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Corvidés de David Gauthier

Editeur : Envolume

Vous connaissez mon intérêt pour les premiers romans. Celui-ci part d’un sujet simple voire simplissime : découvrir le Corbeau qui empoisonne la vie d’un petit village. Mais quand on s’intéresse à l’humain, cela devient irrésistible. Une grande réussite.

Depuis sa rupture avec Elle, Nicolas Berger ne trouve plus goût à rien. Lui qui faisait montre de bonne humeur devient un être renfermé qui rumine sa rancœur et son malheur. Pour un journaliste, dela pose un sacré problème et c’est ce que lui explique son chef, Gérard, le rédacteur en chef de La Gironde. Une affaire de corbeau vient de surgir dans un petit village alentour et Nicolas dispose d’une semaine pour ramener un reportage.

Dans le train, il lit le dossier qu’on lui a préparé. Les accusations sont précises et tournées comme des vers poétiques mais néanmoins explicites et agressives :

« Le corbeau salue les ignorants, leur donne un peu de lumière, alors notez ceci :

La vieille militante n’a plus de fougue. Cette perdante ne l’ouvre plus. A-t-elle compris qu’elle ne servait à rien ? 

Le chat de la secrétaire binoclarde n’a pas fugué. Il a été écrasé par le boucher. Trop lâche pour l’avouer, il a jeté le cadavre encore chaud dans le fossé.

Des cornes poussent sur la tête d’un adjoint. Il est ridicule, mollasson, incapable de voir que sa femme du nord se fait attraper par tout le monde, même le roi du village.

Votre dévoué corvidé »

On ne peut pas dire que l’accueil soit joyeux. Nicolas se pose au bar en face de la gare et rencontre Mathieu, l’envoyé spécial, le journaliste local, jeune homme embauché en CDD chargé de fournir un encart de temps en temps. Le pilier de bar ne se gêne pas pour dire ce qu’il pense des « fouille-merde ». Il apprend tout de même la bagarre qui a eu lieu lors du dernier conseil municipal, entre le maire et son adjoint. Malgré l’animosité ambiante, Nicolas se lance à corps (à cœur ?) perdu dans cette enquête.

Je me suis lancé plus par curiosité que par intérêt, tant les histoires de corbeaux pullulent dans les polars. Et je me suis laissé prendre au jeu. En fait, ce roman regorge de qualités, la première et la principale étant d’avoir créé ce personnage de journaliste dont la situation personnelle impacte son travail au jour le jour. Désabusé, presque déprimé, il accepte la mission qu’on lui confie, pour se changer les idées.

Et on croit à ce personnage parce qu’il est le narrateur et que l’écriture, à la fois pleine d’humour et de réparties en font un vrai plaisir de lecture. En bon journaliste, Nicolas est curieux de nature et observateur. L’auteur utilise donc un style fluide et descriptif qui nous fait croire à son personnage, et tout ça sans lourdeurs excessives. Comme je l’ai signalé plus haut, on se laisse prendre au jeu.

Et puis, on y trouve la description d’un petit village, où tout le monde se connait, où tout le monde en veut à tout le monde, où tout le monde sait tout et ne sait rien, où tout le monde a son opinion sans le dire. Les ressentiments viennent de toute part, entre les conseillers municipaux, envers les commerçants, envers les vignerons. Plus l’auteur en rajoute, plus le village de Salérac qui semblait calme et tranquille au départ, se transforme en nid de guêpes … et elles sont bigrement agressives cette année, les guêpes !

On va y rencontrer de sacrés énergumènes, des histoires tantôt belles comme des histoires d’amour ratées, tantôt détestables comme les bassesses de certains protagonistes. Le portrait de ce petit village semble tellement vrai que l’on ne peut que louer le talent de l’auteur à observer son prochain et à savoir le retranscrire dans un roman. Une étonnante et une excellente surprise, je vous dis !

