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En attendant les vers de Michael Moslonka (Riffle noir)

Voici ma lecture de En attendant les vers de Michael Moslonka, pour laquelle j’ai organisé une lecture commune. Voilà un roman foisonnant, exploitant plusieurs thèmes, mais avant tout attachant.

Auchel, 2012. Eric Bastien, habitant la région Rhône Alpes, décide de montrer sa ville d’enfance à sa famille, qu’il a quittée il y a plus de vingt cinq ans. Il débarque donc avec sa femme et ses trois enfants. Alors qu’il débarque à Auchel, un homme les prend à parti, puis après une série d’insultes, les bat à mort avant de leur tirer une balle dans la tête.

Après la précédente affaire, le capitaine Virgile David Blacke a quitté la police à une condition : Que Amélie Laribi prenne sa place. Ce qui fut fait. Alors il regarde le temps passer, en attendant les vers, essayant de surmonter sa déception amoureuse avec Amélie, un bête baiser volé dans une voiture. Amélie, elle, se débat avec ce meurtre, mettant de coté cette parenthèse romantique sans oser retourner le voir.

La massacre de Eric Bastien et sa famille mène vite les policiers vers une bande de jeunes qui a failli tomber dans le grand banditisme dans les années 80, soit il y a 25 ans. Ils se nommaient eux-mêmes les sept mercenaires, se donnaient des surnoms de super-héros. Puis ils ont tous eu leur trajectoire. Ils étaient sept, six garçons et une fille. Il y avait Eric dit Riton, Lucien Jambier, Beau parleur, Blondin, le Polak, Mehdi et Myrtille.

Evidemment, Amélie va devoir démêler les fils de cette intrigue, et bien évidemment, remonter dans le passé, essayer de comprendre ce qui s’est passé vingt cinq ans plus tôt. Et si le lecteur aura l’impression d’avoir compris dès le début l’identité de l’assassin, bien vite Michael Moslonka va compliquer son intrigue, surtout en décrivant la vie de ces six personnages. Je dis six car Myrtille a disparu …

Je parlais de roman foisonnant, car les chapitres alternent entre Virgile et Amélie, entre l’un des mercenaires à un policier, du passé au présent. Et en tant que lecteur, j’ai apprécié d’être face à un puzzle bien compliqué, mais j’ai regretté de ne pas avoir plus d’aide pour suivre l’intrigue, par exemple en ayant des titres de chapitres plus explicites avec l’indication du lieu et du temps.

Sinon, je dois dire que les personnages sont fort bien brossés, avec des dialogues tout simplement brillants, et une intrigue bien complexe. J’ai particulièrement apprécié au début les pensées de Virgile, cynique au possible, méchant et revanchard, jugeant notre société si futile avec ses publicités pour des choses que les gens ne peuvent acheter (par exemple). C’est aussi un portrait du Nord, de son évolution pendant 25 ans qui transparait dans ces pages, au travers un groupe d’amis qui a explosé … pour le meilleur et pour le pire. Et il ne faut pas croire, le pire est à venir.

Peut-on renier ses origines ? Peut-on oublier ce que nous fûmes ? Un jour ou l’autre, le passé se rappellera à vous, et la situation dans laquelle vous vous retrouverez ne sera rien d’autre que la cons équence de vos actes passés. Voilà une belle démonstration d’un auteur dont l’ambition de son roman est impressionnante.

La mort au détail de Dirck Degraeve (Riffle noir)

Depuis une lecture de riffle noir qui était Eclipse d’une nuit d’hiver de Richard Albisser, et une rencontre très accueillante lors du salon du livre, je surveille les publications de cette maison d’édition. La publication du petit dernier va me permettre d’ajouter un nouvel auteur à ma liste déjà bien fournie.

Noel 2007, Saulmères. Une baraque à frites a pris feu. Tout le monde pense à une arnaque à l’assurance et Corinne Maresquier est chargée de l’enquête. Quand Papy Malou est retrouvé assassiné chez lui, tout le commissariat est sur le pied de guerre. Car c’est un personnage sans histoire, ancien artisan à la retraite, et parce que un meurtre dans cette ville du nord est toujours un événement exceptionnel.

Le commandant de police Jacobsen est naturellement chargé de l’enquête et on lui octroie Corinne. L’enquête montre rapidement que sa femme, à moitié sourde n’a rien entendu, et que Georges Malou participait bénévolement à de nombreuses associatives dont Caritas qui vient en aide aux immigrés clandestins qui cherchent à rejoindre l’Angleterre. Mais pourquoi donc ce retraité paisible a-t-il été tué par une balle de 9mm, arme utilisée plutôt par de grands malfaiteurs ?

Papy Malou se révèle un personnage un peu plus trouble qu’un paisible artisan à la retraite. Il était plus intéressé par les notables de la ville que par le bénévolat, et c’était un joueur invétéré. En parallèle, les baraques à frites flambent. Antoine Bernard est retrouvé assassiné dans les restes calcinés de l’une d’elles, alors qu’il avait contacté Jacobsen pour lui donner des informations. Les pistes pleuvent, les mystères s’épaississent pour aboutir à un final …

Je ne vous en dirai pas plus, car l’enquête policière, au demeurant classique, est prenante et surprenante à souhait. Le principe de l’auteur est simple : nous donner des dizaines de fausses pistes avant de patiemment démêler les fils qu’il a lui-même emmêlé. Et c’est d’autant mieux fait que l’on suit un couple de policiers qui sont des gentils, amoureux l’un de l’autre sans oser franchir le pas de la vie commune, deux beaux personnages qui ont souffert, qui ont le remède à portée de leur main sans oser le prendre.

