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Black Novel fête ses 11 ans

Eh oui, Black Novel fête ses 11 années d’existence en ce 1er mai. Si vous êtes surpris, sachez que je le suis plus que vous ! Je le dis chaque année, quand je me suis lancé dans cette aventure, car c’en est une, je n’aurais jamais imaginé durer aussi longtemps. Et que vous soyez fidèle ou simple visiteur passager, je vous remercie de lire mes avis, mes élucubrations, et surtout n’hésitez pas à me laisser vos avis, qu’ils soient du mien ou pas. Je respecte tous les avis, puisque je considère qu’une lecture c’est une rencontre entre un livre et son lecteur. Et dans les rencontres, certaines sont réussies, d’autres pas.

Sachez que l’envie de partager mes avis, mes lectures est toujours aussi grand. Et je tiens à vous remercier, vous lecteur de passage, ou vous abonné et lecteur fidèle. Merci pour votre assiduité, pour vos commentaires, pour vos encouragements. Merci aussi aux auteurs avant tout, qui nous offrent tant d’émotions. Merci aux éditeurs qui me font confiance, aux attachés de presse qui pensent à moi. Merci aussi aux amis et collègues blogueurs qui me guident dans mes choix, et à mes amis (en particulier les Pieds Nickelés du Polar qui se reconnaîtront qui sont comme des frères pour moi).

Enfin, j’envoie un gros bisou à mon frère du sud, la Petite Souris. Je n’oublie pas mes amis Yvan, Vincent, et Jean le Belge. J’adresse un grand merci à tous les blogueurs qui m’aident dans mes choix de lecture. Je fais aussi un clin d’œil à l’association 813 qui défend la littérature sous toutes ses formes et que je vous conseille de rejoindre.

Comme je le disais, animer un blog, c’est avant tout une question de plaisir. Outre le combat entre Bob Morane et l’Ombre Jaune, et la saga de la Compagnie des Glaces, j’ai décidé de me lancer dans deux nouveaux défis. Le premier, c’est de lire la trilogie de l’inspecteur Sadorski de Romain Slocombe. Le deuxième m’est venu pendant que je regardais la série Bosch, que j’aime beaucoup pour sa rigueur. J’ai donc décidé de lire (ou relire) les romans de Michaël Connelly dédiés à l’inspecteur Harry Bosch dans l’ordre. Et ça commencera dès le mois de mai ! Comme vous le voyez, je ne manque pas d’idées !

A vous de travailler maintenant ! Un anniversaire, ce n’est pas un anniversaire s’il n’y a pas de cadeau. Cette année, je vous propose de gagner un de mes coups de cœur de cette année 2020. Il s’agit de Nous avons les mains rouges de Jean Meckert (Joëlle Losfeld éditions) dont vous pouvez trouver mon avis ici. Pour vous appâter, voici la quatrième de couverture :

C’est en 1947 que Jean Meckert publie Nous avons les mains rouges. Quatre mois avant Sartre, il s’attaque à la Résistance et à l’épuration qui a accompagné la Libération. De quoi parle ce roman noir et puissant ? Laurent Lavalette est embauché dans la scierie de d’Essartaut, un veuf qui vit dans les montagnes avec ses deux filles et un homme à tout faire, Armand. Laurent apprend vite que le patriarche est à la tête d’un réseau de résistants qui n’a pas déposé les armes et qui, régulièrement, organise des expéditions pour punir ceux qui se sont enrichis durant la guerre tandis que d’autres se battaient. Malgré les réticences de Laurent à s’engager dans des mesures expéditives, il prête cependant parfois main forte. Pour ses partisans qui n’ont pas mesuré leurs efforts durant la Guerre, la Libération a un goût amer, elle ne tient pas ses promesses d’égalité, de justice et de grand chambardement. Toutefois cette lutte sanguinaire laisse Laurent perplexe : « Laurent se demanda un moment en quoi cette doctrine différait du fascisme contre lequel ces résistants avaient combattu. » Comme dans la plupart des romans de Meckert, le protagoniste de Nous avons les mains rouges est cet homme droit mais seul, réfractaire aux embrigadements de tout genre. Passionnant document sur un moment d’Histoire trouble et peu visité, ce roman est dans le même mouvement profondément humain. Présenté par Stéfanie Delestré et Hervé Delouche.

