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Le semeur de mort de Patrick Guillain

Editeur : Editions de l’Aube

C’est un nouveau premier roman que je vous propose édité par les éditions de l’Aube, au titre énigmatique, qui fait penser à un thriller. En fait, il s’agit plutôt d’un roman « catastrophe » centré sur les personnages. Un sacré pari relevé haut la main.

Vendredi 14 mars. Dans un bidonville du Nord de Paris, situé aux abords de l’autoroute A1, Marc, un ambulancier, a été appelé par les gendarmes. Ils viennent emmener le corps d’un homme qui pisse le sang. Il veut emmener le corps au quai de la Rapée et s’aperçoit que plusieurs Roms sont malades. Après avoir examiné le corps, il voit que la peau a une couleur noire : l’homme est mort de la peste noire.

Dimanche 16 mars. Samuel Laveran est un jeune chercheur post doctorant à l’institut Pasteur de Paris. Il est appelé dans le bureau du directeur, Bernard Guidot. Samuel le surnomme « Le Dragon » pour le climat de tension et de harcèlement qu’il entretient à l’institut. Bernard lui signifie qu’ils vont recevoir des échantillons à tester immédiatement. Samuel peut faire une croix sur son week-end … comme souvent.

Mardi 18 mars. Maud Bordet travaille à l’institut de veille sanitaire de Saint Maurice. Son patron lui a demandé d’aller visiter le camp de Roms. En quelques jours, on pouvait compter trois morts et une trentaine de blessés.  Elle y ramasse des rats pour analyse, puisqu’il est confirmé qu’il s’agit de la peste. Puis elle se rend à l’Institut Pasteur où on lui confirme qu’il s’agit du Yersinia Pestis. Maud va avoir les pleins pouvoirs pour gérer ce cas de crise sanitaire nationale, alors que le nombre de contaminés va augmenter de façon exponentielle.

Il y a deux raisons pour lesquelles je n’aurais pas lu ce roman : Le titre me faisait penser à un thriller et le sujet me faisait penser à un roman catastrophe médical comme les Américains savent en sortir des tonnes. Et il y a une raison pour laquelle je me suis penché dessus : c’est un premier roman. Et je dois dire que je me suis laissé entraîner dans cette histoire tout en apprenant beaucoup de choses très intéressantes. Je tiens à faire remarquer que les Editions de l’Aube ont le don de trouver de jeunes auteurs de talent et que cela me pousse ma curiosité dès qu’ils sortent un nouvel auteur.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’auteur ne va pas insister sur l’étendue de la catastrophe annoncée dès le deuxième chapitre. Il va surtout se pencher sur les personnages, rythmant l’intrigue avec un chapitre par jour. Je ne sais pas si le timing est cohérent et réaliste, mais cela donne une forme qui donne envie de poursuivre la lecture, tout en réservant de belles surprises et des rebondissements sur les dessous de la recherche.

Pour bien implanter son intrigue, Patrick Guillain s’appuie sur deux jeunes gens : Samuel qui est présenté comme un garçon motivé par son travail, espérant obtenir un poste fixe de chercheur mais aussi avec un certain manque de maturité. Maud est un personnage atypique, speedé, ayant une apparence gothique et écoutant du Métal. Autour de ces deux personnages forts, on trouve les directeurs de l’institut et la police, bien évidemment.

L’aspect psychologique de ce roman va clairement prendre le dessus sur l’intrigue, et mettre en avant les conditions déplorables des chercheurs, autant d’un point de vue matériel que psychologique. Les chercheurs sont soumis à des pressions énormes, mettant en danger leur vie personnelle et les post-doctorants traités comme des intérimaires qui ne coûtent pas cher. C’est clairement un des aspects importants de ce livre.

Il y a aussi beaucoup d’aspects techniques, qui sont étayés par des notes en bas de page pour ceux qui veulent aller plus loin, ce qui est mon cas. Et c’est réellement passionnant sans être rébarbatif. On sent aussi que l’auteur est de la partie et a envie de faire partager ses connaissances. J’ai juste quelques inquiétudes et doutes sur l’apparente facilité à créer des virus par des personnes isolées.