L’autre chose qui m’a plu, c’est la description de la vie en province. C’est remarquablement bien fait, quand il s’agit de décrire les relations entre les gens, les petites inimitiés, les on-dit que l’on entend au café. Et je suis d’autant plus époustouflé que la ville est totalement inventée par l’auteur et qu’elle nous semble à nous, lecteurs, terriblement vivante. On pourrait même faire le plan de la ville voire des environs, rien qu’en lisant ce livre.

Enfin, il y a le sujet, cette ville qui a vécu innocente, presque protégée des horreurs modernes, et qui se réveille en plein milieu d’un monde qu’elle ne comprend pas. Le réveil est dur, avec ces notables qui n’ont pas plus de respect envers leurs électeurs qu’envers des chiens, avec ces pauvres immigrés qui survivent dans ce que les gens du coin appellent la jungle (c’est dire !), avec ces associations caritatives qui profitent du système voire de ceux qu’elles sont censés aider, avec ces flics haut gradés qui sont à moitié cow-boys ratés, à moitié obnubilés par les chiffres.

Avec ce livre, qui décrit une vérité hallucinante que nous connaissons mais qu’il est bon de rappeler, vous découvrirez une région qui subit, des gens simples qui vivent sans tout comprendre, des immigrés clandestins que tout le monde voudrait nier ou gommer, et une bonne histoire policière classique avec des personnages attachants. Nul doute que je vais revenir voir du coté de l’œuvre de Dirck Degraeve, car j’y ai pris beaucoup de plaisir.

Un autre avis passionné de Dup chez Book en stock ici.

Eclipse d’une nuit d’hiver de Richard Albisser (Riffle noir)

Une curiosité ! Dup de Book-en-stock m’a fortement conseillé de lire ce roman policier. Son billet ne doit pas vous faire hésiter. Et ce roman donne fortement envie de se plonger dans l’œuvre de Richard Albisser.

Nous sommes à Roubaix et ses environs, en 2008, et les préparatifs de la Saint Valentin occupent le capitaine Drassir et son épouse Jasmina. Lui travaille donc pour la police et elle est devenue écrivain de polars. Après un premier roman plein de promesses, Jasmina cherche en vain la bonne idée pour démarrer le deuxième. Mais ses pensées vont ailleurs : son projet est d’accueillir la petite Marie, une jeune haïtienne qu’ils ont décidé d’adopter.

Jasmina reçoit la visite de André Mendus, qu’ils ont rencontré lors d’une précédente enquête. Celui-ci raconte à Jasmina comment des faits étranges ont fait irruption dans sa vie, des faits anodins liés au trois de carreaux, une carte d’un jeu de tarot. Ceci pourrait faire l’objet d’un roman, pourquoi pas ?

Bruno Valet, 27 ans, chef de rayons liquides chez Soulier et compagnie, se fait écraser dans l’allée L de l’entrepôt. La police classe rapidement l’affaire comme accident mais sa femme Valérie Valet n’y croit pas. Elle se rend au commissariat pour porter plainte, et la main courante est enregistrée par le commandant Steenman, qui va bientôt disparaître.

Alors qu’elle se baladait, Jasmina est prise à partie alors qu’elle va pour reprendre sa voiture. Elle se rend compte qu’elle est suivie puis pourchassée. Elle accélère alors l’allure mais ne fait pas attention aux feux rouges. Elle va percuter une voiture et se retrouver dans le coma. Le capitaine Drassir va devoir mener de front toutes ses enquêtes en ayant en tête que sa femme se bat contre la mort sur un lit d’hôpital. Cette enquête aux nombreuses ramifications va se dérouler bien éprouvante.

Décidément, le Nord regorge d’auteurs de talent, ou du moins les romans que je lis sur le Nord sont de bonnes pioches. Car celui-ci est un très bon roman passionnant à lire. Si on ne peut reprocher une chose à Richard Albisser, c’est bien l’art de mener une intrigue, en prenant plusieurs affaires et en les faisant converger petit à petit. C’est extrêmement plaisant à lire, car, en plus, c’est très bien écrit. Les personnages sont forts, beaux et vivants. Et puis, il y a la fin, une véritable pirouette, un pied de nez à tous les détectives en herbe que nous sommes. Richard Albisser m’aura envoyé une belle, superbe claque.

Au-delà de l’aspect policier du roman, le contexte social est très présent et bien introduit dans l’histoire, sans qu’on ait l’impression que cela soit rajouté pour faire beau. Les policiers sont tous des immigrés ou fils d’immigrés. Cela leur donne une certaine acuité dans leur vision de notre société. Et on a droit à des réflexions, liées aux personnages, qui sont suffisamment bien placées pour que cela fasse corps avec le personnage, sans que l’on ait l’impression que l’auteur nous assène ses vérités. C’est très bien fait et très plaisant, car cela rajoute plus de profondeur aux personnages. Et tout le monde en prend pour son grade, du système policier à la justice, des hôpitaux aux programmes télévisés, au milieu du racisme ambiant, ordinaire, celui qu’on ne remarque même plus. Et tout est écrit avec de l’humour cynique, ce qui aide à faire passer des messages.

Les deux petits bémols tiennent dans le choix de style de l’auteur et dans la police de caractère de l’éditeur. Richard Albisser a conçu son livre sans beaucoup de dialogues, mélangeant ceux-ci avec des impressions, décrivant par ci par là des situations par des phrases longues sans forcément nécessité. Ensuite, la police de lecture, est trop petite ; certes cela permet de faire un format de poche au prix extrêmement abordable (10€), mais comme je lis le soir, ça m’a gêné.

Ces deux petits défauts ne m’empêcheront pas de lire le prochain, ça c’est sûr. Pour finir, un grand merci à Dup pour son conseil, et aux éditions du Riffle noir pour cette découverte.