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Le dossier Anténora de LFJ Muracciole

Editeur : Toucan

Le nom de l’auteur (en fait il s’agit d’auteurs au pluriel) est mystérieux. La quatrième de couverture est bien tentante. Et la présentation de l’éditeur (que je vous recopie ci-après) dans le dossier de presse édifiant. Ce cocktail donne un polar fantastique.

La présentation de l’éditeur cite un personnage :

« Ce récit relate une série d’événements demeurés trop longtemps ignorés. Pendant le mois de mai fut réalisé à Paris le plus grand casse de l’histoire. Au même moment, le programme lunaire américain faillit capoter par la défection d’un astronaute, tandis qu’un réseau soviétique parvint à s’emparer des plans français de la bombe H.

Les protagonistes de ces affaires n’auraient jamais dû se rencontrer. Ils furent pourtant réunis et, sans aucune violence, ils réussirent à déstabiliser le système monétaire international.

Le temps a fait son œuvre et je suis aujourd’hui le dernier survivant de l’aventure. Il m’a paru qu’il était temps de témoigner. Si la trame est romancée, les faits sont bien réels, y compris pour les histoires d’amour qui ont parcouru l’intrigue. »

Le mercredi 24 avril 1968, un homme est retrouvé mort à l’aéroport d’Orly, vraisemblablement victime d’une crise cardiaque. Il s’agit du professeur Jacques Lacroix, éminent expert nucléaire du centre d’études de Saclay.

Le jeudi 25 avril 1968, le commandant Jim Clyde et son copilote Pete Young réalisent l’un des derniers essais sur le module lunaire Appolo. Plus tard dans la journée, Jim Clyde est convoqué. On lui annonce que ses résultats sanguins font état de prise d’alcool et de drogues. La NASA l’envoie à Paris avec sa femme, tous frais payés pour se reposer.

Le jeudi 25 avril 1968, à Vincennes, une Citroën DS se gare devant une agence de la BNP. Deux hommes en sortent et réalisent un casse sans blesser personne, emportant plus de 100 000 francs. Le gang des DS a encore frappé.

Le vendredi 26 avril 1968, Etienne Lemonnier, patron de la DST reçoit une information primordiale : Le Borgne, bien connu comme étant le plus grand espion soviétique actif en France, vient de sortir de l’ambassade russe. Lemonnier le fait suivre.

Il ne reste que quelques mois au commissaire Pujaud avant de profiter d’une retraite bien méritée. Âgé de 65 ans, il apprend qu’il va bientôt être grand-père. Il apprend aussi que plusieurs affaires vont avoir besoin de ses talents.

Ce roman, c’est du pur plaisir. A la frontière du roman policier, du roman d’espionnage et du roman d’aventures, il comprend toutes les qualités que l’on peut demander à un vrai bon polar populaire. A tel point que l’on a du mal à déterminer où se finit la réalité et où commence la fiction. A tel point que l’on se demande si ce roman est réellement une uchronie ou s’il se propose d’illustrer des moments peu connus de notre histoire. C’en est vraiment saisissant.

La construction, comme tout le roman, est d’une ambition folle : faire revivre la France au mois de mai 1968, non pas du coté des manifestations, mais sur les enquêtes que doit suivre en parallèle le commissaire Pujaud. Ce ne sont pas moins d’une douzaine de personnages qui vont animer cette intrigue, dans plusieurs lieux situés dans trois pays principaux, la France, Les Etats-Unis et la Russie.

L’une des principales énigmes du roman se situe autour de La divine comédie de Dante Alighieri, dont une nouvelle traduction doit voir le jour. Le roman est donc construit autour de trois grandes parties, L’Enfer, le Purgatoire et le Paradis, et va dérouler cette histoire avec une passion peu commune. Avec ses chapitres ne dépassant que rarement les quatre pages, il se lit vite, très vite, malgré ses 574 pages, parce que nous sommes pris dans ce Paris du siècle dernier, par cette intrigue et le devenir de ses personnages.

Car les personnages sont brossés, et on n’y trouvera aucune description détaillée. On imagine bien de grands acteurs derrière ces figures et chaque scène ferait une fantastique trame pour un film ou une série. Malgré le grand nombre de personnages, on s’y retrouve facilement, pris par les nombreux soubresauts et meurtres qui vont émailler cette histoire. C’en est juste bluffant.

On y retrouve des énigmes policières, des courses poursuites, des espions, des barbouzes, des dirigeants, des banquiers, des jeunes gens innocents, des scientifiques, et tous vont se retrouver emportés par la furie de cette époque. D’ailleurs, les manifestations apparaissent rarement, de temps en temps, pour nous rappeler le contexte d’un monde sous haute tension. Et on y trouvera de-ci de-là quelques allusions à des habitudes d’alors, ainsi que quelques coups d’œil envers notre époque d’aujourd’hui.

Au final, c’est un régal, le genre de roman qui rappelle qu’avec une bonne histoire, d’excellents personnages et un excellent sens du rythme, on arrive avec beaucoup de talent à passionner le lecteur et surtout à semer le doute. Car, tout ce qui est raconté ici est-il vrai ou faux ? Tout est fait pour semer le doute et cela marche à fond.

On ne sait que peu de choses des auteurs, qui sont (a-priori) un couple Lucie et Jean-François Muracciole, mais je peux vous dire qu’on ne sent jamais qu’il s’agit d’une écriture à quatre mains et que l’ambition de ce roman est formidablement réussie. Sans aucun doute, je serai au rendez-vous de leur prochain roman. Que du plaisir, du vrai bon plaisir, que de lire un excellent polar populaire !

Déstockage : Meilleurs vœux de la Jamaïque de Ian Fleming

Editeur : Fleuve Noir – 1982

Traducteur : Claude Elsen

James Bond et moi, c’est une longue histoire d’amour, qui date de 1977 avec la sortie cinématographique de L’espion qui m’aimait. J’avais 11 ans quand je suis allé le voir au cinéma avec mes copains de l’époque. Avec la sortie de Moonraker, les éditions Fleuve Noir ont ressorti les romans de Ian Fleming dans une collection dédiée à l’espion britannique. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de tous les acheter.

