’il se soit contenté de ne parler que des relations de Bernie avec Mielke, qui fut ministre en République Démocratique d’Allemagne. S’il remet au gout du jour un beau scandale (un nazi reconnu qui s’en sort et arrive à devenir ministre d’un pays), le roman m’a parfois fait penser à une accumulation de passages, comme on construit un best of, tout ça pour dire que les scènes prises une par une sont très bien mais il m’a manqué une cohérence de l’ensemble.

Et puis, j’aurais aimé que Bernie, ce personnage si sombre et mystérieux se livre. Alors, évidemment, on se demande tout au long du bouquin s’il dit la vérité ou s’il dit ce que les Américains veulent entendre. Il y a bien quelques passages ou quelques phrases qui laissent entendre que Bernie est opposé au massacre de masse mais pas quand il s’agit des Russes par exemple. Il y a bien quelques vérités bigrement modernes sur le monde tel qu’il est devenu. Mais il m’a manqué ce souffle, cette imprégnation que j’ai trouvé dans les autres volumes.

Ce roman n’est pas mon préféré, mais pour qui a lu la trilogie berlinoise, c’est un roman obligé, que l’on pourrait comparer à du ciment dans un mur savamment bati par Philip Kerr. Il est en train de construire une œuvre qui ressemble à une biographie sur une période noire de l’histoire contemporaine, vue de l’intérieur. Je ne conseillerai donc pas de démarrer par ce Vert-de-gris mais plutôt par la première trilogie. Pour les fans, il est inutile d’en dire plus, ils auront déjà lu ce livre au moment où ils liront ces quelques lignes.

Déliquescence de Deborah Kay Davies (Editions du Masque)

Bizarrement, quand j’ai lu la quatrième de couverture, j’ai tout de suite été attiré par le sujet, bien qu’il ne soit pas forcément original. Pourquoi ? Peut-être par sa façon de raconter brièvement une situation pas forcément facile à aborder. Ce roman s’avère, au bout du compte un bon premier roman.

La narratrice travaille dans un centre social, où elle reçoit des hommes pour les aider à remplir leur dossier. Débarque alors un jeune homme blond. Par son magnétisme et ses sous-entendus, elle va être attirée, et accepter de le suivre. Ils vont descendre dans un parking et faire l’amour …

Commence alors pour la narratrice une longue période qui va durer plus d’un an où elle va l’attendre, espérer qu’il arrive, passer quelques soirées en sa compagnie, délaisser ses amis et en particulier Alison sa collègue de travail, s’éloigner de ses parents. La descente aux enfers peut commencer …

Ce premier roman est assez particulier à aborder. Il faut savoir que tout le livre est écrit à la première personne du singulier, dans un style très pauvre, très plat. On n’y trouve aucune description, juste des états d’ame, des pensées, des sentiments. Si la démarche est louable, au sens qu’elle donne l’impression de lire un témoignage, elle parait parfois maladroite, voire lassante.

En effet, j’aurais aimé un peu plus de passion dans les passages où elle retrouve le jeune homme blond, un peu plus de lassitude dans les moments passés au travail, un peu plus d’impatience à force d’attendre un désir qui ne vient pas. Mais non ! rien ! Et si c’est quelque chose qui m’a gêné, je comprends parfaitement la démarche artistique de l’auteure.

Pour en revenir à l’intrigue, comme il y a peu de descriptions, c’est un livre abordable, pas trop trash mais assez cru, où on voit une femme se transformer en esclave, acceptant de s’abaisser jusqu’à l’état d’animal. C’est donc un livre assez dur à lire, surtout si on s’identifie au personnage. En tout état de cause, Deborah Kay Davies signe là un premier roman suffisamment insolite et jusqu’au-boutiste pour suivre son prochain roman.

L’heure des gentlemen de Don Winslow (Editions du Masque)

Chouette ! Voici donc le dernier Don Winslow en date, et ce n’est un secret pour personne que c’est un auteur que j’adore. Si ce roman ne fait pas partie des meilleurs de lui, la lecture reste un pur plaisir pour cette intrigue qui dénonce une nouvelle fois un aspect nouveau de l’argent sale. Ce roman est la suite de La patrouille de l’aube et on retrouve donc toute la petite troupe de Boone Daniels.

Si vous ne connaissez pas la patrouille de l’aube, elle est composée de Boone Daniels, ex-flic reconverti en détective privé, Johnny Banzai, Dave le dieu de l’amour maître nageur, Hang le barman, Tide le contremaître, Seule manque à l’appel Sunny, la seule fille du groupe, devenue professionnelle du surf. Leur principe de vie est simple : le surf et l’amitié. Ils se retrouvent à la plage, pour glander et attendre la vague. Les anciens ont aussi leurs habitudes, ils viennent à la même heure et se racontent des histoires à l’heure des gentlemen.

Alors que son ami Dave Nichols, milliardaire adorant le surf, a des doutes sur la fidélité de sa femme, Boone Daniels accepte de l’aider à découvrir la vérité. Parallèlement, Petra Hall, l’avocate amoureuse de Boone (et réciproquement) lui propose de défendre Corey  Blasingame, un jeune fils à papa qui a tué Kelly Kuhio, dit K2, LA star incontestée du surf. K2 est un vrai gentleman, ayant fait le tour du monde et étant respecté dans le monde pour sa gentillesse et sa volonté d’aider autrui. Boone se retrouve à enquêter pour innocenter un imbécile qui a assassiné une icône, une idole de tout le monde du surf.

La raison pour laquelle j’adore Don Winslow est qu’il écrit avec un style tellement fluide, qu’il choisit toujours les bons mots pour nous faire voir les scènes qu’il construit, et cela est toujours passionnant à lire, très prenant. C’est aussi un auteur qui, depuis quelques romans, a décidé de montrer comment la drogue envahit la société. Et parfois, cela atteint des sommets, comme La griffe du chien ou Savages. Ce n’est pas le cas ici.

Don Winslow nous montre au travers de deux intrigues classiques comment les narco gangs envahissent l’économie avec les milliards que dégagent leurs trafics, mouillant tous les décisionnaires des différents pays. Malgré cela, l’intrigue est tout de même faiblarde, certains chapitres sont sans intérêt, et voire même parfois cela tourne en rond.

A coté de cela, il y a le personnage de Boone, empêtré dans une liaison avec une avocate au dessus de ses moyens, se sentant vieillir, et se demandant si le temps de l’insouciance n’est pas passé, si, enfin, il ne doit pas faire quelque chose d’important dans sa vie. Boone va se demander s’il doit changer son image pour changer de vie, tourner le dos à ses amis pour changer de cap. Ces passages qui sont poignants sont bien faits, d’autant que Don Winslow a construit un personnage un peu balourd, ne sachant pas comment prendre les gens.

Alors, déception ? Ben, oui, c’est un livre que j’ai dévoré car il est agréable, mais il est loin de ce que j’attends de Don Winslow. D’un autre coté, un auteur ne peut pas sortir que des chefs d’œuvre. Alors, je vous donne deux liens pour vous faire une idée de Cette Heure des Gentlemen. A vous de vous faire votre opinion.

L’ami Yan : http://www.encoredunoir.com/article-l-heure-des-gentlemen-de-don-winslow-104653199.html

Les amis de Unwalkers : http://www.unwalkers.com/lheure-des-gentlemen-de-don-winslow-le-masque-undead-nouveau-converti/