Le principe est simple : vous répondez à une question en envoyant un mail à concoursblacknovel@gmail.com. Le ou la gagnante sera contacté (e) par mail pour que j’obtienne son adresse postale. La date limite de réponse est le 11 mai 2020 à minuit. Le 12 mai, un billet donnera le nom du gagnant (ou son pseudo). Le tirage au sort sera réalisé par mes enfants. Le roman est acheté par moi-même. L’envoi sera assuré par mes soins en fonction du déconfinement et de l’assiduité de La Poste.

La question est la suivante : Sous quel pseudonyme Jean Meckert a-t-il publié des polars chez Gallimard à la Série Noire ?

Deux réponses sont possibles et seront acceptées. Bonne chance !

J’espère que vous prendrez du plaisir à lire, que mes chroniques vous seront utiles pour vos choix de lecture, que vous n’hésiterez pas à me donner vos avis dans les commentaires. Je vous souhaite une nouvelle année pleine de lectures enrichissantes. Car moi, je continue …

Je n’ai plus qu’à ajouter : Merci à tous, à bientôt et plus que jamais, n’oubliez pas le principal : protégez les autres et lisez !

Des poches pleines de poches …

Voici une nouvelle rubrique dans Black Novel, consacrée aux livres de poche. Et si cela vous plait, cette rubrique reviendra. A vous de me dire.

Entre deux romans grand format, je lis aussi des romans au format de poche et je ne prends jamais le temps d’en parler. D’où ce titre énigmatique qui répertorie des romans de plus court format qui sont aussi bien des novellas que des romans. D’où cette nouvelle rubrique dédiée aux romans courts.

Les biffins de Marc Villard

Editeur : Joëlle Losfeld

Cécile a un sacerdoce, celui d’aider les marginaux et les SDF. C’est probablement du au fait que son père appelé Bird parce qu’il était musicien, ait fini clochard. Plus qu’une passion, cette volonté de sauver les autres est pour elle la ligne directrice de sa vie. Trouvant que cela devient trop dur pour elle, elle envisage de quitter l’association dans laquelle elle officie pour aider les biffins, ces vendeurs à la sauvette qui présentent leur marchandise entre le boulevard Barbès et les Puces de Saint Ouen.

N’ayant pas lu Bird, le premier roman où apparaît Cécile qui part à la recherche de son père, mais ça ne saurait tarder, je n’ai pas été gêné dans ma lecture. Je pourrais dire que c’est un roman noir, ou un roman social, mais c’est avant tout un documentaire voire un témoignage des gens qui vivent dans la rue, et que l’on ne veut pas montrer. Comment envisager que dans la Ville des lumières, il y ait encore des hommes, des femmes et des enfants vivant de rien dans la rue, abandonnés à eux-mêmes.

Marc Villard nous décrit une situation qui se dégrade, entre marginaux et malades, des sans papiers toujours plus nombreux et des aides de plus en plus absentes. Pour Cécile, ce n’est plus tenable. Avec les biffins, elle découvre un autre monde, empli de petites histoires, des familles accueillantes et des gens à aider. En 120 pages, Marc Villard nous décrit un monde que nous ne connaissons pas, avec une économie de mots remarquable. Aussi passionnant qu’effarant, ce voyage près de chez nous s’avère une lecture obligatoire, révoltante et humaine, sur des gens que l’on a oublié sur le coté du progrès.

Un feu dans la plaine de Thomas Sands

Editeur : Les Arènes – Equinox

Pour ma première lecture de la nouvelle collection Equinox des éditions Les arènes, sous la direction d’Aurélien Masson, j’ai été servi. Et pour un premier roman, c’est une sacrée surprise. Car ce roman est un cri de révolte venant d’un jeune homme qui en a marre de voir une société vendre une situation qui n’est pas la réalité, marre de la propagande faite pour endormir le peuple.