J’ai donc commencé par Moonraker et j’ai poursuivi jusqu’au numéro 12 (L’homme au pistolet d’or). Le numéro 13 était un recueil de nouvelles et comme je ne suis pas fan de nouvelles, je ne l’ai pas acheté. Ce n’est que récemment que je suis tombé sur ce numéro 13 : Meilleurs vœux de la Jamaïque. Dans un souci de retrouver le plaisir adolescent de lire des aventures de James Bond, je l’ai acheté, et c’est tout naturellement que je vous en parle dans ma rubrique Déstockage.

Meilleurs vœux de la Jamaïque :

Le Major Dexter Smythe coule des jours heureux à la Jamaïque autour de ses poissons grâce à sa petite fortune. En effet, vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, il a découvert dans les Alpes autrichiennes deux lingots d’or nazis, qu’il s’est aussitôt approprié en laissant le cadavre d’Hannes Oberhauser, un guide de montagne, derrière lui. Mais plusieurs années plus tard, son passé va le rattraper en la personne de James Bond, agent secret britannique et ancien élève de Hannes Oberhauser…

La Sphère d’émeraude :

Le SIS s’interroge lorsque Maria Freudenstein du service secret britannique, que l’on sait être en réalité une agent double du KGB, reçoit en héritage la Sphère d’émeraude, œuvre majeure et perdue de Carl Fabergé, qu’elle va vendre aux enchères chez Sotheby’s. Ne serait-ce pas une récompense du KGB pour les renseignements qu’elle a détournés ? C’est en tout cas l’intuition de M et de James Bond, et ils pensent bien que le directeur local du KGB sera présent à la vente pour faire grimper le prix de l’enchère. L’occasion rêvée pour l’identifier et le faire expulser du pays.

Bons baisers de Berlin :

272, agent britannique caché en Nouvelle-Zemble depuis la fin de la guerre, prévoit de revenir à l’Ouest avec des informations capitales concernant les prochains essais de fusées et d’armement nucléaire de l’URSS. Il prévoit de passer par Berlin, mais malheureusement pour lui, un agent-double a mis au courant les Russes de l’affaire ; et le KGB charge son meilleur tireur, « La Gâchette », d’empêcher 272 de livrer ses renseignements. James Bond, en sa qualité d’agent double-0 autorisé à tuer, est donc envoyé par M à Berlin-Ouest pour tuer ce tireur avant qu’il n’élimine 272.

Mon avis :

Ces trois nouvelles montrent des aspects de la fonction de James Bond que l’on a peu l’occasion de voir, surtout si l’on se réfère aux films. Dans la première nouvelle, notre espion favori fait une brève apparition. Dans la deuxième, il s’agit d’une identification d’un espion russe lors d’une vente aux enchères. Dans la troisième, il doit jouer le rôle d’un tireur d’élite, avec un final surprenant.

Si ces nouvelles ne sont pas des monstres de littérature, le style est simple, facile à lire et surtout très détaillé et expressif. Cela donne une lecture divertissante, distrayante et fortement agréable, et qui remplit le rôle qu’on lui demande. Je dois dire que je me suis donné une bonne bouffée de nostalgie avec cette lecture, et que j’ai donc passé un bon moment même si je l’ai trouvé trop court, la fonte étant grosse.

La femme qui avait perdu son âme de Bob Shacochis

Editeur : Gallmeister

Traducteur : François Happe

Je vous propose une lecture estivale, un pavé de 870 pages, que vous n’êtes pas prêt d’oublier. C’est une lecture que je dois à mon ami Petite Souris, qui a parfaitement ciblé le genre de roman qui peut me plaire. Il est à noter que ce roman a été finaliste du Prix Pulitzer et qu’il aurait mérité de gagner. Au passage, ne ratez pas l’excellent avis de Cédric Segapelli

Tom Harrington a été bénévole en Haïti en 1996, tentant d’apporter le nécessaire pour survivre à une population en prise avec les désastres des différentes guerres civiles. Deux ans plus tard, il est revenu aux Etats-Unis à South Miami et joue son rôle de père de famille, tout en sachant qu’il lui manque le grand air des voyages.

Alors qu’il attend sa fille à la sortie de son école privée, un homme demande à le voir. Il s’agit de Conrad Dolan, ancien du FBI, qui travaille maintenant en indépendant. Dolan a été garde du corps pour un couple américain les Gardner, et les a suivis à l’Hôtel de Moulin-sur-Mer en Haïti. Un soir, ils se sont fait arrêter par une voiture et les passagers ont assassiné Renée Gardner en laissant le corps sur le bas-côté. La police locale est intervenue trop tard, relevant les traces, puis a emporté le corps de la jeune femme. Puis, de retour à Miami, le mari a été emprisonné pour « meurtre d’un citoyen américain à l’étranger ». Dolan n’y comprend rien et veut en savoir plus ; Harrington est le mieux placé pour l’aider dans sa quête.

Harrington finit par accepter, sa soif de revenir dans cette île qu’il a tant aimée a été la plus forte, au détriment de sa vie de famille. Leur enquête leur indique que cette femme était là-bas pour un reportage. Mais quand Harrington aperçoit la photo, il se rend compte qu’il la connait, qu’il ne la connait pas sous ce nom, que pour lui, elle s’appelle Jackie Scott. Il l’a rencontrée quelques années auparavant lors du repérage d’une équipe de cinéma. Elle était photographe et il lui a fait visiter son île. Mais qui était-elle réellement ?

Il faut du souffle, de l’appétit pour dévorer ce roman, et les premiers chapitres emplis d’une aura de mystère vous mettent l’eau à la bouche. Divisé en cinq parties, ce roman fait la part belle aux personnages qui vont croiser et fréquenter cette jeune femme mystérieuse. La première partie mettra au premier plan Harrington et Dolan. La deuxième nous enverra en Croatie en 1944 en mettant en avant Stjepan Kovacevic, un garçon de 8 ans, qui verra son père mourir sous ses yeux et qui vouera sa vie à sa vengeance. La troisième partie nous fera visiter Istambul en 1986, où la jeune adolescente Dorothy Chambers sera formée par son père aux techniques de l’espionnage. La quatrième partie sera consacrée à Erville Burnette, un jeune soldat des forces spéciales américaines. La cinquième viendra clôturer en beauté ce roman plein, complet, abouti.