Pour finir de vous décider à lire ce roman, sachez que l’intrigue est remarquablement bien construite, se permettant même des chapitres où on présente des interrogatoires, comme un vrai roman policier et que même là, c’est une grande réussite. D’ailleurs, Patrick Guillain a un vrai talent pour les dialogues et c’est étonnant de lire une telle maitrise dans un premier roman. Il ne vous reste plus qu’à découvrir ce roman relatant une épidémie mortelle, sachant que vous allez avoir des sueurs froides au fur et à mesure de votre lecture.

Ne ratez pas l’avis de 404

Le diable de la Tamise d’Annelie Wendeberg

Editeur : Presses de la cité (Grand Format), 10/18 (Format poche)

Traducteur : Mélanie Blanc-Jouveaux

Cela fait bien longtemps que je n’avais pas lu d’enquêtes de Sherlock Holmes, à part le recueil de nouvelles humoristiques publié par les éditions Baker Street. J’ai voulu tester une nouvelle auteure mettant en scène le génial détective, dont c’est le premier roman. Ce roman est tout simplement impressionnant pour beaucoup de raisons que ja vais vous exposer un peu plus loin.

Eté 1889. Une infirmière remet un télégramme au Docteur Anton Kronberg, spécialiste de bactériologie à Londres. « Votre présence est Requise. Possible cas de cholera à l’usine de traitement des eaux de Hampton. Venez sur-le-champ. Inspecteur Gibson, Scotland Yard. Quand le docteur Kronberg arrive sur les lieux, il apprend que les pompes fonctionnent en circuit ouvert. Londres est donc protégée. Le corps qui flottait dans le canal a été déplacé. Anton demande à désinfecter elle même tous ceux qui ont touché le corps.

L’inspecteur l’informe qu’un corps peut difficilement escalader une clôture. Il s’agit donc d’un meurtre et on a balancé le corps dans la canal. Anton remarque un homme de grande taille, bien mis, qui file tout de suite vers les bords de la Tamise. L’inspecteur lui présente alors Sherlock Holmes, qui va aider la police sur cette affaire. Holmes annonce que le corps a été jeté en amont à environ 12 lieues, et il en fait la démonstration. Le corps a été habillé par quelqu’un d’autre que lui-même puisqu’il est droitier. Des traces de liens montrent qu’il a été ligoté. Enfin, une plume de loriot femelle s’est logée dans sa boutonnière.

Puis, une fois seuls, Anton pose la question à Holmes : A-t-il l’intention de le dénoncer, d’annoncer aux autorités qu’Anton Kronberg est en fait une femme, et qu’elle se déguise en femme pour mener à bien sa mission : sauver des gens en tant que docteur ?

Pour un premier roman, c’est impressionnant. Pour un roman de Sherlock Holmes, c’est impressionnant aussi. Evidemment, on peut louer la qualité de l’intrigue, la tortuosité de l’intrigue et la fin du roman qui est géniale. Car nous parlons ici de recherche médicale et de la façon dont on trouvait des cobayes au XIXème siècle. Sur tous ces points, Annelie Wendeberg remporte la manche haut la main.

J’ai aussi été époustouflé par l’ambiance que l’auteure arrive à créer, des rues crasseuses de Londres, aux salles d’attente de l’hopital où des miséreux atteints des pires maladies attendent leur fin, faute de médicament. Mais il faut louer aussi les sons, les odeurs et le calme de la campagne environnante, les salles stressantes de l’asile, les salons cossus où les dirigeants vivent bien mieux que le peuple. Sur ce point aussi, Annelie Wendeberg remporte la palme.

Quant aux personnages, ce n’est pas une palme qu’il faut décerner mais carrément un grand prix. Tous sont formidables, Anton, ou devrais-je dire Anna, Sherlock Holmes et même tous les personnages secondaires. Sherlock apparait comme un personnage distant vis-à-vis des autres, qui s’allie avec Anna parce qu’elle est différente. Evidemment, c’est un esprit logique remarquable et ce roman est un bel hommage à sa capacité de déduction, mais aussi avec sa volonté quitte à prendre des risques pour sa vie.

Anna enfin, est à la fois la narratrice et le personnage central de ce roman. A travers elle, on a droit à une vraie description de la condition des femmes en ce temps là, Anna étant obligée de se cacher pour assouvir sa passion pour la médecine, alors qu’elle est plus compétente que beaucoup d’hommes. Rien que pour ce formidable personnage, vous vous devez de lire ce roman.

Ne ratez pas les avis de la Belette et de Claude Le Nocher.