Archives du mot-clé Editions Lajouanie

A mort le chat ! De Jérémy Bouquin (Editions Lajouanie)

Jérémy Bouquin, je l’ai découvert grâce aux éditions Ska, et une nouvelle qui s’appelait No Limit. La maitrise de sa narration était tout simplement bluffante. Alors, quand j’ai vu qu’il sortait un roman aux éditions Lajouanie … devinez …

Jarring rentre chez lui, allumé comme souvent d’avoir abusé d’alcool et de drogues. Son chat lui parle, comme souvent et lui parle mal. Alors, Jarring ne supporte pas ces reproches, et se met à le taper, le frapper puis le massacrer.

Jarring n’est pas là pour faire du sentiment. Son métier, c’est lobbyiste. Il vend à qui veut bien le payer des idées. Son but : manipuler les masses pour faire avaler au peuple des couleuvres. Des produits de grande consommation aux hommes politiques, tous ont besoin de quelqu’un qui les aide à faire passer des idées. Peu importe comment, tous les moyens sont bons, pourvu que le résultat soit là.

Sa nouvelle mission va être compliquée : on lui demande de vendre des OGM, c’est-à-dire montrer au public qu’il est sain de bouffer de la merde, et agir pour que le législateur aille dans ce sens. Le fait que lui ne mange que du bio ne le dérange pas. Avec son amie Catherine, championne de la communication, une sorte de poupée Barbie refaite en latex de bas en haut, il va se lancer à corps perdu dans ce challenge.

Mais auparavant, il doit s’acheter un Magnum 357, comme son idole l’inspecteur Harry, et aussi se trouver un nouveau chat …

Des personnages barrés, on en rencontre souvent dans les romans noirs. Des personnages sans foi, ni loi, on en côtoie souvent dans le polar. Mais des personnages de cet acabit, prêt à vendre père et mère pour réussir leur objectif, sans foi, ni loi, jugeant qu’il n’y a aucune limite, je n’en ai rencontré que peu dans mes lectures. Le seul qui s’en rapproche, c’est Trash Circus de Joseph Incardona. C’est même plus méchant que Massimo Carlotto.

Donc, c’est au pays du mauvais gout, du politiquement incorrect que nous emmène Jérémy Bouquin. Et c’est bien difficile de faire accepter par le lecteur un personnage aussi noir, malfaisant, cynique et méchant que Jarring. Le premier chat pitre donne le ton, le reste est à l’avenant. Et le talent de l’auteur fait le reste. L’itinéraire de ce salopard est implacable, l’ensemble consciencieusement immoral.

Le talent de l’auteur, de ce jeune auteur, est bien de nous plonger dans une psychologie de malade, et de nous y faire croire. Et les scènes s’accumulent où Jérémy Bouquin évite de faire monter les enchères, mais créé une intrigue réaliste. Et on a droit par moments à des scènes incroyablement drôles telles celles de l’achat d’un nouveau chat ou de la peinture pour peindre son revolver.

La descente aux enfers de ce personnage commencera avec un voyage en province pour rencontrer un député et lui proposer de communiquer en faveur des OGM. C’est la deuxième partie du livre. Et j’ai trouvé que le ton devenait plus conventionnel. Par contre, les scènes sont toujours aussi délirantes. Heureusement, la fin se veut un peu plus morale, et on aura passé un excellent moment à suivre ce personnage que l’on aura aimé détester, qui nous aura donné envie de vomir tellement il est ignoble. En ce qui concerne Jérémy Bouquin, c’est sur, il faudra le suivre à l’avenir.

Ne ratez pas les avis des amis Claude et l’oncle Paul.

Le chouchou du mois de mai 2015

En ce mois de mai 2015, nous aurons fêté en grande pompe le sixième anniversaire du blog. Fichtre ! ça ne me rajeunit pas. Alors, je me suis fait un petit plaisir, pour la rubrique Oldies, en ressortant du fin fond d’une de mes bibliothèques, un roman d’un auteur que j’adore : Le maitre des nœuds de Massimo Carlotto (Métaillié). La lecture de ce roman est une bonne raison pour se rappeler qu’il faut lire tous les romans de Massimo Carlotto.