Ce roman va aborder la géopolitique, et les actions menées en sous-main par les services secrets, en particulier américains. Mais au-delà de ce contexte, l’auteur place au premier plan ses personnages, et les positionne face à un dilemme : Choisir d’obéir à son pays ou respecter ses propres valeurs. Dans un monde flou de faux semblants, tout y est mensonge et ceux qui croient maîtriser les situations se trompent lourdement devant les desiderata des dirigeants dont on ne connait jamais les noms.

D’une puissance évocatrice rare, on entre dans ce roman par la petite porte, qui cache en réalité un porche de scandales, au nom d’intérêts importants et primordiaux, au détriment de vies humaines, souvent innocentes, nommées dommages collatéraux. A partir de cette petite porte, on ne trouvera pas d’issue satisfaisante, jusqu’à cette fin qui nous montrera que tout ce que nous voyons, tout ce que nous croyons est faux. Amour, mensonges, trahisons, faux semblants et magouilles politiques sont mis en scène de façon grandiose.

Parfois difficile à appréhender, c’est un roman qui se mérite ; il faut parfois insister pour en tirer la substantifique moelle. La deuxième partie, en Croatie, en particulier, m’a paru longue, moins passionnante, même si elle apporte la première pierre de cette édifice. Mais tout le reste est juste magistralement construit, écrit, composé et magnifié par une langue rare et évocatrice de la part d’un auteur qui entre dans le panthéon des plus grands auteurs américains contemporains

Prémices de la chute de Frédéric Paulin

Editeur : Agullo

Ceux qui se demandent comment Frédéric Paulin peut faire mieux que La guerre est une ruse, ceux qui ont, pour cette raison, peur de s’attaquer à ce roman, ceux là peuvent se rassurer. Prémices de la chute n’est pas moins fort, pas plus fort, il est aussi fort. Voilà le deuxième tome d’une trilogie qui fera date.

Roubaix, 1996. Riva Hocq et Joël Attia de la police judiciaire de Lille sont en planque, quand ils entendent un appel au secours. Des collègues ont été pris à parti dans une fusillade à Roubaix. Le temps d’arriver sur place, ils ne peuvent que constater les dégâts : 4 morts du côté de la police.

Réif Arnotovic préfère qu’on l’appelle Arno ; cela évite les petites remarques racistes ou les méfiances. Réveillé ce matin-là par le rédacteur en chef de son journal, il doit aller sur les lieux de la fusillade, et laisser la jeune fille avec qui il vient de passer la nuit. Pas sûr qu’elle soit majeure d’ailleurs ! Et puis, c’est quoi, son prénom ? Arno se dit qu’il vient encore de faire une belle connerie. En contactant un de ses indics, il apprend deux noms potentiels concernés par cette fusillade : Dumont et Caze. Ces deux-là sont deux anciens mercenaires de la brigade El-Moudjahidin, qui a combattu en Bosnie.

Cela fait un an que le commandant Bellevue est mort. Tedj Benlazar, après une période de bureau en France, a repris son balluchon pour une mission de surveillance à Sarajevo, laissant sa fille Vanessa derrière lui. C’est là-bas qu’il apprend que Dumont et Caze, les Ch’tis d’Allah, ont pour mission de réaliser des casses pour récupérer de l’argent qui financera le nouveau Djihad. Il va immédiatement en informer Ludivine Fell, commissaire à la DST, qu’il connait très bien puisqu’ils ont été amants.  Ce qu’ils vont découvrir va changer le monde, mais qui va les croire ?

Si vous reprenez mon avis sur le premier tome, La guerre est une ruse, vous y trouverez tout ce que je pense de ce roman. Frédéric Paulin a le talent de ces grands auteurs qui prennent des faits historiques pour y rajouter des personnages fictifs. Parfois c’est pour réécrire leur histoire comme James Ellroy, parfois c’est pour expliquer, comprendre comment on en est arrivé à la situation actuelle. C’est le cas ici.

Avec Prémices de la chute, Frédéric Paulin complexifie la construction de son roman, passant de deux personnages principaux à quatre (Tedj, Arno, Vanessa et Laureline). Et il le fait avec toujours autant d’aisance en prenant soin de bien les positionner psychologiquement. Cela lui permet par ce biais de placer son action en différents coins du globe, de la France à l’Algérie en passant par la Bosnie, l’Angleterre pour finir par les Etats Unis, puisque l’on va balayer la période 1996 – 2001.

Comme je le disais dans mon billet sur La guerre est une ruse, « Ce roman ne se veut pas un cours d’histoire, ni une dénonciation, ni une quelconque leçon de morale pour un camp ou pour l’autre. ». Avec Prémices de la chute, Frédéric Paulin va nous expliquer l’évolution de l’islamisme et le développement de l’extrémisme. Et il arrive à nous montrer les mécanismes, les situations, les raisons d’une façon tellement fluide et naturelle qu’on arrive à y comprendre quelque chose. Moi qui adore l’histoire contemporaine, il y a des choses que j’ai comprises, d’autres que je savais. D’ailleurs, à ce sujet, lisez Le Bibliothécaire de Larry Beinhart.

Outre ces personnages que l’on adore suivre, et envers qui on a beaucoup d’attachement, on y voit très nettement pointer une volonté de dire que beaucoup de gens étaient au courant, avaient en leur possession une partie des informations. Et que certains n’ont rien fait, n’y ont pas cru ou n’ont pas voulu agir. Ceci rend encore plus impressionnante la dernière partie, dédiée au 11 septembre qui s’avère émotionnellement forte, surtout pour les conséquences de ce l’auteur nous a montré avant.

Indéniablement, ce deuxième tome répond aux attentes qu’il avait suscitées et répond surtout à beaucoup de questions que l’on peut se poser. Il y a au moins deux questions auxquelles on a d’ores et déjà les réponses :

1-     Frédéric Paulin est un formidable conteur

2-     Sa trilogie va compter dans la littérature contemporaine.

Quelle force ! Quelle puissance ! quelle émotion ! Vivement la suite !

La guerre est une ruse de Frédéric Paulin

Editeur : Agullo

Attention, coup de cœur !