La fin de ce roman dénote de l’ensemble du roman, plus violente mais ressemble à un feu d’artifice qui vient clore un beau défilé de petites gens qui grognent dans leur coin. L’auteur nous montre que la vie des villages où ça parle dans le dos, ça fait de grands sourires et ça fait circuler des bruits sur vous. Je ne peux que vous donner un conseil, laissez-vous tenter par ce roman, une très grande réussite.

La nuit des écluses de Bernard-Marie Garreau

Editeur : Envolume

Je vous propose la découverte d’un nouvel auteur et d’une petite maison d’édition, à travers un roman dont la trame est policière, et la forme littéraire. Amis de la littérature, ce roman est pour vous. Voici donc Un flic en soutane saison 3, le sous-titre de ce roman.

Nous sommes en 1969, à Sarveilles. Le père Jean est en pleine séance sportive : Sophie est en train de le menotter au lit. Le téléphone sonne et le réveille. Mais qui donc vient lui enlever un rêve aussi sympathique ? Une voix étouffée par un mouchoir lui annonce qu’il doit se rendre du coté de l’écluse et qu’il y trouvera des victimes de meurtre. Ayant fait durer l’appel plus de trois minutes, il va pouvoir demander à son ami le commissaire Marcel Durand de tracer l’appel.

En guide de victimes, ce sont bien deux corps qui attendent le Père Jean et le commissaire Marcel, un couple uni dans la mort, tué par balles. Juste à coté, il y a une cabane où habite un ivrogne du nom de Kaizer. Celui-ci, bien aviné, assure n’avoir rien entendu. L’autopsie des corps les laisse perplexe : les deux jeunes gens n’ont pas été tués au même moment, mais avec quelques heures d’écart.

Le titre pourrait faire penser à un épisode des Mystères de l’Ouest. Le personnage principal pourrait rappeler celui de Stanislas Petroski, Requiem. Et dans la présentation du livre, il y est fait mention de San Antonio. Il faut être clair, ce roman n’est pas un western, et si le personnage est bien un abbé, il est moins porté sur la gaudriole que Requiem. Enfin, en ce qui concerne la référence à San Antonio, la plume de l’auteur montre un véritable amour de la langue française et de l’argot.

L’une des grandes forces de ce roman, c’est de nous faire découvrir une enquête avec des personnages qui ont déjà connu deux épisodes précédents sans que l’on soit gêné ou déboussolé. On entre vite dans le vif du sujet et on a l’impression d’avoir toujours connu le Père Jean et Marcel. Quant à l’intrigue, elle est linéaire, faite d’allers-retours au gré des rencontre des personnages secondaires tous aussi farfelus les uns que les autres. Le final, avec les aveux du coupable donne un ton suranné à l’ambiance générale.

Pour les fans de romans policiers purs et durs, le scénario paraîtra léger. Par contre les amoureux de la langue française y trouveront leur compte. Cet auteur a une plume littéraire et très érudite. Il a l’art de parler culture, littérature et philosophie avec le recul et la dérision qu’il faut pour instruire en amusant. Agrémenté de mots d’argot, mais pas trop, cela donne une ambiance années 60-70 agréable. J’ai trouvé dans ce roman une filiation avec Franz Bartelt dans l’art de peindre des personnages décalés avec une plume explicite.

En termes d’érudition, nous allons croiser l’évocation d’Albert Camus, René Char, Paul Claudel ou même Astérix le Gaulois. Il y a des scènes de digression qui sont juste hilarantes, dont celle du cours de lettres qui tourne à la philosophie sur la vie. On y trouvera peu d’anticléricaux à Sarveilles, mais plutôt des originaux, qui vont faire avancer en vivant leur vie. Plus que pour l’intrigue, ce roman est destiné aux amoureux de la langue française.

Un diplôme d’assassin- un Flic en Soutane Saison 1

Litanies pour des Salauds – un Flic en Soutane Saison 2