Au rayon des découvertes, j’ai lu un intéressant thriller, en lecture électronique, qui laisse augurer la naissance d’un auteur au style déjà affirmé, et dont j’attends les futures productions : L’Alicanto de Amadeo Alcacer (Santa Rosa). J’aurais été emballé par le polar de Didier Fossey, Burn out (Flamant noir) qui, grâce à un scenario bien construit, creuse les personnalités des flics et leur mal-être devant un travail de jour en jour plus difficile. J’aurais aussi lu la dernière enquête parue de Inger Wolf, Noir septembre (Mirobole) et il se peut bien que je suive à l’avenir les enquêtes de Daniel Trokic, tant c’est bien écrit et passionnant.

Enfin, avec les commémorations du 8 mai, j’aurais lu Ravensbrück mon amour de Stanislas Petrosky (Atelier Mosesu), roman de la mémoire, qui prend pour cadre un camp d’extermination, et pour personnage principal un dessinateur qui va devenir le témoin des horreurs de ce camp. S’il faut avoir le cœur bien accroché pour lire ce roman, il n’en reste pas moins que ce roman est à lire et à mettre à coté de La mort est mon métier de Robert Merle.

Durant le mois de mai, on voit aussi apparaitre les romans qui seront sans nul doute entre vos mains durant vos futures vacances estivales. J’aurais pu donner le titre de chouchou du mois à chacun d’eux tant ce sont tous des réussites. Perfidia de James Ellroy (Rivages), mon auteur favori, est un roman qui comble les attentes que l’on peut avoir de ce roman de fou, un roman à la démesure de son auteur. Une putain d’histoire de Bernard Minier (XO éditions) est un roman hommage aux romans psychologiques américains, avec un scenario machiavélique qui vous surprendra jusqu’au dénouement final. Lignes de fuite de Val McDermid (Flammarion) montre notre auteure écossaise au meilleur de sa forme, et sous le prétexte de la disparition d’un enfant, dénonce le système des reality shows.

Le titre du chouchou du mois revient donc à La rascasse avant la bouillabaisse de Gilles Del Pappas (Editions Lajouanie), parce que c’est un roman d’aventures comme on ne les fait plus, malheureusement. Parce que l’on passe plus de vingt ans en 300 pages de la vie d’un truand et que c’est passionnant. Parce que le dénouement est d’un humour noir grinçant. Parce que c’est du divertissement très haut de gamme, du roman d’aventures comme on aimerait en lire plus souvent. Parce que j’avais envie de saluer le travail des éditions Lajouanie qui, jusqu’à présent, et à mon avis, font un sans fautes dans le choix de leur production.

Voilà, je vous donne rendez vous le mois prochain. D’ici là, n’oubliez pas le principal : lisez !

La rascasse avant la bouillabaisse de Gilles Del Pappas (Lajouanie)

Allez savoir pourquoi, je n’avais jamais lu de roman de Gilles Del Pappas. Et pourtant, ce n’est pas un débutant puisqu’il a publié plus d’une vingtaine de romans, et a voyagé pour porter la bonne parole de la création littéraire dans plusieurs pays. Et cette Rascasse est un roman d’aventures, noir, mais aussi humoristique dans lequel on rit … jaune.

Robert dit Bob tient enfin sa vengeance. Il planque devant une maison d’apparence tranquille, où va se dérouler une partie de poker clandestine, dans un quartier résidentiel de Marseille, sa ville. Ils sont cinq à se réunir ; il y a un notaire, un promoteur immobilier, un truand, une femme à la tête d’un réseau d’escort girls et un cinquième homme, la cible.

Cela fait vingt ans qu’il est parti de Marseille, pour éviter de se faire prendre, suite à un mauvais coup qui a entrainé la mort d’un flic. Alors, il traverse l’Atlantique, en clandestin, direction la Martinique. Puis, profitant d’un voilier de touristes, il reprend son bagage pour la Guyanne. Là bas, il y rencontre dans un bar un Bordelais qui lui propose de lui faire visiter l’ile. Cet homme affable se nomme Guy Descombe et lui propose une balade dans la jungle, en compagnie d’un guide. Ils tombent bientôt sur un camp d’orpailleurs et Bob découvre une autre facette de Guy : Il est violent et totalement hors contrôle. Guy s’arrange pour tuer des chercheurs d’or, voler une sacoche pleine d’or et finit même par assassiner leur guide.

Même si Bob devient riche du jour au lendemain, il se retrouve avec une compagnie dont on se passerait bien. Car Guy peut se montrer fort sympathique comme le pire des assassins. Ils sont évidemment obligés de quitter la Guyane et traversent donc le fleuve pour se retrouver au Surinam.