On avait plutôt pris l’habitude de lire chez Agullo des romans étrangers (excellents, d’ailleurs) et c’est avec une surprise non dissimulée que je me suis jeté sur leur première parution hexagonale.

1992. Les élections démocratiques d’Algérie ont donné une majorité au Front Islamiste du Salut. Suite à ce résultat, l’armée réalise un coup d’état pour conserver le pouvoir. En réaction à ce coup d’état, de nombreux groupes islamistes se forment et entreprennent des actions armées pour faire valoir leur droit gagné par les urnes. Ces attentats arrangent les généraux en place, légitimant leur pouvoir par la lutte contre le terrorisme.

Au centre de cet imbroglio où tout le monde place ses pions, se méfie de l’autre et cherche à avoir un coup d’avance, le GSR, les services secrets de l’armée, est chargé d’assurer la position du gouvernement. Il est aidé et soutenu par la DGSE française, qui conserve plusieurs postes en Algérie et partage ses renseignements pour légitimer une présence dans son ancienne colonie.

Le commandant Bellevue a connu toutes les luttes dans les colonies françaises. Doté d’un esprit de déduction et d’une faculté d’analyse psychologique hors du commun, il est capable de prévoir les actions des uns et des autres longtemps à l’avance. L’un des agents les plus prometteurs de Bellevue est le lieutenant Tedj Benlazar, qu’il guide comme un pion, là où il a besoin d’informations. Car ce dont la France a peur, c’est bien que le conflit arrive dans l’hexagone.

Lors d’une séance de torture « habituelle », Benlazar surprend des phrases lui confirmant que la victime serait transférée dans un camp au sud de l’Algérie. La rumeur selon laquelle il existerait des camps de concentration en plein désert devient une possibilité. Benlazar envoie donc un de ses agents pour suivre la voiture qui s’éloigne vers le sud. Mais il y a pire : L’un des membres du GSR serait en contact avec des terroristes du GIA. Bienvenue dans la manipulation haut de gamme !

Ce roman va aborder les années de sang en Algérie de 1992 à 1995, commençant juste après le coup d’état pour se terminer par l’attentat à la station Saint Michel. Et c’est un sujet bien difficile, qui nous touche de près pour l’avoir vécu pour certains d’entre nous, sans en avoir compris les raisons. C’est d’ailleurs un gros point noir dans mes connaissances, que cette guerre d’Algérie et tout ce qui a pu se passer après.

Ce roman ne se veut pas un cours d’histoire, ni une dénonciation, ni une quelconque leçon de morale pour un camp ou pour l’autre. Il va, comme tous les grands polars historiques, ramener une guerre contemporaine à hauteur d’homme. En prenant des faits historiques connus, il va construire ce qui va devenir l’un des plus grands massacres que le XXème siècle ait connu. Je vais juste vous donner un chiffre : il y aurait eu plus de 500 000 morts en Algérie pendant cette période.

Ce roman va nous montrer sans être démonstratif tous les rouages qui œuvrent pour le pouvoir, au détriment du peuple, engendrant des attentats et des massacres tout simplement hallucinants. Si Tedj Benlazar est au centre de l’intrigue, nous allons suivre pléthore de personnages sans jamais être perdu. Et ce roman va parler de l’Algérie mais aussi la France qui a du mal à lâcher son ancienne colonie. Frédéric Paulin ne met pas d’émotions mais il fait pour autant vivre ses personnages.

Ce roman est tout simplement un grand roman, qui aborde une période trop méconnue où les intérêts des uns convergent avec les autres. L’armée veut imposer sa loi, les islamistes veulent faire respecter le résultat du scrutin, et la France veut surtout protéger ses fesses et éviter que le conflit arrive sur son sol. A aucun moment, personne ne s’inquiète des victimes, que ce soit du coté des militaires ou des espions divers et variés.

Ce roman possède un souffle romanesque, une efficacité stylistique, une agilité et un rythme qui le montent au niveau des meilleurs romans du genre. Ses personnages ont une force telle qu’il est difficile de les oublier. Oui, il y a du DOA dans ce roman dans l’ampleur du traitement du sujet. Oui, il y a du Don Winslow dans la construction des scènes. Et il y a du Frédéric Paulin dans la passion qu’il a mis dans ce roman et qu’il nous transmet à chaque page.

Coup de cœur, je vous dis !

Ne ratez pas les avis de 404, Yan , Kris et Jean Marc

Oldies : Quand se lève le brouillard rouge de Robin Cook

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Jean-Paul Gratias

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, je savais que j’allais lire un roman de Robin Cook, puisque c’est l’un de mes auteurs favoris. L’auteur de J’étais Dora Suarez a toujours décrit remarquablement bien le Mal, et ses origines. Pour l’occasion, j’ai lu le dernier roman qu’il ait écrit.

L’auteur :

Robert William Arthur Cook dit Robin Cook, né le 12 juin 1931 à Londres et mort dans la même ville le 30 juillet 1994 est un écrivain britannique, auteur de roman noir.

Fils de bonne famille (un magnat du textile), Robin Cook passe sa petite enfance à Londres, puis dans le Kent où la famille s’est retirée en 1937 dans la crainte de la guerre. Après un bref passage au Collège d’Eton, il fait son service militaire, puis travaille quelque temps dans l’entreprise familiale, comme vendeur de lingerie.

Il passe les années 1950 successivement :

à Paris au Beat Hotel (où il côtoie William Burroughs et Allen Ginsberg) et danse dans les boîtes de la Rive gauche,

à New York, où il se marie et monte un trafic de tableaux vers Amsterdam,

en Espagne, où il séjourne en prison pour ses propos sur le général Francisco Franco dans un bar.

En 1960, il rentre à Londres, où il accepte d’être un prête-nom pour Charlie Da Silva, un proche collaborateur des jumeaux Kray. Interrogé par la police néerlandaise à propos d’une escroquerie d’assurances liée au vol supposé d’une toile de Rembrandt, il prétend avoir définitivement renoncé à son passé de criminel en faveur d’une nouvelle vie d’écrivain.

