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Dans l’œil du démon de Junichirô Tanizaki

Editeur : Editions Philippe Picquier

Traducteurs : Ryôko Sekiguchi et Patrick Honnoré

Je vous avais annoncé que la prochaine vague de polars viendrait du Japon, comme il y eut celle des pays nordiques. C’est une bonne occasion pour moi de revisiter un roman datant de 1919, inédit en France.

L’auteur :

Jun’ichirō Tanizaki est un écrivain japonais, né le 24 juillet 1886 à Tokyo et mort le 30 juillet 1965 à Tokyo.

Né dans une famille aisée de marchands, fortune due à l’ingéniosité de son grand-père, il fait de brillantes études à l’Université impériale de Tôkyô, mais en 1910 la ruine de son père le contraint à les interrompre. Il considéra son père comme un être faible qu’il transposera dans ses écrits. La même année, il publie son premier texte, une nouvelle cruelle et raffinée, « Le Tatouage », dans la revue qu’il a fondée avec quelques amis. L’histoire de la belle courtisane et de son tatouage en forme d’araignée fait scandale et lance sa carrière d’écrivain.

En 1913, il rassemble toutes ses nouvelles dans un recueil intitulé « Le Diable » et subit les foudres de la censure qui les juge « immorales ». Il publie sans trêve drames, comédies et scénarios à une époque où le cinéma en est encore à ses balbutiements, il traduit également la pièce d’Oscar Wilde « L’Éventail de Lady Windermere ».

Installé à Yokohama, il fréquente les résidents étrangers et découvre l’image de la femme occidentale. Lorsqu’un terrible tremblement de terre détruit la ville en 1923, il s’installe définitivement dans le Kansai. Le séisme le bouleverse profondément : alors qu’il puisait son inspiration dans un Occident et une Chine exotiques, il revient vers le Japon à partir de 1924, date à laquelle paraît son premier roman, « Un amour insensé ».

Dans les années 30, il multiplie les publications : « Yoshino » (1931), « Le Récit de l’aveugle » (1931), « Histoire secrète du sire de Musashi » (1932), « Le Coupeur de roseaux » (1932), « Shunkin, esquisse d’un portrait » (1933), « Éloge de l’ombre » (1933).

Il se consacre ensuite à la traduction en japonais moderne de « Le Dit du Genji » de Murasaki Shikibu. En 1943, la publication en feuilleton de son chef-d’œuvre « Quatre sœurs » est interdite car jugée inconvenante en temps de guerre. Après la guerre, Tanizaki publie des romans audacieux comme « La Mère du général Shigemoto » (1950) et « La Clef : La Confession impudique » (1956).

Son état de santé s’aggrave après 1960. Sa souffrance et son obsession de la mort apparaissent dans son « Journal d’un vieux fou » (1961).

En 1964, il fait partie des six derniers candidats retenus de la short list du comité Nobel.

Décerné en son honneur, le prix Tanizaki est l’une des principales récompenses littéraires au Japon.

(Source : Babelio)

Quatrième de couverture :

Un écrivain est interrompu dans son travail par un ami qui lui propose d’assister à un meurtre. Dans un bas-fond de Tokyo, ils assistent à ce qu’ils croient être un assassinat sordide orchestré par une femme démoniaque, dont son ami va devenir fou amoureux. Enfermé dans sa passion, il se rend compte qu’il est destiné à être sa prochaine proie. Bientôt, il demande à son ami d’être témoin de sa propre mise à mort. Mais le lendemain, de retour chez son ami, l’écrivain découvre celui-ci vivant, qui l’attend… Une intrigue haletante qui fonctionne sur le mystère de messages codés à déchiffrer, un jeu d’apparences trompeuses, une ville labyrinthique… Avec toutes les obsessions de Tanizaki : voyeurisme, jeu de miroirs et mise en abyme… Le roman comme théâtre des illusions.

Mon avis :

Datant de 1919, ce roman inédit en France ne peut être lu que comme un hommage à Sir Arthur Conan Doyle et Edgar Allan Poe. Après la mise en place de l’intrigue, (Takahashi, un écrivain est emmené par son vieil ami Sonomura dans un endroit louche où doit avoir lieu un crime car il croit avoir traduit un message mystérieux grâce au Scarabée d’or d’Edgar Allan Poe), les deux hommes vont confronter leur perception de la scène qu’ils ont aperçue à travers un volet.

De la scène détaillée à laquelle nous assistons, les deux hommes vont donc additionner les indices et en déduire une explication sur les auteurs du meurtre et leur motivation. Comme je l’ai dit, cela m’a fait penser à Sherlock Holmes et au docteur Watson par l’extrême précision et la logique implacable de leur raisonnement. Mais la chute, en deux actes va donner tort, à la fois aux deux hommes mais aussi ai lecteur qui a accepté de jouer le jeu.

Cela nous amène donc à nous rendre compte qu’il ne faut pas croire à tout ce que l’on voit, et que nos limites nous amènent bien souvent à nous tromper sur la vérité. Ce roman, après avoir tourné la dernière page, et s’être fait avoir en beauté, est un beau joyau policier qui nous permet de prendre du recul par rapport à nos perceptions. Et cela donne une lecture tout simplement jouissive.

A noter la couverture qui est juste magnifique !