Ce roman se retrouve au croisement de différents genres et déroule avec une facilité déconcertante une intrigue se déroulant sur une vingtaine d’années. En fait, l’auteur passe de scènes en scènes sans particulièrement insister sur un repère Temps, mais en additionnant des scènes émotionnellement fortes ce qui nous fait ressentir beaucoup de sympathie envers un personnage qui est finalement un truand qui peut même se montrer violent et sans pitié.

Quand je parle de rencontres entre les genres, le sujet est emprunté au roman policier, le décor au roman d’aventures et le style au roman noir. Ce mélange est une vraie réussite, c’est du pur plaisir car cela va vite, et le talent de l’auteur suffit en quelques mots à nous dessiner un paysage exotique.

La même efficacité se retrouve aussi dans la psychologie des personnages. On se retrouve avec un Bob qui ne s’intéresse qu’à lui, et qui présente Guy tel qu’il le voit. Cela nous montre un homme extrêmement naïf, qui forcément va subir beaucoup de déceptions et connaitre beaucoup de désillusions.

Surtout, on se retrouve avec un roman qui se lit vite, et qui nous plonge dans l’aventure, si bien que l’on ne se pose jamais de questions. On est totalement immergé dans ce qui arrive à Bob, et je dois dire que j’ai adoré me laisser balader durant toute cette aventure, qui nous balade de Marseille à la Guyane, en passant par le Brésil ou même Barcelone. En fait, l’air de rien, Gilles Del Pappas nous fait faire une moitié de tour du monde en moins de 300 pages, on aura visité la jungle équatoriale, les quartiers marseillais, les palaces parisiens, les ruelles barcelonaises, tout ça en mélangeant des scènes d’action et des scènes intimes, et on en redemande. D’ailleurs, il se pourrait bien que je le relise, tant j’ai apprécié cette lecture. C’est un excellent polar.

20 manières de se débarrasser des limaces de Jan Thirion (Editions Lajouanie)

Si vous lisez du polar, vous avez certainement déjà entendu parler de Jan Thirion. Et pourtant, vous n’aurez pas forcément ouvert un de ses romans ou nouvelles, vous n’aurez pas forcément lu une page de lui. Et pourtant cet auteur français en est à son quinzième roman, et il manie l’humour noir comme le boucher manie l’escalope. Avec délicatesse et cynisme de bon aloi.

Son dernier roman en date met en scène des gastéropodes. D’ailleurs, c’est indiqué dans le titre. Et, effectivement, on y trouvera des recettes pour tuer les limaces … mais ce n’est pas le sujet. Et si vous lisez la quatrième de couverture, cela ne vous aidera pas plus, si ce n’est que vous aurez la description des quelques personnages qui peuplent cette intrigue. Alors, de quoi parle exactement ce livre ?

C’est un roman de personnages, où chaque chapitre présente l’un d’eux. Cette alternance se fait avec simplicité, et cela forme une sorte de puzzle où la dernière pièce viendra se mettre en place à la toute fin. On y trouvera un journaliste, Sami, personnage central, qui veut devenir reporter de guerre, et qui passe son temps à faire des enregistrements. D’ailleurs, c’est le seul à parler à la première personne du singulier. Il y a Marc, tueur à gages, qui élève ses enfants comme il peut. Il y a le président de la république, encombré par une bêtise de jeunesse (il a tué sa femme) et qui veut gommer son égarement. Il y a Bela, jeune femme, qui fait partie d’un groupe terroriste. Il y a le colonel Blu, qui obéit aveuglément au Président, mais qui sait des choses. Il y a une petite fille, enlevée par un groupe terroriste, et qui va tout déclencher. Et il y a les limaces.

Entre polar sérieux au scenario implacable et farce cynique, ce roman compare les hommes aux limaces. On y trouvera mille et une façon de se débarrasser des limaces, certes, mais on y trouvera aussi une multitude de personnages où tout un chacun se retrouvera tout à tour dans le rôle de la limace ou de l’exterminateur de limaces. Car la limace ne cherche qu’une chose : s’empiffrer, quitte à se noyer dans une coupelle de bière.

Ne croyez pas que c’est un roman léger, écrit par-dessus la jambe. Le scenario est costaud, tous ces personnages vont avoir un lien les uns avec les autres, et ils vont tous se rejoindre dans un final au fin fond d’une forêt des Landes, qui s’il n’est pas spectaculaire, est bigrement noir et surtout bien cruel. Et puis, après avoir avalé ce livre et bien souri, on finit par se demander : Suis-je limace ou exterminateur de limaces ?