Signé Robin Cook, son premier roman, intitulé Crème anglaise (The Crust on its Uppers, 1962), le récit sans concessions d’une descente aux enfers délibérée d’un homme dans le milieu des truands londoniens, obtient à sa publication un succès de scandale immédiat.

Suivront des romans de plus en plus noirs et d’un réalisme sordide quasi documentaire, notamment Comment vivent les morts (How The Dead Live, 1986) ; Cauchemar dans la rue (Nightmare In The Street, 1988) ; J’étais Dora Suarez (I Was Dora Suarez, 1990) et Quand se lève le brouillard rouge (Not Till the Red Fog Rises, 1994)

Après avoir bourlingué de par le monde et avoir exercé toutes sortes de petits boulots, il est décédé à son domicile à Kensal Green, dans le nord-ouest de Londres, le 30 juillet 1994.

Son autobiographie, The Hidden Files, publiée en 1992, est parue en français sous le titre Mémoire vive (1993).

(Source : Wikipedia adapté par mes soins)

Quatrième de couverture :

A sa sortie de prison, Gust, gangster professionnel, dérobe avec quelques complices deux mille passeports britanniques dont le prix au marché noir avoisine les mille livres l’unité. Un joli pactole que des truands londoniens veulent négocier avec des électrons libres de l’ex-KGB qui, eux, veulent écouler des têtes nucléaires en provenance des arsenaux de l’Armée rouge. Mais les services du contre-espionnage britannique sont sur l’affaire…

Mi-roman criminel, mi-roman d’espionnage, l’ultime œuvre de l’immense Robin Cook, est un mélange d’humour, de distance, de noirceur et d’humanité bouleversante. A découvrir absolument.

Quand se lève le brouillard rouge est le dernier roman écrit par Robin Cook (1931-1994) et peut-être son chef-d’œuvre. La sécheresse du ton accentue encore le pouvoir d’émotion de cette magnifique épure, à la fois distante et intimiste, comme traversée d’un prémonitoire sentiment d’urgence absolue et s’achevant dans un silence de mort… (Jean-Pierre Deloux, Polar)

Mon avis :

Le roman débute par Sladden, qui rend visite à un homme dans une chambre d’hôtel. Quand il sort un revolver, on sent bien que cela va mal se passer. Homosexuel et obsédé sexuel, il sait qu’il doit rapidement faire son boulot avant d’être l’esclave de ses pulsions contre lesquelles il aurait du mal à résister. Il demande au gars, russe d’origine mais titulaire d’un faux passeport anglais de s’allonger sur le lit. Il s’allonge derrière lui et lui tire une balle dans la tête. Puis il arrange la scène de crime en faux suicide.

Si on débarque en plein milieu de cette intrigue, Robin Cook va petit à petit nous donner les pièces du puzzle pour comprendre de quoi il en retourne. Un lot de passeports vierges a été volé par des truands, dont faisait partie Gust, qui vient de sortir de prison. Ce lot est convoité par la mafia mais aussi par des Russes menés par Gatov. Gust, qui est en probation, va se retrouver au centre d’un imbroglio et va se défendre comme il sait le faire : par la violence.

Ce roman est une vraie collection de tiroirs. Si Gust et son itinéraire sanglant sert de trame principale, nous allons voir apparaître la police, la mafia, la police et les services secrets. Robin Cook nous dépeint un monde dur, violent, sans pitié où tous les décors sont des ruelles sombres ou des bars douteux. Et chacun ne connait qu’un seul langage, celui de la mort. Si on a l’impression qu’on laisse peu de chances aux repris de justice, il en ressort aussi que les méchants ne sont pas ceux que l’on croit et qu’il y a toujours quelqu’un de plus horrible situé plus haut dans la pyramide du crime.

Si le roman est prenant à lire, c’est grâce à ses nombreux dialogues emplis de réparties humoristiques et cinglantes. Il en ressort une tension poisseuse et palpable. Et c’est bien le personnage de Gust, que l’on devrait haïr tant il est violent qui parvient à nous émouvoir. Sa descente aux enfers et la poisse qu’il porte à ses proches arrivent à nous faire éprouver de la sympathie pour lui alors qu’il flingue ceux qui lui parlent mal.

Avec le recul, ce dernier roman de Robin Cook nous montre ce qu’il pensait de la société Anglo-Saxonne. Tout le monde y est pourri, qu’il soit du bon ou du mauvais coté de la loi. Et on y trouve aussi que réflexions philosophiques sur la vie et la mort qui ont forcément des résonances particulières dans l’esprit du lecteur et du fan de Robin Cook que je suis : Après la mort, il n’y a rien, il n’y a plus rien.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Vincent chez Foumette ainsi que cette interview sur Youtube03

La compagnie des glaces de G.J.Arnaud – Tome 5 et 6

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont décidé de rééditer la saga de science fiction, en regroupant les romans par deux. Il s’agit, je crois, de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Voici mon avis sur L’enfant des glaces et Les otages des glaces.

L’enfant des Glaces :

Yeuse est toujours l’attraction principale du cabaret itinérant et son dernier numéro, qui reprend le personnage de Marilyn Monroe fait un malheur. Les villes qu’elle choisit pour faire son numéro ont en fait un seul objectif : retrouver Lien Rag, en fuite depuis qu’il est considéré comme un traitre par La Compagnie.

De son coté, Lien Rag vit avec Jdrou et leur fils Jdrien. Avec sa combinaison isotherme, il travaille avec les Hommes Roux à déneiger les dômes, en tant qu’esclave. Se rendant compte que Jdrou délaisse leur enfant, il décide de s’en occuper, mais se retrouve pris entre deux feux : les Hommes Blancs et les Hommes Roux.

Après avoir posé les bases de son monde des Glaces dans les quatre premiers tomes, celui-ci semble être une sorte de pause … avant de rebondir ? Il ne se passe pas grand’ chose dans ce roman, si ce n’est le parallèle entre Lien et Yeuse et le destin de ce garçon qui grandit plus vite que les autres. On y voit aussi la peur et la folie des Hommes, prêts à tuer ceux qui ne sont pas comme eux. Cet épisode est donc loin d’être le meilleur et donc dispensable. Mais je vais continuer ma découverte de cet univers.