Il n’y a pas vraiment de scénario dans ce roman, mais plutôt la déambulation d’un jeune homme dont la mère est au chômage. L’entreprise dans laquelle il travaille va fermer. Il va donc parcourir ce monde, le regarder et montrer tout le ridicule d’une société qui vend des choses que de moins en moins de personnes peuvent s’acheter. Alors, pour combler sa rage, il va opter pour la destruction.

Proche d’un scénario tel que Fight club, rejoignant tous les romans nihilistes récents, ce roman se distingue par son style sans concession, empreint de désespoir et de lucidité. Thomas Sands hurle le mal-être de son personnage, avec plus de brutalité qu’un Thierry Marignac, nous offrant un roman dur et noir, sans esbroufe. C’est une entrée impressionnante et réussie dans le monde du noir social. Ce roman-là, je vous le dis, a une bonne tête de roman culte. Nous allons être nombreux à attendre le deuxième roman de jeune auteur.

Ne ratez pas l’excellent avis de mon ami Petite Souris

La petite gauloise de Jérôme Leroy

Editeur : Manufacture de livres.

Le nouveau Jérôme Leroy reste dans l’actualité brûlante avec un roman traitant du terrorisme mais d’une façon tout à fait originale. Le roman nous plonge dans une scène qui interpelle le lecteur : Dans une école située dans la banlieue d’une grande ville de l’ouest de la France, un policier municipal descend un flic. Erreur, bavure, victime collatérale ou bien acte de terrorisme ? ou peut-être tout à la fois. Jérôme Leroy va tout reprendre de zéro pour nous démontrer à la façon d’un mathématicien consciencieux le ridicule de la situation.

Si le premier chapitre nous met dans l’ambiance d’une farce cruelle, le reste est à l’avenant, tout en dérision et cynisme. On voit y passer des dizaines de personnages qui ont tous un point commun : ils se croient importants mais ne sont que des vermisseaux. Des flics aux terroristes, des étudiants aux instituteurs, des jeunes des cités aux journalistes, on pourrait tous les prendre un par un et les pointer du doigt pour leur insignifiance.

Lors de ces 140 pages, on sourit, mais l’ensemble est surtout au rire jaune, grinçant, et nous permet de prendre du recul par rapport à toutes les conneries que l’on nous serine dans les informations écrites ou télévisuelles. Et une nouvelle fois, Jérôme fait preuve d’une belle lucidité pour nous amener à y réfléchir. La petite gauloise ? C’est finalement l’assurance d’un divertissement haut de gamme et intelligent.

Tuez-moi demain de Dominique Terrier

Editeur : Editions du Carnet à Spirales

Le narrateur s’appelle Poulbot et habite Montmartre. Ça ne s’invente pas ! Son activité principale est de prendre l’apéro avec son pote de toujours Lolo, con comme un ballon mais toujours prêt à rendre service, tout en devisant de phrases bien senties. Quand une beauté universelle débarque, enfin, quand elle déploie ses jambes en sortant de sa voiture, leur vie va basculer. Car si Poulbot est sous le charme, amoureux, cela ne dure qu’un temps : la belle plante se fait dézinguer par une rafale de mitraillette. Son dernier mot est pour l’oreille de Poulbot : Rosebud.

Le ton est de toute évidence à la franche rigolade et le premier chapitre est à cet égard un pur plaisir de comédie. Dominique Terrier fait preuve d’une originalité folle pour trouver des expressions qualifiant les personnages alentour, et il serait bien dommage de se passer d’un tel bonheur. Et pour supporter ce style humoristique, l’auteur s’appuie sur une intrigue à base de scènes burlesques et de nombreuses et judicieuses références cinématographiques et musicales..

Pour un premier roman, c’est une sacrée réussite et dans le genre, de Michel Audiard à Fréréric Dard, ou plus récemment Samuel Sutra ou Stanislas Pétroski, ce Tuez-moi demain n’a pas à rougir de ces romans comiques français. Il se classe même à leurs cotés avec fierté. Car on rigole franchement, on est même secoué par les scènes d’action qui font rebondir l’intrigue, et on passe un excellent moment de divertissement, sans y déceler le moindre temps mort. Une vraie réussite et une vraie découverte que ce premier roman.