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul ici

Poubelle’s girls de Jeanne Desaubry (Editions Lajouanie)

Jeanne Desaubry est bien connue des spécialistes du polar, pour avoir écrit trois romans noirs (Hosto, Le passé attendra et Dunes froides) et deux romans pour la jeunesse (Hacking et L’incendie d’Halloween) mais aussi et surtout pour avoir fait partie de la maison d’éditions Krakoen et aujourd’hui Ska. Car outre le fait qu’elle soit une auteure de talent, elle fait beaucoup pour la découverte de nouveaux talents. Et si vous parcourez les allées de quelques salons, ou les librairies proposant des dédicaces, vous la rencontrerez et pourrez discuter avec elle des polars.

Elisabeth est une femme séparée de son mari, qui élève seule son jeune fils adolescent Mathis. Au chômage, elle est obligée de se rendre dans une agence de Pôle Emploi pour répondre aux exigences du système et être comptabilisée parmi les chômeuses. Elle y rencontre une autre femme, dans le même cas qu’elle, mais physiquement différente puisque celle-ci est petite et grosse. Elles se lient d’amitié et Elisabeth, qui vit de quelques heures de ménage au noir, a une idée : loger Paloma dans la caravane d’un vieil homme, Monsieur Armand, chez qui elle faisait le ménage et qui est maintenant en maison de retraite.

A l’autre bout de la ville, Blanche est juriste et mariée à Pierre, avocat de renom. Elle ne supporte plus sa vie, ni son mari, qui est tout le temps absent et qui la trompe sans même s’en cacher. Alors, elle se dit que si elle s’en débarrassait, sa vie serait meilleure, sans contraintes. Alors elle se met à lire des polars et à réfléchir à des solutions criminelles.

Elisabeth et Paloma ont aménagé la caravane. Elles s’imaginent que M.Armand était un truand et qu’il avait caché une fortune dans sa caravane. Quand elles trouvent des billets en francs, cette fortune ne leur sert à rien mais leur donne une idée : et si elles faisaient à leur tour des casses pour avoir un peu d’argent et ainsi survivre ?

D’un coté, on a le couple Élisabeth et Paloma ; de l’autre, nous avons Blanche et Pierre. Ces deux couples vont suivre leur itinéraire, jusqu’à se rencontrer. Vous l’avez compris, cette histoire est dramatique, humaine, bien ancrée dans notre actualité de tous les jours. Et ces deux personnages pourraient inspirer de la pitié ou bien du rejet, leurs malheurs pourraient inspirer de la peine ou de l’indifférence. Et que dire de Blanche, à l’opposé de nos deux comparses, qui fait indéniablement partie des privilégiés et qui s’épanche sur ses petits malheurs égoïstes.

Le talent de Jeanne Desaubry est justement de faire vivre ce tableau social sans émotions, sans jugement, mais en laissant ses personnages vivre devant nos yeux. En aucune façon, elle ne va donner un avis sur les uns ou les autres, juste les accompagner sur leur chemin, avec son style si clair, si précis, si imagé. Et si parfois, on lit une remarque bien cinglante sur la société ou bien sur nos petits travers, ils portent d’autant plus qu’ils ressortent de façon étincelante du reste de l’histoire, sans la dénaturer.

Car c’est bien une fable moderne et humaniste que Jeanne Desaubry nous a concocté. Elle n’est pas là pour donner des solutions, juste pour nous décrire la trajectoire de ces êtres humains, malmenés, poussés à bout, obligés de se débrouiller pour s’en sortir, pour survivre. Et on se demande si la société n’a pas oublié l’humain, si le modernisme n’a pas oublié l’essentiel, l’Homme. Évidemment, j’ai ressenti de la sympathie pour ces deux femmes que sont Elisabeth et Paloma, j’ai été plus froid avec Blanche, mais c’est là où Jeanne Desaubry réussit son pari : nous faire prendre position dans une histoire commune, réelle et contemporaine. Ce roman dramatique, à la plume à la fois efficace et humoristique, s’avère aussi dérangeant, émouvant et parfois cynique.

La société se plaint des criminels, les chasse et les enferme mais ne les engendre-t-elle pas quand elle appauvrit et affame ses citoyens ? De ce roman, je garderai de formidables portraits, de formidables personnages et une histoire qui, outre sa force, possède une fin très bien trouvée, témoin du drame quotidien. Après avoir lu ce roman, vous regarderez différemment les gens que vous rencontrerez dans la rue, ou vous les regarderez, tout simplement.