Les otages des Glaces :

Lien Rag a trouvé refuge dans le train pirate de Kurts. Ils roulent dans le Grand Nord, et se retrouvent pris entre deux feux : d’un coté la Panaméricaine, de l’autre la trans-européenne. Alors que tout le monde court après Lien, Kurts veut, quant à lui, le ramener au peuple des Roux, moyennant finances. L’ex-lieutenant Skoll, à la tête du peuple Roux, demande à Lien de jouer les agents doubles auprès de la Panaméricaine.

De son coté, Yeuse est toujours danseuse dans le cabaret itinérant et se charge de cacher Jdrien, le fils de Lien. A la tête du cabaret Miki, elle a bien du mal à savoir où est Lien. Elle va bientôt se retrouver prisonnière d’un colonel fou.

Entre romanesque et démesure, entre roman d’espionnage et scènes grandioses, ce roman qui débute doucement nous offre à la fois une intrigue prenante et une scène grandiose. Avec son style toujours aussi facile à lire, l’alternance entre les aventures de Lien et celles de Yeuse permet de faire avancer une intrigue passionnante.

L’aspect politique se complique, la guerre devient tactique, stratégique, et on y voit l’importance de la religion ainsi que la volonté d’indépendance du peuple Roux, qui veut créer son propre pays. Et Lien se retrouve face à des choix dramatiques avec une fin toute en suspense qui donne envie de lire le prochain tome. Super !

Danser dans la poussière de Thomas H.Cook

Editeur : Seuil

Traducteur : Philippe Loubat-Defranc

Franchement, vous pensiez peut-être que j’allais laisser passer le dernier roman de Thomas H.Cook, cet auteur qui arrive à me surprendre à chacun de ses livres, et que je vénère depuis Les feuilles mortes ? Eh bien vous vous trompez. Voici donc mon avis sur son dernier roman en date, qui change de ses précédents, tout en gardant le même style de narration. Ça ne vous aide pas ? Lisez donc la suite …

De nos jours, Ray Campbell atterrit à Rupala, capitale du Lubanda, alors qu’il n’y a plus mis les pieds depuis une dizaine d’années. Au poste des douanes, on le fait passer par une porte où est affiché Passage Diplomatique. Puis, une Mercedes de luxe le conduit dans les rues envahies d’orphelins. Ray se rappelle qu’il est venu ici il y a plus de 30 ans, et qu’il y a rencontré et connu une jeune femme blonde, Martine Aubert. Elle était de naissance belge mais avait tenu à acquérir la nationalité lubandaise et travailler dans la ferme que son père tenait là-bas, à Tamusi, perdue en plein milieu de la savane.

Trois mois plus tôt, Ray n’aurait jamais imaginé qu’il reprendrait contact avec ce pays qu’il a tant aimé et tant défendu. Trahi aussi ? Il reçoit un coup de fil de Bill Hammond, un ancien ami qu’il a connu là-bas, à Rupala. Bill lui apprend que son ancien guide, Seso Alaya, s’est fait tuer à New York. Ray le considérait comme son ami. Seso s’est fait torturer comme on l’a fait dans la période sombre du Lubanda. Le numéro de téléphone de Bill a été retrouvé dans la chambre d’hôtel de Seso.

Bill demande à Ray de trouver pourquoi Seso a été assassiné. Bill étant à la tête de la banque Mansfield Trust, il voudrait s’assurer qu’il peut encourager des investissements en faveur de ce petit pays sans risques. Comme le travail de Ray est justement d’évaluer les risques financiers, il n’hésite pas longtemps à aider son ami. Mais il le fait aussi en mémoire de Martine Aubert …

La marque de fabrique de Thomas H.Cook est de démarrer une intrigue de nos jours, et de construire son histoire à l’aide de flash-backs dans le passé, ce qui permet de positionner des retournements de situation au moment où il le juge opportun. Et comme Thomas H.Cook est un grand, un immense auteur, ses romans sont tout simplement irrésistibles, géniaux. Celui-ci ne déroge pas à la règle.

Et on retrouve aussi ce formidable talent pour créer des personnages, qui par leur action ou leur vie, sont hors du commun. Ici, il s’agit évidemment de Martine Aubert, qui a décidé de vivre au Lusamba, qui a adopté leur nationalité et qui malgré tout, sera rejetée par ses habitants. Thomas H.Cook nous présente cela comme une histoire d’amour déçue, à sens unique, avec beaucoup de romantisme, mais cela lui permet aussi de creuser le thème central de son roman.

Car au travers de ce roman, Thomas H.Cook évoque un thème original : le rôle des ONG et l’influence des pays industrialisés sur les pays en voie de développement. Comme il le dit, souvent, on fait le mal en voulant faire le bien. Thomas H.Cook ne se positionne pas en juge, mais présente grace à son intrigue une situation qui permet de montrer comment les « grands » pays influent sur la destinée des petits. D’une grande lucidité, il montre comment on donne de la nourriture à ces pays uniquement s’ils acceptent certaines conditions, qui évidemment vont à l’avantage de leurs donateurs. Si personne n’est pointé du doigt, le lecteur est bien amené à réfléchir plus loin que le chèque qu’il rédige chaque fin d’année.

Et puis, Si ces arguments ne vous suffisent pas, sachez que, en seulement 350 pages, Thomas H.Cook invente tout un pays, son histoire, sa vie et ses coutumes, sa politique et son rôle dans la géopolitique, ses soubresauts, ses révolutions, son peuple. Tout cela au travers de l’itinéraire de quelques personnages rencontrés au fil de ces pages. Je vous le dis, Thomas H.Cook est décidément trop fort.

Naïri Nahapetian aux éditions de l’Aube

Cela faisait un moment que j’avais entassé les romans de Naïri Nahapetian alors que j’avais bien aimé ceux qu’elle avait publiés chez Liana Levi. Son nouveau cycle tourne autour de deux personnages :

Parviz est un agent secret à la vie très secrète. On le dit mort, tué par les Iraniens. On dit qu’il travaillait pour la CIA. Aujourd’hui, il est ce que j’appellerai un agent secret free lance, et c’est ce qui fait l’attrait pour ce personnage singulier. Il est au courant de tout, n’est jamais là où on le croit, et dénoue en sous-main des intrigues complexes.

