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Dans la gueule de l’ours de James A. McLaughlin

Editeur : Rue de l’Echiquier

Traducteur : Brice Matthieussent

Quand j’ai lu la quatrième de couverture de ce roman, je me suis dit qu’il fallait que je le lise. Parce que cela parle de la nature, de la relation de l’Homme avec elle. Parce que c’est un premier roman. Et c’est un superbe roman, beau et profond.

Rice Moore, après un passage par la case prison, a réussi à décrocher un poste de garde forestier dans une réserve animale proche de Turk Mountain, dans les Appalaches. Ce matin-là, il se retrouve aux prises avec un essaim d’abeilles qui s’est installé dans les murs d’un des bâtiments qu’il doit entretenir. Sans équipement particulier, il arrive tant bien que mal à s’en sortir au prix de quelques piqûres mais arrive à mettre l’essaim à nu.

Alors qu’il est en train de se nettoyer après ce combat numériquement inégal, un homme vient le voir et lui demande de le suivre. Alors qu’il était en train de ramasser des champignons, il a découvert le corps d’un ours massacré : le corps a été ouvert et on a coupé les pattes. Rice a d’abord cru que c’était le corps d’une femme. Rice se renseigne et apprend que la vésicule des ours est prélevée et vendue aux asiatiques car elle entre dans la confection de médicaments.

Rice décide donc d’enquêter pour savoir qui massacre les ours, malgré les risques pour lui. Entre les chasseurs et les braconniers, les animaux dangereux et les trafiquants de drogues du coin, Rice doit faire très attention. D’autant qu’il a caché un pan de son passé. Quand il rencontre sa prédécesseuse, Sara Birkeland, il apprend que les braconniers l’ont enlevée, tabassée et violée, ce qui a entraîné sa démission. Indubitablement, il a atterri dans un coin de sauvages.

On peut lire sur la quatrième de couverture : « Dans la gueule de l’ours » a été classé par le New York Times comme l’un des dix meilleurs « Crime Fiction » de l’année 2018 et a reçu le prix Edgar Allan Poe 2019 du premier roman. Si je préfère me faire ma propre opinion et accorde peu d’importance à ce genre de compliments, je ne peux que plussoyer après avoir dévoré ce premier roman.

Ce roman déborde de qualités, à commencer par son écriture, à la fois fluide et détaillée, respectueuse et passionnée, profonde, belle et introvertie, avec très peu de dialogues. Ceux qui cherchent des romans rapides au style haché et efficace devront passer leur chemin. Les adeptes de belle littérature, eux, vont être comblés. Il y a des descriptions d’une beauté fascinante, il transpire de ces phrases une admiration pour la nature ; on y lit dans ces chapitres toute la passion de l’auteur pour la défense de la nature.

Et il y a aussi une histoire, et quelle histoire ! Rice Moore est un ancien délinquant, mais on ne va découvrir que petit à petit son passé, et ses exactions avec sa partenaire Apryl. Et on ressent une menace planante au-dessus de la tête de Rice, de la même façon que la nature qui est décrite peut s’avérer mystérieuse, étrange, pleine d’une aura impénétrable, réservée à ceux qu’elle accepte. Ce qui fait planer au dessus de ces pages une tension sourde, toujours cachée derrière les mots.

Outre ses qualités littéraires, c’est un roman qui pose la question de la place de l’Homme sur Terre, au milieu de la nature. Et on se demande qui de l’Homme ou de la Nature est le plus dangereux. Ceci dit, l’Homme détruit tout ce qu’on lui offre, car il est incapable de savourer les cadeaux. C’est un fantastique et magnifique premier roman, qui rend hommage à la nature, un roman de passionné, incroyablement maîtrisé autant dans la forme que dans le fond, un beau moment de littérature qu’il ne faut pas rater.

J’aimerais ajouter un dernier mot : Le travail du traducteur a été remarquable, car jamais je n’ai ressenti de faute. Au contraire, j’ai l’impression qu’il s’est mis au diapason avec la plume de l’auteur. Chapeau !

 

Opération Requiem de Stanislas Petroski

Editeur : French Pulp

Requiem est de retour et ça fait du bien ! C’est déjà sa cinquième aventure après Je m’appelle Requiem et je t’…, Dieu pardonne, lui pas, Le Diable s’habille en licorne et Requiem pour un fou. Je suis fan, définitivement fan et ce n’est pas ce cinquième tome qui va me faire changer d’avis.

Au début de ce roman, Requiem est sur un bateau, à bord du Sea Shepherd de Paul Watson. Paul Watson, c’est un corsaire moderne, un personnage réel, qui existe vraiment, (si,si) puisqu’il n’ hésite pas à saborder les salauds de braconniers (excusez-moi, je ne trouve pas d’autres mots) qui abattent pour leur plaisir les espèces animales maritimes pour leur plaisir. Vous l’aurez compris, ce roman va parler de protection d’espèces protégées.

Mais comment en est-il arrivé là ? Quelques semaines auparavant, Requiem est appelé dans la somptueuse demeure de Charles-Nicolas de Saint-Bousiers (Celui-là n’existe pas vraiment mais il doit bien exister de par le monde des salauds (Re-désolé) comme lui) pour confesser sur son lit de mort la mère de l’homme en question. Il est conduit par la bonne, une douce Maria, habillée comme d’antan avec la jupe noire et le cordage blanc … Bref !

En fait de lit de mort, Requiem se rend vite compte que la vieille simule et en guise de confession, elle lui offre une demande de service en échange d’un don fabuleux pour le denier du culte. Le service en question consiste à empêcher son fils de nuire, en l’empêchant d’organiser des safaris de chasse mortelle au Kenya. Il n’en faut pas plus pour que Requiem s’engage dans cette lutte contre le braconnage.

Malgré le sujet grave et sérieux, Stanislas Petroski prend le parti d’utiliser l’humour pour en parler. Et en termes d’humour, on est du coté de Frédéric Dard ou de Nadine Monfils. Stanislas Petroski fait preuve d’ailleurs d’une surprenante imagination pour se moquer des gens ou des situations et cela donne un éclat de rire garanti à chaque page. C’est aussi une excellente façon de passer des messages.

Je ne vais pas insister sur l’importance du sujet, ni du fait qu’il faudrait qu’on arrête un jour de fermer les yeux sur ces salauds, pardon connards (j’en profite pour m’excuser de ce nouveau mot grossier) qui parce qu’ils ont de l’argent, s’arroge le droit de massacrer des animaux en voie de disparition, tout ça pour pouvoir exhiber en société une photo ou une tête empaillée.

Comme les précédents, et peut-être encore plus dans celui-là, le scénario est en béton et nous fait voyager sur deux continents (Afrique et Asie). Le but n’étant pas de faire des descriptions des lieux, il ne faut pas s’attendre à être un dépaysement de folie. En échange, on a droit à de formidables scènes et dialogues irrésistibles de drôlerie. Et puis, chaque tête de chapitre porte le nom d’une race d’animal qui va s’éteindre, avec les raisons futiles associées et là, on se dit qu’on l’a bel et bien perdue, la tête.

Opération Requiem, c’est un excellent opus de Stanislas Petroski. Je me demande encore pourquoi on n’a pas proposé un poste de ministre à Stanislas Petroski !