Vous pouvez aller voir l’avis de l’oncle Paul ici.

La poule borgne de Claude Soloy (Editions Lajouanie)

Ce roman là, vous n’aurez jamais l’idée d’aller le chercher. Déjà, la couverture vous fait de l’œil, un œil rouge qui passe au travers d’un trou percé dans une caisse en bois et ça fait peur … Ensuite, si vous tournez le livre pour lire la quatrième de couverture, vous y verrez une histoire de borgne qui rencontre une poule. Rassurez-vous, tout ceci est vrai, terriblement vrai.

L’homme faisait du vélo quand il rencontra une poule. Dans cette rencontre, qui fut aussi un accident, la poule y perdit un œil, là où l’homme l’avait déjà perdu. Il l’adopta, ce qu’elle sembla accepter, et quand il l’appela « Saloperie », elle tourna la tête. C’est ainsi qu’elle fut baptisée.

L’homme habitait un petit village, a vingt cinq ans, et allait se distraire au bar La Louvette. Outre qu’il y allait pour boire un coup, il y allait aussi pour rencontrer Geneviève, la jeune serveuse de quinze ans. Elle l’appelait « son petit mari », et lui faisait l’honneur de lui accorder des faveurs dans l’arrière salle. Il faut dire que le patron ne demandait en échange que la modique somme de quinze euros …

L’homme se rappelait sa jeunesse : son père alcoolique qui rentrait beurré chaque soir, sa mère qui acceptait les coups et fermait sa gueule, sa sœur qui aidait sa mère et supportait les regards lourds du père. Il se rappelait quand il avait cassé un verre et que le père lui avait envoyé une baffe à cause de laquelle il avait perdu son œil. Mais tout cela était bien oublié, entre son boulot de chantier et ses virées au bar … jusqu’à ce que deux gars de la ville ne débarquent …

Outre la couverture, le sujet et la façon de le traiter va vous surprendre, et je dirai même vous secouer. Avec Claude Soloy, on ne s’ennuie pas, et on n’est pas là non plus pour faire du politiquement correct. On est donc plongé dans une histoire dont le personnage principal est un borgne … pendant les deux tiers du livre. En effet, sur la dernière partie, sommairement appelée chapitre 5, on suit l’enquête d’un inspecteur appelé Dumbo, que l’on nomme ainsi pour ses oreilles, et qui va résoudre (on se demande comment) le meurtre … mais je ne vous en dis pas plus.

Donc, le sujet, s’il faut en donner un, est un personnage solitaire, brusque, sauvage, que le patron du bar nomme Macon, mais peut-être est-ce un surnom. Par ses descriptions minimalistes, on devine que l’on est dans un village. En fait, on a plutôt affaire avec les réflexions et les actes des personnages. Et ça parle cru, et ça cause vulgaire, et ça cause gras. Pour autant, le but n’est pas de se moquer des gens de province, mais plutôt dans un atmosphère le plus simplement possible.

Et le langage va bien avec cette série de personnages déjantés, sales, méchants, tous autant les uns que les autres. Et ça prostitue la petite pour faire plaisir à la clientèle, et ça se tape sur la gueule quand on n’est pas d’accord, et ça picole. Ils sont tous aussi cons les uns que les autres mais ont tous un point commun : Ils n’en ont rien à faire des autres, seule leur gueule compte. Au milieu de cette troupe de salauds, Macon et Geneviève font figure de nouveaux nés innocents, avec leur amour qui illumine ce monde crade et dégueulasse.

Alors, on se fout de l’intrigue, même s’il y en a une. On passe un vrai bon moment à s’enivrer de bons mots, d’expressions salaces, ou de scènes très visuelles et d’autant plus choquantes (je pense en particulier à celle où Macon se fait attaquer par les deux gars de la ville). Et que l’on soit clair, ce roman est de la couleur de la Terre, il est sale, et quand on l’a refermé, on en a pris plein la tête, et surtout on s’aperçoit qu’on a les mains sales, et l’âme aussi. Car ceux qu’on a aimé ne sont pas ce qu’ils paraissent être et ceux que l’on a détesté aussi. C’est vraiment un livre à part, original de bout en bout, qui n’est pas là pour vous plaire, et qui ne brosse pas dans le sens du poil. A noter que quelques scènes de sexe et de violence font qu’il vaut mieux réserver ce livre à un public averti.