Florence Nakash est d’origine iranienne et actuellement employée par la DGSE française. Elle est en charge de toute affaire qui peut être liée de près ou de loin avec l’Iran. Amie de Parviz, celui l’aide dans ses affaires, et elle a l’art et la subtilité de servir de lien entre la culture occidentale et la culture orientale.

Les trois romans que je vous propose ont des points communs, que ce soit dans la forme ou le fond. Du fait de l’embargo imposé à l’Iran, les gouvernements occidentaux sont à l’affut de toute technologie devenant accessible à un régime extrémiste. Dans les trois affaires dont parlent ces romans, la DGSE diligente Florence puisqu’elles concernent l’Iran, de près ou de loin. A chaque fois, on part d’une affaire simple, et petit à petit, l’intrigue se déploie comme un éventail mortel.

Si nous avons donc affaire à des romans d’espionnage, ce ne sont pas pour autant des romans d’action, mais plutôt des romans d’enquêtes. Les intrigues vont donc avancer avec des événements totalement logiques, et faisant preuve de beaucoup de créativité, mais aussi sur la base de discussions ou d’interrogatoires. Les dialogues sont d’une redoutables efficacité, ne dépassant pas une demi page, et faisant la place à des non-dits ou des sous-entendus, ce qui en fait une des qualités de l’écriture.

Les trois romans sont courts (moins de 200 pages) découpés en une quarantaine de chapitres. C’est une autre qualité de Naïri Nahapetian, cette faculté de dire en peu de mots ce que d’autres mettent quelques pages à exprimer. Chaque phrase est parfaitement pesée, très efficace et veut parfois dire plusieurs choses à la fois. De même, les personnages sont présentés en très peu de phrases et sont malgré cela parfaitement crédibles et vivants. C’est tout simplement du grand art dans l’efficacité, et je me disais à la lecture qu’il y a du Dominique Manotti dans cette écriture. Et quand vous savez mon adoration pour cette auteure, je n’ai pas besoin d’en rajouter des tonnes.

Je ne peux donc que vous conseiller d’acquérir rapidement un des romans de cette série, sachant qu’ils sont indépendants les uns des autres et peuvent être lus dans l’ordre que vous voulez. Je vous joins les quatrièmes de couverture pour avoir les sujets abordés.

Un agent nommé Parviz

Parviz est un être mystérieux. Les Iraniens le disent mort ; lui se plaît à raconter les circonstances dans lesquelles des hommes aux ordres de Khomeyni l’ont assassiné. Il travaillait alors pour la CIA, mais vend désormais son savoir-faire aux services secrets français. C’est ainsi que Kiana se retrouve à écouter sa confession dans un pavillon impersonnel de banlieue parisienne : il semblerait que son mari, Nasser, un scientifique iranien, ait des choses à cacher. Peu après, Florence Nakash, jeune recrue de la DGSE, est chargée d’une nouvelle enquête : son ami Parviz, celui-là même que l’on disait mort en 1979, a disparu…

Un roman subtil et efficace qui nous entraîne au cœur des secrets nucléaires iraniens et des manipulations des services secrets occidentaux pour ralentir l’avènement d’une « bombe islamique ».

Le mage de l’hôtel Royal

Un prestidigitateur iranien, le mage Farzadi, est assassiné dans un grand hôtel au bord du lac Léman.

Il a, peu avant sa mort, reçu dans sa chambre un mystérieux journaliste persan ainsi qu’une jeune Irano-Américaine aux très érotiques cuissardes…

Farzadi a-t-il été victime de dissensions internes au régime islamique ? Ou bien a-t-il été liquidé par la CIA ?

L’enquête est confiée à la DGSE et Florence Nakash, persuadée qu’une partie de la réponse se trouve dans un traité d’alchimie, aura besoin de l’aide d’un vieil ami nommé Parviz.

De Paris, il lui faudra aller jusqu’à Téhéran pour démêler le vrai du faux et retracer le parcours de cet étonnant mage aux multiples existences.

Une enquête rondement menée, efficace et subtile.

Jadis, Romina Wagner

Romina Wagner a toujours fait l’objet de rumeurs plus ou moins farfelues. Aussi, quand elle évoque auprès de son psychanalyste une drôle d’ambiance sur son lieu de travail, celui-ci n’y prête que peu d’attention.

« Qui pourrait en vouloir à cette belle femme d’origine roumaine, ingénieure au sein de Microreva, une entreprise de haute technologie ? » se dit Moïni, un Iranien qui pratique des thérapies alternatives pour la clientèle huppée du quartier de la Butte-aux-Cailles, à Paris.

Jusqu’à ce que l’étrange Parviz lui dérobe le dossier de sa patiente. Romina, bientôt accusée d’espionnage industriel pour le compte de puissances étrangères, plonge dans un cauchemar paranoïaque et ne peut plus faire confiance à personne, et surtout pas à son mari…

C’est Florence Nakash, de la DGSE, qui a pour mission de tirer cette affaire au clair.

Hommage : Transparences de Ayerdhal (Livre de poche)

La disparition de Ayerdhal m’a touché parce que c’est un auteur que j’ai lu trop tard, que j’ai adoré trop tard, que j’ai croisé (seulement ! Quel con je peux être !) à Lyon et qui est parti bien trop tôt. J’ai donc voulu parler de ses livres, du pouvoir de son imagination. Transparences en est un excellent exemple.

L’auteur :

Yal Ayerdhal (né Marc Soulier le 26 janvier 1959 à Lyon dans le quartier de La Croix-Rousse, et mort le 27 octobre 2015 à Bruxelles) est un écrivain français qui a commencé par écrire de la science-fiction avant de se lancer dans le thriller. En 25 ans, il a entre autres obtenu deux grand prix de l’Imaginaire, deux prix Ozone, un prix Tour Eiffel de science-fiction, un prix Michel-Lebrun, un prix Bob-Morane, un prix Rosny aîné et un prix Cyrano pour l’ensemble de son œuvre et de ses actions en faveur des auteurs.