Des novellas pour vous …

Il semble que cela soit à la mode d’éditer de courts romans, dotés d’une centaine de pages. Pour l’éditeur c’est l’occasion d’offrir une offre alternative, pour le client c’est une possibilité de découvrir un auteur à moindre cout … quoique. Pour l’auteur, c’est en tous cas un exercice extrêmement difficile, se situant entre le roman et la nouvelle. Voici donc deux romans qui valent le coup d’être lus.

Rouge ballast de Jean Paul Le Chevère (éditions des ragosses) :

Rouge Ballast

C’est un village perdu au milieu de nulle part, traversé par une unique voie de chemin de fer, et écrasé par les odeurs de mort qui émanent de l’abattoir. Gabrielle qui veut qu’on l’appelle Gaby est une jeune adolescente qui va au collège et doit s’occuper de ses deux jeunes frères Djezon et Jirès.

Son père Bruno travaille à l’abattoir puisque c’est la seule entreprise encore ouverte dans le coin et il s’est mis en ménage avec Louise puisque la mère de Gaby est morte. Ce qui inquiète Gaby, c’est la disparition de Mathilde, c’est la dernière en date à « avoir pris le train ». Selon les ragots du coin, plusieurs jeunes femmes se sont jetées du haut du pont qui passe sur la voie ferrée. Suicide ou meurtre ?

C’est un très court roman qui a la chance d’être vendu relativement peu cher : 10 euros pour 100 pages. Voici un roman narré par Gaby, avec son franc parler, son vocabulaire de jeune femme. Gaby nous raconte sa petite vie, les voisins, les histoires, les ragots. Finalement, elle rêve d’ailleurs, d’un ailleurs qu’elle ne connait pas mais elle n’est pas malheureuse.

Avec un style qui s’adapte à son sujet, l’auteur nous fait ressentir le désespoir ou plutôt le manque d’espoir de ces familles bloquées dans un village dont ils ne sortiront pas. Ce roman s’avère un bon roman noir que l’on lira plus pour sa performance dans sa création du langage adolescent que pour son intrigue simpliste. Un roman tout en ambiance, assez pesant mais agréable à lire, qui m’a donné l’impression d’avoir vécu dans ce village horrible.

 

Tu n’as jamais été vraiment là de Jonathan Ames (Editions Joelle Losfeld)

jamais été vraiment là

Joe est un ancien Marines, ancien du FBI, qui est retourné chez sa mère après avoir pêté un plomb lors d’une enquête difficile. Depuis, il travaille pour McCleary, qui lui trouve des missions à remplir. Il passe par l’épicier pour recevoir des messages, cela permet de rassurer sa paranoïa et d’éviter que l’on sache où il habite.

Ce matin là, McCleary lui demande d’aller voir le sénateur Votto. Sa femme vient de se suicider et sa fille a disparue. Il vient de recevoir un SMS lui donnant l’adresse où elle est détenue. Joe achète donc un marteau, son arme de prédilection et se rend à l’adresse indiquée. Mais les apparences sont trompeuses …

Voilà un livre coup de poing qui ne tourne pas autour du pot et qui va droit au but. En presque cent pages, Jonathan Ames nous brosse le portrait d’un homme qui aurait aimé se suicider, qui est une arme vivante que rien ne retient à la vie. Le style se colle parfaitement à l’action, et la traduction de Jean Paul Gratias est impressionnante tant elle parvient à nous retranscrire toute la noirceur du texte et la volonté de l’auteur d’écrire un roman dur, noir, violent et direct.

Quand on lit ce livre, il vaut mieux se préparer à recevoir des coups car les phrases sont toutes très visuelles et l’intrigue simple est faite de flashes comme autant de coups de marteau. Et si l’on peut regretter le prix un peu élevé (12,90€), c’est une lecture qui impressionne et qui restera longtemps dans ma mémoire. D’ailleurs, dans la rue, je me retourne au cas où je sois suivi par un homme portant un marteau …