Ayerdhal grandit dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux. Il « tombe » très jeune dans le domaine de la science-fiction puisque son père, Jacky Soulier, détient l’une des plus grandes collections d’ouvrages du genre en Europe, avec par exemple l’intégrale de la collection « Anticipations » de Fleuve noir. À 13 ans, il décide de changer de prénom d’usage, lassé d’avoir de nombreux homonymes en classe, et adopte celui d’Ayerdhal.

Sans diplôme (y compris le bac), il exerce de nombreux métiers (et petits jobs, tels que vendre des brioches en porte à porte) en parallèle de l’écriture, dont moniteur de ski, footballeur professionnel, éducateur, commercial et chef d’entreprise1. Il a 28 ans lorsqu’il envoie son premier manuscrit, celui de La Bohème et l’Ivraie, à un éditeur, en l’occurrence Fleuve Noir. Il vit à l’époque dans une ferme à Écully, dans la région lyonnaise. Dans les années 1990, ses ouvrages participent largement au renouveau de la science-fiction française, alors dominée par les auteurs américains : 40 000 exemplaires de Balade choreïale, L’Histrion et Sexomorphoses trouvent leur public3.

Selon Ayerdhal, « la SF est un puissant outil pédagogique, un véhicule idéologique non négligeable et la plus riche expression de l’imagination créatrice… ». Les couvertures de ses premiers romans sont illustrées par le dessinateur Gilles Francescano. Dessins qui, aux dires de l’auteur, lui auraient inspiré le personnage de l’Histrion. Son œuvre Transparences, publiée en 2004, marque son entrée dans le domaine du thriller, suivie en 2010 par une suite non prévue, Résurgences, puis par Rainbow Warriors en 2013 et Bastards en 2014. Il a été primé pour ses romans Demain, une oasis, Parleur ou les chroniques d’un rêve enclavé, Rainbow Warriors, RCW, Étoiles mourantes et Transparences.

Diagnostiqué atteint d’un cancer en 2015, il informe régulièrement ses lecteurs de l’évolution de son état. Il meurt le 27 octobre 2015 à Bruxelles, des suites de ce cancer.

Source : Wikipedia

Quatrième de couverture :

1985, Berlin (RFA), Ann X, 12 ans, assassine ses parents, diplomates américains, et un couple de leurs amis avec un sabre japonais. L’enquête établit que l’adolescente, quasi analphabète, a agi en état de démence après plusieurs années de sévices sexuels. Soignée plusieurs mois dans une clinique psychiatrique, Ann est ensuite placée dans un établissement spécialisé qui prend en charge l’éducation d’enfants inadaptés.

1988, Fribourg (CH), Ann X, 15 ans, égorge un éducateur et en blesse grièvement trois autres avec un sabre qu’elle a fabriqué dans l’atelier de l’internat. En fuite durant huit semaines, elle est finalement arrêtée par les carabiniers à la frontière italienne, alors que, toujours avec son sabre de fortune, elle vient de sectionner une main du routier qui l’a prise en stop. L’enquête établit que l’éducateur égorgé la poursuivait de ses assiduités et que les trois autres (à son sens coupables d’avoir fermé les yeux sur les agissements de leur collègue) ont été blessés tandis qu’ils tentaient de la maîtriser. De son côté, le routier affirme ne lui avoir fait que des avances orales, ce qu’elle ne nie pas (mais elle refuse de s’exprimer). Jugée irresponsable et dangereuse, Ann est internée près de Lugano dans une maison pénitentiaire à vocation psychiatrique.

1998, Lyon (F) : Stephen Bellanger, qui vient de boucler à Toronto une thèse en psychologie criminelle, intègre Interpol. Dans le cadre d’une enquête sur des meurtres en série touchant l’Europe et plusieurs états américains, on lui confie la tâche de compulser toutes les affaires d’assassinats multiples des vingt dernières années. Ses recherches le conduisent à s’intéresser plus spécialement au cas d’Ann.

Autour de cette métaphore de la transparence, transparence d’une criminelle toujours d’abord victime, dont la violence est elle-même manipulée et utilisée par ses bourreaux, Ayerdhal construit magistralement un thriller contemporain palpitant et explore les rouages furtifs qui régissent notre monde.

Source : Babelio

Mon avis :

Mes amis, amateurs de thrillers, fans de polars complotistes, notez ce titre d’un auteur qui fut probablement l’un des meilleurs raconteurs d’histoires, ou en tous cas le plus inventif. Cette histoire nous conte quatre années de la vie de Stephen, psychologue canadien qui s’est engagé à Interpol. Sa première (et seule enquête) concernera la chasse après une tueuse qui a la faculté de disparaitre : Ceux qui la rencontrent ne se rappellent pas d’elle, les caméras de surveillance enregistrent des films où son visage est flouté. A 12 ans, elle a tué ses parents et un couple de leurs amis. Depuis, on ne peut dénombrer leur nombre (un millier ?). Tout ce que Stephen arrive à déterminer, c’est qu’elle tue quand elle se sent menacée.

De ce début, Ayerdhal va nous montrer les guerres entre services (Interpol, Europol, CIA, FBI, NSA, KGB …) et surtout nous plonger dans le doute. Car on se pose les questions suivantes : Qui travaille pour qui ? Qui manipule qui ? C’est un roman sur les illusions, sur les apparences et le seul moyen d’en sortir, c’est d’opter pour la transparence. C’est aussi un roman qui montre des marginaux (Anne X, Stephen ou bien Michel, un SDF) qui essaient de s’en sortir avant d’être repris par le système. Dans ce monde que l’on veut sur, Big Brother (car c’est bien à George Orwell que l’on pense) ne veut pas d’individus indépendants, hors du système qu’ils ont créés.

Non seulement les rebondissements sont nombreux, mais en plus, les scènes sont hallucinantes. Ayerdhal avait le don de peindre des scènes d’une beauté fulgurante, un art de décrire l’action pure. Celles où Anne X tue 4 hommes qui la suivent, en début de roman, fait partie de celles là. On la voit bouger à la vitesse de l’éclair, mais on a une sensation de flou autour d’elle. C’est, en ce qui me concerne, toujours la même chose : j’ai l’impression de voir un film en lisant Ayerdhal, un film que l’on peut s’empêcher de regarder jusqu’au bout. Lisez Ayerdhal, vous ne le regretterez pas !